Chapitre 1: Neryna

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La tête basse, je marche droit devant moi, sans me soucier de ce qu'il y a autours. Les ruelles du bas quartier d'Erotonde se ressemblent toutes. 

Je laisse derrière moi les maisons au façades éclatantes. Je sais qu'ici, tout n'est qu'apparence. Et ceux qui n'arrivent pas à faire bonne figure finissent ici ou disparaissent, tout simplement.         De mon côté, je n'ai rien fait qui puisse déplaire au Maître du Monde et son conseil, je suis juste née au mauvais endroit, au mauvais moment. 

Est ce que ma situation me déplait ?                                                                                                                              C'est sûre qu'elle pourrait être mieux mais il y a pire. Mes anciens voisins, par exemple. Il parait qu'ils sont allés se plaindre un peu trop fort alors forcément, le lendemain, c'était comme si ils n'avaient jamais existés. Soudain, on m'attrape par l'épaule: 

- Hey ! Neryna, qu'est ce qu'il te reste ?

Je prends quelques secondes pour composer mon habituel masque impassible avant de me tourner vers l'inconnu pour lui présenter mon éventail de drogue. Je patiente tranquillement alors qu'il fait son choix. Ce qui est marrant dans tout ça c'est que, moi, je ne le connais pas. Pourtant, toute cette masse d'anonyme sais qui je suis.  Il faut dire que c'est chez moi qu'ils trouveront la meilleure marchandise. La plus chère aussi. C'est qu'il faut bien gagner sa vie !     Alors oui, je sais que c'est mal. Enfin, c'est ce que disais mes parents. Sauf qu'ils sont morts. Maintenant, je fais ce que je peux pour survivre. Mon frère est tombé gravement malade il y a trois ans et je dois gagner assez pour subvenir à nos besoin et acheter les médicaments nécessaires pour le soigner.

- C'est nouveau ça, non ? fait l'homme en pointant du doigt une de mes pochettes. 

- Ah ça ? C'est de l'Eccionace. Ça pousse dans le sud.

Il acquiesce lentement:

- Je vais t'en prendre je pense. Dix grammes, ça me fait combien ? 

- 18 knarling, je réponds du tac au tac. 

Je ne dois pas laisser place au doute. Sinon, c'est la porte ouverte au négociation. 

- C'est cher, grogne-t-il.

- Je l'ai fait venir de l'autre bout du pays, tu t'attendais à quoi ?

Il rouspète un peu, puis fouille dans sa poche pour en sortir la somme demandée. Je compte les pièces crasseuses puis lui tend sa drogue. Il fourre les herbes dans sa poche, l'air satisfait puis repart comme il est venu. Je range mes pochettes méthodiquement puis repars en prenant bien soin de faire un détour avant de rentrer chez moi. Les filatures sont courantes ici bas et je refuse de prendre le moindre risque. Je pousse la porte de la pièce obscure qui me sert de logis et appelle:

- Jule ? Tu es là ?

Mon frère se redresse de son matelas, un sourire fatigué aux lèvres:

- Neryna, tu es rentrée.

Je pose mon sac au sol et m'en vais l'examiner de plus près. Son teint est cireux et ses cheveux blonds pâles ont la graisseur typique des malades.  Je luis dépose un rapide baiser sur le front:

- Bon. Tu ne m'as pas l'air trop mal.             

- J'ai bien pris mon cachet. 

Je plisse les yeux, soucieuse:

- Tu n'es pas trop fatigué ? 

Il soupire et lève les yeux au ciel:

- Je vais bien. Tu devrais prendre plus soin de toi, Neryna. Tu n'es pas obligée de faire ce...trafic.

Je lui caresse la tête, attendrie par sa sollicitude:

- C'est grâce à mon "trafic" qu'on a de quoi vivre, tu sais ? 

- Tu ne pourrais pas faire autre chose ? Je ne sais pas...Cherche de l'autre côté d'Erotonde. 

- Ce n'est pas si simple, tu sais ? 

Puis je lui ébouriffe les cheveux et me relève. Je me dirige vers la gazinière et sort les légumes que j'ai acheté dans le début de l'après midi. Pour Jule, j'essaie de faire les repas les plus sains et équilibrés possible. Tandis que j'épluche les courgettes, ses paroles tournent en boucle dans ma tête. C'est vrai que mon métier n'est pas le plus sûr mais je sais ce que je fais. J'ai la maîtrise totale de la situation et prend un maximum de précautions. 

Alors pourquoi s'inquiète-t-il ? Et particulièrement aujourd'hui ?                                                                 N'y tenant plus, je demande:

- Jule, il y a quelque chose qui te tracasse ?

Il hausse les épaules:

- Pas spécialement... Je pense juste que tu mériterais mieux.

Je jette les épluchures à la poubelle et rit doucement:

- C'est gentil de t'inquiéter pour moi mais ne t'en fais pas. Tout est sous contrôle.    

*** 

Je me réveille alors qu'il fait encore nuit. J'écoute un moment la respiration saccadée de mon frère avant de me lever sans un bruit. Je prépare son médicament et le pose à côté de son lit. Après un dernier regard vers son visage endormis, je sors dans la rue et rabat ma capuche. Je flâne pendant quelques minutes, ne croisant personne d'autre que quelques hommes titubant, ivres et raides comme des piquets.                                                                                                     

Je jette un regard vers le ciel rosissant à vue d'œil. Il faut que je me dépêche ! J'ai rendez vous au port avec l'un de mes principaux client à huit heure tapante et je préfère être en avance. Au loin, au centre d'Erotonde, une cloche sonne. J'accélère le pas.                                                                               Les poissonniers déchargent le résultats de leur pêche sur les étales. Les paroles de Jule me reviennent en mémoire.

Et si je trouvais un travail légal ?                                                                                                                                   Je secoue la tête: ce n'est pas le moment de penser à ça ! Inconsciemment, je me suis approchée d'un mur. Je déchiffre rapidement l'affiche qui est placardée.

Avis de pendaison. Accusé de sorcellerie, cet homme sera exécuté le 14 janvier à 13 heures sur la Place des Remords. 

GLOIRE AU MAÎTRE DU MONDE, SUCCES ET SECURITE POUR TOUS. VERITE.  

Je soupire devant l'habituel slogan qui conclue chaque article de l'Etat.  Notre pays, Verastli est dirigé depuis maintenant une quarantaine d'année par celui qu'on appelle le Maître du Monde. Surnom un tout petit peu égocentrique, je l'admet. Personne ne l'a jamais vu ni ne connait son vrai nom. Mais chacun de ses discours à la radio me convainc un peu plus de sa légitimité au pouvoir. On sent bien quand il parle qu'il croit en ses idées. Et à vrai dire, je soutiens totalement l'idéologie du Parti. Les sorciers et sorcières, même si ils ne représentent qu'un pourcent de la population, représente un réel danger.  Ils sont dotés de pouvoir terribles comme par exemple maîtriser la température d'une zone ou encore de voler. 

- Bonjour.

Je sursaute et aperçoit avec surprise qu'un garçon d'environ quinze ans m'observe. Il sourit avec insolence:

- Vous venez voir Zach ?

J'acquiesce, étonnée et il reprend: 

- Suivez moi. 

J'ai un mouvement de recul et le toise, suspicieuse:

- Comment ça ? J'ai pour habitude de ne jamais varier l'endroit de mes rendez-vous. 

- Il n'a pas pu se déplacer aujourd'hui. Si vous ne voulez pas venir, je le préviendrais que...

Je le coupe aussitôt:

- C'est bon ! Je vais venir pour cette fois.

Il me sourit puis m'invite à le suivre. Je m'exécute, une boule au ventre. Je ne pouvais pas refuser. Zach est mon plus gros client et surtout, il est le chef d'un des gangs les plus influents de la basse ville. 

J'ai encore le contrôle, pas vrai ?

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