Ultimatum

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— Qu’est-ce que tu fais encore là, toi ?

Le surveillant l’avait surpris en arrivant sans bruit derrière lui.

— Faut rentrer chez toi, Hugo, je vais fermer le collège.

— Oui, oui, j’y vais. Au revoir, à demain, répondit-il en s’élançant vers le portail.

Il avait raté son bus et attendait le suivant. Il allait rentrer en retard, mais trouverait bien quoi dire.

Encore sonné par ce qu’il venait de vivre et de comprendre, Hugo grimpa machinalement. Il s’assit et se tourna vers la vitre. La ville défilait sans qu’il ne la voie.

— T’étais où Hugo ? l’accueillit sa mère, sur un ton plein de reproches.

— Ben, au collège, répondit-il sans réfléchir.

— Oui, merci ! Mais tu as vu l’heure ?!

Il fut tenté de répondre « Oui, justement, c’est bien là tout le problème !», mais il s’abstint. Il jeta un œil à l’horloge de la cuisine.

— Ça va, maman, je n’ai que dix minutes de retard.

— Et donc ? …

— J’étais avec Luca. Il m’a montré son nouveau jeu sur sa Switch. J’ai pas fait attention et j’ai raté le premier bus, mentit-il.

Tout en reprenant la préparation du dîner, elle enchaîna :

— Je ne veux pas que tu traînes après le collège. Je te l’ai déjà dit. Tu rentres directement à la maison. Je ne veux pas que mon fils…

Hugo n’écoutait déjà plus. Il connaissait ce discours par cœur. Lorsqu’il eut l’impression qu’elle avait terminé, il demanda :

— Je peux monter faire mes devoirs ?

— Va te laver les mains avant ! avait-elle conclu pour avoir le dernier mot.

Hugo referma doucement la porte de sa chambre. Pui,il consulta Pronote sur son téléphone : mathématiques, français, physique… Les devoirs habituels.

L’image des feuilles mortes flottant dans l’air le traversa. Elle persista un instant dans son esprit. Hugo vérifia l’heure sur son portable. Les secondes défilaient normalement.

« Putain ! C’était ouf ! »

« Elo’ va bugger ! »

Non… Elle n’allait jamais le croire. Déjà, elle lui faisait la gueule… et il ne voyait pas comment lui raconter ça sans passer pour un mytho.

Il commença mollement son exercice de maths, mais avait du mal à se concentrer. « La surface de l’eau ». Il tenta de balayer ces visions. « Margo ». Il parvint péniblement à terminer ses calculs sans être certain qu’ils soient justes. Nouveau coup d’œil à son portable. « Le klaxon ». Stylo suspendu en l’air. « C’est moi qui ai fait ça ? » Regard fixe et vide face au mur.

— Hugo !

Il mit une seconde à comprendre qu’on l’appelait depuis le bas des escaliers.

Lorsqu’il arriva dans la cuisine, il sentit immédiatement la tension. Son père, tout juste rentré, l’agressa sans détour :

— Je viens de checker Pronote. C’est quoi encore ce zéro en allemand ?! demanda-t-il, en brandissant son téléphone.

Sans cesser d’éplucher une carotte, sa mère insista, sans lever les yeux :

— Avec le retard de ce soir, ça commence à faire beaucoup !

— C’est plus possible Hugo ! Va falloir te reprendre ! Déjà, t’as gagné : pas de sortie ce week-end !

Le piège se refermait.

— Alors ? T’as rien à dire ?

— Ben non, mais… balbutia le jeune ado.

— Mais quoi ? coupa sèchement son père.

— C’est la prof, elle m’aime pas !

— Ça suffit, Hugo ! C’est pas la prof qui doit répondre aux questions ! C’est toi ! Arrête de te trouver des excuses !

On y était.

— On en a plus que marre, Hugo. Tu ne fais aucun effort. Aucun progrès. Qu’est-ce qu’il faut faire avec toi ? On en a assez de devoir te punir sans cesse.

Chloé traversa la pièce sans que ses parents n’y prêtent attention, un léger sourire aux lèvres. « Je la déteste ! »

Le silence tomba comme une sentence. Hugo ne réagit pas.

Son père reprit sur un ton plus calme, mais glacial :

— Alors c’est très simple, Hugo. Soit tu remontes ta moyenne et tu changes de comportement. Soit on t’inscrit dans un collège privé. Tu as jusqu’à la fin du trimestre.

Hugo encaissa sans répondre.

— Tu peux remonter finir tes devoirs, Conclut-il, en se détournant de son fils.

Tête baissée, il gravit lentement les marches. Il s’assit sur son lit et se tordit les mains, moites. Tout s’effondrait. Des problèmes, il en avait. Des sérieux.

Tout lui tombait dessus. « Y’a rien qui va ! » À la maison : les parents. Les petits sourires de Chloé ! Au collège : les notes, les profs ! Et Elo’ qui ne voulait même plus lui parler ! Il s’allongea et ferma les yeux. « Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter tout ça ! »

Son regard glissa vers le réveil de son chevet.

Il ne bougeait plus.

Son corps semblait lourd. Son esprit plombé.

Il observa sa chambre. Elle lui parut soudain trop étroite. Et dire qu’il allait y passer encore de longues heures ce week-end.

La lumière déclinait. Bientôt, il ferait noir.

Seule la lueur de l’heure sur son téléphone persistait.

Il observa l’affichage. Les secondes s’écoulaient. Régulières. Irrémédiablement.

Irrémédiablement ?

Et si ...

Son attention resta un long moment focalisée sur les chiffres qui se succédaient.

Alors, il referma les yeux. Le collège, une salle de cours, une table, une copie, des questions. Personne ne lui mettrait la pression.

Il rouvrit les yeux, expira longuement et regarda par la fenêtre. Dehors, la cime des arbres bougeait à peine.

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