Alors ?
- Alors ?
- Alors quoi ?
- Bon mon frère, ça fait bientôt sept ans que t’es là, quand est-ce que tu nous présente une gonzesse ?
- Waaa Ludwik, tu sais très bien que je suis pas du tout là-dedans !
Les deux amis se regardent en souriant puis éclatent de rire.
- Nan plus sérieusement ?
- Ecoute, je fréquente personne depuis un moment, j’essaie vraiment de pousser ma carrière à fond avant de pouvoir intégrer quelqu’un à temps plein dans ma vie. J’ai pas encore mes 25 ans, je suis loin d’être pressé.
- Et bah ! La vie en France ça t’a apaisé !
- Oui on a inversé nos rôles, au pays t’étais sage et calme, moi je courais après toutes les filles. Maintenant tu as Emma et Lucas et moi je prends mon temps.
- C’est bien, tu as grandi.
C’est sur ces derniers mots que Bart quitte son ami pour rentrer chez lui.
Pendant son trajet à pieds il lève les yeux au ciel et tout en regardant les étoiles il pense à quel point il aime sa vie. Il se considère comme un homme heureux mais ressent un vide, un manque important sur lequel il n’arrive pas à mettre de mots concrets.
Il se met au lit, ses pensées s’attenues puis il s’endort paisiblement.
Nous sommes au petit matin du Samedi 24 Septembre 2016, il est 7 :30 et le réveil de Bart sonne parce qu’il a oublié de l’enlever hier soir en rentrant de chez Ludwik. Mais il sait qu’il ne se rendormira pas alors il se lève, prend une douche puis descend chercher son petit déjeuner à la boulangerie du quartier, là où il a l’habitude d’aller depuis un certain temps.
En remontant il croise une dame âgée dans les escaliers, il lui tend son bras pour l’aider à monter puis il entend une voix derrière, une voix féminine qu’il ne reconnaît absolument pas.
Curieux il se retourne et c’est une jeune femme, la vingtaine qui se précipite les mains chargées de sacs, elle s’approche de la dame qui tient Bart mais à ce moment même c’est comme s’il n’existait pas. Sa voisine, à qui il est venu en aide, lui fait un signe pour lui dire qu’ils sont arrivés devant sa porte, alors il s’arrête et elle lui donne ses clés, il les met dans la serrure et ouvre la porte. Les deux femmes rentrent puis la demoiselle ferme la porte sans dire un mot à notre ami qui, hébété, se fige devant la porte close.
Il hésite à toquer mais s’y refuse et continu dans les marches pour arriver jusqu’à chez lui et déguster sur son balcon son petit déjeuner encore chaud. Il a sorti son ordinateur et se renseigne sur les actualités du matin puis sur un coup de tête il jette un œil au prix des billets d’avion pour Varsovie, il pense y aller pour son anniversaire et pourquoi y emmener Ludwik et sa petite famille ?
Il pourrait retourner à l’orphelinat et montrer aux jeunes que « Quand on veut, on peut » et surtout ce serait l’occasion de revoir les sœurs qui l’ont élevé, surtout sœur Anna, c’est la seule figure maternelle qu’il a eu et il est persuadé qu’elle serait fière de l’homme qu’il est devenu avec les années.
Il envoie alors un message à Emma pour lui dire de bloquer les dates, qu’il prévoit une surprise mais qu’elle ne doit pas en parler, elle en saura un peu plus au moment venu, en attendant il gère tout d’une « main de maître ». Il s’apprête à réserver les billets d’avion lorsque l’on frappe à sa porte alors il se lève et va voir qui c’est.
- Bonjour, excuses-moi on se connaît pas mais on s’est croisé tout à l’heure dans les escaliers, tu as aidé ma grand-mère à monter chez elle et je me suis rendue compte que j’ai été un peu sauvage sur le coup.
- Ah nan pas de soucis, c’est rien. Je savais pas que Madame TAULBER avait une petite fille. Enfin elle me parle jamais quand on se croise, donc à vrai dire je pensais qu’elle était seule, sans famille quoi.
- Oui, malheureusement je suis la seule qu’il lui reste et j’ai très peu de temps à lui accorder mais dès que je peux je passe la voir et de temps à autre je l’aide pour ses courses, comme ce matin tu vois ?
- D’accord, je suis désolé de l’apprendre mais c’est super qu’elle t’ait.
- Bah voilà, je tenais juste à te remercier.
- Y’a pas de problème je t’assure, je suis encore en train de prendre mon petit déjeuner, tu veux te joindre à moi ?
- Non merci beaucoup mais il faut que je file au travail, en revanche demain après-midi je passe un moment avec elle, je peux venir avant si tu le souhaites.
- Oui pourquoi pas, de toute façon je ne prévois pas de bouger de chez moi.
La jeune femme tourne les talons et part d’un pas décidé tout en continuant de regarder et d’écouter sa nouvelle connaissance.
- Ouais super, ah au fait moi c’est Rukhel.
Il était prêt à lui donner son prénom mais il ne la voit déjà plus, elle a disparu dans l’escalier en colimaçon, il n’entend plus que le bruit de ses pas sur les marches grinçantes.
Il a du mal à réaliser ce qu’il vient de lui arriver, c’est la première fois qu’une telle chose se produit et il se retrouve un peu bouche-bé d’avoir pu sans hésiter une seule seconde de demander à cette fille de rentrer chez lui et d’avoir proposé de partager son petit déjeuner.
Il est de base plus méfiant que ça et n’ouvre pas sa porte à n’importe qui, mais allez savoir pourquoi Rukhel lui a renvoyé du positif. Il n’y pense pas plus et retourne à son ordinateur sur lequel il valide ses billets d’avion satisfait d’organiser ce voyage qui lui tient tant à cœur.
Après cela il s’installe confortablement dans son canapé puis se rendort en s’imaginant en Pologne avec son meilleur ami, faisant découvrir à Emma et Lucas les endroits où ils ont grandi, là où ils ont fait leurs premières bêtises. Il a hâte de revoir sœur Anna et sœur Cecylia, il essaie de les imaginer, à quoi peuvent-elles ressembler aujourd’hui ? Comment vont-elles ? Sont-elles toujours épanouis et proches de Dieu ?
A 15 :57 il se réveil en sursaut parce que son téléphone sonne, c’est Ludwik qui lui demande s’il peut venir chez lui.
19. Emma a eu un problème, mon frère viens tout de suite s'il te plaît !
D’un bon d’un seul Bart se lève, met ses chaussures et attrape une veste, claque sa porte et détale les escaliers en sixième vitesse puis coure du plus vite qu’il peut jusqu’à chez ses amis. Il rentre chez eux en trombe et se retrouve face à Emma en pleure avec Lucas sur les genoux et Ludwik est accroupi les larmes aux yeux et finit par se lever et se jeter dans les bras de celui qu’il considère comme son frère.
- Qu’est ce qui se passe ici ?
- C’est Emma…
- Quoi Emma ?
- Elle est enceinte ! Je vais de nouveau être papa et toi… PARRAIN !
Bart s’assoit et reprend son souffle, il s’attendait à tout sauf à ça. Il se remet de ses émotions et regarde Ludwik en lui demandant :
- Mais je comprends pas, tu m’as dit qu’elle avait un problème, pourtant l’arrivée d’un enfant ne devrait pas en être un.
- Mais nan le problème c’est que t’es le seul trou du cul que j’ai trouvé pour être le parrain de cet enfant !
C’est en rigolant que ce dernier prononce ces mots mais il semblerait que Bart ne le voit pas si marrant que le pense son ami. Il cherche la compassion d’Emma qui fini par expliquer à son cher et tendre que sa blague est loin d’être drôle et que l’homme en face de lui est un vrai copain car avec le coup de tension qu’il s’est pris plus d’un auraient mal réagi. L’ambiance s’apaise, ils fêtent la bonne nouvelle et donnent leur pronostiques sur le sexe de l’enfant quand soudainement Bart se souvient qu’ils doivent prendre l’avion dans quelques semaines et il se demande si Emma sera apte à voyager.

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