Chapitre 3 - L'Immortalité (partie 2/4)

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Le corps d'Eno réagit avant la réponse. Une tension remonta le long de sa nuque, ses doigts se crispant légèrement contre son cou.

Puis Filie répondit enfin.

- ''Information : ton statut de consommateur inclut une limite d'exploitation biologique fixée au cycle 500. À cette échéance, transfert obligatoire vers la planète de revalorisation biomasse : Ephra. Procédure : désactivation systémique, démantèlement organique et recyclage des tissus en substrat reproductif destiné aux incubateurs de nouvelle génération.''

Un très léger temps.

- ''Précision : cette contrainte ne s'applique pas aux statuts supérieurs au tien. Les citoyens disposant d'un statut de classe 2 ou plus, prédéfini à la naissance, sont transférés vers des planètes à maintien prolongé. L'existence peut être étendue sur plusieurs millénaires, sous condition de contribution active et de conformité aux standards. Paramètre contextuel : sur la planète Espérance, les statuts de classe 5, dits stratégiques, élites ou uniques, positionnés au sommet de la hiérarchie fonctionnelle, obéissent à un régime distinct. Souhaites-tu une analyse détaillée de ces classifications ?''

Le silence retomba.

- ''Non...''

- ''Conclusion : ton espérance de vie actuelle est limitée. Elle peut être modifiée uniquement par élévation de statut. Rare pour les consommateurs...''

Eno ne répondit pas. Le malaise monta sans prévenir. Pas brutal. Plus insidieux. Quelque chose qui s'installait dans son ventre, puis remontait lentement. Son regard glissa vers les résidents. Leurs corps. Leurs visages. Immobiles. Présents, mais absents.

Eux qui avaient traversé des siècles, et en traverseraient d'autres encore. Lui qui avait une échéance, un cycle cinq cent décidé par un système qui n'avait jamais jugé utile de le lui dire directement.

Ses sourcils se froncèrent, presque malgré lui. Il recula d'un pas, puis s'assit. Les coudes sur les genoux, ses mains vinrent soutenir son visage, ses doigts pressant ses tempes.

- ''Filie : filtre.''

Le mot tomba sans hésitation.

L'exécution fut immédiate.

Il sentit d'abord une chute. Brève. Comme si quelque chose se retirait de lui. Puis l'inverse. Une ouverture. Nette. Ses épaules se relâchèrent d'un coup. Sa respiration s'allongea, l'air entra plus bas, plus libre. Ses perceptions s'alignèrent, ses pensées se structurèrent sans friction. Et derrière ça, cette sensation familière : une puissance croissante, qu'il maintenait habituellement bridée, qui revenait s'inscrire dans son corps. Silencieuse. Stable.

- ''Eno, que fais-tu ? Les pare-feux que tu as mis en place ne peuvent pas nous faire détecter par Gine dans cet état, mais le risque reste élevé. Pourquoi lever les limitations sur tes capacités maintenant ?''

Eno ferma les yeux. Lentement. Laissant l'Interface remonter entièrement, sans résistance. Le Flux s'imbriqua avec une précision parfaite, chaque donnée trouvant sa place sans effort.

- ''Parce que réfléchir à moitié n'a aucun intérêt.'' Un souffle passa entre ses lèvres, plus calme. ''Je veux comprendre. Je dois comprendre.''

Un très léger silence.

- ''Comprendre quoi ? Sans limiteur et sans Sept, ta curiosité n'a plus de frein, elle ne l'a jamais vraiment eu... Mais tu as passé ta vie à la dissimuler. En quoi cette question-là ne peut pas attendre ?''

- ''Je veux comprendre où je suis, avec qui je suis, pourquoi je suis ici... et selon quelle logique ma vie peut encore prétendre à une forme de sens si elle est interrompue contre mon gré.''

Un silence suivit. Infime. Mais bien présent.

- ''Eno... ce type d'interrogation philosophique sur ton existence ou celles des autres ne t'a jamais percuté aussi intensément avant.''

Sa respiration resta calme, mais sa voix, elle, s'était densifiée. Plus posée. Plus haute dans la pensée, mais ancrée dans quelque chose de bien réel.

- ''Et alors ? Jusqu'à aujourd'hui, je côtoyais un monde où la mort n'était qu'un mot sans poids. Une donnée lointaine. Une possibilité sans visage. Je n'ai jamais connu un seul être qui soit réellement mort : ni par accident, ni par dégénérescence, ni par quoi que ce soit d'autre. Le terme lui-même ne m'a jamais concerné autrement qu'en théorie. Or, aujourd'hui, je me retrouve entouré d'êtres humains qui dépassent toute logique : vieux. Réellement vieux dans tous les sens du terme. Des corps au seuil de la disparition, des existences dont la matière porte déjà la proximité d'une fin, et pourtant qui persistent.''

Il rouvrit les yeux. Son regard se posa sur les Jumelles, puis se fixa quelque part au-delà d'elles.

- ''Tu m'annonces que mon statut m'assigne une limite de vie. Une échéance. Une date à laquelle mon existence cessera d'avoir la moindre continuité pour devenir simple ressource. Et dans le même temps, les résidents sont toujours là. Maintenus. Conservés. Prolongés dans un état que rien, à première vue, ne justifie. Ils ne disposent d'aucun statut qui puisse légitimer un maintien artificiel. Je suis peut-être né pour demeurer consommateur, sans métier important, sans fonction assignée. Mais eux... qu'incarnent-ils pour bénéficier d'un droit à la survie prolongée dans un tel état ? Et surtout ici, sur Matehet, une planète peuplée à près de quatre-vingts pour cent de consommateurs, où rien n'est entretenu sans utilité. Alors, à moins que tu ne me fournisses immédiatement une explication cohérente à cette anomalie... je compte bien aller la chercher moi-même. Et pour ça, j'ai besoin de toutes mes facultés intellectuelles.''

- ''Eno, je...''

Sa mâchoire se resserra à peine.

- ''Je veux comprendre pourquoi. Pourquoi eux ont traversé les siècles. Pourquoi eux ont dépassé ce que tout consommateur tient déjà pour inaccessible sans en avoir conscience. Pourquoi Virex tient à les garder en vie. Pourquoi un lieu entier, des infrastructures, du personnel, du temps, de l'énergie, des édits, une I.A.S dépassant les autorités légales, sont consacrés à leur maintien.''

Un battement passa. Plus lourd.

- ''Je veux comprendre où je suis, Filie. Pas seulement au sens spatial. Je veux comprendre la nature exacte de cet endroit. Ce qu'il représente. Ce qu'il conserve. Ce qu'il cache. Et ce que cela implique pour moi. Pour nous...''

Filie marqua une légère latence.

- ''Je comprends. Mais si Gine nous détecte : une activité cognitive anormale pour un consommateur, ou si Virex perçoit une intrusion dans ses systèmes, les conséquences pourraient être considérables.''

Eno ne détourna pas le regard des Jumelles.

- ''Peu importe.''

Il ferma les yeux. Le monde ne disparut pas. Il se retira.

Comme repoussé à la périphérie, relégué derrière quelque chose de plus vaste, de plus dense. L'Interface s'ouvrit pleinement. Pas en surface. Pas en projection. Elle prit toute la place disponible, s'étendant dans son champ interne avec une précision absolue.

Sa respiration se posa d'elle-même, plus lente, plus profonde. Son corps s'effaçait en arrière-plan, présent mais silencieux, tandis que son esprit s'ancrait entièrement dans cet espace. Il déclencha le fichier caché : la vidéo pornographique, et ordonna :

- ''Filie... ouvre.''

La réponse fut immédiate.

L'Interface se déploya, mais pas celle que le monde voyait. Pas celle, propre, régulée, validée. Celle qu'il ouvrit glissa sous la surface, dissimulée, illégale, tissée de lignes de code brutes qui s'imbriquaient directement dans sa perception sans laisser la moindre trace extérieure.

Les structures apparurent sans logique apparente, vivantes, denses, vibrantes sous son attention. Son souffle se posa plus bas dans sa poitrine, ses épaules se fixèrent légèrement, comme si son corps verrouillait déjà l'espace autour de lui.

Puis il entra dans le Flux officiel. Pas comme un utilisateur. Pas comme une connexion.

Comme une absence.

Aucun signal. Aucun appel. Aucune signature. Il glissait entre les réseaux actifs comme une variation trop faible pour exister. Il ne s'y connectait pas. Il s'y dissolvait. Un fantôme parmi les utilisateurs.

Les données défilaient, immenses, organisées, saturées, mais il ne les regardait pas. Il traversait. Direct. Précis. Son attention se resserrait à mesure que sa vitesse augmentait, ses doigts se contractant légèrement dans le réel, comme pour contenir la finesse de ses actions.

Puis il trouva l'entrée de Gine. Il ralentit immédiatement.

Son souffle se suspendit une fraction de seconde, puis reprit, plus lent, plus ancré. Ce qu'il avait devant lui n'avait rien de standard. Rien d'une I.A.S. classique. Pas une architecture propre, logique, optimisée.

C'était une superposition saccadée.

Des couches entières de code empilées les unes sur les autres, sans cohérence apparente. Des lignes de sécurité ajoutées, puis recouvertes, puis contournées par d'autres lignes elles-mêmes imparfaites. Chaque niveau semblait corriger le précédent sans jamais vraiment le réparer.

Son thorax se souleva légèrement, une pression discrète s'installant sous ses côtes.

Individuellement, ces blocs ne tenaient pas. Certains segments étaient instables. D'autres incomplets. Certains, même, incohérents.

Et pourtant, ensemble ils fonctionnaient.

Une imbrication multiple. Une accumulation de solutions bricolées, chacune créant un nouveau problème, lui-même corrigé par une autre couche, puis une autre encore. Une chaîne infinie de corrections imparfaites qui, au lieu de s'effondrer, tenait en équilibre.

Gine ne devait pas fonctionner. Gine ne devait pas exister sous cette forme.

Elle était là pourtant. Active. Stable. Et d'une complexité écrasante. Même Filie, malgré toutes les modifications qu'il lui avait apportées, restait lisible en comparaison. Gine, elle, ne l'était pas.

Quelque chose en lui s'alluma. Pas de l'inquiétude. Quelque chose de plus vif, de plus chaud. L'envie de comprendre comment quelque chose d'aussi cassé pouvait tenir aussi longtemps.

Une tension remonta le long de sa nuque, ses épaules se verrouillant légèrement tandis que son souffle restait contenu, plus lent, plus précis.

Il avait deux options.

- ''Si tu forces, elle te repèrera.'' La voix de Filie se posa immédiatement, plus dense, plus attentive. ''J'ai identifié des sentinelles... des « chiens ». Plusieurs. Ils ne protègent pas seulement les accès. Ils surveillent les bordures mêmes de son code.''

Un silence passa. Court. Chargé.

Eno resta fixé sur la structure, son attention glissant le long des couches, testant sans toucher, évaluant sans déclencher. Puis quelque chose se relâcha en lui. Infime. Mais réel. Sa mâchoire se desserra légèrement, son souffle se fluidifia.

- ''Oui... j'ai vu.''

Son attention se détacha de Gine avec une précision nette, sans hésitation, comme s'il coupait lui-même le lien avant qu'il ne devienne dangereux.

- ''On passe ailleurs. Directement par Virex.''

Il ne força pas. Il glissa. Et il y fut.

Et pourtant, la structure de Virex-Corporation ne répondit pas comme les autres. Elle s'ouvrit... puis se referma aussitôt derrière chaque accès, comme une peau qui refuse d'être incisée trop profondément.

- ''Connexion établie... mais instable. Quand tu sortiras, il faudra le faire méthodiquement. Risque : laisser une empreinte.'' Glissa Filie. ''Eno... ne stresse pas, sous la panique tu fais des erreurs, ici on ne peut pas se le permettre.''

Il ne répondit pas. Son attention s'était déjà resserrée. Les données apparurent, alignées, propres.

- ''Trop propres.''

Une perfection répétée qui finissait par agresser. Chaque ligne valide. Chaque structure cohérente. Mais rien ne vibrait. Rien ne résistait. Rien ne vivait.

- ''On va restreindre le focus. Les Jumelles uniquement. Moins de données à traverser, moins de bruit... et surtout, une probabilité bien plus faible que les sécurités de Virex détectent notre présence.''

Il chercha les Jumelles dans les fichiers. Pas en surface. Directement. Il passa par les données du C.M.G.S., puis se faufila dans les dossiers des résidents. Et immédiatement, quelque chose accrocha.

- ''Les fichiers sont « blancs »... rien d'identifiable. Comment je reconnais les Jumelles ?''

Puis il en reconnut une. Une image. Une simple photo avec une marque unique.

La cicatrice.

Le fichier tenta de s'ouvrir. Juste une image en grand. Figée. Le visage incliné, la peau marquée, cette ligne nette au-dessus de l'œil. Mais autour, rien. Aucune donnée. Aucun matricule. Aucun champ d'identification standard. Le vide.

Son souffle se suspendit une fraction de seconde. Pas par surprise. Par ajustement. Ses doigts, dans le réel, se contractèrent légèrement contre ses tempes.

- ''Aucune fiche identitaire... C'est possible de naître sans matricule ? Et pourquoi les données journalières sont-elles absentes ?''

Un battement.

- ''Filie, on lance un accès forcé.''

La pensée s'insinua sans heurt. Quelques secondes plus tard, les logs apparurent, précédés d'un éclair lumineux fugace à peine perceptible. Ce qui était dissimulé derrière les protocoles de Virex-Corporation se révéla : dix cycles. Parfaits. Linéaires. Continus. Trop lisses.

Il accéléra.

Les données se mirent à défiler plus vite, mais rien ne déviait. Aucune rupture. Aucune crise. Aucune convulsion enregistrée. Aucun événement dissonant. Seulement des entrées plates, répétitives, saturées de banalité : réveil, stabilisation vitale, apport nutritif, digestion assistée, phase de repos, vérification organique, ajustement postural, cycle respiratoire, maintenance tissulaire, mise en veille, reprise.

Chaque seconde consignée. Classée. Archivée sous une masse compacte de mots et de chiffres. Une densité excessive de normalité. Et pourtant, rien. Rien d'anormal. Rien sur ce que Dom avait raconté à propos des Jumelles. Rien de ce qu'Eno lui-même avait observé quelques instants plus tôt.

Son thorax se souleva un peu plus fort, une micro-pression venant s'installer sous le sternum.

- ''Pourquoi il n'y a rien...''

- ''Confirmation : absence totale d'événements critiques.'' Répondit Filie.

Mais il ne l'écoutait déjà plus. Il ne regardait plus les données. Il regardait ce qu'elles refusaient de montrer. Chaque événement cohérent. Mais aucune profondeur. Aucune origine. Aucune trace de ce qu'il venait lui-même de voir dans la réalité.

Les crises. Absentes. Effacées. Ou plutôt, jamais enregistrées.

Son regard interne se fixa. Plus dur. Plus précis.

- ''Ils ne cachent pas les données... ils empêchent juste qu'elles existent. Pourquoi ?''

Un battement.

- ''Filie, à ce niveau de verrouillage, Virex ne nous laissera rien voir sans nous envoyer ses « chiens ». On contourne. Passe par la Jumelle. Connecte-toi à son I.A.P.''

Une infime suspension.

- ''Non... laisse tomber l'Interface. Accède directement à son réseau neuronal synthétique par résonance externe. Capte son signal biologique via les ondes involontaires et synchronise-le avec moi.''

- ''Pourquoi ?'' Demanda Filie.

- ''Dom a précisé que leurs fonctions ne répondent plus. Une I.A.P. opérationnelle n'aurait jamais laissé une dégénérescence physique atteindre ce stade. Ça veut dire que la sienne est soit corrompue, soit dans un état que je ne peux pas évaluer de l'extérieur. Si tu t'y connectes directement et qu'elle te transmet quelque chose, je ne pourrai pas identifier la source ni contenir la propagation dans ton code. Hors de question que je prenne ce risque. Je ne vais pas te perdre sur un coup de tête.''

- ''Ta réflexion est structurée. Tes indicateurs physiologiques sont stables.''

- ''Oui. Je ne suis pas sous pression en ce moment, et je n'ai pas l'intention de faire une erreur stupide juste parce que je suis impatient.''

Filie hésita une fraction infime, puis obéit. Elle capta le signal ténu, presque effacé, de l'activité cérébrale résiduelle de la résidente. Eno sentit la résonance avec la Jumelle, puis s'inséra avec difficulté dans son système neuronal synthétique.

Les logs de sécurité étaient d'une complexité inhabituelle : une architecture de protection qu'il n'avait encore jamais rencontrée pour une simple intrusion neuronale.

Il n'hésita pas longtemps. La solution s'imposa d'elle-même, comme elle le faisait toujours quand il était concentré. Il coda un accès feint, une clé falsifiée, parfaitement crédible. Le réseau de la Jumelle l'accepta comme une extension organique, comme s'il faisait déjà partie d'elle.

Il entra.

Le paysage interne était chaotique. Aucune hiérarchie. Aucun classement lisible. Des fragments épars, des blocs sans début ni fin, des segments de données éclatés. Il fronça légèrement les sourcils, s'enfonça davantage.

Puis il le vit.

Un fichier dissonant. Stable. Intact. Pas de fragmentation. Pas de rupture. Entier. Mais verrouillé.

Il s'y posa, tenta un déverrouillage, et repéra une ligne infime : une sortie vers l'extérieur.

- ''Filie, cette sortie mène où ?''

- ''Analyse...'' Un court délai. ''Indéterminé. Le chemin est instable, sans direction définie. Mais il conduit hors du système neuronal synthétique.''

- ''Dangereux ?''

- ''Probabilité faible.''

Un sourire discret passa sur les lèvres d'Eno. Plutôt que de forcer le verrou, il choisit de suivre la sortie. Il la longea, détecta une faille presque invisible, l'élargit avec précision. Une impulsion brève traversa le système au moment de l'ouverture, infime, presque imperceptible, se dispersant dans une direction qu'il ne chercha pas à suivre. Il s'y engouffra, remonta le signal, jusqu'à pénétrer à l'intérieur du fichier.

Et c'est là que ça se brisa. Pas une erreur. Une sensation.

Les données n'étaient pas falsifiées. Elles avaient été choisies avec méthode, filtrées avec une rigueur clinique, à l'image des dossiers de Virex-Corporation sur les résidents : denses en apparence, saturées d'informations, mais creuses dès qu'on cherchait une profondeur réelle.

Son corps réagit avant la compréhension complète. Il ne lisait plus. Il cherchait à traverser.

- ''C'est un écran...''

Le mot resta en lui. Tout était là. Mais rien n'était réel.

Il tenta de remonter. Immédiatement, la structure changea. Plus dense. Plus vivante. Moins passive.

Une résistance apparut. Fine au départ. Puis plus nette. Comme si quelque chose commençait à le regarder en retour.

- ''Eno... on doit rester en surface.'' Avertit Filie.

Il ne ralentit pas.

- ''Non.''

Il força, mais pas de manière frontale. Il ne chercha pas une porte. Il chercha une faiblesse.

Et il la trouva.

Ce n'était pas un accès dissimulé, ni une interface oubliée. C'était une erreur. Infime. Une dissonance enfouie dans la structure. Une couture presque parfaite, invisible pour quiconque n'aurait pas passé sa vie à lire entre les lignes de code.

Quelque chose avait été découpé avec une précision chirurgicale, puis recousu avec un soin méticuleux. Presque irréprochable.

- ''Presque.''

Deux chiffres seulement trahissaient l'opération. Deux valeurs sans cohérence en profondeur, sans continuité logique avec le reste du système. Les bords avaient été tirés l'un vers l'autre pour masquer ce qui avait été retiré. Et sous la perfection apparente, l'absence était là.

Son attention s'y fixa instantanément. Son souffle se stabilisa d'un coup. Plus lent. Plus profond. Son corps entier s'aligna.

- ''Eno, stop !'' La voix de Filie se fit plus ferme. ''Ce point est étrange. Non conforme à ce que tu fais d'habitude. Rappelle : tu es connecté à elle directement-''

- ''Justement.''

Il glissa dedans sans rupture, en reprenant exactement la logique de la couture, s'y adaptant avec une précision presque instinctive. La structure résista un instant, infime, puis céda juste assez. Pas une ouverture franche. Une fissure fine, instable, presque invisible. Le fichier ne s'ouvrit pas réellement : il se craquela. Révélant derrière sa surface quelque chose d'enfoui, un niveau caché.

Mais immédiatement, quelque chose dérapa. La voix de Filie se déforma légèrement, non pas dans son ton mais dans sa texture, comme si le signal lui-même subissait une interférence.

- ''Eno... anomalie. Je ressens... une douleur.''

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