Chapitre XVI - Ce que chacun porte

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 Durant la nuit qui suivit, Rùnar endura les derniers ravages du poison. La fièvre le consumait et une douleur atroce pulsait derrière ses yeux. Il en vomit jusqu'à ne plus recracher que de la bile. Yrsa le veilla pendant des heures, essayant d'apaiser ses souffrance avec les décoctions préparées par Aseyr. Le supplice dura encore une journée entière avant que Rùnar ne puisse se lever. La plaie à son flanc était presque entièrement refermée et le poison avait disparu de son organisme. Aseyr lui recommanda malgré tout de ne pas forcer. C'est à ce moment-là qu'Yrsa lui parla du marché proposé par Agali.

- Nous devons retrouver Arnsketill et les autres. On n'a pas le temps pour ça, répondit-il aussitôt.

- Je crois pas qu'ils nous laisseront partir comme ça, dit Yrsa en croisant les bras. Vu la situation, il vaut mieux aller dans leur sens.

 Les Tisseurs n'étaient pas agressifs, mais elle avait bien compris qu'il ne fallait pas les chercher. Le carnage dans le repaire des Veilleurs parlait pour eux. Que voulait réellement Agali ? Yrsa y avait réfléchi pendant des heures, entre deux nuits blanches passées à surveiller Rùnar, sans parvenir à une conclusion satisfaisante.

 Ce dernier ajusta lentement la ceinture qui maintenait sa tunique fermée. Il expira discrètement. Chaque mouvement tirait encore sur son ventre, mais il pouvait enfin bouger sans avoir l'impression qu'un draugr lui dévorait les entrailles. L'amélioration était appréciable.

 Assise de l'autre côté de la pièce, Yrsa le fixait ouvertement. Depuis trois jours, elle le surveillait comme un chien de garde nerveux. Et, honnêtement, c'était assez inquiétant. Depuis quand elle s'inquiétait autant pour lui ?

- Arrête de me regarder comme ça, finit-il par dire sans se retourner.

- Je te regarde pas.

- Bien sûr.

 Yrsa détourna les yeux vers le mur couvert de fils argentés. Rùnar fixa lentement son arme à sa ceinture. Ses gestes étaient plus lents que d'habitude. Moins précis. Il détestait ça. Le silence s'étira quelques secondes avant qu'Yrsa ne se lève.

- Il faut qu'on y aille, dit-elle en se dirigeant vers la sortie.

- Formidable, grommela Rùnar en lui emboîtant le pas.

 Il passa une main sur sa nuque avant de récupérer sa cape. Yrsa remarqua aussitôt la légère grimace qui déforma son visage lorsqu'il l'enfila.

- T'as une tête de draugr décrépit, t'es sûr que tu veux pas rester encore un peu au lit ?

- Merci. Ça me rassure beaucoup sur mon état.

- C'était affectueux !

Rùnar étouffa un léger rire.

- T'en fais pas, je vais survivre.

Yrsa plissa les yeux, suspicieuse.

- Cette fois-ci, c'était sincère, ajouta-t-il nerveusement.

- Oui, parce que la prochaine fois que tu me fais un coup pareil, je me charge moi-même de t'expédier à Helheim.

- Chef, oui chef.

 Yrsa haussa un sourcil, surprise, mais ne dit rien. Depuis quand était-il aussi... agréable ? Ce type était décidément étrange. Peut-être que le poison lui avait grillé une partie de son cerveau.

 La jeune femme détourna légèrement les yeux avant de récupérer l'Épée de Lumière, posée contre le mur. La présence qui l'habitait était silencieuse depuis trois jours, et l'arme lui paraissait lourde. Pourtant, au moment où ses doigts touchèrent la garde, une vibration familière remonta sous sa peau. Comme un frisson. Elle détestait ça.

- Bien, finit-elle par lâcher. On y va avant que la femme-araignée décide de venir nous chercher elle-même.

Rùnar, en train de resserrer sa ceinture, lança sans lever les yeux :

- C'est fascinant de voir comme ton courage disparaît dès qu'il y a huit pattes.

Yrsa lui lança un regard blasé.

- Mais c'est que tu es hilarant, dis-moi ! C'est le fait d'avoir frôlé la mort qui te rend si insupportable ?

- Tu trembles pour une simple architecture locale. Excuse-moi de trouver ça drôle.

Elle haussa un sourcil.

- "Architecture locale" ?

- Les toiles sur les murs, précisa-t-il simplement.

- Ah. Je vois, souffla-t-elle avant de plisser les yeux. Tu récupères vite. C'est suspect.

- Je récupère surtout mes capacités d'agacement optimales. Et tu en es la première victime.

- Formidable, soupira-t-elle en tirant le rideau d'un geste sec. Rappelle-moi de te laisser par terre la prochaine fois.

Rùnar releva la tête, un sourire en coin. Yrsa souffla du nez.

- Ils ont pourtant l'air charmants, ces Tisseurs.

- Tu diras pas ça après un dîner avec des araignées géantes qui te regardent sans cligner des yeux.

- Noté.

- Arrête de dire "noté".

- Je prends note.

 La caverne semblait moins silencieuse qu'avant. Ou peut-être était-ce simplement parce que Rùnar marchait enfin à côté d'elle au lieu d'être à moitié mort dans un lit. Yrsa avançait légèrement devant lui dans l'étroit couloir. Ils n'étaient éclairés que par quelques lampes suspendues à des crochets de pierre, dont la lumière orangée glissait doucement sur les parois. Les fils argentés incrustés dans la roche pulsaient faiblement autour d'eux, pareils à des veines.

 Yrsa voyait bien, à sa façon de marcher, que Rùnar n'avait pas totalement récupéré. Mais au moins, il tenait debout. Ils finirent par atteindre la pièce d'Agali. La Tisseuse les attendait déjà, évidemment. Elle se tenait près d'une table gravée, couverte de cartes et d'étranges reliques. Ses quatre mains s'affairaient simultanément : l'une déplaçait des jetons de bois sombre sur une carte, une autre tenait un crayon de charbon pendant qu'une troisième empilait des papiers avec une précision méthodique.

Ses yeux se relevèrent vers Yrsa. Plus précisément vers son épée.

- Ton compagnon semble plus vivant qu'il y a trois jours, constata Agali calmement.

- Merci pour lui, répondit sèchement Yrsa.

Rùnar croisa les bras sans cacher son agacement.

- Nous sommes venus pour votre marché, déclara-t-il en inclinant légèrement la tête.

Agali eut un léger sourire.

- Bien. J'apprécie les gens qui ne tournent pas autour du pot.

 Elle contourna lentement la table. Les toiles argentées dans les murs frémirent doucement sur son passage.

- Les Veilleurs occupent une partie des profondeurs depuis des décennies. Nous coexistons difficilement.

- Difficilement ? Nous avons failli y passer dans leurs geôles. Je n'appelle pas ça une cohabitation difficile, dit Rùnar.

- Ils nous chassent. Nous faisons de même.

Yrsa croisa les bras à son tour.

- Et vous voulez qu'on fasse quoi, exactement ?

- Toi ? Très peu de choses.

Le regard de la Tisseuse glissa vers l'Épée accrochée à sa hanche.

- En revanche, ce que tu portes m'intéresse énormément.

Le silence qui suivit durcit l'air. Rùnar bougea légèrement.

- Yrsa n'est pas une arme qu'on loue pour régler des guerres de territoire.

La concernée lui jeta un regard blasé. Agali tourna lentement la tête vers lui.

- Bien sûr que si.

Une tension froide se noua dans la poitrine d'Yrsa.

- Une hybride capable d'utiliser une relique Altérée sans mourir attire forcément les convoitises.

Le mot claqua dans la tête d'Yrsa. Altéré.

- Je ne sais même pas ce qu'est un "Altéré ", lâcha-t-elle sèchement.

- Je sais.

 La réponse agaça encore davantage la jeune femme. Agali s'approcha d'un pas, sans menace, comme si elle observait quelque chose de rare.

- Les Veilleurs ont peur de cette relique. De ce qu'elle contient, dit-elle en désignant l'Épée d'un léger mouvement de la main. Moi aussi, d'ailleurs.

Rùnar fronça légèrement les sourcils.

- Alors pourquoi voulez-vous l'utiliser ?

- Parce qu'il est plus intéressant d'utiliser les choses dangereuses que de prétendre pouvoir les enterrer.

Yrsa sentit soudain le poids de la relique à sa ceinture.

- Et c'est quoi, votre marché ? demanda-t-elle finalement.

Agali la fixa longuement avant de répondre.

- Les Veilleurs préparent quelque chose dans les profondeurs. Il y a eu des déplacements inhabituels. Des choses qu'ils n'auraient jamais osé faire auparavant. Comme la capture insensée de nos semblables.

Elle inclina légèrement la tête.

- Et je pense qu'ils te cherchent aussi désormais. Toi, celui s'est éveillé dans la relique... et ton compagnon.

- Ce n'est pas possible, rétorqua aussitôt Yrsa.

- Si.

 Le silence retomba. Yrsa sentit un frisson remonter le long de son échine. Agali l'observait comme si elle tentait de lire quelque chose gravé sous sa peau.

- Ils ont senti celui qui veille dans l'épée, reprit la Tisseuse. Et toi, tu la portes comme quelqu'un qui hésite encore entre la fuir... ou lui appartenir.

- Je ne veux plus appartenir à personne ! S'exclama Yrsa en faisant un pas en arrière.

- Alors cesse de fuir et prend les choses en main.

Le regard d'Agali ne la quittait plus.

- Les Veilleurs ne te cherchent pas parce que tu portes l'épée. Ils te traquent parce qu'ils savent qu'elle a commencé à répondre.

La Tisseuse se pencha légèrement vers elle.

- Ne la laisse plus prendre le contrôle comme l'autre fois... ou cela signifiera ta perte.

Rùnar, qui s'était adossé au mur jusque-là, se redressa aussitôt, les yeux écarquillés.

- Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? Que l'Épée finira par la tuer ?

- Non. Mais elle finira par perdre le contrôle... puis elle-même.

 Le jeune homme tourna brusquement la tête vers Yrsa. Les choses prenaient soudain une ampleur inimaginable.

- Les Veilleurs pillent nos repaires, tuent nos enfants et capturent les nôtres pour les torturer et les interroger, reprit Agali. Ils corrompent cette forêt de leurs rites et veulent étendre leur territoire jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien des nôtres.

La Tisseuse se redressa et glissa ses quatre mains dans son dos.

- Aidez-nous à nous débarrasser de leur chef. Sans lui, ils seront désunis. Démunis. Nous pourrons reprendre notre territoire et vivre paisiblement.

Yrsa resta silencieuse, enfermée dans ses pensées morbides.

- Nous n'avons rien à y gagner en échange, dit Rùnar en se plaçant instinctivement devant elle. Nous vous remercions de nous avoir sauvé la vie, mais je me vois obligé de refuser.

- Accepter ce marché vous serait bien plus utile que vous semblez le croire, répondit calmement Agali. Vous pourriez traverser nos bois en sécurité sans craindre une nouvelle embuscade des Veilleurs.

Elle marqua une pause.

- Seuls, vous n'irez pas loin.

Son regard se posa sur Rùnar.

- Et sans nous, vous ne retrouverez sans doute jamais les vôtres vivants.

Rùnar jeta un coup d'œil à Yrsa. Cette dernière lui rendit son regard, toujours anormalement silencieuse.

- Aidez-nous en utilisant la relique... et vous gagnerez de précieux alliés, conclut la Tisseuse sans bouger.

Yrsa serra les poings jusqu'à faire craquer ses articulations.

- Je ne sais pas vraiment me servir de l'Épée, murmura-t-elle en baissant les yeux. Je ne serai qu'un poids.

- C'est ta peur qui t'empêche de l'utiliser à ta guise, déclara Agali. Le jour où tu cesseras d'avoir peur de ce qui vit à l'intérieur... tu pourras commencer à la contrôler.

Rùnar intervint aussitôt.

- J'aimerais que vous nous laissiez discuter en tête-à-tête, Yrsa et moi.

Yrsa sursauta légèrement avant de tourner vers lui des yeux ronds de surprise. Agali hocha simplement la tête et se dirigea vers la sortie.

- Donnez-moi votre réponse demain matin. Discutez. Reposez-vous. Profitez de notre fête ce soir, dit la Tisseuse.

Elle ne leur accorda même pas un regard.

- Peu d'humains ont l'occasion d'assister aux cérémonies des Peuples de l'Ombre.

 Agali disparut silencieusement. Yrsa resta immobile un moment, les bras serrés contre elle-même. Son regard noisette demeurait fixé sur un point invisible, quelque part sur le mur. Rùnar l'observa quelques secondes. Elle semblait complètement dissociée du monde qui l'entourait. Comme si elle avait disparu derrière ses propres pensées. Il finit par s'approcher.

- Il faut qu'on accepte.

Yrsa releva brutalement la tête.

- Pourquoi ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

- On a besoin d'eux, Yrsa.

Elle eut un petit rire nerveux, incrédule.

- T'es sérieux ?

- Oui.

Yrsa détourna aussitôt le regard avant de passer une main dans ses cheveux.

- Bien sûr, souffla-t-elle sèchement. C'est toujours la même rengaine.

Rùnar fronça légèrement les sourcils.

- De quoi tu parles ?

Elle rit de nouveau sans la moindre joie.

- On décide encore ce que je suis censée être, ce que je suis censée faire.

Sa voix trembla légèrement.

- D'abord une esclave. Puis une porteuse. Une arme. Un problème qui n'a pas sa place dans ce monde... choisis ce que tu préfères !

Le jeune ouvrit légèrement la bouche, choqué. Jamais il ne l'avait vue ainsi. Amère, froide, cynique.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit.

- Non. Mais c'est ce que les autres se tuent à me dire depuis le début de toute cette... merde !

 Yrsa fit quelques pas dans la pièce étroite. Sa nervosité suintait par tous les pores de sa peau. Elle voyait les toiles d'araignées vibrer légèrement dans sa vision périphérique. Cela ne fit qu'amplifier son horreur. Elle atteignait sa limite.

- Les Veilleurs me cherchent, continua-t-elle. Cette folle d'Eris veut m'ajouter à sa collection. Les Tisseurs veulent utiliser l'Épée. Ce... truc coincé dedans essaie probablement de me bouffer de l'intérieur et—

Sa voix se brisa, l'empêchant de terminer sa phrase.

- Donc je devrais juste... accepter ça ?

Rùnar fit un pas de plus en avant, lentement.

- Yrsa—

- Non !

Elle recula d'un bond. Sa respiration s'accéléra.

- J'en peux plus qu'on décide pour moi, lâcha-t-elle d'une voix tremblante. J'en peux plus qu'on me prenne pour autre chose qu'un être-humain. Je ne suis peut-être qu'une idiote, mais j'ai des sentiments, moi aussi !

- Écoute, je sais que t'as peur et—

- Tu ne sais rien du tout.

Yrsa regretta presque immédiatement sa réponse, mais la sensation d'étouffement dans sa poitrine empirait. Rùnar la fixa quelques secondes avant de répondre doucement :

- Peut-être. Mais je sais qu'on n'a pas d'autre option.

Il passa lentement une main sur son visage, fatigué.

- Les autres sont probablement encore en vie, déclara-t-il finalement. Si les Veilleurs font réellement du boucan dans les profondeurs et dans la forêt, alors ils sont en danger. Arnsketill ne pourra pas les sauver tout seul, peu importe combien il est fort.

 Le nom d'Arnsketill heurta Yrsa de plein fouet. Sa gorge se serra davantage, rendant le passage de l'air vraiment difficile.

- On ne peut pas continuer seuls. Pas dans mon état actuel, ni avec tes compétences.

 Yrsa voulut répondre, vraiment. Elle savait qu'il n'avait pas pour but d'être condescendant. Il était simplement réaliste. Il avait raison. Mais quelque chose brouilla soudain ses pensées. Une sensation froide dans sa nuque, une brûlure dans la poitrine. Puis une voix, désincarnée, présente sans vraiment l'être, diffuse. Elle résonna clairement dans sa tête.

Tu trembles encore.

Yrsa se figea. Elle eut l'impression que son cœur s'arrêtait.

- ... non, souffla-t-elle en baissant les yeux vers son épée.

Rùnar baissa légèrement la tête pour chercher son regard.

- Yrsa ?

Ils ont peur de moi.

 La voix lointaine de celui qui se trouvait dans la relique. Grave. Calme. Plus proche que la dernière fois. Plus imposante, plus terrifiante.

Toi aussi, tu as peur...

 Yrsa porta ses paumes à ses yeux, comme pour les presser. Elle avait l'impression que son crâne allait exploser.

- Arrête...

 Les murs semblèrent soudain trop étroits, l'air trop lourd. Le poids de l'Épée contre sa hanche devenait insupportable. Presque brûlante. Rùnar fit encore un pas en avant.

Tu continues de fuir.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Rùnar.

- La ferme...

Tu ne vivras pas longtemps si tu continues.

- La ferme !

 Yrsa recula et trébucha. L'arrière de son crâne heurta durement la table de pierre. Le choc fit trembler plusieurs jetons de bois, qui tombèrent sur elle avant d'échouer au sol. Rùnar la rejoignit immédiatement et s'accroupit devant elle.

- Yrsa, regarde-moi.

 Mais elle était déjà perdue. Elle ne pouvait plus voir, ni respirer, ni entendre. Son souffle devenait haché, et son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression qu'il résonnait dans toute la pièce.

- J'veux pas... j'veux p-pas me perdre, souffla-t-elle entre deux sanglots.

Sa voix tremblait violemment. Elle refusait de retirer ses mains de ses yeux.

Tu ne deviendras pas folle. Fais-moi confiance.

 La voix dans l'Épée s'était faite plus douce. Mais cela ne parvint pas à l'apaiser, et elle resta sourde aux appels de Rùnar.

Cesse de lutter. Ne fais plus qu'un avec moi.

 Quelque chose céda brutalement en Yrsa. Elle se recroquevilla au sol, comme pour se protéger d'une agression extérieure. Ses mains vinrent se plaquer contre sa tête, tandis que sa respiration partait totalement en vrille. Jamais Rùnar ne l'avait vue dans cet état.

- Hé, regarde-moi.

 Il évita soigneusement de la toucher pour le moment. Il avait remarqué plusieurs fois son aversion pour les contacts, sauf quand cela venait d'elle. Elle secoua violemment la tête, incapable de reprendre son souffle.

- Je suis là avec toi, dit-il fermement. Respire doucement.

 Elle échoua. La vague de panique qui suivit la submergea aussitôt. Rùnar sentit quelque chose lui broyer la poitrine en la voyant ainsi. Bon sang. Il attendit une seconde avant de poser très lentement une main sur son avant-bras. Cela sembla l'aider à revenir à la réalité un instant.

- L'Épée ne décide pas, et ne décidera jamais de qui tu es. Ce n'est pas elle qui choisit. C'est toi et seulement toi. Tu m'entends ?

 Sa respiration vacilla et, maladroitement, elle agrippa la main de Rùnar posée contre son bras. Ce n'était pas pour le repousser, mais pour se concentrer sur quelque chose.

- Voilà, dit-il doucement. Respire.

 Rùnar sentait ses doigts trembler contre les siens. Yrsa avait rouvert les yeux. Sa respiration s'était calmée, mais elle restait recroquevillée sur elle-même.

 Pour la première fois depuis leur rencontre, Rùnar comprit à quel point elle était épuisée de lutter seule contre tout le reste.

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