Yakov
Ashdod, Israël, Juin 1961, naissance de Yakov, fils de la famille ELEDFASI mais pas de précision sur son père. Il avait grandi entouré de sa famille de confession juive et appelait tous les hommes qu’il voyait papa, car sa mère, Ava, n’avait jamais voulu dire qui était vraiment son géniteur. Sans doute qu’elle ne le savait pas puisqu’elle avait subit plusieurs viols en un court laps de temps.
A l’âge de quatre ans il connaissait déjà sa ville par cœur, tous ses moindres recoins et petites ruelles. Bien élevé par sa mère et une tante, il disait bonjour à tous les commerçants qu’il croisait, ce qui lui valait des confiseries gratuites.
Très axé sur la religion, il était le meilleur élève de toute son école et à seize ans il décide de devenir rabbin. Il se lance alors dans une lecture très approfondie de la Torah si bien qu’en quelques semaines il en connaît déjà la moitié. Mais ses rêves s’effondrent vite quand, à vingt-deux ans, sa mère se fait assassiner chez eux, en pleine nuit.
La rumeur disait que c’était l’un des hommes qui l’avaient violé qui aurait pu être l’agresseur d’Ava et Yakov, ne supportait plus d’entendre encore et encore les cris de sa mère. Il finissa donc par se faire interner à la clinique psychiatrique pour ultra-orthodoxes d’Israël car sa tante ne pouvait plus le prendre en charge seule. Il y resta pendant quelques mois, ses médecins disaient qu’il était guéri malgré les comprimés qu’il devait prendre pour éviter « d’entendre sa mère ». Mais la soif de vengeance qu’il avait accumulé depuis la perte de sa mère lui a complètement retourné la tête (et surement que les médicaments n’aident pas). Il avait besoin de réponses à ses questions.
Pendant des jours et des nuits il priait pour avoir la force de retrouver le potentiel assassin de sa mère et Abigail, sa tante, a commencé à s’inquiéter pour lui. Elle n’osait pas lui en parler mais elle savait très bien que quand il s’éclipsait dans sa chambre c’était pour marmonner des mots en hébreu, d’ailleurs elle n’aimait pas ça.
Un jour, alors qu’il était déjà âgé de trente-deux ans, il faisait des courses pour sa tante et en passant devant la terrasse d’un bar il entendit trois hommes de sa famille, deux oncles et un cousin. Ils discutaient du meurtre de sa mère. Yakov fit mine de ne rien entendre et s’empressa de rentrer pour questionner Abigail, mais un des trois hommes se leva en le voyant et lui demande.
- Ho petit ! Ce n’est pas la semaine prochaine qu’on enterrera ta mère pour la dixième année ? Hurla celui qui est debout, sur un ton amusé.
- Bah quand même, nous sommes bien placés pour la connaître cette date ! S’exclame avec un grand sourire un autre des convives de la table.
Malheureusement pour nos quatre hommes, Yakov ne réfléchit pas, il attrape par la gorge celui qui est debout devant lui et le traine dans une ruelle sombre et sale à l’abri des regards et des oreilles de commères. Les deux autres suivent de près. Le troisième, qui n’avait pas encore dit un mot, s’approche, les mains en avant.
- Ecoute petit, je ne sais pas ce que tu comptes lui faire mais nous te promettons de ne rien dire à personne et de quitter Ashdod si tu le lâches et que nous repartons tranquillement.
Plus les secondes passent et plus l'homme qui est collé au mur sent les mains de Yakov se serrer autour de son cou. Celui qui vient de parler s'approche encore un peu plus, les mains toujours en avant, du jeune homme, il a réellement l'air paniqué.
- Ok Yakov ! Tu as le droit de savoir les choses, maintenant que tu es un homme fils. Oui, c’est ton cousin, ton oncle et moi-même qui sommes les responsables du décès de ta maman. Je préfère te le dire pour que tu es tous les paramètres en compte, puis tu sembles être un bon petit, tu dois connaître ton histoire. Et la gorge que tu tiens entre tes doigts est en réalité celle de ton père, alors sois un homme et laisses nous nous rendre à la police.
Tout le monde est perdu. Yakov ne sait plus quoi dire et dans l'atmosphère pesante nous arrivons à ressentir que les trois hommes qui l'entourent sont à sa mercie.
- NON ! Un père ne tuerait pas la mère de son enfant ! Pourquoi avoir fait ça ?
- Nous venions d’apprendre que Gabriel était ton père, dit son deuxième oncle, un homme très petit et bedonnant. Et vu que nous avions tous les trois abusés d’elle, nous avions peur qu’elle nous dénonce voire même qu’elle te mente sur ta paternité, alors nous avons décidé de l’exécuter ! Tu sais nous étions jeunes et stupides, pour nous c'était un moyen de s'amuser, rien de plus. C'est tombé sur ta mère parce que c'était plus simple, mais cela aurait pu être une autre femme.
Soudain, de nulle part Yakov sort une longue lame, celle d'une machette de cuisine appartenant à Abigail, et tranche la gorge de celui qui se disait être son père. Son autre oncle et son cousin, voulant le raisonner, se précipitent vers lui mais ils prennent chacun un coup de machette qui les mettent au sol en pleine agonie. Le petit, comme ils aiment l’appeler, les achève tous les deux. Il est plein de sang. Il entend de nouveau les cris de sa mère et se met à pleurer, il se sent vide mais l'acte qu'il vient de commettre ne le perturbe pas plus que cela. C'est à se demander si il réalise ce qu'il vient de faire et si il pense aux conséquences.
En rentrant chez sa tante, le sac de courses vide bien sûr, il se fait arrêter par la police prévenue par des passants qu’un homme déambule dans la rue près du port, seul et recouvert de sang de la tête aux pieds avec un regard livide.
Il passera les vingt-six prochaines années dans le Service Pénitentiaire d’Israël, incarcéré pour triple homicide. Etait-ce volontaire ou une simple pulsion ? Ce point reste en suspend, chaque personne qui entendra cette histoire se fera sa propre opinion.
Les trois premiers mois il sera battu, maltraité, insulté, affamé, on l’empêchera même de dormir, il sera privé de douche et obligé à faire ses besoins sur lui-même en l'absence de seau, tout ça sous les regards amusés des gardiens. Cela peut être vu comme un bisutage, de la moquerie ou comme une punition en plus de l'incarcération. Tout le reste de sa détention il sera considéré comme détenue model et fera ce qu’il voudra en attendant la date du 18 Juin 2019, jour de son cinquante-huitième anniversaire, celui où il retrouvera sa liberté. Mais comment se sortir d'une telle expérience de vie ?

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