Chapitre 15
Restée seule, Althéa ferma les yeux une seconde, massant nerveusement ses tempes. Elle avait espéré pouvoir se reposer de ses combats, mais elle devait accepter que les ennemis rôdent autour d’elle, plus vicieux encore que les Mages Noirs du Nord et leurs soldats — et qu’ils ne visaient pas qu’elle, mais tous ceux qu’elle aimait.
Elle secoua a tête pour éloigner lles pensées qui l’envahissait et traversa plusieurs couloirs pour rejoindre ses appartements.
Peu de choses avaient changé depuis son départ. Quelques tapisseries et tableaux avaient été déplacés ou remplacés, mais les vases débordaient toujours de fleurs.
Eryndor ne chômait pas. Il avait fait son devoir d’égayer la demeure depuis le départ de leur père.
Dans la galerie de tableaux, la jeune femme s’arrêta devant celui qui représentait ses parents. Peint quelques années avant sa mort, il avait la main autour de la taille d’une Myriana jeune et rayonnante de bonheur.
Elle était vêtue d'une belle robe fleurie et ses yeux étaient fixés sur le visage balafré de l'amour de sa vie. Ce dernier lui souriait doucement, de l'expression qu'Althéa ne l'avait jamais vu arborer en présence de quelqu'un d'autre que son épouse.
Un éclair de souvenirs tragiques lui traversa la mémoire et elle dut se tenir au mur pour résister à la douleur qui lui étreint la poitrine.
Le Général d’Yrwen gisait sur le champ de bataille, l’abdomen transpercé d’une lance et le visage défiguré par un sort de feu. Protégé par quelques mages et soldats qui s’étaient réunis autour de lui, il agonisait.
Althéa avait sa tête sur les genoux et sanglotait désespérément.
- Capitaine…
Les mots de son père s’étouffèrent dans un gargouillement de sang. Il reprit difficilement sa respiration et pencha la tête sur le côté pour tousser et cracher.
- Reprenez... vos esprits..., capitaine, intima-t-il lentement mais fermement.
La jeune femme essuya ses larmes.
- Oui, Général.
- Nous sommes... en pleine bataille. Vous n’avez pas le temps de... faire votre deuil.
- Mais père, … Je…
- Silence.
Il bafouilla. Althéa sentait son pouls filer sous ses doigts et ses membres se raidir.
- Je … vous délègue…mon pouvoir…Générale…
La guerrière sentit une vague de pouvoir l’envahir et la chevalière qui ornait les doigts brûlés s’envola pour se glisser sur son annulaire.
Le corps expirant du Duc d’Yrwen tressauta entre ses bras quelques secondes puis se figea.

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