Préface
Cet acte n’est pas numéroté.
Non par choix artistique, mais par respect strict des usages romains.
Le Sénat ayant statué que le zéro n’existait pas, il fut décidé que cet acte n’existerait pas non plus.
Le lecteur est toutefois autorisé à le lire.
Les historiens s’accordent à dire que l’Empire romain a laissé derrière lui des routes, des lois, des aqueducs et une quantité inquiétante de décisions prises trop vite.
Parmi celles-ci, l’absence du zéro demeure l’une des plus mal comprises.
Il ne s’agit pas ici d’un oubli.
Ni d’une erreur.
Mais d’un choix.
Car les Romains comptaient ce qui existait.
Et ce qui n’existait pas… ne méritait pas d’être compté.
C’est dans ce cadre rigoureux, logique selon les standards de l’époque, que furent gérés les troupeaux impériaux. Des troupeaux vastes, laineux, bruyants, et parfois légèrement plus nombreux que prévu. Lorsque le comptage devenait incertain, l’administration romaine appliquait une règle simple : ce qui dépassait la compréhension devait disparaître.
Officiellement, il n’y eut jamais de problème.
Officieusement, les collines se turent.
Les moutons, longtemps considérés comme dociles et parfaitement remplaçables, commencèrent à adopter des comportements inattendus. Attente prolongée. Déplacements coordonnés. Regard fixe. Une évolution discrète, mais constante, née d’un principe fondamental : ne jamais être le dernier compté.
Le présent ouvrage ne prétend pas rétablir la vérité historique.
Il se contente de rassembler des chroniques, des témoignages douteux et des conclusions hâtives, afin de retracer ce que l’Empire refusa toujours d’écrire.
Ce livre parle de chiffres.
Il parle d’erreurs.
Il parle de moutons.
Et surtout, il parle de ce qui arrive lorsqu’un empire décide qu’un nombre n’est pas nécessaire.
Le lecteur est invité à poursuivre avec prudence.
Certains chapitres sont longs.
D’autres inutiles.
Tous sont parfaitement officiels.

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