Kalyara
Sétif, Algérie, Février 1991 née la plus jolie des petites filles, pourtant elle sera amochée par la vie, par son vécu.
Dès son plus jeune âge Kalyara est envoyée, par son père et deux de ses frères qui ont dix-huit et vingt ans, dans les rues de Sétif avec sa mère pour se prostituer. La mère y est trainée sans n’avoir bu ni mangé depuis des jours si ce ne sont pas des semaines. De plus elle manque sérieusement de sommeil. Elle donne l’impression d’une droguée et passe pour une mère indigne, auprès des passants si bien que la police l’interpelle avec de faux papiers sur elle, fournis par son mari pour qu’on ne remonte à lui et qu’elle ne soit pas associée à la famille. Elle est mise en cellule pendant trois jours car elle est accusée de prostituer sa fille.
Ils ont fini par retirer la petite, âgée de seulement six ans, à sa mère et cette dernière n’a plus le droit de mettre les pieds chez l’homme qu’elle a été obligée d’épouser. Donc la petite puce, comme l’appelle Leïna, sa maman, passera toute son enfance et le début de son adolescence avec son père Mohamed et ses frères Naël et Amir qui, tous les jours, l’emmènent dans les mêmes ruelles, à peine vêtue, et aguichent des hommes bien plus vieux qu’elle pour avoir des rapports. En grandissant vers les treize ou quatorze ans, elle comprend que la situation n’est pas normale et commence à se rebeller en étant violente avec ces hommes. Pendant leurs actes elle les mord, pince, donne des coups « accidentels » et menace de les dénoncer à leur famille s’ils reviennent.
Puis un soir, en pleine nuit noire, elle décide de fuguer. Elle prend un sac, y met très peu de vêtements, ce qui traîne comme argent, de quoi se nourrir quelques jours et prend la fuite par la fenêtre de sa chambre.
Agée depuis seulement quelques jours de ses quinze ans, Kalyara vit seule de villages en villages où d’ailleurs elle semble perdue, effrayée par le moindre petits bruits, à la recherches de poubelles espérant y trouver des restes avec lesquels se nourir. Des policiers en fin de service passent par là et l'interpellent. Ils finissent par l’arrêter car son discours semble incoérant à cause de la fatigue, de plus elle donne l'impression de tituber à cause d'une blessure au pied.
Elle va leur expliquer qu’elle à quitter sa famille en exposant les détails les plus sinistres de ce qu’elle a vécu, c’est donc pour ça qu’elle se retrouve là. Elle dit vouloir aller au Maroc à pieds pour prendre un bateau pour aller en Espagne puis en France, étant donné que le Français est la seconde langue qu’elle pratique, presque à la perfection souligne-t-elle. Après avoir fouillé ses affaires ils verront qu’elle n’a rien de dangereux sur elle, ils vont lui donner un tas de t-shirts propres mais beaucoup trop grands pour elle, de quoi grignoter et boire puis un officier s’approche d’elle pour lui apporter une boussole, il glisse même un peu d'argent dans son sac.
- Pour aller au Maroc tu continues toujours à l’Ouest. Une fois à Oran, si tu y arrives, tu prends plus au Sud sur Tlemcen puis tu seras à Oujda en seulement quelques jours de marche. Ensuite à chaque personne que tu croise tu dis « Espagne » et quelqu’un finira par t’emmener à un port où tu prendras un bateau jusqu’à Tarifa et tu seras enfin en Espagne et en moins de deux.
- Une fois là-bas, je fais quoi ? Demande t-elle d'une petite voix asséchée.
- Tu vas surement trouver un bus qui en plusieurs heures, peut-être jours, arrivera à Perpignan je crois. Ton souhait d’être en France sera exaucé.
Elle reprend son sac, bien rempli maintenant, et part en direction de l’Ouest en lâchant un simple "merci". Nous sommes le 12 Février 2006 et c’est la dernière fois qu’elle sera vue à moins de trente kilomètres de chez elle.

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