I
Elle s’élance comme une chatte en détresse, peut-être une tentative d’échapper à un prédateur invisible. Amusée, je l’observe grandir dans mon champ de vision. D’un doigt sûr, appliqué sur le bouton idoine, je maintiens la porte de l’ascenseur ouverte. Elle est enfin là, charmante, essoufflée, déjà confuse.
Elle pose des sacs de papier au sol, décolle une mèche de cheveux bruns de sa peau rougie par la course.
— Merci, susurre-t-elle, entre deux accès d’une petite toux sèche, nerveuse, embarrassée.
Mon regard passe de son visage à ses pieds, malgré moi trop lentement, mais : pieds nus dans de fines chaussures.
— C’est l’hiver, vous devriez vous habiller plus chaudement.
Je la taquine gentiment.
— Les… les ultimes cadeaux de Noël… des chocolats. Mes nièces, ce soir ; et les magasins allaient fermer ! J’ai filé sans même penser à m’habiller.
Elle tousse de nouveau. Dans la chaleur ambiante, lourde et immobile, son visage se colore un peu ; une goutte de transpiration se faufile sur sa joue rosie. Elle dégrafe deux boutons de son manteau, se donne de l’air de la main. Sous l’étoffe, la peau nue.
— Alors, quel étage ?
Elle semble réfléchir, l’esprit ailleurs. Je porte la main à mon sac, en sors des pastilles pour la toux.
— Prenez cela, dis-je alors, cela vous fera du bien.
Elle arrondit sa bouche, juste assez pour que j’y glisse un comprimé translucide.
— Septième, me dit-elle, avant de faire rouler nerveusement le bonbon entre ses lèvres.
L’appareil démarre avec énergie. Elle perd l’équilibre, se retourne involontairement en prenant appui sur la paroi. Elle est contre moi. Je la retiens d’une main qui se glisse dans son manteau entrouvert.
Ma main sur son ventre nu, elle tourne la tête ; nos lèvres se frôlent.
— Je crois que… en fait, j’ai fort complètement oublié de m’habiller.
Mon doigt, de nouveau sur le bouton et la porte s’ouvre enfin.

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