Chapitre 6 - Les Jumelles (partie 2/6)

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Zeta s'avança vers la machine. Lentement. Le ton presque las.

— Chaque citoyen de Matehet est relié à l'I.A.C de la ville. Indépendamment de son I.A.P. Un signal vital distinct, impénétrable, qu'on ne contrôle pas. Une blessure ne déclenche rien. Mais une mort... l'Intelligente Artificielle Central le sait en temps réel. Signal automatique. La milice est prévenue. Ils seraient ici en quelques minutes.

Eta fronça les sourcils.

— Même avec leurs I.A.P déconnectées ?

— Surtout, je te l'ai dit. C'est un implant, un système à part. Conçu précisément pour ça. On ne peut pas le contourner, on ne peut pas le couper.

— On les garde en vie pour l'instant. Tous. Ce n'est pas négociable. Ajouta Beta.

Un silence. Court. Eta regarda Dom, puis haussa légèrement les épaules.

— Et le sommeil ? On peut pas juste les-

— Non. On a bloqué leurs I.A.P, je te dis, et si elles sont pas active, impossible de forcer ou contrôler leur sommeil. Aucun accès. Ils sont éveillés, on n'y peut rien. Alors on fait avec. Continua Zeta. Respecte le Protocol. On n'a pas le temps pour toi. Tu as un job, le reste, t'as pas besoin de t'y intéresser.

Eta souffla. Un son bref, agacé.

Eno les écoutait. Chaque mot entrait, se posait quelque part. Ils ne pouvaient pas les tuer. Ils ne pouvaient pas les endormir. Ils étaient condamnés à rester là, conscients, à voir ce qui allait se passer.

— ''Personne va venir, alors ? Mais... après ? « Pour l'instant »... ils vous nous... je... je vais mou... mourir ?''

La pensée fut froide. Nette. Eno pencha la tête en avant, les chaînes le retinrent aussitôt, ses cheveux tombèrent sur son visage. Les yeux grands ouverts. La nausée monta, la peur s'insinua partout, et ses yeux brûlèrent. Les larmes menaçaient de revenir.

La femme, Beta, s'approcha alors. Dans sa main, un terminal compact parcouru de lignes de données. À son oreille, une interface discrète sur une seule oreille visible, proche de la structure du casque d'Eno mais plus intégrée, plus compacte.

Elle avançait sans précipitation. Parfaitement stable.

Elle s'arrêta devant eux. Ses yeux passèrent sur chacun, s'attardant une fraction de seconde sur Dom.

Puis elle parla.

— Comme l'a dit Zeta, et vous n'êtes pas sourds. Vos I.A.P sont en stase. Impossible de maintenir votre sommeil. Vous serez conscients. Témoins. Désolée pour ça. Un temps. Vous n'êtes pas la cible : des dommages collatéraux, rien de plus. Nous ne vous tuerons pas, tant que vous restez calmes. Son regard se durcit légèrement. En revanche, si vous interférez, Eta n'hésitera pas. Et ne vous faites aucune illusion : si l'un de vous meurt, chacun de vous le suivra. Oui, le signal partira, la milice arrivera en cinq minutes. Mais nous, nous serons déjà parties. Vous mourrez tous, et pour rien. Quant à Virex, leur temps de réaction dépasse les quinze minutes, et ils n'ont pas la moindre idée de ce qui passe dans leur centre actuellement. Vous n'avez aucune issue. Aucun secours. Jouer au héro ne vous apportera rien et mettra vos collègues en danger. Restez calmes : vous vivez. Faites du bruit : vous mourrez.

— ''Mourrez.''

Le mot resta. Il heurta Eno comme un impact physique, une remontée brutale lui traversa le ventre, acide. Sa gorge se contracta.

— ''Je vais vomir.''

Sa respiration se bloqua une fraction de seconde avant de repartir de manière irrégulière.

— ''On va mourir ici.''

Un son humide le coupa. Loli. Elle n'avait pas tenu.

Son corps tremblait, secoué par des spasmes. La bile força le passage, bloquée en partie par le bâillon, débordant sur ses lèvres avant de s'écouler par les côtés. Sa respiration se brisait entre chaque contraction, ses épaules tressaillant sans parvenir à se stabiliser.

Le groupe armée la regarda. Et rirent.

Un rire simple. Détaché. Presque léger. Comme si ce qu'ils voyaient n'avait aucune importance. Comme si Loli n'en avait aucune.

Eno sentit sa poitrine se contracter. Colère. Peur. Frustration. Injustice.

Beta soupira.

— Les Theta, on commence. Tout le monde à son poste. Je veux que ça aille vite. Zeta, tu es prêt ?

Eta fit un geste vers les Theta, une partie bougea.

— Oui. Dit Zeta en s'installant devant la machine.

À côté d'Eno, tous se tendirent, les chaînes cessèrent de tinter. Dom ne bougea pas. Pas un geste inutile. Mais Eno le vit quand même. La bande lumineuse traversant son visage vibrait légèrement. Un filament rouge instable, tremblant sans se fixer.

— ''Il a peur.''

La pensée glissa sans filtre. Sans Filie pour la valider ou l'écarter, elle resta là, incomplète, inconfortable. Chaque réflexion restait suspendue sans validation, sans correction, sans l'axe qu'elle représentait depuis toujours. Son esprit cherchait à s'accrocher, à structurer, mais tout restait mouvant, instable. Sa respiration se désynchronisait par à-coups, son rythme cardiaque fluctuant sans repère stable.

Ses doigts cherchèrent instinctivement un point d'ancrage contre le métal.

Il n'y en avait pas.

— ''Filie.''

Pas une question. Pas un appel. Juste le nom. Parce que c'était tout ce qui lui restait à faire et que même ça, ne servait à rien.

— Zeta, le Mnémophage Fonctionne ? Virex nous détectera dans combien de temps ? Demanda Beta.

— Oui, il marche parfaitement. Et les couches de masquage tiennent, Virex n'aura aucun retour avant plusieurs heures. Fenêtre suffisante pour tous les traiter.

Beta fit un simple geste.

Aussitôt les Theta encore présents se mirent en mouvement. Précis. Coordonnés. Les connexions se multiplièrent autour du Mnémophage, les écrans s'animant, les lignes de données s'intensifiant.

Eno suivait sans parvenir à décrocher. Son regard rivé, comme maintenu de force. Il ne comprenait pas. Les informations arrivaient mais ne tenaient pas, glissaient, se superposaient sans logique. Son esprit tournait à vide sur chaque détail sans jamais en saisir l'ensemble.

La machine vibrait maintenant pleinement. Un grondement sourd qui s'étendait dans l'air, proche d'une turbine poussée au-delà de ses limites. Des pulsations lumineuses parcouraient ses structures, éclairs électriques instables glissant le long des câbles, irréguliers, presque vivants. Les basses fréquences remontaient dans ses côtes par vagues, perturbant subtilement son rythme cardiaque, ajoutant une couche supplémentaire à ce qui écrasait déjà sa poitrine.

Puis ils arrivèrent.

— ''Les résidents ?''

Un à un.

Le premier fut amené sans ménagement. Traîné. Soulevé. Déposé sur le siège renforcé. Les Theta l'attachèrent immédiatement, gestes rapides, précis. Poignets, avant-bras, torse, cuisses, cou. Chaque point verrouillé sans hésitation, sans un regard pour ce qu'ils attachaient.

Puis le casque descendit.

Une structure dense, segmentée, qui vint recouvrir le haut du crâne avant de se refermer lentement. Des micro-segments glissèrent, se recalibrèrent, trouvant leurs points de contact. La surface se fixa.

Scellée.

— ''Qu'est-ce qu'ils font...''

Le regard d'Eno glissa vers sa droite et croisa celui d'Ori. Aussi perdu que lui. Elle suivit son regard, observa les cinq autres. Tous immobiles. Suspendus dans la même incompréhension. Loli avait les yeux ouverts, sa respiration encore saccadée, ses cheveux collés contre sa joue par la bile, ses traits pétrifiés dans une attention malgré elle. Sexy avait cessé de sangloter, les yeux humides rivés sur le résident attaché, ses lèvres bloquées formant quelque chose sans bruit, comme s'il essayait encore de donner un sens à tout ça. Kik fixait le sol, les épaules basses, complètement rentré en lui-même. Meni avait les mâchoires tellement serrées que le muscle de sa tempe jouait sous la peau de façon continue, involontaire.

Dom regardait Beta. Pas le résident. Pas la machine. La femme. Avec une fixité qui n'avait rien à voir avec la peur.

Zeta s'installa sur le siège de contrôle et posa ses mains sur les interfaces physiques. Des boutons. Des leviers. Des surfaces à pression réelle avec des lettres écrites dessus. Rien de fluide, rien d'automatisé. Tout passait par lui. Chaque action, une décision manuelle.

— ''C'est quoi cette technologie...''

Eno fixa ces gestes sans réussir à les suivre. Trop brute. Trop directe. Trop étranger à tout ce qu'il connaissait. Les écrans s'illuminèrent, des lignes de code défilant en flux massifs, sans structuration visible, sans logique apparente. Sans Filie pour trier, son regard glissait dessus sans accroche, incapable de s'y ancrer, incapable d'en tirer quoi que ce soit d'utile.

Une barre de progression apparut sur un écran latéral. Et le corps du résident réagit.

Deux pourcents.

D'abord une tension. Infime. Puis un spasme.

Quatre pourcents.

Puis un autre. Plus violent.

Six pourcents.

Et soudain tout s'emballa. Le corps convulsa violemment, des contractions massives, incontrôlées, soulevant ses membres malgré les attaches. Les muscles se tendaient à l'extrême, les veines gonflant sous la peau, visibles, prêtes à rompre.

Sept pourcents.

Du sang apparut. D'abord aux oreilles. Puis au nez.

Neuf pourcent.

Puis ses yeux saignèrent des larmes rouges. Des filets sombres qui glissaient lentement le long de son visage.

— ''Arrêtez ! Il a mal !''

La pensée sortit sans force. Sans destination. Il n'y avait personne à qui la dire et rien à faire avec elle. Le cœur d'Eno se contracta d'un coup. Il détourna les yeux une fraction de seconde. Les retourna aussitôt sur le résident. Incapable de faire autrement.

Dix pourcents.

Le corps se cambra violement malgré les attaches, les os craquèrent sous la pression. Contraction totale. Absolue. Les veines des bras cédèrent, le sang jaillissant par à-coups. Le cou se tendit, les mâchoires s'ouvrirent, et un flot sombre coula de la bouche.

Puis tout s'arrêta. Net. Silence.

Zeta se leva d'un coup, geste sec.

Le Mnémophage ralentit. Le grondement diminua, les vibrations s'atténuant progressivement, disparaissant sans qu'Eno ne réalise immédiatement qu'elles s'étaient éteintes.

— Zeta ?

— Fait chier ! Ça a pas marché. J'ai rien. Rien eu. Et en plus il est mort. Plus aucune activité cérébrale. Irréversible.

Le mot heurta.

Loli s'effondra sur le côté. Les chaînes la retinrent un instant, puis se relâchèrent sous son inconscience. Le bruit de son corps contre le sol résonna brièvement. Eno tourna la tête vers elle. Son regard ne s'ancra pas.

Le mot restait.

— ''Mort...''

Il revint au résident.

— ''Mort...''

Le corps. Immobile.

— ''Mort...''

Mais ce n'était pas comme d'habitude. Pas comme les résidents au quotidien. Les yeux n'étaient pas absents. Ils étaient éteints. Sans étincelle. Sans la moindre trace de cette présence diffuse qu'il avait toujours perçue, même sans la comprendre. Même sans savoir comment la nommer.

— ''Il est... mort ?''

La question resta suspendue. Filie aurait répondu. Une donnée, un chiffre, une correction, n'importe quoi. Là, rien.

— ''Mort... ''

Les Theta détachèrent le corps sans précaution. Les membres retombèrent lourdement.

— ''Mort.''

Ils le tirèrent et le jetèrent sur le côté, comme un objet inutile. Le corps glissa sur le métal, s'arrêta à quelques centimètres de Meni.

Trop proche.

— ''Mort !''

Son estomac se souleva. La bile envahit sa bouche en une fraction de seconde, acide, brûlante. Son corps tenta de la rejeter mais le bâillon bloqua tout. Rien ne sortit. La pression resta enfermée, écrasante.

— ''Filie, le-''

Il se coupa lui-même. Toujours ce silence interne.

Ses yeux se fermèrent. Les larmes coulèrent immédiatement, chaudes, continues. Le goût acide restait collé à sa langue à chaque inspiration. Son souffle se brisa, saccadé.

Il étouffait.

Eno tourna la tête sur le côté, cherchant de l'air. Il força. Son corps trembla violement. Puis... il ravala. Le geste passa difficilement, brûlant tout le long.

Les sons étouffaient son ouïe. Sexy pleurait, fort, sans retenue. Kik hurlait, sa voix cassée, déformée par la contrainte. Ori ne bougeait pas, le regard dégoulinant figé quelque part que personne d'autre ne voyait. Dom testait encore, ses chaînes résonnant par à-coups, des tensions sèches, répétées, méthodiques. Meni était figé sur le corps juste devant lui, les larmes glissantes sans bruit.

Eno gardait les yeux fermés. Incapable de regarder. Incapable d'affronter. Parce que cette fois ce n'était plus un mot.

C'était réel.

Les yeux clos, il s'était dissous en lui-même. Coupé du monde, enfermé dans une obscurité dense où ne subsistaient que sa respiration irrégulière et le goût acide accroché au fond de sa gorge.

Le temps s'étira ainsi sans structure.

Trop long pour être ignoré. Trop court pour être mesuré.

Lorsqu'il rouvrit enfin les yeux, la lumière le heurta et tout s'imposa d'un bloc.

— ''Combien... de temps... j'ai...?''

Meni pleurait en silence. Le dos courbé dans une rigidité anormale, les yeux figés au sol, ouverts mais immobiles, bloqués dans quelque chose qu'il ne pouvait plus quitter. Comme si regarder ailleurs était devenu une trahison.

Un amas de corps étaient maintenant entassés devant lui. Le sang s'était répandu en nappes épaisses, sombres, glissant lentement sur le métal jusqu'à venir toucher les genoux d'Eno. Il le sentit avant de le voir. Chaud. Épais. Réel.

Il ne réussit pas à les compter. Son regard glissait dessus, accrochait, repartait. Une vingtaine. Peut-être plus. Les yeux ouverts mais sans vie.

Éteints. Complètement.

— ''Morts... ?''

Loli était réveillée, allongée sur le côté, tournée vers lui, dos au tas. Son corps recroquevillé, ses cheveux traînant dans le sang qui s'étendait sous elle, les mèches collées, imbibées. Son regard tremblait, accroché à Eno comme à un point fixe. Le seul qu'elle avait trouvé.

— ''Morte ?''

Il tourna la tête.

Ori n'avait pas bougé. Exactement la même posture, le même regard figé, arrêté à un instant précis qui refusait d'avancer. Comme si elle était restée là-dedans. Coincée.

— ''Morte...''

Dom vibrait sous la contrainte. Les veines de son cou gonflées, pulsant sous la peau. Ses muscles contractés à la limite, ses chaînes résonnant par à-coups sous la pression qu'il contenait. Il ne lâchait pas. Pas encore.

— ''Mort.''

Kik et Sexy avaient détourné les yeux depuis longtemps, leur visage tourné à l'opposé, comme si regarder était devenu impossible. Comme si ne pas voir pouvait encore changer quelque chose.

— ''Morts !''

Les larmes glissèrent sur les joues d'Eno sans qu'il les sente vraiment. Rien ne s'alignait. L'horreur était trop dense, trop proche, et en lui il n'y avait que ce vide, cette absence de Filie qui écrasait tout le reste. Pas de voix pour lui dire que c'était réel. Pas de voix pour lui dire que ça ne l'était pas. Juste le silence, les corps, et le sang chaud contre ses genoux.

— ''On va tous mourir.''

Puis un choc éclata dans le hangar. Sec. Violent.

Zeta venait de projeter son siège au sol, le bruit résonnant dans toute la structure. Il hurlait, sa voix déformée par la tension, ses gestes brusques, désordonnés, incapables de contenir ce qui débordait.

— Calme-toi. Dit Beta.

— Me calmer ?! Tu rigoles ?! Vingt-trois mille cycles qu'Alpha traque ces trucs ! Moi, cinq cents que je prépare le Mnémophage ! C'était le moment parfait ! Hier on a enfin eu le signal. Un chemin ouvert, direct, une carte pour savoir où Virex les planquait depuis tout ce temps. C'était parfait ! C'était parfait, putain ! On est prêts depuis si longtemps ! Et... ce putain de programme marche pas ?! Je dépasse pas les 10% et ils crèvent tous ! TOUS ! C'est une ressource limitée, Beta ! Si on rate aujourd'hui, qui sait dans combien de cycles on retrouvera les autres !

Chaque mot frappait l'air, résonnant jusque dans la poitrine d'Eno.

— ''Quoi ?''

Les fragments s'imposèrent sans s'assembler. Les mots entraient mais rien ne tenait, rien ne s'agençait. Sans Filie pour structurer, pour trier, pour lui expliquer ses propre pensées, son esprit tournait autour sans trouver de prise.

Mais une phrase revint. Plus lente. Plus froide.

— ''Un chemin ouvert...''

Il revit Sept. La porte. Le passage. Gine. Le moment où il n'avait pas pensé à vérifier derrière lui.

Son ventre se contracta. Doucement d'abord. Puis plus fort.

À côté, un nouveau corps fut jeté sur le tas dans un bruit sourd. Déjà un autre résident était amené par deux Theta, encore vivant, aussitôt plaqué et attaché.

Beta souffla lentement. Son corps restait parfaitement stable au milieu du chaos. Elle ramassa le siège, le repositionna, força Zeta à s'asseoir d'un geste simple mais impossible à refuser.

Elle se plaça face à lui. Sa main remonta lentement jusqu'à son visage et elle retira son masque.

Des traits fins. Une peau pâle, presque laiteuse, parcourue de fines marques noires, des marqueurs d'implants intégrés, si discrètes qu'Eno l'aurait crue entièrement biologique sans elles. Des iris et des pupilles noires, rondes. Sclère blanche.

Puis elle retira la cagoule de Zeta.

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