"Allo ?"
- Oui maman mais nan attends laisse-moi parler. Je t’ai pas appelé avant parce que je viens seulement de sortir de l’avion, j’ai même pas récupéré ma valise, alors laisse-moi arriver et faut que j’aille aux chiottes donc je te rappelle quand je sors de l’aéroport.
- *D’accord ma petite crevette, tu ne nous oublies pas hein ! *
- Maman… Je t’ai déjà demandé de ne plus m’appeler comme ça et oui ok je vais essayer d’y penser, bisou.
- *Ah non Adan pas essayé ! Tu dois nous appeler pour…*
Et Adanis raccroche au nez de sa mère. Il se sent terriblement mieux. Il est heureux en réalité d’être partit, avoir sa mère toujours sur le dos devenait très long, certes elle est gentille si ce n’est trop, mais pour lui, Tamara est collante.
Par conséquent maintenant il est libre et ça lui fait un bien fou.
Après être allé aux toilettes et avoir récupéré son sac de voyage, il sort de sa poche la feuille sur laquelle sont inscrites les instructions qu’il doit suivre pour arriver au pensionnat. Donc il prend un bus en sortant le ticket payé à l’avance par ses parents, s’assoit au fond, met sa capuche, augmente le son de ses écouteurs et s’apprête à poser la tête contre la vitre quand un amas de jeunes, sûrement du même âge, s’avance de là où il se trouve.
Parmi eux, une fille, la seule du groupe. Il se redresse, baisse sa capuche et arrête sa musique, tout en faisant mine de ne pas l’avoir vu. Il sort son téléphone de sorte que la luminosité de l’écran lui éclaire un peu le visage lorsqu’un bruit sourd retenti.
Il lève la tête.
- Putain j’en ai marre de vous, vous me faites honte. Restez là, moi je me mets loin de vous dans le fond. Ça tombe bien y’a un mec seul, il sera sans doute plus intéressant que vous quatre réunis.
Elle parle plutôt fort, si bien qu’Adanis l’a entendu.
- Salut, excuses moi, je peux m’assoir à côté de toi ? Mes potes là-bas sont désespérants, si je reste avec eux je vais péter les plombs.
- Oh beh oui bien sûr.
- Wow, tu as un accent…dur, j’ai l’impression qu’il m’agresse.
- Désolé mais j’y peux rien, je suis québécois et je peux pas faire autrement.
- Nan je comprends mais t’inquiète je te taquinais c’est tout. Sinon moi c’est Danièle, ça rime avec belle. Et toi ?
- Moi c’est Adanis, mais je préfère Adan.
- D’accord, enchantée Adan qui rime avec…banane. Pardon, d’habitude je suis meilleure que ça mais je pense que suis troublée.
- Ah ça doit être à cause de moi.
- Nan je pense plutôt à l’alcool que j’ai bu et à la fatigue. Ça te dérange si je pose ma tête sur ton épaule ?
- Ah beh ok. Nan vas-y fais-toi plaisir.
Et Danièle s’endort en moins de deux, littéralement étalée sur son nouveau camarade. Adan, commence à prendre des photos pour pouvoir s’en venter auprès de ses amis jusqu’au moment où un des mecs du groupe vient le voir.
- Tu tentes un truc avec elle ou sur elle et je t’explose ta petite gueule de merde, compris ?
Il prend sur lui et ne répond pas, avant de faire un scandale il vaudrait mieux sortir du bus et puis on ne se bat pas devant une femme. Il garde ça dans un coin de sa tête et se tient prêt à en parler à sa voisine de siège dès qu’elle sera réveilla.
Par précaution, il décide de supprimer les photos qu’il a faite d’elle, ne sait-on jamais, il aurait pu être vu et cela se retournera contre lui. Environ une demi-heure après elle se réveille.
- Adan il est quelle heure ?
- 21h23
- Tu sais si on est bientôt arrivé ?
- Aucune idée. Danièle, je peux te parler d’un truc ?
- Bien sûr mais d’abord je veux en apprendre plus sur toi. Déjà j’aimerais savoir quel âge tu as et ensuite pourquoi tu es venu en France ?
- J’aurais 18 ans samedi et je…
- Oh génial ! Tu vas faire un truc ? Tu vas m’inviter j’espère ! Moi aussi j’ai 17 ans mais jusqu’au 31 Janvier.
- Ouais nan je sais pas. Je suis ici pour aller en pensionnat, je pense pas pouvoir faire quelque chose. Et j’essaierais de penser à toi le jour de ton anniv.
- Toi ? En pension ! T’as dû faire des trucs super graves pour que tes parents t’envoient en France comme ça et pour ça…
- Ouais on peut dire ça, disons que je ne suis pas un exemple à suivre. Entre les vols de voitures et le fait que je sois devenu pickpocket avant mes six ans on est pas ouf…
Il devient gêné de lui dire ça. Malgré tous les vilains défauts qu’il a nous pouvons assurer que menteur n’en fait pas partit.
- Donc t’es un badboy… J’aime bien. Tu voulais me dire quoi du coup ?
Avant qu’il ne puisse même commencé un début de phrase le bus s’arrête.
- TERMINUUUUS ! TOUT LE MONDE DESCEND !
- Ah bon bah tu me diras ça quand on sera dehors.
- Euh ouais on fait ça…
Il commence à ne pas être serein quand il voit le garçon se lever. Il fait au moins deux têtes de plus que lui et est aussi baraqué qu’une armoire à glace.
- Adan vient ! Dépêche-toi je vais te présenter à mes colocs !
- Tes colocs ?
- Oui on habite tous les cinq dans un appart à quelques rues d’ici.
Plus il se rapproche de la porte de sortie plus il se liquéfie. Puis il a des flash-backs de lui, quand il avait trois ans, en train de mettre une raclée à son voisin qui a deux ans de plus que lui. S’il doit recommencer à se battre avec un plus grand que lui cela ne lui pose aucun problème, donc il commence à se chauffer en faisant des ronds avec sa tête et en balançant ses bras d’avant en arrière. Il remet sa capuche, à cause du froid mais aussi pour se donner un air mystérieux.
- Les garçons je vous présente mon nouvel ami, Adan ! Adan voici Paul, Hugo, Olivier et la grande perche là c’est Quentin, mon frère.
Adan reste bouche-bé. Son grand frère ? Pourquoi l’a-t-il menacé ? Il pensait que c’était son copain, c’est pour ça qu’il n’était pas rassuré !
- Beh bonsoir messieurs.
- Wo wo wo mais quel accent !
- Oui Quentin, Adan est québécois.
En disant cela la jeune fille se rapproche de lui et vient le prendre par le bras. Elle le regarde intensemment. Quentin lui jette un regard noir et lui fait signe que s’il ne s’en éloigne pas tout suite il lui tranche la gorge. Danièle remarque que l’expression de son ami change, cela l’intrigue.
- Les garçons prenez mon sac et je vous rejoins à l’appart dans moins d’une heure. Je vais passer un peu de temps avec lui pour lui faire visiter la ville de nuit.
- Si dans une heure t’es pas là j’appelle les parents et la coloc pour toi c’est fini.
- Adan il est qu’elle heure ?
- 21h32.
- Ok merci. Quentin je serais là avant 22h30, je te le promets.
Puis les deux groupes partent dans des directions opposées. Danièle à toujours son bras accroché à celui d’Adan.
- Je peux savoir pourquoi pendant les présentations ton visage a totalement changé ?
- C’est ton frère…
- Quoi mon frère ?
- Il m’a menacé, deux fois.
Elle s’arrête net. Leur bras se détachent l’un de l’autre, cela fait faire à Adan un demi-tour surpris, il ne s’y attendait pas.
- Qu’est-ce qu’il t’a dit exactement ?
- Dans le bus il m’a dit que si j’essayais quelque chose avec toi ou sur toi, ce que j’ai pas compris, il allait m’exploser la gueule. Et en dehors, pendant que tu parlais tu t’es rapproché de moi il a fait glisser son pouce sur sa gorge en me fixant d’un regard noir.
- Pff c’est n’importe quoi qu’il fasse ça. Tu n’as pas à t’inquiéter, je vais lui en parler.
- Ah nan mais j’ai pas eu peur, j’ai eu l’habitude de me battre quand j’étais petit.
Elle lui sourit, reprend son bras et ils continuent de marcher jusqu’à se poser au bord de la Seine, face à la Tour Eiffel éclairée de ses lumière étincelante.
- Tu passes un bon moment ?
- Pour ma première soirée en France je ne pouvais pas rêver mieux. Il ne manque qu’une chose.
Au moment où Adanis s’approche de Danièle pour l’embrasser son téléphone sonne.
- *Allô mon chéri c’est maman ! Il est bientôt 16h ici et nous n’avons toujours pas eu de tes nouvelles. *
- Oui nan mais maman là je suis occupé. Je te rappelle demain.
Danièle lui fait signe de continuer l’appel, prend un stylo dans les affaires d’Adan et note sur sa main gauche son numéro de téléphone puis lui fait signe de l’appeler et chuchote un petit :
- Appelle-moi demain.
- ‘man attends deux secondes. Danièle s’il te plaît reste…
Mais elle est déjà loin. Il commence à être énervé et ne sait pas comment il doit réagir. Il remet son téléphone à l’oreille.
- *Dis-moi fils, qui est cette Danièle ? *
- La meuf que tu viens de faire fuir…
- *Adanis, Liam, Nathan JUCIFER ! Je te prierais de mieux t’adresser à ta mère ! *
- Mais papa ! Je viens d’arriver et vous harcelez déjà d’appels !
- *Et alors tu pensais que nous t’enverrions dans un autre pays et t’oublier ? *
- Beh j’aurais préféré oui. Vous venez de me niquer un super moment !
- *Avec cette fille ! Mon chéri dis-moi que tu n’as jamais couché avec une fille…*
- Ok maman salut.
Et il raccroche de nouveau. Il regarde sa main, voit le numéro de Danièle et l’enregistre immédiatement dans son téléphone avant qu’il ne s’efface. Ensuite, il reprend le papier où est écrit l’adresse du pensionnat et s’y rend. Sur le trajet du pensionnat il regarde sa main sur laquelle Danièle à écrit son numéro, il a encore la sensation de sa main qui attrape la sienne.
En arrivant devant l’établissement tout droit sorti d’un film d’horreur, il fait sonner la cloche qui résonne dans toute la rue. Au bout de quelques secondes une femme ouvre la porte, elle aussi pourrait jouer dans un film d’épouvante.
- C’est pour quoi ?
- Je suis Adanis JUCIFER, vous devriez avoir une chambre pour moi.
- Vous pensez être dans un hôtel jeune homme ?
- Eh beh j’sais pas, je connais pas le fonctionnement des pensionnats.
- Ecoutez mon petit, ici ce n’est pas le club med.
Adanis suit la vieille dame aigrie et l’écoute parler pendant qu’elle le mène à sa chambre.
- Vous serez dans une chambre avec deux jeunes gens de votre âge. Le lever se fait à 6h45, le petit déjeuner est servi de 7h à 7h30. Si vous vous présentez au réfectoire avant 7h vous serez renvoyé directement en chambre et si vous y êtes après 7h30 la porte vous sera fermée au nez. Est-ce bien clair ?
- Ouep !
La dame s’arrête d’un coup net et se retourne vers Adan le fusillant d’un regard qui voulait très clairement dire que quelque chose ne lui plaisait pas.
- J’espère avoir mal entendu !
- Vu votre âge ça serait pas étonnant.
- Petit insolant ! Vous ne comprenez donc pas que je peux vous faire une vie misérable dans l’enceinte de cet établissement ? A partir de maintenant vous m’appellerez Madame Suzzie et vous répondrez « Oui Madame » à chaque chose que je vous demanderais. Me suis-je bien faite comprendre ?
- Waow oula, bah d’accord m’dame.
- Ce n’est pas ce que j’ai dit il me semble.
- Oui Madame.
- Bien ! Je peux à présent reprendre ce que je vous disais. Demain matin, quand vous serez installé, une éducatrice viendra vous voir pour vous expliquer le fonctionnement de votre chambre ainsi que les roulements avec vos voisins. Elle vous indiquera aussi comment vous débrouillez avec votre dossier d’inscription, que vous devriez avoir déjà rempli au préalable, pour l’école que vous avez choisie.
Elle entend le garçon de dix-sept ans avaler sa salive avec grand bruit, comme s’il était nerveux ou pas sûr de lui.
- Dossier que vous avez sur vous bien évidemment !
- Oui Madame.
- Fort bien. Puisque vous serez scolarisé dès demain et que vous serez, dans quelques jours, considéré comme un adulte dans pour notre société, le réfectoire ne vous sera pas ouvert le midi. Pour le soir nous fermons nos portes à 18h45 et le dîné est de 19h à 19h30. Je ne vous tiens pas le même discours que précédemment, le self fonctionne pareil le matin et le soir. Et pour finir l’extinction des feux se fait à 22h. Si après 22h du bruit est entendu dans les chambres, les couloirs ou tout autres endroits où vous n’êtes pas censé être vous serez réprimandé. Est-ce bien clair ?
- Oui Madame.
- Parfait. Voici votre chambre, je vous laisse faire connaissance avec vos camarades. Bonne intégration parmi nous.
Madame Suzzie part. Elle le laisse seul, devant une porte d’une couleur se rapprochant assez bien d’un vert caca d’oie, cela inspire peu de confiance à Adanis…
Il toque tout de même à la porte, mais aucun bruit. Il est 22h26 et personne ne bouge à cause du couvre-feu. Donc il chuchote à la porte :
- Les gars, je suis votre nouveau coloc, ouvrez-moi !
Subitement la porte s’ouvre avec brutalité mais dans un silence profond, une main passe dans l’entrebâillement, agrippe son t-shirt et le tire dans la chambre.
Il ne voit rien. Il n’y a aucune lumière et toujours aucun bruit. Il ne se sent pas très à l’aise.
- Les…les mecs ? Y se passe quoi là ?
- Chuuut, ne parle pas…
Un silence de mort résonne dans la pièce quand soudain s’allume enfin une petite lampe de chevet.
- Ok mec, on sait pas qui tu es pour le moment mais on veut pas de problème avec Suzzie. Donc pose tes affaires dans un coin, prends le lit là-bas, dors et on se parle demain après le réveil.
Puis la mystérieuse voix qui n’est pour l’instant associer qu’à une simple hombre disparait et laisse à nouveau place à un terrible silence.

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