Panique

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Hugo ne parvint pas à détourner son regard de l’horloge.

« Il se passe quoi là ? La pile est morte ? »

Ses jambes étaient en coton.

Pourtant, son cerveau bascula en alerte maximale. Il décida d’agir.

Il se rapprocha de Chloé et fit plusieurs fois claquer ses doigts devant son nez. Pas même un battement de paupières. Il hurla :

– CHLO-É ! Oh ! Tu m’entends ?

Toujours rien.

– Bon… tant pis, tu l’auras voulu, souffla-t-il en lui pinçant le biceps.

Pas de réaction.

Il se mordit l’index. En ressentant la douleur, il obtint sa première, et pour le moment, seule certitude : il ne rêvait pas.

Son regard se reporta vers l’horloge. L’aiguille n’avait pas bougé d’un millimètre.

Le mitigeur de l’évier tourna dans le vide.

L’interrupteur des spots claqua dans le silence, sans effet.

Le monde se détraquait.

Toujours aussi angoissé, il se lança dans l’exploration du reste de la maison.

Dans le salon, tout lui parut normal. En pressant le bouton marche/arrêt de la télécommande, l’écran resta parfaitement noir. La diode de veille, elle, était bien allumée. Il appuya frénétiquement sur plusieurs autres boutons, sans plus de résultat. Pris de panique, il la jeta sur le canapé et sortit de la pièce presque en courant.

Dans la salle de bain, pas une goutte quand il tourna les robinets du lavabo et de la douche.

Dans les toilettes, la chasse d’eau n’avait aucun effet.

Son regard fut néanmoins attiré par l’eau au fond de la cuvette. Elle semblait figée.

« C’est normal… rien ne la fait bouger », pensa-t-il.

En plongeant la brosse, la surface ne changea pas d’aspect. Elle demeura lisse et plane. Après plusieurs tentatives, il obtint le même résultat. Choqué, il lâcha la brosse comme si elle le brûlait.

Il sortit de la pièce la vue troublée, le cerveau en ébullition, et avala les escaliers pour inspecter l’étage.

Rien d’anormal dans le couloir.

Poussant la porte de la chambre de ses parents, il constata que le lit était fait et les coussins à leur place. Le réveil digital indiquait la même heure que l’horloge de la cuisine. Plusieurs minutes s’étaient pourtant écoulées.

En apercevant la bouteille d’eau posée sur la table de chevet, il s’approcha et s’en saisit. Le niveau resta parfaitement horizontal. Quand il pencha le récipient, celui-ci parut rempli d’une substance… solide, qui ne réagissait pas aux mouvements.

Il dévissa le bouchon et tenta de verser un peu du liquide dans un verre. L’eau stagna, comme gelée.

Totalement dépassé, il lâcha le tout sur le parquet. Le verre se brisa et l’eau resta dans la bouteille. Il observa un moment le résultat, incapable de l’accepter.

Il fit volte-face et fonça vers sa chambre.

Son univers n’allait pas le trahir.

« Tout va être normal, comme avant… », tenta-t-il de se convaincre.

En ouvrant la porte, Hugo fut en partie rassuré en constatant que tout paraissait conforme. Mais en observant plus attentivement, un frisson glacé remonta le long de son dos.

Son téléphone portable, posé sur son bureau, affichait habituellement l’heure, les minutes et les secondes. L’information apparaissait bien, mais les chiffres restaient figés : 17 h 53 min 20 s.

« Il est mort ou quoi ? », se demanda-t-il.

Son doigt glissa sur l’écran pour déverrouiller l’appareil. Sans effet. Même après plusieurs essais, il ne s’alluma pas.

« Mais c’est quoi ce truc de fou ?! » hurla-t-il, cédant à la panique.

Il le jeta sur le lit et s’avança vers la fenêtre qui donnait sur la rue. En l’ouvrant, il fut pétrifié par la scène qui s’offrait à lui.

Sur la route, un SUV gris métallisé avait amorcé un virage dans un carrefour, mais il n’avançait plus, en travers des deux axes.

Sur le trottoir d’en face, une maman derrière une poussette était penchée sur son enfant. Elle restait figée dans cette position absurde.

Dans le ciel, un couple de tourterelles était suspendu en l’air, aussi dénué de vie qu’un mobile dans une chambre d’enfant.

Alors qu’il ne savait plus quoi faire, une pensée le frappa comme un coup de tonnerre : Chloé ! Elle était restée bien trop longtemps seule au milieu de ce cahot irréel.

Sans refermer la fenêtre, il se rua dans les escaliers. Dans sa précipitation, sa main heurta le coin de son bureau et, instantanément, un trait rouge la lézarda. Son corps, lui, réagissait normalement.

Il fit irruption dans la cuisine et retrouva la jeune fille exactement dans la même position.

En la voyant ainsi, pétrifiée, grotesque, la bouche entrouverte, prête à lui assener une remarque blessante qui ne venait pas, quelque chose se brisa en lui.

Ses poumons le brûlèrent, ses épaules se mirent à trembler.

Il se laissa glisser contre le mur et fondit en larmes.

« Qu’est-ce que j’ai fait ? …

Qu’est-ce que je vais faire ? …

Aidez-moi… Je vous en supplie… »

Le silence lui répondit.

Il sanglota un long moment, face à Chloé qui ne réagissait toujours pas.

Ce lâcher-prise lui fit du bien. Il essuya son visage du revers de la main. Sa respiration se posa. Il se redressa, un peu plus apaisé.

« Bon… arrête de te laisser crever.

Tu vas trouver le moyen de te sortir de là », s’encouragea-t-il.

Il se concentra pour essayer d’apercevoir une porte de sortie. Après quelques secondes, une évidence lui vint. Il fallait repartir du connu. Que s’était-il passé avant que tout ne s’arrête ?

Pour permettre à son esprit de se calmer, il ferma les yeux et tenta de se remémorer les derniers instants précédant la catastrophe.

« Mais oui ! C’est ça ! J’ai fermé les yeux, bloqué ma respiration et contracté mon corps ! »

C’est ce qu’il devait refaire.

Alors, il ferma les yeux très fort.

Il bloqua sa respiration.

Il contracta tous les muscles de son corps.

Toujours le silence.

Le noir.

Le manque d’air se fit sentir.

Et soudain…

– Qu’est-ce que t’as ? Tu crois vraiment que ça peut marcher, le coup de la fausse crise d’angoisse ? Allez Hugo, arrête ton cinéma.

La voix de Chloé. Il n’osait pas y croire.

Il rouvrit les yeux. Elle était toujours à la même place, mais bien vivante, la bouche fermée.

Immédiatement, il tourna la tête pour regarder l’horloge.

La trotteuse marqua la vingt-cinquième seconde,

puis la vingt-sixième,

la vingt-septième,

la vingt-huitième…

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