Sortie De Prison

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Ça y est, nous sommes le 18 Juin 2019. La date tant attendue par Yakov. Il est enfin libre. Mais ça n’a pas l’air de lui faire grand-chose. Avoir tué ces trois hommes ne lui a pas rendu sa mère et sa tante est morte de chagrin, seule, et il n’a pas pu être là pour elle. Il se sent perdu, il ne sait pas quoi faire ni où aller.

C’est clair qu’il ne retournera pas chez Abigail, il y aurait beaucoup de souvenirs, trop de mal à se faire mais. Il n’a pas d’argent donc prendre une chambre d’hôtel est exclu et il n’est plus un jeune homme de trente ans, aujourd’hui il est âgé de cinquante-huit ans et se voit mal passer ses nuits dehors. Il lui faut soit trouvé un moyen de gagner de l’argent, soit partir.

Gagner de l’argent pourquoi pas, mais avec son casier judiciaire, cela va être compliqué de trouver quelqu’un qui veuille bien de lui et puis surtout, au grand surtout, il ne veut rien faire d’illégal.

Donc partir. Oui, mais pour aller où ? Certes il a récupéré ses papiers, son passeport et tous ses effets personnels mais où pourrait-il aller et pour y faire quoi ? S’il décide de s’en aller il faudrait que ce soit dans un pays assez loin, quelque part où il est sûr de ne connaître personne et où personne ne saurait qui il est et ce qu’il a fait.

- Il me faut un pays dont je connais la langue, dans lequel, je pourrais vite me faire aux coutumes et où jamais on ne me retrouvera. Dit-il à voix basse, comme si il se paralait à lui-même.

Et là dans sa tête ça fait tilt ! Les Etats-Unis ! Sa mère lui apprenait l'Anglais quand il était petit, elle disait que peut-être un jour cela lui servirait et que de toute façon presque tout le monde dans sa famille parlait Anglais, c’est donc une langue qu’il maîtrise. La question qui se pose maintenant c’est comment ? Comment compte-t-il s’y rendre alors qu’il n’a pas un sou ?

"A pieds ? Bien sûr que non ! Je ne suis plus aussi jeune qu’avant et la prison m’a fait se développer des problèmes cardiaques et pulmonaires, de plus y il a l'Atlantique à traverser. En stop ? Trop risqué, je pourrais tomber sur un dangereux fou et je sais que même si c’est une femme au volant je ne serais pas confiant et cela n'enlève pas le problème de l'océan. Bateau, train, avion évidemment que non, je n’aurais pas de quoi payer… A moins que j’y monte clandestinement."

Donc la prochaine étape est de se renseigner sur le bateau qui passera incessamment sous peu à Ashdod et de voir comment il est possible d’y accéder et combien de temps il y aura de trajet, tout en espérant qu’il pourra faire la traversée sans argent.

En attendant il marche, seul, désespéré, presque déprimé quand il repense à sa mère et à sa tante. Elles lui manquent. Il se rend compte qu’il n’a ni remords ni regrets pour ce qu’il a fait à ces hommes, comme si ces meurtres n’avaient rien changé à sa vie, à son existence toute entière. C'est à peine s'il se souveint de leurs prénoms. L’intérêt c’est que maintenant il semble être un vieux sage, il n’a envie de faire que des bonnes choses, il est plus saint d’esprit, n’a plus de colère excessive et devient de plus en plus réfléchis.

Il se sent mal, au plus profond de lui. Il se demande pourquoi rester encore en vie si c’est pour être seul. Il devient dépressif en somme. Le temps s’assombrit, des gouttes d’eau commencent à lui couler sur les joues. Ah non, en fait, ce sont des larmes… La tête baissée, il traine le pas, puis il se fait bousculer, une fois, deux fois, trois fois et il lève enfin le regard.

Un homme grand, mince, le visage dissimulé derrière un chapeau feutré, une paire de lunettes de soleil et une écharpe remontée jusque sur le dessus du nez, se dresse devant lui, l’air mystérieux.

Yakov regarde l’individu face à lui qui fait au moins une tête de plus et s’excuse :

- Je vous prie de bien vouloir m’excuser, je ne vous avais pas vu.

- Aucun problème monsieur, ça m’arrange d’être tombé sur vous, je vous cherchais. J’ai cru comprendre que vous étiez sorti de prison ce matin même.

- Oui, je suis dehors seulement depuis quelques heures, je n’ai nulle part où aller. Mais qui êtes-vous au juste ? Et comment saviez-vous que j'étais en détention ?

- Oh pardon, j’en ai perdu mon bon sens. Gaspard POUSSAT, je travaille pour une agence secrète Française, je suis ici parce que nous avons besoin de vous. Donc si vous l’acceptez, je vous demanderais de bien vouloir me suivre, un hélicoptère en direction de Paris nous attend à quelques rues d'ici. C'est donc grâce à ce que je fais que je suis au courant de votre situation.

- De moi ? Pourquoi moi ? Je ne suis rien, je ne suis personne ! Dit-il sur un ton autant surpris qu'indifférent.

- Voyons, je vous propose d’aller en France gratuitement, de plus, si vous venez avec moi vous travaillerez en faisant quelque chose qui vous plaît et étant, sans vous mentir, plutôt bien payé.

Il se dit qu’après tout il n’a rien à perdre et même bien au contraire.

- Très bien Monsieur… ?

- POUSSAT, mais appelez-moi Gaspard.

Yakov est tellement peu soucieux de l'agent secret, qu'il ne prit pas le temps d'écouter attentivement son nom.

Cependant, il emboîte le pas derrière le grand homme mystérieux, mais reste tout de même sur ses gardes. Il ne sait pas encore à quoi s’attendre. Ce qui le motive à écouter Gaspard ? Il se dit que mourir ici aujourd'hui ou ailleurs demain ne changera rien, et au moins on lui offre sur un plateau d'argent une solution pour quitter l'Israël. En plus, c'est gratuit.

Puis au moment où il voit en fait un jet privé plus qu’un hélicoptère, il se dit qu’il est sauvé et qu’il pourra vraiment aller en France sans ne rien débourser.

- Je peux en savoir plus sur les tâches que je vais devoir accomplir ?

A ce moment là, l’homme face à lui ouvre son long manteau qui laisse entrevoir un joli veston, certainement d’une grande marque parisienne, dans lequel il glisse une main. Il sort un petit boitier au cœur d’une mêlée de câbles. Il le prend dans une main, et avec ses doigts de l’autre, il tire sur le seul fil rouge, et les lumières du boitier s’éteignent les unes après les autres avant qu’il ne lui dise.

- C’était un micro, c’est bon maintenant je peux vous parler en toute franchise Yakov. Je suis ici car c’est votre sœur qui m’envoi vous chercher. Je suis un ami proche de Fadila, mon fils est dans la même école que votre neveu et votre nièce. J’avais un micro car je suis véritablement un agent des services secrets mais mes supérieurs me...surveillent. Parce que je n'ai pas toujours été droit dans mon travail. Vous voulez boire quelque chose ?

Sauf que son interlocureur semble être comme...absent. Effectivement, les pensées de Yakov sont happées par ce qu'il se passe derrière le hublot. Il se demande si un jour il remettra les pieds dans son pays, celui qui lui avait donner autant de joie que de larmes, autant d'amour que de peine. Il n'entend donc pas Gaspard lui parler.

- Monsieur ELEDFASI ?

- Oui pardon, que disiez-vous ?

- Voulez-vous un verre d'eau ?

Sur un ton méfiant il répond.

- Non ça ira, je vous remercie.

Gaspard continu donc dans ses explications.

- J’étais chargé de récupérer un de vos confrères de cellule, un homme qui possède des informations sur…

Puis Yakov s’endort. Une façon plutôt polie de dire à cet homme que ce qu’il raconte est fort peu intéressant. Au bout de quelques heures ils arrivent et Yakov est réveillé par l’atterrissage assez brutal de l’engin. Il en descend et est conduit par deux grands hommes très costauds jusqu’à une chambre d’hôtel luxueuse comme il ne pensait pas qu’il en existait. Yakov est émerveillé, même un aveugle le ressentirai dans son regard.

- Combien de temps je vais rester ici ?

- Votre sœur ne devrait pas tarder, elle va venir avec ses enfants et vous irez où cela lui plaira de vous emmener.

- Ma sœur ? Je ne savais pas que…

Et avant qu’il ne puisse finir sa phrase, Gaspard quitte la chambre et Yakov se rapproche de la fenêtre. Quelle belle vue pense-t-il. Il est 21h12, il fait à peine nuit au beau milieu de ce mois de Juin, nous pouvons encore apercevoir le soleil qui projette une fine couche d’orangé dans le fond du ciel qui s'assombrit peu à peu. Il peut voir la Tour Eiffel, au centre du paysage qu’il admire. De nouveau une larme coule, mais celle-ci est signe de bonheur.

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