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Alexandre et Victoria étaient arrivés ensemble au Palais de Justice de Paris sur l’île de la Cité. Alexandre tenait la main de la jeune femme dont le ventre commençait à s’arrondir.

Trois années s’étaient écoulées depuis le dénouement de l’affaire du LNG Surcouf mais les évènements étaient encore bien présents dans leurs mémoires. Cette semaine de septembre avait laissé une empreinte profonde dans leurs vies.

Les tensions internationales s’étaient résorbées d’un coup avec le dénouement de la crise du LNG Surcouf et la reprise de la libre circulation des tankers dans le détroit d’Ormuz. Un nouvel équipage avait été hélitreuillé en urgence sur le méthanier pour le conduire à son port de destination et y décharger sa cargaison. La cellule de crise d’EUROGNL avait été clôturée quelques heures après et une réunion de retour d’expérience avait été organisée par la suite. De nombreux enseignements en avaient été retirés sur différents plans. Celui de la sécurité des navires, bien entendu, mais également sur le plan technique avec la gestion d’une cargaison en situation de roll-over et sur le plan de la gestion de crise.

Le procès avait débuté deux semaines plus tôt et le couple avait pu assister à la plupart des audiences. C’était la première fois qu’ils assistaient à un procès d’assises et celui-ci approchait désormais de son terme.

Après avoir franchi les portails de sécurité, ils avaient pénétré dans la cour du palais qui fut, avant le Louvre et Versailles, la première demeure des rois de France entre le Vème et le XIVème siècle. Alexandre connaissait déjà les lieux pour avoir visité la Conciergerie, célèbre pour avoir été la prison de la reine Marie-Antoinette, et la Sainte Chapelle. Cette dernière était un édifice gothique enchâssé dans les bâtiments du palais comme une noix dans sa gangue. La chapelle, une merveille architecturale du XIIIème siècle, avait été construite par le roi Louis IX à un jet de pierre de Notre Dame de Paris, comme un écrin de lumière pour abriter la Sainte Couronne d’épines qu’il venait d’acquérir. Alexandre avait un souvenir très précis de ces murs de vitraux colorés s’élançant vers le ciel, soutenus par des colonnes éparses et presque invisibles. L’ensemble donnait une puissante impression de grandeur et de légèreté : un véritable travail d’orfèvre dont la technique s’était perdue au fil des siècles.

Il était plaisant que ce joyau du règne de Saint Louis, réputé pour sa grande justice, subsiste aujourd’hui dans cette enceinte républicaine où se jugent les crimes les plus graves. Alexandre y voyait comme un clin d’œil de l’Histoire.

Le procès était très médiatisé et le couple mesurait sa chance d’y assister. Ils avaient été des témoins privilégiés de ces évènements dramatiques et avaient gardé contact avec Kader. A l’invitation de ce dernier, ils avaient eu l’occasion de rencontrer Mohamed au parloir de la prison de la Santé.

La salle des grands procès où se tenait l’audience avait été aménagée en 2021 dans la salle des pas perdus, adossée à la Conciergerie, du côté de la cour opposé à la Sainte Chapelle. Il s’agissait d’une salle temporaire, aménagée dans un vaste hall datant du XIXème siècle. Elle pouvait accueillir, dans un décor minimaliste où dominaient les tons de bois clair du mobilier, plusieurs centaines de spectateurs qui disposaient d’écrans pour suivre les échanges. Le sol était recouvert de moquette et l’ensemble donnait une impression de cocon chaleureux dans le cadre austère du palais de justice.

Ils prirent place dans les premiers rangs de l’auditoire, derrière les bancs de la défense.

Contrairement aux procès d’assises classiques, celui-ci se déroulait sans jury citoyen, devant une formation de juges spécialement désignée pour les affaires de terrorisme. Outre la présidente du tribunal, l’accusé était jugé par six assesseurs, tous magistrats professionnels.

La présidente était une femme d’une cinquantaine d’années, le port altier et le visage grave. Les cheveux poivre et sel noués en chignon, son regard perçant était encadré par des petites lunettes rondes. Elle était vêtue d’une robe de soie rouge et parements noirs avec de larges manches à revers bordés d’hermine, une bande de fourrure blanche bordée d’hermine sur l’épaule et deux rabats blancs sur la poitrine où étaient agrafés les insignes de la légion d’honneur et de l’ordre du mérite.

Les audiences s’étaient succédé jusqu’à ce jour, depuis la lecture de l’acte d’accusation jusqu’à l’audition de tous les témoins. Parmi ceux-ci, Victoria et Alexandre avaient noté les témoignages d’Omar, seul rescapé des garde-côtes omanais, de Karem et du commandant des forces spéciales dont seul le prénom « Sébastien » avait été rendu public. Ils avaient également écouté avec attention l’intervention de Kader pour tenter d’expliquer le cheminement de son ami. Le récit de Louis de Préville leur avait fait revivre la tension de ces journées fatidiques. Enfin, ils avaient été touchés par les paroles de Manon, prononcées avec émotion, refusant d’accabler l’accusé malgré l’évidence des faits.

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