7-1
Victoria et Alexandre s’étaient assis sur deux chaises alignées le long d’un mur. Ils se trouvaient à nouveau dans cette salle du palais de l’Elysée où ils avaient fait connaissance cinq jours plus tôt. Une éternité.
Autour de la table, au centre de la pièce, avaient pris place le président, le ministre de la Défense, ainsi que le chef d’état-major des armées, le CEMA, et ses trois adjoints le CEMAT – pour l’armée de terre –, le CEMM – pour la marine et le CEMAAE – pour l’armée de l’air et de l’espace. D’autres personnalités et conseillers étaient également présents dans la salle. Tous avaient les traits tendus et l’air concentré.
Un écran recouvrait la totalité du mur devant eux et permettait aux participants de suivre l’intervention des forces spéciales en direct. Les images provenaient des caméras individuelles des neuf hommes et des drones qui filmaient le bateau depuis les airs. Ils pouvaient également entendre les échanges radio du commando.
De là où il était, Alexandre pouvait voir le visage impassible du président.
La tension était palpable. Il était une heure du matin quand les premières images commencèrent à s’afficher sur l’écran.
Les murs épais ne parvenaient pas à faire obstacle au fracas de l’orage qui tonnait à l’extérieur.
Trois heures du matin. Neuf silhouettes palmées se mouvaient dans les eaux sombres du Détroit d’Ormuz. Grâce à leur équipement de vision nocturne submersible, elles pouvaient repérer la masse du LNG Surcouf et s’orienter vers leur cible. Un bref détour du côté de la proue du navire leur avait permis de s’assurer que l’hélice tournait au ralenti : nul besoin de la neutraliser, ce qui aurait alerté les occupants du bateau.
Quelques instants plus tard, une première ombre se hissait sur le pont du méthanier, suivie trente secondes après d’une deuxième ombre, puis d’une troisième. Enfin, les neuf membres des forces spéciales avaient pris pied silencieusement sur le pont. Enveloppés par la nuit, malgré la lumière blafarde de la lune, la présence des hommes en noir ne semblait pas avoir été repérée par les habitants du navire.
Ils réunirent rapidement leurs palmes, leurs bouteilles d’oxygène, les cordes et les grapins leur ayant permis d’escalader la coque du méthanier. Après avoir inspecté le local de stockage de l’ancre, où Préville avait choisi de se cacher, ils y disposèrent leur équipement à l’abri des regards.
Sébastien fut surpris par les bruits sourds provenant des cuves. Mais il comprit qu’il s’agissait du roll-over dont on lui avait expliqué le principe. La nuit était claire. L’air était chaud et sec. Le ciel noir était semé d’étoiles. Il restait deux petites heures avant le lever du soleil.
Dans l’obscurité, il chercha du regard les huit soldats qui l’accompagnaient : tous étaient vêtus de noir, un gilet pare-balle protégeant leur torse, coiffés d’un casque surmonté d’une caméra, leur équipement de vision nocturne sur les yeux. Ils avaient chacun un fusil d’assaut et une arme de poing. Tous étaient connectés par radio et un écran de la taille d’un smartphone sur leur bras leur permettait de se localiser mutuellement en temps réel.
Sa montre affichait 3h25. Donnant ses ordres par gestes, Sébastien fit signe aux groupes A et B d’avancer de chaque côté du navire le long des bastingages. Avec le groupe C, il grimpa sur la plateforme au-dessus des cuves et s’engagea le long des conduites de gaz et de GNL.
Ils étaient en contact avec une équipe à bord du Tonnerre qui les informaient en direct des mouvements des téléphones portables des terroristes. Ceux-ci étaient tous localisés dans le château arrière. Leurs collègues du Tonnerre surveillaient également les présences humaines grâce à leurs drones équipés de caméras thermiques. Les deux zodiacs de l’opération étaient prêts se rapprocher de l’échelle de coupée, dès qu’ils en recevraient l’ordre.
Ils progressaient rapidement sans faire de bruit, leurs équipements de vision nocturne leur permettant de contourner les obstacles. Sébastien pouvait sentir le froid qui émanait des conduites de GNL, créant des ilots de fraicheur dans la moiteur de la nuit.
Dans son oreillette, Sébastien entendit le son métallique de sa radio « ECHO à ALPHA C : présence d’un individu 15 mètres devant vous. » L’identifiant ECHO était celui du Tonnerre, ALPHA celui des nageurs de combat. Le Tonnerre les informait d’une présence humaine au-dessus des cuves.
Après avoir avancé pendant deux ou trois minutes sans encombre, ils localisèrent à dix mètres devant eux un membre d’équipage revêtu de la tenue bleue à bandes réfléchissantes. S’approchant de celui-ci, ils allaient l’interpeller à voix basse lorsqu’ils le virent lever un fusil d’assaut dans leur direction et faire feu.

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