Chapitre 120 : Petit Steve et Grand Steve
Ally
- Bonjour, bienvenue... Entrez. Content de vous revoir, Ally et Stair !
Nous suivîmes notre hôte jusqu'à un grand salon et prîmes place dans un confortable canapé. Stair déposa ses deux basses dans un coin alors que j'installai Steve sur mes genoux.
- Vous voulez boire quelque chose ? Bière ? Thé ?...
- Une bière, volontiers, fit mon chéri.
- Je veux bien un thé, merci, ajoutai-je.
- Et pour Steve ?
- On a ce qu'il faut, j'ai prévu, merci, dis-je.
Steve regardait tout autour de lui, avec curiosité.
- Alors, le voilà, ce petit bonhomme !
- Eh oui, fit mon chéri. Petit Steve.
- Et je vois qu'il a toute la panoplie requise...
- Il adore son doudou Eddie ! ris-je.
Et pour confirmer mes dires, Steve agita devant lui la mascotte en s'exclamant :
- Di ! Di !
- Eh ! Il m'impressionne !
- Stair est très fier car c'est le premier mot qu'il a réussi à prononcer, avant même de dire "maman" ou "papa"...
- C'est vrai, renchérit mon chéri. Ma sœur, elle, est très déçue, car elle lui avait offert un joli nounours bleu, mais il a choisi Eddie...
- Et il n'en a pas peur ?
- Apparemment non.
- Il faut dire qu'il voit son père avec tous les jours, depuis sa naissance, fis-je. Je pense qu'Eddie ne l'impressionne pas du tout.
Cela fit bien rire Steve Harris.
Nous avions pu répondre à son invitation de passer chez lui, à Londres. J'avais accompagné Stair avec Steve. Les Dark devaient en effet se produire dans deux jours, pour l'un de leurs concerts de reprise. Nous avions donc profité de l'occasion alors que Steve Harris était disponible.
- Alors, quels sont les projets des Dark ?
- On avance pour la maison de production, répondit Stair. L'inauguration officielle aura lieu en mai. En attendant, on peaufine, enfin, ce sont surtout notre manager et son assistante qui peaufinent, nous, on joue...
- Et c'est le plus important. Je vais venir vous voir avec Dave et Adrian, après-demain. Ils sont dans le coin en ce moment.
- C'est sympa, fit Stair. Et sinon, on a déjà des dates pour cet été. Le Hellfest, les festivals de Glasgow et Edimbourg. Et Treddy est en train de discuter pour nous faire rejouer sur l'île de Skye. On s'y était produits quand il était entré dans le groupe, lorsqu'on avait fait une mini-tournée en Ecosse. C'était chouette.
- On n'y a jamais joué, mais j'en ai entendu parler. C'est un peu Woodstock, un peu foutraque, mais très bon enfant, je crois.
- C'est bien résumé ! ris-je. Et je crois bien que plus il pleut, plus le public est ravi et fait la fête !
- Heureusement pour les Ecossais qu'ils n'ont pas peur de la pluie, fit mon chéri.
- Et le prochain album ?
- On va entrer vraiment en studio en septembre. On a déjà plusieurs nouvelles chansons, certaines qu'on a déjà enregistrées, que tu pourras découvrir lors du concert. On commence à les jouer et l'accueil est plutôt bon.
- Tu es modeste, mon chéri, fis-je. L'accueil est excellent !
- Baby... Chais bien que Jenna, Edna et toi êtes nos premières fans, mais quand même, faut pas exagérer non plus.
- C'est toi qui minimises les retours. Lucky m'a dit que sur le site internet, ils étaient très bons !
Steve Harris sourit à nous écouter, puis il dit :
- C'est chouette. C'est toujours le saut dans l'inconnu quand on présente de nouveaux titres, même si on les bichonne, qu'on les aime et qu'on se dit : "celui-là, il va faire un carton !". Mais on n'est jamais sûr de rien et de toute façon, c'est le public qui a le dernier mot...
Stair
C'était l'occasion ou jamais. J'étais ravi de pouvoir répondre enfin à l'invitation de Steve Harris de passer chez lui pour faire un bœuf. Ally m'avait accompagné avec bébé Steve. C'était aussi l'occasion de le lui présenter. Nous nous installâmes vite dans le studio, Ally prit place dans la partie réservée à l'ingénieur du son, afin de protéger les oreilles de notre petit bonhomme. Nous n'avions pas l'intention de jouer trop fort de toute façon, mais deux précautions valaient mieux qu'une.
J'étais très touché de me trouver ici, non seulement de pouvoir jouer à nouveau avec mon idole, et que ce soit, en plus, chez lui, dans ce studio où Iron Maiden avait enregistré plusieurs albums.
Nous nous échauffâmes un moment, tranquillement, puis Steve lança la machine. On se répondait l'un l'autre, un peu comme on l'avait fait lors du concert de soutien, sur certains morceaux et notamment sur Reviens !. On enchaîna ainsi toute une série de morceaux, passant de ceux des Dark à ceux de Maiden avec beaucoup de fluidité, de naturel. C'était vraiment une bonne séance. De temps en temps, je regardais vers la vitre et je voyais Ally qui affichait un grand sourire et Steve qui était très attentif et parfois, tapait dans ses mains.
Cela devait faire une petite heure à peine que l'on jouait, lorsque la porte du studio s'ouvrit. Je ne le remarquai pas, concentré que j'étais sur mon jeu. Je n'avais pas encore changé de basse, jouant avec ma première Fender. Ce fut lorsque quelques notes de guitare résonnèrent que je levai enfin la tête et vis Dave Murray. Il m'adressa un sourire et se cala sur nous, nous accompagnant pour la mélodie. On était en train de jouer Alexander the Great.
A la fin du morceau, nous marquâmes une pause. Je saluai Dave, le remerciant de sa présence. Puis je changeai de basse. Je vis bien que, d'emblée, j'avais attisé la curiosité de Steve Harris.
- C'est une nouvelle ?
- Oui, répondis-je. Je l'ai achetée avant de quitter Manchester. Elle a été fabriquée par un luthier français. Elle sonne du feu de dieu. Ally adore quand je joue avec. Je pense que je vais l'utiliser sur plusieurs morceaux du prochain album.
- Je suis curieux de t'entendre, dit Steve.
- Moi aussi, fit Dave. Je ne connais pas cette marque. Et toi ? fit-il en s'adressant à Steve qui lui répondit par un signe de tête à la négative.
Je branchai donc ma basse, l'accordai et commençai à jouer. La ligne de Remember Tomorrow. Derrière la vitre, Ally et Steve affichèrent un grand sourire et Ally m'adressa un petit signe de la main. Je m'en sentis très touché, comme un souvenir de ce petit signe qu'elle faisait durant nos tout premiers concerts.
A la fin du morceau, Steve dit, avec une moue appréciatrice :
- Je comprends pourquoi Ally l'aime bien. Elle a un très beau son. Chaud et grave, bien rond. Oui, vraiment.
Dave agréa, puis ils reprirent eux aussi leurs instruments et nous continuâmes notre petite session.
Ally
Ce fut un très chouette moment. J'étais vraiment heureuse d'assister à cette improvisation, entre Steve Harris et Stair, bientôt rejoints par Dave Murray. J'avais toujours trouvé ce dernier très sympathique, toujours souriant, simple. Je ne l'avais jamais vu faire la tête, ni même avoir l'air fatigué. Par certains côtés, Treddy me faisait penser à lui, avec son caractère toujours égal, posé.
Tous les trois passèrent aussi un bon moment et Steve et moi appréciâmes beaucoup de les regarder et les écouter. Notre petit bonhomme, bien calé sur mes genoux, les fixait religieusement, tout en tenant son doudou Eddie bien serré. Il adorait quand Stair jouait à la maison et j'imaginais déjà que dès qu'il saurait marcher tout seul - ce qui ne saurait tarder - il se glisserait dans la petite pièce aménagée, pour y écouter son père.
A un moment, Steve demanda à Stair, en parlant de sa nouvelle basse :
- Je peux l'essayer ?
Stair la lui tendit bien volontiers.
- Je suis curieux de voir le son que j'obtiendrai, continua-t-il. Tiens, si tu veux, échangeons.
Et Stair prit, religieusement, la basse blanche et bleue, avec le logo du club de football de West Ham United FC. C'était l'instrument de son idole et il la tenait pour la première fois entre ses mains. Lorsqu'ils avaient improvisé ensemble, après le concert du Hellfest, ils avaient gardé chacun leur instrument, n'avaient pas fait d'échange. Puis il passa la sangle autour de son cou, la régla pour que la basse tombe bien pour lui. Derrière la vitre, je pris quelques photos en pensant que Speedy allait être raide dingue quand je les lui montrerais : il aurait voulu être là, c'était certain, pour immortaliser ce moment.
Stair jouant avec la basse de Steve Harris.
Et là, je m'étonnai, alors que Stair et Steve avaient l'air de bien s'amuser. En fait, quand Stair se mit à jouer, cela sonna... comme du Stair jouant pour les Dark. Même avec la basse de Steve. Et inversement. Comme quoi, l'instrument ne faisait pas tout. Après quelques mesures d'improvisation, Stair se lança dans The Trooper, puis Steve embraya avec Fire Man, Dave les accompagnant. IIs reprirent ensuite chacun leur basse.
Tout en les observant, je pensai à ce que Stair m'avait raconté un jour, comment étaient nées sa passion, son envie de devenir musicien. Je ne le connaissais pas encore quand il avait commencé à apprendre à jouer, quand, avec Lynn, ils passaient des heures à l'école de musique de leur quartier, à répéter et s'entraîner, encore et encore. Aujourd'hui, il était le bassiste d'un grand groupe de hard-rock, un groupe aux bases solides, comptant désormais cinq musiciens à part entière. Plus un entourage très professionnel et prêt à les suivre dans l'aventure de l'indépendance. Mais aujourd'hui, il était aussi, encore, le petit garçon béat d'admiration pour son idole, déjà totalement influencé par son jeu, son aisance, son énergie et sa créativité.
Et cela sautait vraiment aux yeux.

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