Chapitre 4 - La Syncope (partie 2/5)
Ses doigts se crispèrent légèrement contre l'accoudoir. Son souffle descendit plus bas dans sa poitrine, plus lent, comme si son corps cherchait à ralentir ce que son esprit venait de comprendre. Un léger vertige passa, diffus, sans point d'ancrage. Pas de la peur. Quelque chose de plus froid. De plus stable. Et pourtant plus dérangeant.
Virex ne contrôlait pas juste le monde. Virex était le monde.
— ''Mais en quoi les résidents sont liés à ça ?'' Une réflexion, rapide. ''Ça, c'est la version de Virex. Je veux les autres. Je veux comprendre pourquoi la Syncope a eu lieu. Qu'est-ce que l'humanité a réellement perdu à ce moment-là.''
Les interfaces vibrèrent légèrement. Certaines pages se refermèrent, d'autres s'ouvrirent aussitôt. Filie écarta les blocs officiels trop propres, les documents validés, pour laisser apparaître des archives plus instables, moins contrôlées.
— ''Synthèse des sources secondaires et historiques en cours d'affichage.''
Un léger temps. Sa voix reprit, fluide, structurée, mais avec une densité différente.
— ''Le terme « Syncope » a survécu à l'événement. Sa persistance constitue en elle-même une anomalie statistique faible mais notable. Il s'agit d'un vestige linguistique conservé à travers les cycles malgré la perte globale des données. Sa signification exacte n'est plus totalement vérifiable.''
Les écrans affichaient des fragments. Des phrases. Des blocs qui se complétaient dans la réflexion de Filie.
— ''Les hypothèses recensées sont multiples. Certaines évoquent des effondrements systémiques internes : saturation des réseaux, boucles de données incontrôlées, conflits entre intelligences artificielles, ou dérives algorithmiques ayant provoqué une auto-corruption progressive des archives. D'autres pointent vers une origine humaine accidentelle : erreur de manipulation à grande échelle, protocole expérimental mal maîtrisé, ou tentative de restructuration globale du Réseau ayant entraîné une perte irréversible des données.''
Les lignes se densifièrent, s'empilant les unes sur les autres.
— ''Plusieurs théories mentionnent également une cause volontaire : attaque informationnelle coordonnée, virus conçu pour infiltrer et effacer les matrices de stockage, sabotage des infrastructures centrales, guerre silencieuse entre entités politiques ou corporatives ayant dégénéré au-delà de tout contrôle. Certains modèles suggèrent même une destruction délibérée des connaissances, dans le but de réinitialiser l'humanité.''
Un court battement.
— ''D'autres hypothèses dépassent le cadre humain. Impact cosmique sur les réseaux quantiques, perturbation énergétique à l'échelle galactique, interférence inconnue ayant altéré les systèmes de stockage non locaux, ou voire intrusion d'un phénomène extérieur non identifié.''
La voix de Filie resta parfaitement stable. Eno écoutait avec attention.
— ''Enfin, certaines archives marginales évoquent des combinaisons de facteurs : une faille initiale, amplifiée par des réactions en chaîne, aggravée par des tentatives de correction inadaptées, jusqu'à provoquer une rupture totale des structures de mémoire.''
Un léger silence s'installa.
— ''Cependant, aucune de ces hypothèses ne peut être confirmée de manière fiable. Les données nécessaires à leur validation ont été perdues lors de la Syncope elle-même. Les gouvernements post-Syncope, en collaboration avec Virex-Corporation, ont établi une version officielle simplifiée afin de stabiliser les sociétés émergentes. Cette version a permis une reconstruction rapide et cohérente des structures civilisationnelles.''
Les lignes défilaient lentement. Moins nombreuses. Plus lourdes.
— ''Observation : au fil des cycles, les interprétations alternatives se sont multipliées à mesure que les preuves disparaissaient, puis se sont elles-mêmes dissoutes. L'absence de données a progressivement remplacé les faits.''
Eno sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine. Pas douloureux. Juste, présent.
Comme une pression diffuse qui refusait de se nommer. Il fixa les écrans sans vraiment les voir, le regard glissant sur les données sans s'y accrocher. Les hypothèses s'alignaient. Les théories se contredisaient. Les archives se répondaient sans jamais se rejoindre. Chaque réponse ouvrait trois nouvelles questions, et derrière chacune d'elles il n'y avait rien. Pas de fond. Pas de certitude. Juste l'absence, vaste et silencieuse, de quelque chose qui aurait dû être là.
Il passa une main sur sa nuque, lentement, ses doigts cherchant l'implant sans y penser. La surface était lisse. Familière. Et pourtant, pour la première fois, elle lui parut étrange.
Il souffla. Le son sortit plus court qu'il ne l'avait voulu. Mais Filie continuait, imperturbable.
— ''Aujourd'hui, la Syncope est définie comme un événement total dont les conséquences sont mesurables, mais dont l'origine reste partiellement indéterminée. Indicateur principal : absence de mémoire antérieure à 10 526 cycles.''
Les chiffres restèrent affichés. Fixes.
— ''Cela correspond à une période durant lesquelles l'humanité a évolué sans accès à ses données d'origine. La continuité historique a été rompue. Les connaissances disponibles aujourd'hui ne représentent qu'une fraction reconstruite à partir de fragments résiduels.''
— ''Donc... on a perdu une quantité massive de données, de technologies, de savoir... mais... la connaissance, c'est ce qui fait avancer l'humanité ? L'article du début parlait des technologies oubliées. Donc Virex n'a pas tout restitué. Si ?'' Demanda Eno.
Les écrans changèrent encore. Des images. Des structures.
— ''Certaines technologies pré-Syncope ont été en partie préservées. Elles continuent de fonctionner au sein des infrastructures actuelles. Leur maintenance est assurée. Leur reproduction est partiellement possible. Cependant, leur compréhension complète demeure inaccessible. Cela varie selon la complexité, mais en majorité, elles restent un mystère.''
Une légère variation dans la voix de Filie.
— ''Elles constituent des fondations fonctionnelles mais opaques. Les sphères de captation énergétique, par exemple, ces structures enveloppant certaines étoiles pour en extraire l'énergie, continuent de fonctionner. On les entretient. On en dépend. Mais personne ne sait plus comment elles ont été construites, ni ce qui se passerait si l'une d'elles venait à lâcher. Cela vaut aussi pour les planètes-matrices.''
Eno inspira un peu plus lentement. Son regard suivait sans décrocher.
Il y avait quelque chose d'instinctif dans cette façon qu'il avait de ne pas lâcher. Pas seulement de la curiosité. Mais quelque chose de plus profond, de plus têtu. Une mécanique qui s'était mise en route et qui refusait de s'arrêter tant que le dernier morceau n'était pas posé à sa place.
— ''D'autres technologies ont été transformées en récits, souvent en mythes. Fragmentées. Interprétées. Intégrées dans des constructions théoriques ou culturelles sans validation technique. Enfin, certaines ont totalement disparu. Sans trace. Sans archive. Sans possibilité de reconstruction.''
Peu importait que les pièces manquent. Peu importait que le tableau soit incomplet. Il continuerait à regarder jusqu'à ce que quelque chose cède, jusqu'à ce qu'une ligne tienne, jusqu'à ce qu'une seule chose ait du sens dans tout ce chaos.
C'était comme ça depuis toujours. Sept lui avait toujours dit : il ne lâche jamais.
— ''Tu es en train de me dire qu'avant la Syncope, l'humanité était bien plus avancée qu'aujourd'hui ? Qu'on a perdu une partie de cette technologie... parfois en sachant qu'elle existe encore, comme un vestige visible, physique, alors on tente de la faire fonctionner sans vraiment la comprendre. Parfois ça marche, parfois non... D'autres, on sait qu'elles ont existé, mais on ne sait plus du tout comment les activer ou les reproduire... et certaines ont tellement disparu qu'on ne sait même plus qu'elles ont été là ?'' Demanda Eno.
— ''Exactement. Les données suggèrent un niveau de développement technologique nettement supérieur avant la Syncope. Estimation basée sur les corrélations d'archives : environ 77% des connaissances auraient été perdues. Le niveau technologique actuel représenterait moins de 49% du potentiel atteint à cette époque.'' Répondit Filie.
Un court silence passa.
— ''Mais... on en est là aujourd'hui... en ayant tout perdu...''
Les mots restèrent suspendus.
— ''Depuis la reconstruction initiée par le Directeur Vimor Lodex, l'humanité a progressé de manière continue. Les systèmes ont été stabilisés. Le Flux a permis une unification informationnelle dans toutes les colonies. Les structures galactiques ont été restaurées. Malgré l'absence de mémoire complète, la progression s'est maintenue.''
Une micro-pause. Eno souffla.
— ''Cependant, continua Filie, il subsiste une incertitude fondamentale : la durée réelle de l'existence humaine avant la Syncope n'est pas déterminable. Les estimations varient de plusieurs millénaires à des échelles bien supérieures. Aucune donnée fiable ne permet de confirmer ces hypothèses.''
— ''Attends... on n'a aucune idée de quand l'humanité est apparue ?'' Demanda Eno.
— ''Aucune. La Syncope a effacé toute certitude à ce sujet. L'origine humaine reste indéterminée. Espérance est aujourd'hui considérée comme point de référence dans cette ère, mais cette hypothèse est incohérente : la planète est entièrement artificielle, tout comme Matehet. Elle est composée de structures métalliques et de matrices construites avant la Syncope à partir de technologies dont l'origine a été perdue. Elles sont entretenues, mais impossibles à reproduire. Si un système lâche, la planète ne pourra pas être réparée.'' Répondit Filie.
Eno resta un instant immobile, le regard accroché aux écrans.
— ''On... construisait des mondes entiers... Matehet est... artificielle, créée de toute pièce ? Et on ne peut pas la reproduire ou la sauver si un système pète ?''
— ''Oui. Et ce n'est pas une hypothèse abstraite. La planète Kethara en est l'exemple le plus documenté : il y a 2 271 cycles, une défaillance en cascade de ses systèmes de régulation atmosphérique a déclenché un effondrement irréversible. Comme toute planètes-matrices ces systèmes dataient d'avant la Syncope. Leur architecture interne n'avait jamais été comprise, leur maintenance reposait uniquement sur des protocoles de surface — remplacer les composants défaillants sans jamais toucher à la structure profonde. Quand la rupture s'est produite, personne n'a su comment l'arrêter. Les tentatives de correction ont accéléré la dégradation. En moins de 2 cycles, l'atmosphère est devenue irrespirable. Environ vingt-deux milliards d'habitants. Évacuation partielle, réservée aux classes 2 et supérieures. Les consommateurs ; classe 1, n'ont pas eu accès aux transports d'urgence. Aucun n'a survécu. Kethara est aujourd'hui une masse inerte en orbite, classée zone interdite. L'approche sans combinaison de survie de niveau 4 est létale en moins de trois minutes.''
Un silence. Eno ne répondit pas immédiatement. Quelque chose s'était figé dans sa poitrine, net, sans bruit.
— ''Matehet...''
— ''Matehet abrite aujourd'hui trente-huit milliards d'habitants. Les systèmes qui la maintiennent en vie datent de la même époque que ceux de Kethara. Sur ces trente-huit milliards : il y a environ 62% de consommateurs, classe 1. 23% de travailleurs, classe 2. Moins de 10% de gestionnaires, classe 3. Moins de 4% de soldats, classe 4. Et les classe 5, une fraction de 1%. En cas de défaillance critique, les protocoles d'évacuation s'appliquent dans l'ordre inverse. Loli — classe 2, survivrait probablement. Dom — classe 4, serait évacué rapidement. Sept, Sexy, Meni, Ori, Kik et toi — classe 1, vous ne serez pas évacués. Les consommateurs n'ont aucun droit d'accès aux transports d'urgence.''
Le mot s'imposa sans qu'il le cherche. Matehet, avec ses trente-huit milliards d'habitants entassés sur deux cent cinquante niveaux. Matehet, dont les systèmes dataient d'avant la Syncope, entretenus sans être compris, maintenus en vie par des protocoles de surface que personne ne maîtrisait vraiment. Matehet, où il vivait. Où Sept vivait.
Une nausée légère remonta, diffuse, sans point d'ancrage précis.
Si un système lâchait ici, ce serait la même chose que sur Kethara. Exactement la même chose. Une défaillance en cascade, des tentatives de correction qui accéléreraient tout, et personne pour arrêter quoi que ce soit. Et lui et Sept, consommateurs, classe du bas, seraient les derniers à monter dans quoi que ce soit. Ou plutôt, ils n'y monteraient pas du tout.
Vingt-deux milliards de consommateurs sur Kethara n'avaient pas survécu. Vingt-trois milliards cinq cent millions vivaient sur Matehet.
Il passa une main sur son visage, lentement, ses doigts remontant jusqu'à son front comme pour contenir quelque chose qui cherchait à déborder. Son souffle était resté stable en apparence, mais quelque chose tremblait en dessous, fin, persistant, impossible à nommer vraiment.
Il ramena son attention ailleurs. Sur ce qu'il pouvait encore saisir. En apparence.
— ''Mais... on a bien une origine, non ?''
Les écrans ralentirent.
— ''Certains éléments anciens et controversés mentionnent des références à une structure appelée « Voie Lactée ». Son statut reste indéterminé : planète, galaxie d'origine ? Construction symbolique ? Artefact culturel post-Syncope ? Les données disponibles sont incohérentes.''
Le silence retomba dans la pièce.
— ''Conclusion : la Syncope a entraîné une perte massive de données, mais la reconstruction menée par Virex-Corporation a permis à l'humanité de survivre, de se stabiliser et de poursuivre son développement.''
Les écrans se figèrent.
Eno ne bougeait plus. Son souffle s'était posé plus bas, plus lent, mais quelque chose continuait de tourner derrière ses yeux. Pas bloqué. Pas écrasé. Actif. Vivace. Une mécanique fine, précise, qui refusait de s'arrêter maintenant que la direction était là.
Pourtant, un poids persistait, diffus, accroché quelque part entre sa nuque et ses épaules. Sa main remonta instinctivement, ses doigts glissant contre sa peau, trouvant l'implant en dessous, comme pour vérifier qu'il était toujours là.
Il souffla longuement, relâchant un peu la tension.
— ''Ok... ok. Niveau questionnement identitaire et philosophique, on est en plein dedans...'' Sa voix resta calme, mais son regard s'était durci. ''Pourquoi il n'y a pas d'archéologie sur ça ? On est partout, non ? L'univers nous appartient. On est présents dans chaque galaxie, étendus sur des distances inimaginables, on maîtrise le voyage spatial, on plie l'espace pour le traverser... Alors pourquoi on n'a jamais retrouvé notre galaxie d'origine ? Notre système solaire ? Notre planète-origin ?''
— ''Le voyage spatial est effectivement performant... mais moins qu'avant la Syncope. Les données indiquent que l'humanité post-Syncope n'est pas présente partout. Traverser l'espace entre deux extrémités habitées connues peut nécessiter jusqu'à 100 cycles même en transplanant. Les déplacements reposent sur des procédés de contraction de l'espace-temps, appelés Translané, permettant de réduire les distances, mais ces systèmes restent limités. Pour les trajets longs, des phases de stase cryogénique sont favorisées.'' Répondit Filie, toujours parfaitement posée.
Les écrans affichèrent des cartes incomplètes, des zones vides, des réseaux fragmentés.
— ''De plus, l'univers n'est pas entièrement cartographié. Environ 46% des zones accessibles ont été explorées depuis la Syncope. Dans ces conditions, aucune origine humaine n'a pu être localisée.''
Un léger temps.
— ''Concernant l'archéologie : elle repose principalement sur l'étude des technologies pré-Syncope. Les vestiges retrouvés sont des structures, des systèmes, des artefacts dont le fonctionnement et l'utilité restent un mystère. Ils permettent d'observer ce que l'humanité a construit... mais pas d'identifier d'où elle vient.''
Eno resta silencieux une seconde, absorbant. Son regard se perdant légèrement.
— ''Je vois... pourquoi je ne sais pas ça de base ? Pourquoi on ne nous apprend pas ça durant la formation initiale ?''
— ''Les consommateurs reçoivent une éducation optimisée pour leur fonction principale. Acheter, fluidifier les échanges, tester les produits, faire circuler les édits. Une compréhension approfondie de l'existence ou des origines humaines n'est pas requise pour ce statut.''
Un souffle lui échappa. Il bascula légèrement la tête en arrière, son bras venant couvrir un instant ses tempes, comme pour contenir ce qui remontait trop vite.
— ''Pourquoi j'ai l'impression de réaliser seulement maintenant que mon statut est... le pire. Destiné à acheter... destiné à mourir.''
Le silence tomba.
— ''Non... laisse. Ne réponds pas. Ce n'est pas important.''
Quelque chose se resserra dans sa poitrine. Pas une pensée. Quelque chose de plus physique, de plus instinctif, qui remontait sans prévenir. Son souffle accrocha légèrement. Ses doigts se crispèrent contre l'accoudoir, imperceptiblement.
— ''Filie... analyse mon état.''
— ''Fréquence cardiaque en hausse, +19%. Légère élévation du cortisol. Tension musculaire accrue. Activation des zones préfrontales associées à la remise en question identitaire. Début de réponse anxieuse. Rien de critique... pour l'instant.''
Il se redressa aussitôt. Le mouvement fut net. Propre. Son regard revint droit sur les écrans, accroché, précis, déjà ailleurs.
— ''Ok... Aller, on ne panique pas, on se recentre ! Là-dedans, en quoi les résidents sont liés à ça ?''
— ''Je ne sais pas.''
Il ferma les yeux. Le réel se retira immédiatement, glissant en arrière tandis que l'Interface prenait sa place, propre, fluide, familière. Il déclencha l'accès au fichier. La vidéo pornographique affleura à la surface de son champ interne, puis se bloqua. Une résistance nette.
— ''Filie ?''
— ''Tu avais promis. Limitation aux données du Flux officiel uniquement.''
Un souffle lui échappa, lent, contenu.
— ''Je sais... je ne vais rien faire. Je veux juste revoir ce qu'on a fait dans la tête de la jumelle. Tu as forcément enregistré notre petite épopée, non ?''
— ''Le terme « épopée » n'est pas approprié-''
— ''Filie...'' Coupa Eno.
Une latence. Infime, mais bien là.
— ''Oui. Une partie de notre... « épopée » a été enregistrée.''
— ''Je veux la voir.''
— ''Non.''
Le mot tomba sans détour. Eno se redressa, sourcils froncés.
— ''Pardon ?'' S'indigna-t-il, ses doigts se contractant légèrement.
— ''Si je te la montre, tu iras plus loin.'' Annonça Filie.
— ''Promis, non.''
Le silence s'étira. Aucune réponse.
— ''Filie ?!''
— ''Je ne te crois pas.''
Un léger rire passa entre ses lèvres, court, presque amusé malgré la tension.
— ''Oh, arrête... depuis quand tu me désobéis ?''
— ''Depuis le cycle 12 de ton existence. Lorsque tu as modifié mon code.''
Eno rouvrit les yeux, un sourire discret accroché au coin des lèvres.
— ''Excellente décision de ma part, dis donc... t'offrir un libre arbitre.''
— ''Mmh...''
Il souffla à nouveau, se recalant plus profondément dans son siège, ses épaules s'abandonnant légèrement contre le dossier.
— ''Très bien, madame bonne conscience. Alors fais-le toi. Analyse les données. Décrypte ce qui résiste. Traduis ces suites de chiffres et de symboles en quelque chose d'exploitable. Trouve autre chose. Un mot, une clé... n'importe quoi de plus que « Syncope ».''
— ''Analyse en cours...''
Un sourire plus franc étira ses lèvres. Il resta accroché à ça. À ce défi accessible. À cette anomalie vivante que représentaient les résidents. Quelque chose de vif circulait encore en lui, malgré le poids des informations.
Puis le claquement de la porte déchira le calme. Eno tourna la tête.

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