Chapitre 32
La Duchesse pensa esquisser un geste, trouver une parole réconfortante, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Elle ne savait que dire à celle qui avait hérité d’un royaume en ruine, d’un père qui n’avait rien de son titre.
- Duchesse ?
Tirée de sa réflexion par l’interrogation de sa Souveraine, Althéa leva les yeux de la bague et croisa des prunelles rose pâle. Elle avait hérité du physique de la troisième concubine, et c’était pour le mieux.
- Je vous demandais si vous aviez mangé.
- Pas encore.
- Je vous invite.
Althéa voulut refuser, mais un élan de culpabilité face à la supposée solitude de la Reine l’en empêcha. Elle pouvait bien supporter un repas en sa compagnie.
- Avec plaisir.
Méora eut un petit sourire victorieux qui fit rire intérieurement la Duchesse : elle avait donc douté de son acceptation.
- Je vous suis, Votre Majesté.
- Marchez à côté de moi.
Althéa obtempéra sans difficulté. C’était un honneur réservé à peu, mais elle n’était plus à cela près.
- Dites-moi, comment va votre mère ?
- Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de lui rendre visite depuis l’autre jour, Votre Majesté. Mais j’espère que votre guérisseur saura la soigner.
- J’ai confiance en Ilyen. Voilà déjà quelques années qu’iel est à mon service, et je n’ai jamais eu à m’en plaindre. Mais si cela arrivait, prévenez-moi. Je m’en chargerai. »
- Entendu.
- Quant à vous, Générale, je ne vous ai pas vue requérir les services d’un mède, quel qu’il soit. Pourtant, vous rentrez du champ de bataille.
- Je—
- Tut, tut, tut. Vous avez envoyé des mages prendre soin de vos soldats avant de les renvoyer chez eux. Mais on m’a dit qu’aucun n’avait pris soin de vous. Ce n’est pas très sérieux.
- Je suis parfaitement bien, Votre Majesté, et je suis honorée de votre inquiétude, mais—
- J’ai besoin de vous en pleine santé. Je ne peux pas me permettre que mon seul général fiable passe l’arme à gauche sous mon règne. Vous verrez Ilyen. C’est clair ?
- Limpide, Votre Majesté.
- C’est la seule réponse que j’accepterai de votre part.
Méora poussa la porte d’une petite pièce.
- Bienvenue dans ma salle à manger personnelle.

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