Chapitre 2

13 minutes de lecture

Le brouillard ne disparaissait jamais complètement.

Peu importe depuis combien de temps Selen marchait entre les ruines, cette brume grisâtre continuait de ramper lentement au ras du sol, s’enroulant autour des colonnes effondrées et des arches brisées comme quelque chose de vivant. Par moments, elle semblait même réagir à ses mouvements, se séparant légèrement lorsqu’elle avançait avant de revenir aussitôt derrière elle dans un silence inquiétant.

Le ciel n’avait pas changé non plus.

Toujours ces immenses fissures rouges traversant l’obscurité au-dessus des ruines, palpitant lentement comme des blessures ouvertes dans la réalité. Certaines pulsaient si fortement que les pierres autour d’elle vibraient légèrement pendant quelques secondes, et chaque fois, Selen apercevait d’autres fragments de mondes glisser derrière les déchirures avant de disparaître de nouveau.

Mais ce qui l’inquiétait le plus désormais…

C’étaient les silhouettes.

Au début, elle avait cru les imaginer.

Une forme aperçue trop rapidement entre deux colonnes.
Un mouvement derrière une arche effondrée.
Une ombre disparaissant dès qu’elle tournait la tête.

Mais maintenant, elle savait.

Quelque chose l’observait réellement depuis les ruines.

Et pas seulement une créature.

Plusieurs.

Selen avançait lentement le long d’une ancienne avenue à moitié détruite, ses bottes écrasant la poussière sombre accumulée sur les pierres fissurées. Des bâtiments gigantesques l’entouraient de chaque côté, certains encore debout malgré leur état catastrophique, d’autres entièrement éventrés comme si une force immense les avait littéralement ouverts en deux.

Le silence était toujours aussi oppressant ici.

Pas de vent.

Pas d’oiseaux.

Seulement ce grondement sourd qui semblait parfois traverser les profondeurs du monde lui-même.

Puis quelque chose bougea au-dessus d’elle.

Selen s’arrêta immédiatement.

Son regard remonta lentement vers les étages effondrés d’un immense bâtiment noir penché au-dessus de la rue.

Et elle la vit.

Une silhouette.

Immobile derrière une fenêtre brisée.

Le souffle de Selen ralentit légèrement.

La forme ressemblait vaguement à une personne… mais seulement vaguement. Son corps semblait trop grand, trop mince, et l’obscurité autour d’elle paraissait glisser constamment sur sa peau comme une matière liquide.

Puis la silhouette disparut brusquement.

Selen sentit immédiatement son ventre se nouer.

Elle accéléra légèrement le pas.

Pas courir.

Surtout pas courir.

Elle ignorait encore ce que ces choses étaient exactement, mais son instinct lui répétait depuis son réveil qu’il ne fallait jamais montrer sa peur dans cet endroit.

Même si elle avait envie de fuir depuis des heures.

Puis elle aperçut quelque chose au sol.

Des traces.

Récentes.

Selen s’accroupit lentement.

La poussière avait été déplacée ici, laissant apparaître plusieurs empreintes irrégulières traversant les pierres brisées avant de disparaître plus loin dans les ruines.

Et au milieu des traces…

des cendres.

Son cœur accéléra immédiatement.

Elle leva brusquement les yeux autour d’elle.

Quelqu’un avait allumé un feu ici.

Pas il y a des années.

Pas il y a des semaines.

Récemment.

Très récemment.

L’espoir traversa immédiatement son ventre avec une telle violence qu’elle en eut presque mal.

Elle n’était peut-être pas seule.

Puis un bruit résonna derrière elle.

Selen se retourna brusquement.

Rien.

Seulement le brouillard.

Les colonnes.

Les fissures rouges pulsant lentement dans le ciel.

Mais elle le sentait encore.

Quelqu’un l’observait.

Puis une silhouette traversa brièvement une rue plus loin avant de disparaître derrière les ruines.

Cette fois, Selen n’hésita pas.

— Attendez !

Sa voix résonna immédiatement beaucoup trop fort dans le silence des ruines.

Aucune réponse.

Elle avança plus vite.

— Je ne veux pas vous faire de mal !

Toujours rien.

Mais elle avait bien vu quelqu’un.

Ou quelque chose.

Puis elle tourna brutalement au coin d’une arche effondrée—

et se retrouva face à un homme.

Selen s’immobilisa immédiatement.

L’inconnu aussi.

Il était âgé.

Très âgé.

Sa peau semblait presque grise sous la lumière rouge des fissures, et ses vêtements noirs usés pendaient sur son corps maigre comme s’ils avaient traversé des années dans ces ruines. Ses cheveux blancs tombaient jusqu’à ses épaules en mèches emmêlées, mais ce qui glaça immédiatement Selen…

C’était ses yeux.

Ou plutôt leur absence.

Des cicatrices pâles traversaient ses paupières fermées.

Comme si quelque chose les avait brûlées depuis longtemps.

Le silence devint immense entre eux.

Puis l’homme recula brusquement d’un pas.

Sa respiration se coupa immédiatement.

— Non…

Sa voix tremblait légèrement.

— Non… c’est impossible…

Selen fronça doucement les sourcils.

— Je… je suis désolée, je ne voulais pas vous faire peur.

Mais l’homme continuait de reculer.

Comme terrifié.

Puis il murmura :

— Tu viens d’un monde vivant.

Le souffle de Selen ralentit légèrement.

— Quoi ?

L’homme tourna lentement le visage dans sa direction malgré sa cécité.

Et Selen sentit immédiatement quelque chose d’étrange dans sa manière de la regarder malgré ses yeux détruits.

Comme s’il percevait autre chose.

— Je le sens.

Sa voix était rauque.
Fatiguée.

— Les seuils collent encore à toi.

Le silence retomba.

Puis Selen souffla prudemment :

— Vous savez ce que sont les seuils ?

Un léger rire sans joie traversa les lèvres de l’homme.

— Ici… tout le monde finit par les connaître.

Le brouillard continuait de glisser lentement autour des ruines pendant qu’il parlait.

Puis il inclina légèrement la tête.

— Depuis combien de temps es-tu tombée ici ?

Selen hésita.

— Je… je ne sais pas exactement.

Elle leva brièvement les yeux vers les fissures rouges.

— Peut-être un jour ?

L’homme resta silencieux quelques secondes.

Puis il murmura presque pour lui-même :

— Alors le temps existe encore correctement dans les autres mondes…

Le ventre de Selen se noua immédiatement.

— Les autres mondes ?

L’homme eut un faible mouvement de tête.

— Certains seuils déforment le temps.

Le silence devint lourd.

Puis il ajouta plus bas :

— Ici… certaines personnes pensent être arrivées depuis quelques jours alors que des années ont déjà passé ailleurs.

Le souffle de Selen se coupa brutalement.

Kael.

Lythra.

Vaelith.

Et si…

Non.

Elle repoussa immédiatement cette pensée.

Puis l’homme sembla sentir sa peur.

Sa voix se radoucit légèrement.

— Tu n’es pas encore marquée.

Selen fronça les sourcils.

— Marquée ?

Le vieil homme tourna lentement le visage vers les fissures du ciel.

— Les mondes morts changent les gens avec le temps.

Le grondement lointain des ruines résonna de nouveau.

Puis il ajouta plus bas :

— Certains deviennent des ombres.
D’autres oublient qui ils étaient.

Le silence retomba.

Selen sentit un frisson glisser le long de ses bras.

Puis elle demanda doucement :

— Il y a d’autres survivants ici ?

L’homme ne répondit pas immédiatement.

Comme s’il hésitait.

Puis :

— Quelques-uns.

Sa gorge se contracta légèrement.

— Ceux qui n’ont pas encore disparu.

Le brouillard semblait plus épais maintenant autour des ruines.

Et soudain, l’homme se figea brutalement.

Son visage venait de pâlir.

Selen sentit immédiatement son ventre se nouer.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Le vieil homme tourna lentement la tête vers l’obscurité derrière elle.

Puis il murmura :

— Il te cherche déjà.

Le souffle de Selen ralentit brutalement.

— Qui ?

Le silence dura plusieurs longues secondes.

Puis l’homme souffla faiblement :

— Celui qui chante dans les seuils.

Et au loin, quelque part sous les ruines…

quelque chose répondit.

La nuit tomba sans que Selen ne comprenne réellement comment.

Ici, le ciel ne changeait jamais complètement. Les immenses fissures rouges continuaient de battre lentement au-dessus des ruines comme des blessures ouvertes dans la réalité, illuminant parfois les avenues détruites d’une lumière écarlate avant de replonger aussitôt le monde dans une pénombre grisâtre.

Le brouillard aussi avait changé.

Depuis qu’elle suivait le vieil homme à travers les ruines, Selen avait l’impression qu’il devenait plus dense à chaque minute, rampant lentement entre les colonnes brisées et les bâtiments éventrés comme quelque chose de vivant. Par moments, il montait jusqu’à leurs genoux avant de redescendre doucement contre les pierres fissurées.

Le vieil homme avançait devant elle avec une lenteur étrange, son bâton heurtant régulièrement le sol dans un bruit sec qui résonnait au milieu du silence immense des ruines. Pourtant, malgré son âge et ses yeux détruits, il semblait connaître parfaitement les chemins qu’ils empruntaient.

Mais quelque chose chez lui avait changé depuis la tombée de la nuit.

Lorsqu’ils traversèrent une vaste place envahie de statues effondrées, il ralentit brusquement au milieu des décombres. Sa main libre se crispa si violemment contre son manteau que le tissu se froissa entre ses doigts, puis il resta immobile plusieurs longues secondes, la tête légèrement inclinée comme s’il tentait d’écouter quelque chose sous les grondements lointains des ruines.

Le silence autour d’eux devenait oppressant.

Puis, sans prévenir, il reprit sa marche beaucoup plus rapidement qu’avant.

Selen dut presque accélérer pour rester à sa hauteur.

Plus loin, lorsqu’une immense fissure pulsa au-dessus des bâtiments détruits, une lumière rouge traversa brutalement les rues noyées dans le brouillard. Le vieil homme s’arrêta immédiatement. Son souffle se coupa dans un bruit sec, et ses doigts glissèrent nerveusement le long de son bâton avant qu’il ne tourne légèrement le visage vers le ciel invisible au-dessus des ruines.

Pendant une seconde, Selen eut réellement l’impression qu’il avait peur que quelque chose descende des fissures.

Puis il murmura presque pour lui-même :

— Elles sont encore plus proches cette nuit…

Selen sentit immédiatement son ventre se nouer.

— Qui…?

Mais il ne répondit pas.

Il reprit simplement sa marche.

Et cette fois, même sans voir ses yeux, Selen sentait clairement qu’il voulait quitter cette partie des ruines le plus vite possible.

Ils finirent par atteindre un immense sanctuaire construit directement contre une falaise blanche creusée de symboles gigantesques. Malgré l’effondrement d’une partie du toit, le bâtiment dominait encore les ruines alentours avec quelque chose d’écrasant. D’immenses colonnes noires entouraient l’entrée principale, certaines fendues sur toute leur hauteur, d’autres à moitié englouties sous les racines pâles qui traversaient désormais les pierres.

Mais le plus étrange…

c’était l’air autour du sanctuaire.

Selen le sentit immédiatement en s’approchant.

Une vibration faible traversait les murs.

Presque imperceptible.

Comme si le bâtiment respirait encore malgré les siècles.

Le vieil homme s’arrêta devant les marches brisées.

Puis il parla enfin :

— Ne descends jamais sous le sanctuaire.

Sa voix avait changé.

Plus basse.
Plus tendue.

Selen fronça légèrement les sourcils.

— Pourquoi ?

Le silence dura plusieurs secondes.

Puis :

— Parce que le chant vient de là.

Un frisson glissa immédiatement le long des bras de Selen.

Le chant.

Encore ce mot.

Depuis son réveil, il revenait constamment.

Le vieil homme pénétra lentement dans le sanctuaire pendant qu’elle observait les immenses symboles gravés sur les murs extérieurs. Certains ressemblaient vaguement aux marques aperçues ailleurs dans les ruines, mais d’autres paraissaient beaucoup plus anciens, presque organiques, comme si la pierre elle-même avait tenté de reproduire quelque chose de vivant.

Puis elle l’entendit.

Un son.

Très faible.

Selen se figea immédiatement.

Quelque chose chantait sous le sanctuaire.

La mélodie était presque impossible à distinguer réellement, étouffée par les profondeurs du bâtiment, mais elle existait. Une voix lente, triste, qui semblait parfois se briser avant de reprendre aussitôt.

Et malgré toute la peur remontant déjà dans son ventre…

Selen sentit surtout une immense souffrance derrière ce chant.

Comme si quelqu’un appelait depuis très loin.

Puis le son s’interrompit brutalement.

Le silence retomba.

Et au même instant, toutes les fissures du ciel pulsèrent ensemble au-dessus des ruines.

Le vieil homme releva brutalement la tête.

— Non…

Sa voix trembla légèrement.

Puis il tourna immédiatement son visage vers Selen.

— Entre. Maintenant.

Elle sentit aussitôt la peur traverser l’air autour d’eux.

Puis quelque chose bougea dans les ruines derrière le sanctuaire.

Selen se retourna brusquement.

Des silhouettes apparaissaient lentement dans le brouillard.

Les ombres.

Le souffle de Selen ralentit brutalement.

Il y en avait beaucoup plus que la dernière fois.

Certaines grimpaient silencieusement le long des colonnes effondrées tandis que d’autres traversaient lentement les anciennes rues dévastées autour du sanctuaire. Leurs corps semblaient plus stables désormais, presque plus humains par moments lorsque la lumière rouge des fissures traversait leurs silhouettes mouvantes.

Et elles regardaient toutes dans leur direction.

Le vieil homme attrapa brutalement le bras de Selen.

— Ne les fixe pas trop longtemps.

Sa voix était devenue beaucoup plus sèche.

— Elles finissent par reconnaître les regards.

Le ventre de Selen se noua immédiatement.

Puis une des silhouettes avança légèrement hors du brouillard.

Et murmura :

— …Selen…

Son souffle se coupa.

Cette fois, ce n’était pas Kael.

Ni Lythra.

La voix était inconnue.

Mais le ton…

Le ton ressemblait à quelqu’un qui la connaissait depuis longtemps.

Puis d’autres voix commencèrent à apparaître autour des ruines.

Des murmures étouffés glissaient entre les colonnes, se mélangeant parfois au vent absent de cet endroit. Certaines voix semblaient rire très loin dans les profondeurs du brouillard tandis que d’autres prononçaient des mots incomplets avant de disparaître aussitôt.

Le brouillard lui-même donnait l’impression de parler.

Le vieil homme poussa brutalement Selen à l’intérieur du sanctuaire.

— Ferme les portes !

Elle réagit immédiatement.

Les immenses battants de pierre raclèrent violemment le sol lorsqu’elle les poussa avec lui. Le bruit résonna dans tout le sanctuaire tandis que les voix continuaient de murmurer dehors.

Puis les portes se refermèrent enfin.

Le silence retomba brutalement.

Selen respirait beaucoup trop vite.

Le vieil homme resta immobile plusieurs secondes contre les battants avant de murmurer :

— Elles se rapprochent plus vite qu’avant…

La pénombre du sanctuaire semblait presque irréelle après l’extérieur.

D’immenses colonnes noires soutenaient encore une partie du plafond effondré, et des centaines de symboles lumineux couraient faiblement le long des murs comme des fissures blanches dans la pierre. Au centre du sanctuaire reposait un immense cercle gravé dans le sol, traversé de marques anciennes que Selen ne reconnaissait pas.

Mais ce qui attira surtout son regard…

C’était les murs.

Des phrases avaient été gravées partout.

Des centaines.

Certaines profondément entaillées dans la pierre.
D’autres écrites avec ce qui ressemblait à du sang séché.

Selen s’approcha lentement.

Et sentit immédiatement son estomac se tordre.

“N’écoutez pas le chant.”

Plus loin :

“Les seuils rêvent encore.”

Puis :

“Nous avons ouvert quelque chose.”

Le silence devint beaucoup plus lourd autour d’elle.

Puis elle aperçut un dessin.

Immense.

Gravé directement dans la pierre noire du sanctuaire.

Une silhouette.

Une créature gigantesque faite d’ombre.

Le souffle de Selen ralentit brutalement.

Parce qu’elle reconnaissait cette forme.

Même déformée.

Même ancienne.

La chose dans la forêt.

Puis elle remarqua autre chose au bas du dessin.

Un nom.

Partiellement effacé.

“…rich”

Son cœur rata immédiatement un battement.

Puis le chant résonna de nouveau sous le sanctuaire.

Beaucoup plus proche cette fois.

Le chant ne s’arrêta pas immédiatement cette fois.

Il continua de monter lentement depuis les profondeurs du sanctuaire, traversant les pierres noires sous les pieds de Selen comme une vibration vivante. Par moments, la voix semblait si éloignée qu’elle se confondait presque avec le grondement des fissures du ciel. Puis quelques secondes plus tard, elle redevenait brusquement plus nette, suffisamment proche pour que certains mots paraissent presque compréhensibles avant de disparaître de nouveau dans les profondeurs.

Le vieil homme avait reculé jusqu’au centre du cercle gravé dans le sol.

Son visage s’était vidé de ses dernières couleurs.

Même ses mains tremblaient légèrement contre son bâton maintenant.

Selen regarda encore le dessin immense gravé sur le mur du sanctuaire.

La silhouette noire représentée dans la pierre était gigantesque, entièrement composée d’ombres mouvantes gravées dans des lignes irrégulières qui donnaient presque l’impression que la créature bougeait lorsqu’on la regardait trop longtemps. Tout autour d’elle, des dizaines de silhouettes humaines semblaient disparaître dans son corps.

Et ce nom partiellement effacé sous la gravure continuait de tourner dans sa tête.

“…rich.”

Quelque chose dans ce mot lui donnait une sensation étrange.
Comme un souvenir qu’elle n’arrivait pas à atteindre complètement.

Puis le sol vibra légèrement sous ses pieds.

Le vieil homme releva brutalement la tête.

— Elles approchent.

Sa voix n’était plus qu’un souffle.

Selen se retourna immédiatement vers les immenses portes de pierre.

Au début, elle ne vit rien.

Puis une ombre traversa lentement la lumière rouge filtrant sous les battants.

Une silhouette.

Puis une seconde.

Puis d’autres encore.

Les murmures revinrent presque aussitôt autour du sanctuaire.

Cette fois, ils étaient beaucoup plus proches.

Les voix glissaient contre les murs comme de l’eau sombre, certaines prononçant des phrases incomplètes, d’autres répétant lentement des prénoms dans des souffles déformés.

Puis quelqu’un frappa contre les portes.

Un seul coup.

Lourd.

Le bruit résonna dans tout le sanctuaire.

Selen sentit immédiatement son cœur accélérer.

Un second coup suivit.

Puis un troisième.

Les battants vibrèrent légèrement.

Le vieil homme recula encore.

— Elles n’entraient jamais avant…

Sa respiration devenait irrégulière maintenant.

Comme s’il réalisait lui-même que quelque chose avait changé.

Puis les voix s’arrêtèrent brutalement.

Le silence tomba d’un coup.

Et ce silence-là était pire.

Parce que même les fissures du ciel semblaient s’être tues.

Puis un bruit monta lentement depuis sous le sanctuaire.

Pas le chant cette fois.

Quelque chose de beaucoup plus lourd.

Comme un immense déplacement sous la pierre.

Selen sentit immédiatement les vibrations remonter dans le sol jusque dans ses jambes.

Le vieil homme se tourna brusquement vers l’escalier effondré menant aux profondeurs du sanctuaire.

Et pour la première fois depuis leur rencontre…
elle vit une véritable terreur traverser son visage.

Puis les portes explosèrent.

L’onde projeta Selen au sol dans un vacarme monstrueux tandis que les battants de pierre se fracassaient contre les colonnes du sanctuaire. Le brouillard entra immédiatement à l’intérieur comme une vague vivante, envahissant les marches et les symboles gravés sur les murs.

Et les ombres apparurent dedans.

Des dizaines de silhouettes traversaient lentement la fumée grise entre les colonnes noires. Certaines avançaient à quatre pattes dans des mouvements brisés tandis que d’autres glissaient presque silencieusement au-dessus des pierres fissurées.

Mais aucune ne se précipita vers eux.

Elles regardaient toutes quelque chose derrière Selen.

Ou plutôt :
sous le sanctuaire.

Puis le chant revint.

Beaucoup plus fort.

La voix semblait désormais monter directement sous leurs pieds, traversant les fondations du bâtiment dans une plainte lente et déchirante.

Et soudain, les ombres reculèrent.

Toutes.

Brusquement.

Comme des animaux terrifiés.

Le brouillard lui-même sembla hésiter avant de se retirer légèrement vers l’entrée détruite.

Selen sentit immédiatement son ventre se nouer.

Parce qu’elle comprenait :
quelque chose sous le sanctuaire faisait peur même à ces créatures.

Puis les pierres craquèrent.

L’escalier effondré au fond du sanctuaire vibra brutalement avant qu’un morceau entier du sol ne s’effondre dans les profondeurs.

Le chant s’interrompit.

Et pendant une seconde entière…

tout le monde retint son souffle.

Puis une lumière blanche apparut sous les ruines.

Faible au début.

Comme une fissure.

Puis elle grandit lentement entre les pierres écroulées.

Le vieil homme tomba presque à genoux.

— Non…

Sa voix se brisa complètement.

La lumière continuait de monter depuis les profondeurs, éclairant désormais les symboles gravés sur les murs du sanctuaire. Et à mesure qu’elle avançait…

les marques semblaient bouger.

Pas réellement.

Mais Selen avait l’impression qu’elles pulsaient au rythme du chant.

Puis une silhouette apparut brièvement dans la lumière.

Un homme.

Seulement une seconde.

Son corps semblait traversé de fissures blanches, comme s’il était lui-même en train de se briser sous la lumière des seuils.

Et lorsqu’il leva légèrement la tête…

Selen aperçut son visage.

Ou plutôt son expression.

Une tristesse immense.

Puis la silhouette disparut brutalement.

Le chant aussi.

Le silence retomba d’un coup dans le sanctuaire.

Et au même instant, toutes les ombres tournèrent lentement leurs regards vers Selen.

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