Chapitre 34
- Je doute que mon avis ne soit d’une quelconque importance, mais je pense que Votre Majesté est juste.
- Vous me flattez, Duchesse. Souhaitez-vous obtenir quelque chose de ma part ? Demandez, je me sens d’humeur magnanime.
- Je n’ai d’autre souhait que le long règne de Sa Majesté.
Méora ricana.
- C’est un joli mensonge, Duchesse, mais un mensonge tout de même. Vous ne pouvez décemment pas ne désirer que ma longévité.
Althéa se tendit légèrement.
- Que voulez-vous entendre ?
- Je ne vous force pas à la confidence, mais je suis sincèrement curieuse : quels sont les rêves qui animent ma Générale ?
Cela devenait trop personnel au goût de la guerrière, qui serra les lèvres sous le regard scrutateur de la femme la plus puissante du Royaume.
- Je n’ai pas de rêves. Ils sont pour les enfants et les naïfs qui ne connaissent pas la vie.
La Souveraine inclina la tête sur le côté.
- Vous croyez ?
- J’en suis intimement convaincue.
- Je pense qu’ils sont le reflet de l’espoir qui nous fait vivre, et que sans eux, l’humanité aurait depuis bien longtemps disparu.
Un silence plana.
- Un sens à nos existences, tenta Althéa.
- Je vois les choses de cette façon.
- J’ai des objectifs que je réaliserai. Ici s’arrête ma réflexion sur le sujet.
- Vous êtes bien terre à terre.
- Peut-être.
Elle se redressa et s’inclina, coupant court à la discussion.
- L’heure tourne, et je ne peux décemment pas faire attendre mes élèves plus longtemps, Votre Majesté. Ils pourraient se croire libérés de mon aura démoniaque.
La Reine rit doucement et fit un geste de la main.
- Je vous congédie. Allez donc remplir votre rôle, Duchesse.
Althéa avait déjà la main sur la poignée.
- Ne me décevez pas, ajouta-t-elle.
Sur un dernier signe de tête, la guerrière tira la porte derrière elle et laissa échapper un souffle qu’elle n’avait pas remarqué retenir.
- Elle est rusée comme un renard et plus venimeuse qu’une vipère.
Elle se mordilla la lèvre, pensive.
La Reine n’avait plus rien de l’adolescente rêveuse qu’elle avait connue, et encore moins de l’enfant joueuse avec qui elle avait partagé tant d’amusements. C’était désormais une femme assurée, qui savait ce qu’elle voulait et ne se laissait intimider par personne.

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