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Sébastien et ses hommes tenaient le terroriste en joue. Tournant le dos à la proue du navire, ce dernier s’abritait toujours derrière Louis qu’il menaçait de tuer si les commandos prenaient l’initiative d’avancer vers lui. Depuis qu’il avait libéré toute la puissance des moteurs du navire, il se désintéressait de la trajectoire du méthanier.
Les militaires faisaient face à la vitre et voyaient la ligne des bateaux militaires se rapprocher dangereusement.
Sébastien avait demandé aux remorqueurs d’intervenir mais il leur fallait au moins quinze minutes pour arriver au contact du Surcouf. Et si les bateaux qui bloquaient la route du Surcouf ne bougeaient pas, la collision semblait inévitable.
L’inquiétude de Sébastien augmentait à mesure que les bateaux de guerre devenaient plus visibles et menaçants.
Un sentiment d’impuissance l’envahissait. Il pourrait certes sacrifier la vie de l’otage mais ça ne changerait probablement rien compte tenu de la masse du navire et de son inertie : lancé à pleine vitesse, il était désormais impossible de freiner la lourde embarcation sur une distance aussi courte, ni même de faire un virage serré pour éviter les obstacles.
Dans son oreillette, on lui communiquait le temps restant avant l’impact avec les remorqueurs : encore douze minutes. Ce n’était certainement pas l’option préférée initialement mais c’était maintenant leur dernier recours. Même si le risque d’explosion était désormais minime depuis que Préville avait désamorcé les charges et que la plupart des terroristes avaient été neutralisés, l’impact du choc d’un remorqueur sur la structure du bateau constituait une inconnue. Il fallait que les pilotes visent précisément l’une des flèches peintes sur la coque pour désigner les endroits prévus pour la poussée des remorqueurs. Mais même en visant ces flèches, la violence du choc pouvait fragiliser l’intégrité des cuves et provoquer une catastrophe difficile à envisager.
Pendant qu’il se faisait ces réflexions, le navire se trouvait désormais à quelques encablures du bâtiment militaire qui lui bloquait la route. Cependant il sembla à Sébastien que ce dernier s’était mis en mouvement. Et malgré sa forte inertie, il y avait peut-être un espoir que la collision soit évitée.
Encore quelques efforts et le bateau militaire sembla s’arracher péniblement au piège tendu par le terroriste.
Sébastien avait du mal à le croire : le Surcouf passait à moins de dix mètres de l’autre navire.
Plus rien ne pourrait arrêter sa course avant la côte qui était désormais à moins de dix kilomètres.
Le terroriste était gagné par la sérénité. Il s’était fait manipuler et ne pouvait plus faire exploser le navire comme prévu. En revanche, il savait que la côte était proche et qu’à la vitesse maximale du bateau, ils iraient se fracasser sur les rochers en moins d’une demi-heure.
Il ne détachait pas son regard des militaires en face de lui. Ceux-ci avaient retiré leur équipement de vision nocturne et leurs visages étaient tous visibles. Le djihadiste ne pouvait pas voir ce qui se passait derrière lui, mais il pouvait voir les expressions sur les visages des soldats. Si certains restaient impassibles, d’autres, plus jeunes peut-être, avaient du mal à cacher leur inquiétude face au spectacle qu’ils avaient devant eux.
Le djihadiste sentait l’anxiété monter chez ses adversaires.
Puis soudain, il vit dans son champ de vision périphérique une vaste masse sombre défiler rapidement et sentit des vagues plus violentes frapper la coque du méthanier. Il lut le soulagement sur le visage de certains des militaires devant lui.
Le CEMM expliquait au président la position des deux remorqueurs et la manière dont ils allaient « harponner » le méthanier.
« La puissance des remorqueurs se mesure en tonnes de Bollard Pull. Pour des pétroliers ou des méthaniers, on utilise généralement des remorqueurs qui affichent entre 50 et 70 tonnes BP. » Le président écoutait attentivement les explications de l’amiral. « Ici, les deux remorqueurs auxquels on a fait appel affichent chacun une puissance supérieure à 100 tonnes BP. Ce sont des équipements assez rares, généralement dédiés aux opérations off-shore. L’un provient d’Abu Dhadi et l’autre du Qatar. »
L’amiral poursuivait son discours pendant que l’auditoire gardait les yeux fixés sur l’écran où le Surcouf poursuivait sa course.
« Ce sont des machines très puissantes, mais leur vitesse de pointe de dix-huit nœuds reste inférieure à celle du méthanier qui est actuellement de vingt-deux nœuds. Notre chance est qu’ils sont positionnés au sud du Surcouf. Ils vont donc essayer de lui couper la route. »
« Vous voulez dire qu’ils recherchent une collision frontale avec le Surcouf ? » interrogea le président en écarquillant les yeux.
L’amiral regarda le président et lui répondit sur un ton posé : « Non, l’idée est de tamponner le méthanier de manière latérale pour le détourner de sa route actuelle qui le dirige vers la côte. »
« Ah oui, en effet. Ça a plus de sens. » Le président semblait un peu honteux d’avoir envisagé le scénario d’un choc frontal. Mais Alexandre avait le sentiment qu’il était loin d’être le seul dans la salle à avoir eu cette pensée.
« Cela étant, même un choc latéral n’est pas sans danger. Les remorqueurs devront faire attention à viser les points prévus sur la coque du méthanier. Ceux-ci sont matérialisés par une flèche et désignent les points de la structure renforcés pour permettre la poussée des remorqueurs au cours de manœuvres portuaires. En revanche, ces points n’ont pas été prévus pour absorber un choc important. »

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