Chapitre 8

12 minutes de lecture

Les archives noyées semblaient différentes cette nuit-là.

Selen le sentit avant même de pénétrer dans la grande salle engloutie.

Le silence avait changé.

Depuis son arrivée dans le sanctuaire, elle avait appris à reconnaître certaines choses :
les longues périodes où le lieu restait totalement immobile,
les moments où l’eau noire vibrait doucement sous les arches de pierre,
ou encore ces instants où le chant remontait des profondeurs comme une voix perdue sous le monde.

Mais cette fois…

quelque chose semblait attendre.

La lumière blanche des symboles gravés dans les murs pulsait plus lentement qu’à l’habitude, projetant sur l’eau sombre des reflets mouvants qui donnaient l’impression que les lignes lumineuses dérivaient sous la surface comme des serpents pâles.

Le vieil homme avançait devant elle.

Son bâton frappait doucement la pierre humide à intervalles réguliers pendant qu’ils traversaient les longs couloirs noyés du sanctuaire.

— Tu reviens souvent ici maintenant, murmura-t-il.

Sa voix résonna faiblement contre les arches noires.

Selen baissa légèrement les yeux vers l’eau qui entourait leurs jambes.

— J’essaye surtout de comprendre cet endroit.

Un souffle presque amusé lui échappa.

Le vieil homme, lui, ne sourit pas.

— Mauvaise idée.

Le froid remonta doucement le long des bras de Selen.

Elle releva les yeux vers lui.

— Pourquoi ?

Il continua d’avancer plusieurs secondes avant de répondre.

— Parce que certains lieux finissent par remarquer ceux qui les observent trop longtemps.

Le silence retomba aussitôt.

L’eau noire ondulait lentement autour d’eux pendant qu’ils approchaient de la grande salle des archives.

Puis ils y entrèrent enfin.

Selen ralentit immédiatement.

Quelque chose avait changé.

Les immenses étagères de pierre noyées sous l’eau noire n’étaient plus disposées comme la veille. Certaines colonnes semblaient avoir bougé, et une arche fissurée traversant auparavant le centre de la salle avait totalement disparu derrière plusieurs rangées de livres humides.

Le ventre de Selen se noua lentement.

— Ce n’est pas pareil…

Le vieil homme s’arrêta à son tour.

Puis il hocha doucement la tête.

— Tu commences à le voir.

L’eau noire frissonna doucement autour des étagères.

Selen observait la salle en silence maintenant.

Elle était certaine de ce qu’elle avait vu la veille.
Certaine.

Et pourtant le sanctuaire semblait avoir lentement déplacé certaines parties de lui-même pendant la nuit.

Comme un immense organisme changeant discrètement de forme.

Puis son regard se posa sur une table de pierre au milieu de l’eau.

Un carnet reposait dessus.

Ouvert.

Son souffle ralentit immédiatement.

Parce qu’elle était certaine qu’il n’était pas là auparavant.

Le vieil homme resta silencieux derrière elle.

Comme s’il savait déjà ce qu’elle allait trouver.

Selen s’approcha lentement.

L’eau glacée vibrait faiblement autour de ses jambes tandis qu’elle atteignait finalement la table.

Puis elle baissa les yeux vers les pages ouvertes.

Elle reconnut immédiatement l’écriture.

Le même carnet que la veille.

Celui parlant :
du chant,
des ombres,
et de cette étrange forme essayant de devenir humaine.

Mais quelque chose n’allait pas.

Selen le comprit immédiatement.

Certaines phrases avaient changé.

Pas entièrement.

Quelques lignes seulement.

Ses doigts tremblèrent légèrement lorsqu’elle lut les nouveaux mots.

Tu lis encore.

Le silence des archives sembla immédiatement devenir plus lourd autour d’elle.

Puis plus bas :

Tu es plus proche maintenant.

Le souffle de Selen se coupa.

L’eau noire vibra doucement sous les étagères.

Elle releva brusquement les yeux vers le vieil homme.

— Ça n’était pas écrit hier.

Il resta silencieux plusieurs secondes.

Puis :

— Je sais.

Sa voix semblait fatiguée.

Comme quelqu’un ayant déjà vécu cette scène beaucoup trop de fois.

Selen baissa lentement les yeux vers le carnet.

Les mots semblaient presque plus sombres maintenant.

Comme si l’encre était encore fraîche malgré l’âge impossible des pages.

Puis une nouvelle ligne apparut lentement sous ses yeux.

Elle vit réellement l’écriture se tracer toute seule sur le papier humide.

Très lentement.

Comme une main invisible gravant chaque lettre une à une.

Tu entends le chant maintenant.

Le battement résonna immédiatement sous les archives.

Profond.
Immense.

L’eau noire frémit autour des colonnes.

Selen recula brusquement d’un pas.

Le froid traversa violemment sa poitrine.

— Non…

Le vieil homme s’approcha immédiatement.

— Referme-le.

Sa voix était devenue plus sèche maintenant.

Plus urgente.

Selen obéit aussitôt.

Le carnet se referma brutalement entre ses mains.

Et immédiatement…

les vibrations ralentirent.

Le chant s’éloigna de nouveau dans les profondeurs du sanctuaire.

Le silence retomba lentement.

Mais quelque chose avait changé.

Selen le sentait.

Comme si les archives savaient désormais qu’elle était là.

Elle respirait difficilement maintenant.

— Qu’est-ce que cet endroit…?

Le vieil homme regardait l’eau noire sans répondre.

Puis il murmura finalement :

— Un lieu qui refuse d’oublier.

Ils quittèrent les archives plusieurs minutes plus tard.

Le silence entre eux était devenu plus lourd désormais.

Même les longs couloirs noirs du sanctuaire semblaient différents maintenant. Les symboles blancs gravés dans les murs pulsaient plus lentement, et par moments, Selen croyait voir certaines arches changer légèrement de forme lorsqu’elle détournait les yeux trop vite.

Puis le vieil homme ralentit près d’un immense mur fissuré.

L’eau noire s’arrêtait juste devant leurs pieds.

Le silence était presque total ici.

— Je dois te dire quelque chose.

Sa voix était plus grave maintenant.

Selen sentit immédiatement son ventre se serrer.

Le vieil homme posa lentement sa main contre la pierre humide.

— Je t’ai menti lorsque nous nous sommes rencontrés.

Le souffle de Selen ralentit légèrement.

— À propos de quoi ?

Un long sifflement traversa les profondeurs du sanctuaire.

Puis il répondit enfin :

— Je ne suis jamais réellement parti d’ici.

Le froid remonta immédiatement le long des bras de Selen.

Elle fronça lentement les sourcils.

— Mais vous m’avez dit avoir traversé plusieurs mondes.

— Oui.

Sa gorge bougea légèrement.

— Et pourtant…
je reviens toujours ici.

Le silence sembla immédiatement devenir plus lourd autour d’eux.

Le vieil homme gardait sa main contre le mur fissuré.

Puis il reprit plus bas :

— Au début, je pensais simplement me perdre.
Les seuils changent constamment.
Les mondes aussi.

Sa voix devenait plus lointaine maintenant.

Comme quelqu’un replongeant dans des souvenirs trop anciens.

— Mais j’ai fini par reconnaître certaines choses.
Les mêmes couloirs.
Les mêmes chants.
Les mêmes ombres sous l’eau.

Selen sentit un frisson traverser sa nuque.

Puis il tourna légèrement son visage aveugle vers elle.

— Et un jour…
j’ai compris que les seuils me ramenaient volontairement ici.

Le battement résonna de nouveau très loin sous le sanctuaire.

L’eau noire vibra doucement derrière les murs.

Puis le vieil homme souffla finalement :

— Je crois que cet endroit ne veut plus vraiment me laisser partir.

Le silence continua de peser longtemps après les paroles du vieil homme.

Selen observait toujours les longues fissures blanches traversant les murs du sanctuaire pendant que l’eau noire vibrait faiblement derrière eux. Plus elle restait ici, plus elle avait l’impression que le lieu respirait réellement autour d’elle.
Lentement.
Profondément.

Comme une chose immense endormie sous les ruines.

Puis le vieil homme reprit finalement sa marche.

Son bâton résonnait doucement contre la pierre humide pendant qu’ils s’enfonçaient davantage dans les profondeurs du sanctuaire.

Selen le suivit sans parler.

Mais quelque chose continuait de lui serrer le ventre.

Parce qu’elle comprenait maintenant une chose essentielle :
le vieil homme n’était pas simplement prisonnier de cet endroit.

Le sanctuaire le gardait.

Et cette pensée seule suffisait à rendre les couloirs autour d’elle beaucoup plus oppressants.

Ils traversèrent plusieurs salles effondrées où l’eau noire montait parfois jusqu’aux marches brisées, puis un immense corridor couvert de statues fissurées dont les visages avaient presque tous été rongés par le temps.

Enfin…

le vieil homme s’arrêta brusquement.

Selen releva les yeux.

Le couloir devant eux n’existait pas la veille.

Elle en était certaine.

Une immense porte de pierre noire se dressait désormais au fond de l’arche suivante, couverte de symboles blancs pulsant faiblement dans l’obscurité. L’eau noire s’arrêtait juste devant les marches menant à cette porte, comme si même les profondeurs du sanctuaire refusaient de la toucher.

Le souffle de Selen ralentit.

— Ça aussi…
ce n’était pas là avant ?

Le vieil homme resta silencieux plusieurs secondes.

Puis :

— Non.

Sa voix s’était tendue.

Pas de panique.
Quelque chose de plus contenu.

Comme quelqu’un reconnaissant un problème qu’il espérait ne jamais revoir.

Selen observa les symboles gravés dans la pierre.

Ils semblaient bouger légèrement lorsqu’elle les regardait trop longtemps, comme des lignes vivantes glissant lentement sous la surface du mur.

Puis le battement résonna sous le sanctuaire.

Plus fort cette fois.

La porte vibra doucement.

Et les symboles blancs s’illuminèrent brutalement.

Le souffle de Selen se coupa.

Parce qu’elle entendit quelque chose derrière.

Pas un bruit.

Des voix.

Très faibles.

Comme des murmures étouffés derrière plusieurs couches d’eau.

Le vieil homme leva immédiatement une main devant elle.

— Ne t’approche pas davantage.

Mais Selen regardait déjà la porte.

Les murmures devenaient plus clairs maintenant.

Pas assez pour distinguer des phrases.

Seulement des dizaines de voix superposées parlant en même temps dans un souffle presque vivant.

Puis quelque chose bougea derrière la pierre.

Le bruit fut faible.

Un frottement.

Comme une main glissant lentement de l’autre côté.

Le ventre de Selen se noua violemment.

— Qu’est-ce qu’il y a derrière…?

Le vieil homme ne répondit pas tout de suite.

Son visage aveugle restait tourné vers la porte comme s’il écoutait les voix à travers la pierre.

Puis il murmura finalement :

— Une salle qui ne devrait plus s’ouvrir.

Le silence retomba aussitôt.

Le battement continua de vibrer sous leurs pieds.

Puis la porte craqua.

Très légèrement.

Un mince espace noir apparut entre les deux pans de pierre.

Et immédiatement…

le chant traversa le couloir.

Pas doucement.

Une onde immense traversa les murs du sanctuaire dans une vibration si profonde que Selen sentit ses jambes vaciller légèrement.

Les murmures derrière la porte s’arrêtèrent aussitôt.

Puis une seule voix résonna clairement.

Masculine.

Brisée.

— …Vaelith…

Le souffle de Selen se coupa brutalement.

Le nom résonna plusieurs secondes dans les profondeurs du sanctuaire avant de disparaître lentement dans l’écho des pierres noires.

Le vieil homme se figea complètement.

Puis il murmura très bas :

— Ce nom revient encore…

Selen sentit immédiatement quelque chose de glacé lui traverser la poitrine.

Elle ne connaissait pas ce prénom.

Et pourtant…

la manière dont cette voix l’avait prononcé donnait l’impression de quelqu’un essayant désespérément de retrouver une personne perdue depuis beaucoup trop longtemps.

Puis le battement explosa brutalement sous le sanctuaire.

La porte se referma violemment dans un grondement immense.

Les symboles blancs s’éteignirent aussitôt.

Et le silence retomba.

Brutal.

Selen respirait difficilement maintenant.

Le vieil homme aussi semblait plus tendu qu’avant.

Puis il attrapa immédiatement son bras.

— Nous partons.

Sa voix ne laissait aucune place à la discussion.

Ils quittèrent rapidement le couloir.

L’eau noire vibrait de plus en plus autour des arches pendant qu’ils s’enfonçaient dans d’autres galeries du sanctuaire, mais Selen sentait encore le chant résonner dans sa tête.

Cette voix surtout.

Ce prénom.

Vaelith.

Puis quelque chose changea de nouveau autour d’eux.

Selen ralentit brusquement.

Le couloir n’était plus le même.

Les arches avaient changé.

Les symboles aussi.

Le souffle du vent provenant des fissures avait disparu.

Le vieil homme s’arrêta immédiatement.

Le silence devint total.

Puis Selen le vit.

Une statue se dressait désormais au milieu du corridor.

Elle était immense.

Presque jusqu’au plafond.

Une silhouette humaine agenouillée, entièrement faite d’une pierre noire traversée de fines fissures blanches lumineuses.

Mais ce n’était pas une sculpture normale.

Selen le comprit immédiatement.

Parce que les détails étaient beaucoup trop précis :
les plis des vêtements,
les doigts légèrement crispés,
l’expression figée sur le visage.

Comme quelqu’un arrêté en plein mouvement.

Le ventre de Selen se serra lentement.

Puis elle remarqua les autres silhouettes autour.

Il y en avait des dizaines.

Certaines debout.
D’autres effondrées contre les murs.
Certaines encore tournées vers les profondeurs du couloir comme si elles avaient essayé de fuir quelque chose avant d’être figées.

Le silence écrasa totalement le sanctuaire.

Puis Selen murmura :

— Ce sont des statues…?

Le vieil homme resta silencieux.

Beaucoup trop longtemps.

Puis il répondit finalement :

— Je ne crois pas.

Le froid traversa immédiatement tout le corps de Selen.

Elle s’approcha lentement de la silhouette la plus proche.

La pierre noire était fissurée à plusieurs endroits, laissant passer une faible lumière blanche sous la surface.

Puis elle aperçut quelque chose contre le cou de la statue.

Des cheveux.

De vrais cheveux.

Prisonniers dans la pierre.

Le souffle de Selen se coupa brutalement.

Elle recula aussitôt.

— Non…

Le battement résonna de nouveau sous le sanctuaire.

Plus fort.

Puis l’une des statues craqua légèrement.

Le bruit résonna dans le corridor entier.

Le vieil homme attrapa immédiatement le bras de Selen.

Et cette fois…

même lui semblait terrifié.

Le craquement résonna encore plusieurs secondes dans le corridor.

Faible.

Mais suffisant pour transformer totalement l’atmosphère du sanctuaire.

Selen sentait désormais son propre souffle beaucoup trop fort dans le silence. Les silhouettes noires figées autour d’eux semblaient différentes maintenant qu’elle avait vu les cheveux prisonniers sous la pierre.

Elles n’étaient plus des statues.

Quelque chose en elles avait été arrêté.

Conservé.

Le vieil homme serrait toujours son bras.

Fort.

Beaucoup plus fort que d’habitude.

Puis un deuxième craquement traversa le couloir.

Plus proche cette fois.

Selen tourna immédiatement la tête.

Une silhouette effondrée contre le mur venait de bouger légèrement.

Pas entièrement.

Seulement les doigts.

Un mouvement minuscule sous la pierre noire fissurée.

Le souffle de Selen se coupa brutalement.

— Elles sont vivantes…

Sa voix n’était presque plus qu’un murmure.

Le vieil homme resta immobile plusieurs secondes.

Puis il répondit finalement :

— Pas complètement.

Le battement résonna de nouveau sous le sanctuaire.

Et cette fois…

plusieurs fissures blanches s’illuminèrent lentement sur les corps figés autour d’eux.

Comme si quelque chose circulait encore sous la pierre.

Selen recula instinctivement d’un pas.

L’eau noire vibrait maintenant jusque dans le corridor des silhouettes.

Puis le chant remonta brutalement des profondeurs.

Une onde immense traversa les murs noirs dans une vibration si forte que certaines statues tremblèrent légèrement sur leurs socles fissurés.

Et soudain, une des silhouettes leva lentement la tête.

Le mouvement fut atrocement lent.

La pierre craquait autour de son cou pendant que son visage tournait difficilement vers eux.

Selen sentit immédiatement son cœur s’emballer.

Parce que les yeux n’étaient pas totalement recouverts par la pierre.

Quelqu’un regardait encore à travers.

Le vieil homme recula aussitôt.

— Ne la fixe pas.

Mais Selen n’arrivait plus à détourner les yeux.

Le visage figé semblait lutter contre quelque chose sous la couche noire emprisonnant son corps. De fines fissures blanches traversaient ses joues comme des veines lumineuses, et lorsqu’il ouvrit légèrement la bouche…

un son brisé en sortit.

Pas un vrai mot.

Seulement un souffle déchiré.

Puis plusieurs autres silhouettes commencèrent à craquer autour d’eux.

Le bruit résonna immédiatement dans tout le corridor.

Des morceaux de pierre tombèrent dans l’eau noire.
Des têtes se redressèrent lentement.
Des doigts bougèrent sous les fissures blanches.

Le ventre de Selen se noua violemment.

Le sanctuaire entier semblait se réveiller autour d’eux.

Puis la première silhouette parla enfin.

Sa voix ressemblait à de la roche se brisant sous l’eau.

— …le… chant…

Le souffle de Selen se bloqua.

Les autres silhouettes continuaient de trembler maintenant.

Certaines semblaient essayer de bouger davantage sous la pierre les recouvrant.

Puis une autre voix résonna plus loin.

— …ouvrez…

Le vieil homme attrapa brutalement Selen par le poignet.

— Nous partons maintenant.

Il la tira immédiatement dans le couloir derrière eux.

L’eau noire éclaboussait violemment autour de leurs jambes pendant qu’ils quittaient le corridor des silhouettes, mais les craquements continuaient derrière eux.

De plus en plus nombreux.

Comme si tout le sanctuaire commençait lentement à sortir d’un très long sommeil.

Puis le chant changea.

Selen le sentit immédiatement.

La mélodie devenait plus grave maintenant.
Plus triste.

Et derrière elle…

une voix masculine murmura de nouveau :

— …Vaelith…

Le nom traversa le sanctuaire entier.

Et cette fois…

les silhouettes figées répondirent.

Pas clairement.

Des dizaines de souffles brisés s’élevèrent dans les couloirs noirs derrière eux comme des gens essayant de parler après des siècles de silence.

Le vieil homme accéléra immédiatement.

Selen le suivait difficilement maintenant.

Le sanctuaire changeait autour d’eux.

Elle le voyait clairement.

Des arches apparaissaient là où il n’y avait que des murs auparavant.
Certaines colonnes avaient disparu.
Et les symboles blancs gravés dans les pierres pulsaient beaucoup plus vite maintenant.

Puis ils atteignirent finalement une immense salle circulaire.

Le vieil homme s’arrêta brusquement.

Selen leva aussitôt les yeux.

Et son souffle se coupa.

Le plafond avait disparu.

Ou peut-être n’avait-il jamais existé.

Au-dessus d’eux s’ouvrait directement le ciel déchiré du monde mort, immense étendue noire traversée par des fissures rouges pulsant lentement comme des blessures vivantes.

Mais ce n’était pas ça qui lui glaça le sang.

Quelque chose flottait au centre de la salle.

Une sphère noire gigantesque suspendue plusieurs mètres au-dessus de l’eau.

Sa surface semblait liquide.
Vivante.

Et sous cette masse sombre…

des centaines de silhouettes lumineuses bougeaient lentement à l’intérieur.

Comme des gens prisonniers sous une mer noire.

Le vieil homme resta immobile plusieurs secondes.

Puis il murmura d’une voix étranglée :

— Elle grandit…

Le battement explosa immédiatement sous le sanctuaire.

La sphère pulsa.

Et toutes les silhouettes à l’intérieur ouvrirent brusquement les yeux en même temps.

Selen recula violemment.

Le chant traversa alors la salle entière dans une onde monstrueuse.

Puis une voix résonna directement depuis la sphère noire.

Masculine.

Brisée.

— …je… souffre…

Le souffle de Selen se coupa.

Parce qu’elle comprenait immédiatement que cette voix venait de l’intérieur de la sphère.

Le vieil homme aussi semblait paralysé maintenant.

Puis la voix murmura encore :

— …ouvrez… les seuils…

L’eau noire commença immédiatement à monter autour d’eux.

Et très lentement…

la sphère tourna dans leur direction.

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