Choc

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Le choc avec Élo avait été rude.

À l’intercours, dans la cohue des élèves, à l’angle de deux couloirs du collège, ils s’étaient littéralement rentrés dedans.

Cette proximité physique les avait contraints à de nouveau s’adresser la parole.

— Désolé ! Ça va ? avait demandé Hugo, en rougissant , gêné par la situation.

— Hum… avait acquiescé Élo.

S’il n’y avait plus de rancœur dans son regard, Hugo y perçut pourtant de la distance.

— T’as retrouvé ton sac de sport ? avait-il enchaîné pour dévier la conversation.

— Comment tu sais ?

— Je t’ai vu le chercher, hier soir.

— Et t’es pas venu m’aider ?

— Je ne pouvais pas arriver encore en retard à la maison cette semaine. J’ai dû rentrer.

— OK… pour une fois, t’as eu raison.

La sonnerie retentit.

— Je dois y aller, Élo. À plus.

— On verra…

À la fin des cours, Hugo avait décidé de ne pas prendre le bus. Les nombreux détours qu’effectuait le transport en commun rendaient le trajet aussi long qu’à pied. Seulement, à pied, il fallait marcher.

Mais c’est justement ce qui lui convenait. Après avoir tergiversé toute la journée, il avait fini par admettre qu’il devait « s’entraîner au truc ». Pour ça, il lui fallait un endroit propice. Il avait arrêté son choix sur le parc, à mi-chemin de son parcours. Peu fréquenté, offrant des possibilités pour se dissimuler, mais suffisamment ouvert pour pouvoir observer. C’était là qu’il devrait réessayer. Pas ailleurs.

En se dirigeant vers le jardin public, il ressentit une gêne. Imperceptible. Irrationnelle. Fébrile, il se retourna à plusieurs reprises pour vérifier qu’il n’était ni épié ni suivi. Rien. Personne.

« Arrête ta parano ! »

À proximité de son but, il marqua une pause pour étudier les lieux. Il chercha du regard l’endroit qui conviendrait le mieux à son « expérience ». Après quelques secondes, il repéra l’entrée d’un layon qui s’enfonçait dans un bosquet.

Il se positionna à deux mètres à l’intérieur du sentier, face au parc. De là, il bénéficiait d’un panorama assez large sur la zone ouverte, tout en restant suffisamment dissimulé.

Alors qu’il étudiait son environnement immédiat pour vérifier que rien ne viendrait le perturber, la sensation étrange revint. Hugo se figea un instant, et balaya lentement les alentours.

Sur sa gauche, une zone de jeux pour enfants. Trois bambins et deux mamans y étaient installés. Complètement normal. Face à lui, un enchevêtrement de pistes aménagées, sur lesquelles il distingua un couple à vélo qui poursuivait sa balade. Rien d’alarmant. Enfin, sur sa droite, un massif décoratif composé d’arbustes taillés. Il y observa une dizaine de pigeons et de moineaux occupés à chercher leur nourriture.

En partie rassuré par cette analyse visuelle, il tenta de se persuader qu’il pouvait commencer.

« Bon ben, faut y aller là… »

« Allez, c’est parti, concentre-toi. »

Debout, à l’orée du bosquet, Hugo ferma les yeux et souffla plusieurs fois profondément. Puis il plissa les paupières, bloqua sa respiration, contracta ses muscles.

Il attendit. Encore. Attentif, il percevait les sons ambiants, puis… plus rien. Le silence.

« Ça y est là ? » Il rouvrit les yeux. Flou.

Une, deux secondes de mise au point. Puis il aperçut le couple de cyclistes face à lui. Ils s’étaient bien déplacés de plusieurs dizaines de mètres, mais à cet instant précis, ils restaient parfaitement immobiles, en équilibre sur leur vélo.

Il orienta son regard sur la gauche. Les trois enfants et les deux mamans se tenaient toujours dans la zone de jeux, mais aucun d’eux n’esquissait le moindre mouvement.

Enfin, les oiseaux à sa droite. Bien présents. Figés. Des statues dans un massif.

« Étape 1, OK. Maintenant… tu remets tout en route ! »

Il se recentra sur lui-même, referma les yeux et reprit le processus. Attente. Toujours aucun bruit… Et puis, cris d’enfants, sonnette de bicyclette, gazouillis, bruissement du vent dans les feuilles.

Il vérifia du regard. Tout était revenu à la normale. En vie.

« D’accord. Ça a fonctionné deux fois. C’est pas suffisant. Recommence ! »

Sans plus attendre, il reprit l’enchaînement. Le silence retomba à nouveau.

Hugo s’aventura.

Il fit d’abord un pas timide, puis deux et enfin sortit du bosquet.

Rien ne bougeait. Il poursuivit l’exploration.

À son approche, pas d’envolée d’oiseaux. Il aurait pu les toucher.

Il allait se diriger à l’opposé, vers la zone de jeu, quand il se figea. Panique. Il eut un mouvement instinctif de recul, mais se reprit.

« Tu n’as pas besoin de t’enfuir. »

Il la voyait. Ça n’avait aucune importance.

À moitié dissimulée derrière un tronc, Chloé, le regard tendu dans sa direction.

Mais, à cet instant, elle, elle ne le voyait pas.

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