Chapitre IV : Au cœur des montagnes
Le jeune homme fut parcouru par un horrible frisson. Il avait chaud, vraiment très chaud, de la sueur perlait de son front et sous ses vêtements.
Lorsqu'il gémit brièvement, une main vint se poser sur son épaule, non pas pour l'empêcher de bouger mais pour le rassurer. Le contact physique le fit sursauter, dans son sursaut il tomba et se cogna la tête sur quelque chose, visiblement un meuble en bois.
« Oh là ! Tout va bien, tu es en sécurité », lui dit une voix de femme, bizarrement grave et rocailleuse.
« Où suis-je ? Qui êtes-vous ?! ». Il arracha son bandeau, découvrant la salle où il se trouvait.
Les murs de la pièce étaient taillés dans la roche, une légère humidité régnait dans l'air, rendant l'atmosphère assez oppressante. Il venait de tomber d'un lit de pierre recouvert d'une peau de bête, pour venir se cogner contre un buffet, sur lequel reposait des vêtements ainsi qu'une chandelle, illuminant l'endroit. Il y avait également une table entourée de deux chaises, un porte-manteau, une armoire ainsi qu'un râtelier d'arme, sur lequel reposait ses trois épées.
En face de lui, de l'autre côté du lit, une femme le fixait, l'air vaguement inquiet. Sa taille avoisinait les un mètre vingt. Ses cheveux roux tombaient sur ses épaules, son visage un peu bouffi était marqué de tache de rousseur. Ses yeux d'un brun profond cherchaient son regard, pour vérifier que tout allait bien. Elle portait une blouse de couleur blanche, et dans une de ses poches reposaient des ustensiles de chirurgie.
« Je m'appelle Tilda, je suis médecin », lui répondit-elle.
« Vous êtes une naine ?! ».
« Bien observé », elle contourna le lit et posa une main sur son front, tout en touchant également le siens. « Hum, la fièvre est tombée, c'est bien. Mais vous transpirez encore beaucoup, il vous faut du repos ».
« Pourquoi ce bandeau ? Dite moi où je suis ! », s'énerva Loukas. Ses membres engourdis lui interdirent tout mouvement trop brusque.
« Ce n'est pas à moi de répondre à vos questions, je suis là pour vous soigner, et c'est ce que j'ai fait jusqu'à présent. Je vais aller les prévenir de votre réveil, ne bougez pas ». Elle commença à s’éloigner en direction de la porte.
« Attendez ! Mon compagnon, mon dragon, où est-il ?! ».
« Oh, vous le verrez bientôt, il est en pleine forme, quoi qu'un peu fatigué. Ne vous inquiétez pas pour lui ».
Les mots de la soigneuse réconfortèrent le Maître de la Terre, sans pour autant le rassurer entièrement, il ne le serait que lorsqu'il aurait constaté par lui-même que Claod allait bien.
En se relevant pour s'asseoir au bord du lit, il tituba, se rattrapant de justesse à l'armoire. Il constata que le plafond était vraiment très bas, et aussi qu'il n'avait encore pas beaucoup de force.
La porte s'ouvrit de nouveau, et une autre femme entra, une humaine. Elle avait des cheveux ondulés, d'un blanc de nacre, virevoltant librement sur ses épaules. Elle portait une armure légère faite d'un alliage bleuté et argenté, avec quelques parties faites de cuir et de fourrure, ainsi qu’une cape brune. Sa peau était lisse, sans imperfection, mais c’étaient ses yeux, d'un bleu azuréen qui le frappèrent le plus. Ils se posèrent sur lui alors que ses lèvres pulpeuses s'ouvraient, pour ne laisser sortir aucun son.
Plus petite que lui, sa main n'avait pas quitté la poignée de la porte. Elle resta là, sans bouger pendant une dizaine de seconde, rendant le moment assez gênant car Loukas ne savait pas comment réagir.
Un large sourire illumina soudain son visage, rehaussant ses pommettes et déstabilisant encore plus le jeune homme. Son esprit reçu l'écho d'un choc soudain, comme s'il venait d'entendre un coup de tonnerre.
L'instant d'après, la jeune femme, qui devait avoir à peu près son âge, avait les larmes aux yeux. Il remarqua qu'elle avait une épée dont le manche, le pommeau et la garde étaient taillés dans ce qui ressemblait à un os énorme.
« Je ne les ai pas cru lorsqu'ils m'ont dit avoir trouvé un humain dans les montagnes, et pourtant tu es bien là ! », déclara-t-elle en ouvrant les bras. « J'ai plein de question ! Commet dois-je t'appeler ? ».
« Je... Loukas ».
« Enchanté Loukas, je m'appelle Marianne ! », elle s'approcha, attrapant sa main pour la serrer vigoureusement. Sa paume était chaude et douce, maintenant qu'elle était plus proche, Loukas put sentir qu'elle dégageait une odeur d'encens et de vieux parchemins.
Un violent pic de tête le frappa, il se tint le crâne en chancelant et s'assit sur le lit, épuisé.
« Aïe ! Tout va bien ? », demanda Marianne, interloquée.
« Excuse-moi, je viens juste de me réveiller ».
D'un mouvement instinctif, il observa sa nouvelle rencontre de haut en bas, avant de projeter son esprit vers le siens. Elle n'en fut pas décontenancée et l'accueillit dans sa tête avec un léger sourire.
Il sentit une odeur magique, comme celle qu'il ressentait lorsqu'il était en présence d'un Maître, se rappelant de l'odeur de quartz de son cousin, de celle de poussière et d'acier de Yann, et surtout de l'odeur de bois brûlé d'Amanda.
Ici, il ne sentit pas vraiment une odeur mais plutôt une sensation, la sensation d'un frémissement, la sensation qu'il avait lorsqu'il avait la chair de poule, une sorte de tressaillement électrique, accompagné d'une légère touche d'ozone et de cuivre.
« Je ne comprends pas », balbutia-t-il.
« Quoi donc ? ».
« Dans ton esprit, je sens quelque chose ».
Elle sautilla sur place, « Tu es un Maître pas vrai ?! De la Terre si je peux faire une supposition ! ».
« Oui », murmura-t-il en baissant les yeux. Sa tête lui faisait encore plus mal.
« Te sens tu assez fort pour venir visiter un peu l'endroit où nous sommes ? Si tu préfères te reposer je te laisse tranquille, ne tant fait pas ».
« Au point où j'en suis, autant tout découvrir d'un coup. Je n'aime pas les surprises ». Il soupira longuement avant de se relever, se dirigeant vers ses armes.
« Tu n'en auras pas besoin », gloussa Marianne.
Après un moment de réflexion il décida de lui faire confiance. Même s'il ne la connaissait pas et ne savait pas encore où il était.
« Je te suis ».
« Parfait ! », elle frappa dans ses mains, un immense sourire découvrit ses dents blanches. Elle l'invita à passer avant lui.
Avec la plus grande des appréhensions, il passa devant, avec l'espoir de vite retrouver Claod. En sortant il déboucha dans un grand couloir percé de plusieurs autres portes, du même type que celle qui fermait sa chambre. Une alcôve accueillait un bureau ainsi que plusieurs meubles médicaux, la chirurgienne naine attentait patiemment, assise sur un tabouret et griffonnant sur une feuille de papier.
Marianne lui indiqua la porte massive à l'autre bout du couloir, il se dirigea vers elle et l'ouvrit.
Devant lui s'étendait les rues d'une ville bâtit entièrement en pierre taillée, au sein d'une grotte souterraine absolument gigantesque. Tous les murs, les portes et les habitations étaient taillés à même la roche de la montagne, le plafond s'élevait à presque trois-cents mètres au-dessus d'eux, soutenu par d'énormes piliers en spirales partant depuis, différentes places publiques.
Chaque pierre était taillée pour être en parfaite cohésion avec l'environnement, si bien que les bâtiments se fondaient intégralement dans le décor, les toits étaient même agrémentés de stalagmites de toutes tailles.
Des braseros étaient disséminés à chaque recoin de la cité afin que la visibilité soit correcte.
Loukas était sur le haut d'un escalier, lui offrant une vue parfaite pour admirer la ville en contre-bas. Des centaines de nains parcouraient les rues, s’affairant à des tâches diverses. Le jeune homme remarqua qu'ils étaient encore moins grand que ceux qu'ils avaient pu voir par le passé, ils se tassaient sur eux même et étaient moins enrobé.
« Mais, dans quelle cité sommes-nous ? Ces nains ne ressemblent pas à ceux que j'ai pu rencontrer. Ce n'est pas une des cités des six tribus ? », demanda Loukas, en faisant référence aux montagnes de ses curieux petits personnages, que l'on pouvait retrouver au sud-est du royaume du Feu. Elles étaient protégées par six passages, gardés par six tribus, toutes spécialisés dans un domaine particulier. Il savait que la tribu des Premiers était la meilleure dans le taillage de pierre, les Deuxièmes se montraient particulièrement fort dans le domaine de la joaillerie. Quant aux Troisièmes, en tant qu'ingénieur, ils étaient techniquement capables de fabriquer des machines à vapeur avec des rouages complexes. Les Quatrièmes étaient les meilleurs forgerons, les Cinquièmes, les plus puissants combattants et enfin pour finir, les Sixièmes regroupaient les nains pouvant faire appel à la magie.
« Bienvenue à Disimulâcre, capitale de la tribu des Septièmes », proclama Marianne en le rejoignant sur le palier.
« Pardon, j'ai du mal comprendre. Tu as bien dit, la tribu des ''Septièmes'' ? », s'exclama le Maître de la Terre. Il considéra la jeune femme avec attention, en attente d'explication.
Son interlocutrice hocha la tête, contente de son petit effet. « Oui, c'est bien ce que j'ai dit, mais ce n'est pas à moi de t'expliquer cela. Ce sera plutôt à la reine Lynya Tisse-Murmure de t'en parler ».
« Et pour ce qui est de toi ? Que fais-tu ici ? D'où viens-tu ? ».
« Moi ? J'ai toujours habité ici ».
« Tu ne viens pas d'un royaume élémentaire ? ».
« Oh si, enfin non, pas au sens où tu l'entends. C'est difficile à expliquer, je tacherai de trouver les mots pendant que nous marchons ».
« Et vers où m'emmènes-tu exactement ? Tu me réserves d'autres surprises du même genre ? », s'inquiéta le dragonnier, qui doutait déjà d'être en face d'une tribu secrète dont il n'avait jamais entendu parler.
Elle le regarda d'un air malicieux, « Oui, juste une, ne t'en fait pas. Suis-moi, nous allons au centre de la cité ». Elle commença à descendre l'escalier.
Empli de doute, Loukas la suivie de près, les yeux rivés sur les nains. Il tenta de déceler une faille dans les informations que lui donnait Marianne. Mais rien n'y faisait, ce peuple était unique. Il formula l'idée d'une communauté reculée plutôt qu'une réelle tribu. La différence étant leur nombre, car les tribus comptent des millions d'individus, mais à mesure qu'ils parcouraient les rues, ils croisaient toujours plus d'habitants et il commença à douter de son hypothèse. Surtout lorsqu'ils traversèrent un marché bondé où il était presque impossible de se déplacer sans jouer des coudes.
Les nains le dévisageaient parfois, le détaillant sous toute les coutures, mais ils ne semblaient pas faire attention à Marianne, qui s'arrêtait parfois pour en saluer quelques-uns, spécialement devant les tavernes et autres auberges.
« Il y a du monde dans les bars, quelle heure est-il exactement ? C'est difficile à deviner sans le ciel au-dessus de la tête ».
« Il est un peu plus de dix-neuf heure, alors oui les tavernes sont pleines et les habitants préparent le dîner, font leurs courses, discutent avec leurs amis. La vie suit son cours, ici », répondit Marianne en tapant amicalement l'épaule d'un nain à la chevelure et la barbe rousse, qui buvait une chope avec d'autres camarades à lui. Il lui tapota la main en signe d'affection, arborant un large sourire.
« Viens, nous y sommes presque ». Ils arrivaient en vue d'une place particulièrement grande, en son centre se trouvait le plus grand des piliers s'élevant vers les hauteurs, retenant le plafond minéral. Fait de pierre blanche, il semblait taillé d'un seul bloc et était entouré de quatre statues, représentant – à première vue – des humains.
Loukas commença à discerner d'autres hommes et femmes, se rassemblant autour du pilier. Leurs cheveux étaient similaires à ceux de Marianne, ainsi que leurs vêtements. Bien que peu d'entre-eux portaient des armures, les couleurs étaient en accords et combinaient le bleu, le blanc et l'argent. Au-devant des maisons entourant la place, des enfants jouaient tranquillement avec des figurines en pierres, ainsi qu'avec de curieux petits gadgets mécaniques.
« Voici mon peuple. Les nains nous ont laissés ce quartier pour que nous puissions vivre à leurs côtés », déclara Marianne.
« Vos cheveux, vous êtes... Vous êtes des membres du royaume de l'Air ?! ».
« Non, tu as tout faux, Loukas. Regarde ces statues de plus près ». D'une main, elle l'invita à s'approcher.
La première montrait un homme, un guerrier massif portant une armure complète, stylisée à la manière des anciens elfes. Les détails gravés dans la pierre était édifiant, le jeune homme remarqua bien la façon de faire des nains. L'art minéral était une de leur spécialité.
Le guerrier tenait entre ses mains un espadon large, faisant presque sa propre taille. Un bouclier était également attaché dans son dos par de solides lanières.
La deuxième statue représentait également un guerrier, moins grand que le précédent mais avec le même air carnassier, ainsi que la même armure. Son crâne était chauve et ses sourcils broussailleux, ses yeux étaient plissés et il avait un bouclier large ainsi qu'une épée à une main, avec une garde recourbée vers le haut de la lame.
Jusqu'ici Loukas n'était pas plus avancé, il ne savait pas de qui il s'agissait et aucune plaque ne donnait le nom de ces personnes. Un regard en coin à Marianne le convint de continuer son inspection.
La troisième statue était très intéressante. Elle montrait une femme, plus petite que les deux hommes vus plus tôt, mais qui portait une sorte de tenue en tissu, similaire aux robes que porte habituellement les mages, ainsi qu'une cape touffue, sans doute en fourrure. D'une de ses paumes, levées vers le ciel, sortait un énorme éclair, parfaitement bien représenté, cela avait dû être très difficile à réaliser. Son autre mais tenait un bâton lisse et taillé.
L'expression renvoyée par son visage était cependant indéchiffrable. Mais Loukas ressentait une pointe de résignation, comme si cette personne était en pleine action et devait prendre une décision difficile.
« Une mage utilisant l’énergie de la Foudre ? », se demanda le jeune homme.
« Oui. Va voir la dernière statue », lui conseilla Marianne. C'est autour de celle-ci qu'il y avait le plus de monde.
Loukas tourna autour du pilier, son regard se posa sur un homme portant une tenue plus discrète, une armure légère, visiblement en tissu et surmontée par un grand manteau, percé de nombreuses chaînes et lanières. Il avait aussi une paire de bottes, et des mitaines, cachant une bonne partie de ses mains.
Son visage impassible et fermé était entouré d'une barbe courte, parfaitement taillée. Un diadème étincelant serti de trois gemmes était posé sur son front.
Dans sa main, il tenait une épée. Une lame unique dont la garde semblait faite en un fragment d'os d'une créature titanesque. Les courbures étaient parfaitement réalisées, donnant à l'épée une allure macabre.
Loukas détailla l'épée sous tous les angles, et son regard se reporta avec méfiance sur Marianne, ainsi que sur l'arme à sa ceinture.
En le voyant faire, elle dégaina lentement, et tendit la pointe de la lame en sa direction. Le fil de l'épée se mit à briller, le métal tinta bruyamment en sortant du fourreau. Ce n'était pas de l'acier ordinaire.
La main de la jeune femme fut parcourue d'un arc électrique pur d'une blancheur magique incertaine, vacillant entre le vert et le bleu. L'éclair insuffla d'autant plus de lumière dans la lame, un crépitement se fit entendre.
Les humains aux alentours lancèrent une forte ovation envers Marianne, levant les mains et criant leur admiration. Les enfants applaudirent en riant.
Loukas recula, tombant presque à la renverse. Il fut pris de vertige et d'un mal de ventre. Cependant, il ne put s'empêcher de sourire. Plusieurs larmes coulèrent sur ses joues barbues.
« Vous êtes les descendants du royaume de la Foudre ! ».
Marianne lui renvoya son sourire, en maintenant le sortilège actif. Elle baissa la main, gardant son arme à son côté.
« Oui, Loukas ! Ce que tu as senti en moi, il s'agit de mon pouvoir. Je ne me suis pas présenté correctement : je suis Marianne, première Maître de la Foudre depuis les temps de guerre et de souffrance, qui ont réduits notre pays en cendres ! ».
« Mais comment avez-vous survécu ?! Depuis quand êtes-vous ici ?! Explique-moi ! », ordonna presque le jeune homme, il n'en revenait toujours pas et se demandait s'il ne rêvait pas encore une fois. Ses jambes se mirent à trembler, il tituba et dut s'agenouiller un moment, prenant sa tête entre ses mains.
« Calme toi, tout va bien », le rassura Marianne en le prenant par les épaules, « Allons chez moi, nous serons plus à l'aise pour discuter ». Elle l'aida à se relever et se dirigea vers l'une des maisons qui bordait la place. Elle rengaina son arme, qui absorba d'elle-même l'énergie électrique qui la parcourait.
Il l'a suivi, en considérant différemment les individus autour de lui, qui s'inclinaient respectueusement lorsqu'il passait à côté d'eux. Il leur rendit leurs saluts tout en les dévisageant avec attention. Lui qui pensait ne plus jamais revoir d'humains.
Marianne approcha d'une porte assez massive – faite bien entendu en pierre – et l'ouvrit d'un coup, pénétrant ainsi dans une pièce plongée dans l'obscurité. Loukas était sur ses talons.
Il resta dans l'entrée, dans l'attente d'y voir quelque chose, ce qui ne tarda pas lorsque la jeune fille alluma une à une les bougies présentes dans la salle, à l'aide d'une boîte d'allumette.
Il s'agissait d'une salle de vie tout à fait banale, bien que le plafond soit assez bas. Une table de salon entouré de cinq chaises en bois noirs décorait la partie droite, les murs étaient nus et lisses, sans aucun ornement. Sur la gauche, il n'y avait qu'un râtelier vide, les seuls autres meubles étaient des étagères sur lesquelles étaient posés des livres, visiblement très anciens et couverts de poussières. Une autre porte devait mener au reste de l'appartement.
La table en elle-même était recouverte de cartes et de documents, administratif pour la plupart, mais aussi des lettres et des listes de glyphes et d'incantations.
Marianne tâcha de mettre ses notes en ordres. « Installe-toi, je t'en prie, je vais ranger tout ce bazar ». Elle attrapa trois livres qu'elle mit sous son bras, avant d'aller les remettre dans les rayons, avec les autres.
« Tu as beaucoup d'explication à donner, tu en est consciente ? », lui demanda Loukas en s’asseyant. Maintenant qu'il n'était plus debout, il se sentait beaucoup mieux, mais toutes ses suppositions s’embrumaient déjà dans son esprit, sa curiosité était grandissante.
« Oui je sais, et tu sauras tout, ne t'en fait pas », le rassura-t-elle en classant des parchemins, dans un ordre relativement aléatoire. Lorsqu'elle eut fini, elle vint s'asseoir en face de lui, retirant son arme pour la poser à côté, sur la table.
« Bon, par où commencer », soupira-t-elle. « Tu as entendu parler de la bataille de Séclairis ? Il s'agissait de la dernière bataille qu’a mené mon peuple à notre capitale. Un affrontement important, qui a permis à ceux qui étaient incapable de combattre de rejoindre les frontières du royaume de la Terre ».
Loukas fit signe que oui, « Les descendants de ses survivants sont encore chez nous, dans toutes les villes de la frontière ».
Son visage se déforma en un sourire crispé, « Ah Oui ? C'est formidable ! Je suis contente qu'ils aient réussi à atteindre votre royaume ! Néanmoins tous n'ont pas eu cette chance, et beaucoup ne purent qu'atteindre Séclairis ».
« Et après la bataille ? Que sont-ils devenu ? ».
« Notre roi de l'époque, Dorian, le détenteur de Croc-Foudre », elle désigna la lame qui trônait sur la table, « A indiqué au peuple la direction d'un chemin, dans les montagnes. Ce chemin les a menés aux portes de la tribu des Septièmes. Pendant qu'ils fuyaient, les derniers défenseurs de la cité faisaient rempart de leurs corps. Il a laissé cette arme légendaire pour que le prochain Maître de la Foudre puisse la brandir ». Elle baissa la tête, contemplant l'épée ancestrale de l'ancien monarque.
« Je vois. J'ai du mal à y croire, j'avoue n'y avoir jamais pensé. Il faut dire que le fait qu'il y ai une tribu naine dans ces montagnes ne m'avait pas effleuré l'esprit non plus ».
« Je comprends bien. Le peuple non plus n'était pas au courant, seul le roi et quelques sujets connaissaient leur existence. Tu dois savoir que les tribus sont relativement indépendantes du pouvoir national des nains, elles se régissent toutes seules et ne rendent pas vraiment de compte à leur bastion principal ».
Le jeune homme hocha la tête, l'air pensif.
« Voilà, celle-ci n'échappe pas à la règle. Ils sont spécialisés dans l'infiltration, l'assassinat et toute les manœuvres qui demande une certaine discrétion. C'est pour cela qu'ils sont plus petit et moins imposants que leurs frères et sœurs, d’après ce qu’ils m’ont dit en tout cas ».
« D'accord. Mais combien êtes-vous ? Combien y a-t-il d'humains dans cette cité ? ».
Marianne s'affala sur sa chaise et compta sur ses doigts, « Dans cette ville, nous sommes quatre milles. Mais il y a d'autres villes, pas très loin. En tout, nous sommes à peu près six milles ».
« C'est peu », avoua Loukas. « Mais si mes souvenirs sont exacts, vos ressortissants au royaume de la Terre sont à peu près le triple ».
« C'est bon à entendre. Ils se sont bien développés » déclara la jeune femme.
Après un moment de silence, Loukas lui demanda, « Depuis quand, et comment es-tu devenue une Maître de la Foudre ? ».
« Lorsque j'ai atteint ma majorité, à seize ans, c'était il y a déjà neuf ans quand j'y pense. Les doyens de notre peuple m'ont ensuite désigné comme reine, entre guillemets. Depuis ce jour, c'est moi qui dirige ».
« Tu diriges ? Qu'y a-t-il à diriger, si je puis me permettre ? ».
« Pas grand-chose, je te l'accorde. Mais je fais surtout en sorte qu'il n'y ai pas de problème entre nous et les nains. Ils nous ont été d'une grande aide ». Elle remit en place une mèche de ses cheveux avant de reprendre. « Je supervise aussi les recherches et l'entraînement de nos troupes. Nous ne voulons surtout pas oublier notre passé, nos techniques de combat ainsi que tout notre savoir ».
« Vous avez des combattants ? », s'étonna Loukas.
« Oui. Pas beaucoup, certes, mais nous en avons et je les entraîne quotidiennement. Je n'ai pas hérité de cette épée pour me tourner les pouces, caché dans les recoins sombres de ces montagnes ».
Le jeune homme décela en Marianne une forte détermination qui lui rappela le tempérament d'Amanda, il prit une mine assombrit, car il n'aimait pas cette façon d'être, et son traumatisme était omniprésent. Son ventre le lui rappelait souvent.
« Vous voulez tenter une sortie ? Attaquer les forces des ténèbres ? ».
« C'est un de nos nombreux objectifs, seulement, les nains ne sont pas d'accord. Mais j'aimerais d'abord que nous parlions de toi, je ne t'ai encore rien demandé depuis tout à l'heure ». Elle se pencha sur la table, se rapprochant le plus possible de son visage.
« Ah. Que veux-tu savoir ? ».
« Je veux tout savoir. Que faisais-tu à moitié mort dans les montagnes ? Quelle est cette créature qui semblait être avec toi ? Comment et quand es-tu devenu Maître de la Terre ? D'où viens-tu exactement ? Bref, raconte-moi ton histoire, je suis très curieuse. Tu es le premier humain que je vois et qui n'est pas de mon peuple. Je veux un maximum d'information, je ne connais rien à part ces montagnes », lui confia la Maître de la Foudre.
« Bon d'accord, mais ça risque d'être long ».
Elle s'installa confortablement dans sa chaise, signe qu'elle était prête à l'écouter quand même.

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