Chapitre 10

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La vallée entière vibrait sous les pulsations du seuil principal.

Le brouillard noir déchiré par la magie de Vaelith tournoyait encore entre les pierres éclatées, et les silhouettes déformées continuaient d’avancer malgré les fissures rouges traversant leurs corps.

Mais Lythra ne voyait plus réellement les créatures maintenant.

Elle revoyait encore :
la salle blanche,
Arich au sol,
sa main tremblante accrochant doucement la manche de Vaelith,
et cette phrase murmurée malgré la douleur.

“Rien ne pourra jamais me séparer de toi.”

Le souvenir lui écrasait encore la poitrine lorsqu’une nouvelle voix résonna brutalement dans la vallée.

— Il était faible.

Le souffle de Lythra se coupa immédiatement.

La première créature avançait toujours à travers le brouillard.

Ses fissures blanches pulsaient lentement sur son visage noir déformé, et plusieurs voix semblaient désormais parler en même temps dans sa gorge.

Humaines.
Vieilles.
Brisées.

— Trop sensible…
trop attaché…
trop humain…

Vaelith se figea de nouveau.

Lythra sentit immédiatement la tension traverser son corps.

Puis la créature reprit :

— Il disait ton nom même sous les expériences.

Le vent s’arrêta presque autour de la vallée.

Kael serra immédiatement sa lame plus fort.

La silhouette continua d’avancer lentement.

— Même quand ses os se brisaient…
même quand les seuils traversaient son corps…
il continuait de parler de toi.

La magie rouge autour de Vaelith devenait instable maintenant.

Des fissures écarlates apparaissaient lentement sous ses pieds.

Puis la voix changea.

Elle devint plus nette.

Plus présente.

Comme si quelqu’un parlait réellement derrière la créature maintenant.

— Pathétique.

Le mot résonna dans toute la vallée.

Lythra vit immédiatement quelque chose se casser dans le regard de Vaelith.

Pas une simple perte de contrôle.

Quelque chose de beaucoup plus profond.

Puis la voix reprit.

Froide.

Cruelle.

— Il aurait dû te haïr.
Mais il te regardait encore comme si tu étais la seule chose qui comptait.

Le seuil principal pulsa violemment derrière eux.

Le sol trembla.

Et Vaelith avançait maintenant.

Très lentement.

Sa magie rouge coulait autour de lui comme du sang liquide.

Kael le remarqua immédiatement.

— Vaelith—

Mais il ne répondit même pas.

Ses yeux ne quittaient plus la créature.

Puis celle-ci murmura encore :

— Les lois existaient pourtant pour une raison.

Le silence sembla s’écraser sur la vallée entière.

— Deux héritiers des seuils n’auraient jamais dû s’unir.

Le souffle de Lythra se coupa brutalement.

Et cette fois…

elle comprit.

Pas entièrement.
Pas tous les détails.

Mais assez.

Puis la voix continua.

— Arich a reçu la punition qu’il méritait pour avoir défié la couronne avec toi.

Le monde explosa.

La magie de Vaelith traversa la vallée dans une détonation monstrueuse.

Le sol s’ouvrit brutalement sous les créatures dans une explosion de roche noire et de lumière rouge. Le brouillard fut arraché sur plusieurs mètres tandis que des dizaines de symboles écarlates apparaissaient dans les airs comme des blessures ouvertes dans l’espace lui-même.

Kael recula violemment.

Même lui semblait choqué.

Parce que ce n’était plus simplement puissant.

C’était terrifiant.

La créature tenta de reculer.

Trop tard.

Vaelith apparut devant elle dans une explosion rouge si rapide que Lythra ne vit même pas son déplacement.

Puis il l’attrapa.

Directement par le visage.

Les fissures blanches sur la créature éclatèrent immédiatement sous ses doigts.

Et Vaelith hurla.

— Tu n’as pas le droit de parler de lui !

La vallée entière trembla.

Le seuil principal pulsa violemment derrière eux, projetant une lumière blanche monstrueuse sur les falaises.

Puis Vaelith écrasa littéralement la créature contre le sol.

La roche explosa.

Le chant se déforma brutalement autour d’eux.

Mais la voix continuait encore malgré les fissures traversant son corps.

— Il suppliait pourtant…

La magie rouge devint folle.

Des lignes écarlates éventrèrent toute la vallée autour d’eux comme des cicatrices ouvertes.

Kael jura violemment.

— Lythra recule !

Mais elle restait figée.

Parce qu’elle n’avait jamais vu quelqu’un aussi détruit par la rage.

Vaelith ne combattait plus.

Il massacrait.

La créature tenta encore de parler.

— Il pleurait ton—

Vaelith arracha littéralement une partie de son corps noir.

Le cri qui suivit n’avait plus rien d’humain.

Puis une deuxième silhouette surgit du brouillard.

Et Vaelith la pulvérisa immédiatement.

Sa magie rouge traversa l’air dans une explosion si brutale que la créature disparut entièrement dans une pluie noire avant même de toucher le sol.

Le seuil principal vibrait de plus en plus violemment maintenant.

Comme s’il réagissait lui aussi à la colère de Vaelith.

Puis la première créature releva encore légèrement la tête malgré son corps détruit.

Et cette fois…

la voix sembla parler directement depuis le passé.

— Vous auriez dû mourir ensemble.

Le silence explosa.

Même le vent disparut.

Puis Vaelith perdit réellement le contrôle.

Sa magie dévora littéralement la vallée.

Le sol se fendit sur plusieurs mètres dans une onde rouge monstrueuse, et toutes les créatures encore présentes furent broyées dans une explosion de lumière écarlate et de chair noire.

Les falaises tremblaient.
Le seuil principal hurlait maintenant derrière eux.

Et Vaelith continuait.

Encore.

Encore.

Comme s’il essayait de détruire deux mille ans de souffrance avec sa magie.

Puis soudain, plus rien.

Le silence retomba brutalement sur la vallée détruite.

Le brouillard avait disparu.

La terre entière fumait sous les fissures rouges laissées par la magie de Vaelith.

Et les créatures…

avaient disparu.

Complètement.

Kael respirait difficilement maintenant.

Même lui semblait incapable de détourner les yeux de Vaelith.

Parce que ce qu’ils venaient de voir…

ce n’était pas seulement de la puissance.

C’était quelqu’un qui avait survécu beaucoup trop longtemps avec sa douleur.

Vaelith restait immobile au centre de la vallée détruite.

Sa respiration était irrégulière.

Sa magie rouge vibrait encore faiblement autour de lui comme un cœur incapable de ralentir.

Puis Lythra remarqua ses mains.

Elles tremblaient.

Pas légèrement.

Vraiment.

Comme si son propre corps n’arrivait plus à suivre ce qu’il venait de faire.

Le silence devenait presque étouffant maintenant.

Puis Kael souffla finalement :

— Bordel…

Vaelith ne répondit pas.

Il observait simplement les restes noirs des créatures dispersés dans la vallée.

Puis il murmura :

— J’ai aimé ça.

Le froid traversa immédiatement le ventre de Lythra.

Vaelith releva lentement les yeux vers ses propres mains.

Et cette fois…

elle vit réellement quelque chose d’horrible dans son regard.

Pas de la colère.

Du dégoût.

Contre lui-même.

Puis il recula légèrement.

Comme si même sa propre magie lui devenait insupportable maintenant.

— Pendant une seconde…

Sa voix se brisa légèrement.

— J’ai voulu qu’il souffre.

Le silence retomba lourdement.

Lythra s’approcha instinctivement.

Mais Vaelith recula immédiatement d’un pas supplémentaire.

Erreur minuscule.
Presque invisible.

Mais elle la sentit comme une lame.

Parce qu’il avait peur d’elle maintenant.

Ou plutôt…

peur de ce qu’il pourrait devenir devant elle.

Le vent recommençait doucement à souffler dans la vallée détruite.

Kael observait Vaelith en silence.

Puis il passa lentement une main contre son visage avant de souffler :

— Après tout ce qu’on vient d’entendre…
je crois que n’importe qui aurait voulu le tuer.

Mais Vaelith secoua lentement la tête.

Son regard restait fixé sur les fissures rouges encore présentes dans le sol.

Puis il murmura :

— Non.

Le silence revint immédiatement.

Et cette fois…

sa voix semblait épuisée.

Vraiment.

— Tu ne comprends pas.

Le seuil principal pulsa lentement derrière eux.

Puis Vaelith releva finalement les yeux vers Lythra.

Et elle sentit son cœur se serrer brutalement.

Parce qu’il avait l’air terrifié.

Pas des créatures.
Pas du seuil.

De lui-même.

La nuit tomba peu après le massacre.

Le seuil principal illuminait encore la vallée entière derrière eux, immense déchirure blanche traversant le ciel noir comme une cicatrice ouverte dans la réalité. Même à plusieurs kilomètres, sa lumière pulsait encore faiblement sur les falaises, donnant parfois l’impression que le monde respirait au ralenti autour de lui.

Le groupe avait quitté les ruines.

Ou plutôt…

Kael et Lythra avaient convaincu Vaelith de s’éloigner.

Depuis la vallée, il parlait à peine.

Et ce silence-là était pire que sa rage.

Ils finirent par s’arrêter au bord d’une ancienne forêt morte où plusieurs arbres noirs gigantesques se dressaient encore vers les fissures rouges du ciel. Leurs branches blanches semblaient presque pétrifiées par le temps, et le vent traversant leurs troncs creux produisait parfois de longs sons graves ressemblant à des plaintes lointaines.

Kael installait le camp sans réellement parler.

Mais Lythra voyait parfaitement qu’il surveillait Vaelith constamment désormais.

Pas avec méfiance.

Avec inquiétude.

Vaelith, lui, restait à l’écart.

Assis contre un immense arbre noir effondré, les yeux perdus vers la lumière du seuil principal au loin.

Le feu crépitait faiblement entre les pierres humides.

Puis Kael finit par souffler :

— Je vais chercher de l’eau avant que cet endroit décide aussi de nous détester.

Son ton essayait vaguement d’être léger.

Mais même lui n’y croyait pas vraiment.

Lythra hocha simplement la tête.

Puis Kael s’éloigna entre les arbres morts.

Le silence revint aussitôt.

Le vent faisait doucement bouger les cheveux noirs et rouges de Lythra pendant qu’elle observait Vaelith à travers les flammes du camp.

Il n’avait toujours pas bougé.

Puis elle finit par se lever.

La terre noire craqua doucement sous ses pas lorsqu’elle s’approcha de lui.

Vaelith parla avant même qu’elle arrive à sa hauteur.

— Tu devrais rester près du feu.

Sa voix était basse.
Fatiguée.

Lythra s’arrêta devant lui.

Le seuil principal brillait encore derrière les arbres morts, projetant des éclats blancs sur son visage.

— Et toi tu devrais arrêter de croire que t’as le droit de porter tout ça seul.

Le silence retomba immédiatement.

Vaelith détourna légèrement les yeux.

Erreur.

Elle le remarqua aussitôt.

Puis elle s’assit finalement près de lui contre le tronc noir.

Le vent traversait doucement la forêt morte autour d’eux.

Longtemps, aucun des deux ne parla.

Puis Lythra murmura finalement :

— Ce qu’ils lui ont fait…

Sa gorge se serra légèrement.

— C’était à cause de toi ?

Vaelith se figea complètement.

Le silence sembla immédiatement devenir plus lourd autour d’eux.

Puis il répondit enfin.

Très bas.

— Oui.

Le mot traversa immédiatement la poitrine de Lythra.

Vaelith gardait les yeux fixés sur les arbres noirs devant eux maintenant.

Comme s’il refusait de la regarder pendant qu’il parlait.

Puis il souffla :

— Les familles royales liées aux seuils avaient des règles.
Des unions imposées.
Des lignées surveillées.

Le vent glissa doucement entre les branches mortes.

— Arich et moi…
nous avons refusé ça.

Sa gorge bougea légèrement.

— Et ils ont décidé qu’il deviendrait plus utile dans une salle d’expériences que libre à mes côtés.

Le silence explosa doucement entre eux.

Lythra sentit immédiatement quelque chose lui écraser la poitrine.

Parce que soudain…

tout devenait encore plus cruel.

Les expériences.
Les seuils.
La créature.
La souffrance d’Arich.

Tout avait commencé simplement parce qu’ils s’étaient aimés.

Puis Vaelith reprit plus bas :

— Au début, je pensais pouvoir le sortir de là rapidement.

Un très léger rire lui échappa.

Mais il n’y avait rien d’amusé dedans.

— Ensuite les années ont passé.
Puis les siècles.

Le feu crépitait faiblement plus loin dans le camp.

— Et un jour…
je n’ai même plus su si j’essayais encore de le sauver…
ou simplement de survivre à l’idée de l’abandonner.

Le cœur de Lythra se serra violemment.

Le vent souleva doucement plusieurs mèches noires devant le visage de Vaelith.

Puis il murmura :

— Et maintenant toi.

Le silence retomba brutalement.

Lythra sentit immédiatement son souffle ralentir.

Vaelith ferma brièvement les yeux avant de continuer :

— Je ne voulais pas que ça arrive.

Sa voix devenait plus fragile maintenant.

Comme s’il arrachait chaque mot de force hors de lui.

— Je ne voulais pas ressentir quoi que ce soit pour quelqu’un d’autre.

Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.

Puis il tourna enfin légèrement la tête vers elle.

Et cette fois…

elle vit réellement toute sa culpabilité.

Pas seulement sa douleur.

La sensation de trahir quelqu’un qu’il avait aimé pendant plus de deux mille ans.

Puis il murmura :

— J’ai l’impression de le trahir.

Le silence sembla avaler entièrement la forêt morte.

Même le vent avait ralenti autour d’eux.

Lythra observait Vaelith sans savoir quoi répondre immédiatement.

Parce qu’elle comprenait enfin pourquoi il gardait toujours cette distance avec elle.
Pourquoi il reculait parfois au dernier moment.
Pourquoi chaque geste plus tendre semblait lui coûter autant.

Ce n’était pas qu’il ne ressentait rien.

C’était justement l’inverse.

Puis elle souffla doucement :

— Aimer quelqu’un d’autre maintenant…
ça ne veut pas dire que tu l’as abandonné.

Vaelith eut immédiatement un léger mouvement du visage.

Infime.

Comme si cette idée lui faisait encore mal.

Puis il murmura :

— Tu ne comprends pas.

Sa gorge se serra légèrement.

— Arich est encore là quelque part.
Je l’entends encore.
Je continue de le chercher à travers les seuils depuis des siècles.

Le seuil principal pulsa lentement au loin.

— Alors comment est-ce que je pourrais…

Il s’interrompit brutalement.

Comme incapable de terminer sa propre phrase.

Le silence retomba.

Puis Lythra s’approcha légèrement.

Assez pour sentir la chaleur faible de son corps malgré le froid de la nuit.

— Et lui ?
Tu crois qu’il voudrait que tu restes seul éternellement ?

Le regard de Vaelith vacilla immédiatement.

Et cette fois…

quelque chose se brisa réellement dans son expression.

Pas violemment.

Comme une fatigue immense qu’il retenait depuis beaucoup trop longtemps.

Puis il souffla difficilement :

— C’est ça le pire.

Le vent traversa doucement les arbres morts.

— Je crois qu’il me dirait exactement l’inverse.

Le silence retomba encore.

Mais cette fois…

quelque chose avait changé entre eux.

Pas une résolution.

Pas une confession complète.

Quelque chose de plus fragile.

Comme deux blessures commençant enfin à se regarder réellement.

Puis un bruit de branches craquant plus loin annonça le retour de Kael.

Et immédiatement…

Vaelith recula légèrement.

Petit mouvement.

Presque invisible.

Mais Lythra le sentit comme une lame.

Kael revint avec deux gourdes remplies d’une eau sombre trouvée plus bas dans les roches.

Il ralentit immédiatement en apercevant Lythra et Vaelith assis près du tronc noir.

Pas parce qu’ils étaient proches.

Parce qu’il voyait leurs visages.

Quelque chose avait changé pendant son absence.

Le vent traversait toujours la forêt morte autour d’eux, faisant doucement grincer les branches blanches suspendues au-dessus du camp comme des os immenses frottant les uns contre les autres.

Kael déposa les gourdes près du feu sans parler tout de suite.

Puis il finit par souffler :

— Je suppose que personne n’a décidé de mourir pendant que j’étais parti. C’est déjà une bonne nouvelle.

Lythra esquissa un léger sourire fatigué.

Vaelith, lui, détourna simplement les yeux vers les flammes.

Le silence revint plusieurs secondes.

Puis Kael s’assit lourdement près du feu avant de passer une main contre son visage.

La fatigue commençait réellement à le rattraper maintenant.

Ses vêtements étaient encore couverts de poussière noire provenant de la vallée détruite, et plusieurs coupures traversaient ses avant-bras depuis leur fuite à travers les ruines.

Il observa longtemps les flammes sans parler.

Puis finalement :

— Tu sais ce qui me dérange le plus ?

Vaelith releva légèrement les yeux vers lui.

Kael prit une branche morte près du feu avant de remuer lentement les braises.

Des étincelles rouges s’élevèrent dans l’obscurité.

— Quand je t’ai rencontré…
je pensais simplement que t’étais dangereux.

Le vent souffla doucement entre les arbres morts.

Kael fixa encore plusieurs secondes les flammes avant de reprendre :

— Maintenant je crois surtout que t’es fatigué.

Le silence tomba brutalement autour du camp.

Lythra tourna immédiatement les yeux vers Vaelith.

Parce qu’elle voyait parfaitement qu’aucune personne ne lui avait probablement parlé comme ça depuis des siècles.

Sans peur.
Sans fascination.
Sans haine.

Simplement avec une honnêteté brutale.

Kael releva finalement les yeux vers lui.

— Et ça me fait encore plus peur.

Le feu crépita doucement.

Puis il ajouta :

— Parce qu’un homme dangereux sait généralement quand s’arrêter.
Mais quelqu’un qui a passé deux mille ans à essayer de sauver la même personne…

Sa gorge bougea légèrement.

— Lui, il peut détruire un monde entier sans même s’en rendre compte.

Le silence explosa doucement dans la forêt noire.

Vaelith soutint son regard plusieurs secondes.

Puis il détourna lentement les yeux.

Erreur.

Kael l’avait vu lui aussi.

Et cette absence de déni lui répondit mieux que n’importe quelle phrase.

Puis Vaelith murmura finalement :

— Peut-être.

Le vent sembla ralentir autour du camp.

Lythra sentit immédiatement son ventre se nouer.

Parce qu’il ne disait pas ça comme une hypothèse.

Il savait qu’il en serait capable.

Puis Kael souffla un rire bref.

Fatigué.

— Bordel.
J’espérais vraiment que t’allais au moins faire semblant de me rassurer.

Un très léger souffle échappa finalement à Vaelith.

Presque un sourire.

Minuscule.
Fragile.

Mais réel.

Et pendant une seconde…

Lythra eut l’impression d’apercevoir ce qu’il avait pu être avant les seuils.

Quelqu’un de vivant.
Quelqu’un qui riait peut-être encore parfois.

Puis le battement du seuil principal résonna au loin.

Tous les trois relevèrent instinctivement les yeux.

Même à travers la forêt morte, la lumière blanche de la faille immense illuminait encore une partie du ciel noir.

Et cette fois…

quelque chose changeait.

Lythra le sentit immédiatement.

Le seuil bougeait.

Pas violemment.

Lentement.

Comme une immense plaie commençant enfin à s’ouvrir complètement.

Vaelith se redressa aussitôt.

Sa fatigue semblait avoir disparu en une seconde.

Le vent changea brutalement autour d’eux.

L’air devenait plus lourd maintenant.
Plus instable.

Et au loin…

des morceaux du ciel semblaient se déformer autour de la faille gigantesque.

Puis Kael murmura :

— Dites-moi que c’est normal.

Personne ne répondit.

Parce que rien dans cette lumière n’avait l’air normal.

Le seuil principal s’ouvrait réellement maintenant.

Les contours blancs de la faille s’écartaient lentement dans le ciel comme quelque chose forçant la réalité à se déchirer davantage.

Et derrière…

Lythra aperçut un autre monde.

Pas un simple paysage.

Une immensité impossible.

Des structures gigantesques flottaient dans un ciel noir traversé de plusieurs lunes blanches immobiles. Certaines constructions semblaient suspendues à l’envers dans le vide, reliées entre elles par d’immenses ponts lumineux disparaissant dans des nuages pâles.

Et au centre…

quelque chose bougeait.

Très loin.

Beaucoup trop grand.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Même Kael avait cessé de parler maintenant.

Puis Vaelith murmura :

— Le passage est en train de s’aligner.

Le battement résonna encore.

Plus fort.

Et soudain—

le vent provenant du seuil atteignit la forêt.

Un vent glacé.
Humide.

Qui ne ressemblait pas à l’air de leur monde.

Les flammes du camp vacillèrent brutalement.

Puis plusieurs symboles blancs commencèrent à apparaître lentement sur les arbres morts autour d’eux.

Comme si le seuil principal marquait désormais tout ce qui se trouvait près de lui.

Lythra se leva aussitôt.

Le froid remontait maintenant jusque dans ses os.

Puis elle aperçut quelque chose entre les arbres.

Une silhouette.

Immobile.

Le souffle se coupa immédiatement dans sa gorge.

Quelqu’un les observait depuis la lisière de la forêt.

Grand.
Très mince.

Sa silhouette semblait légèrement déformée par la lumière du seuil derrière lui.

Kael dégaina immédiatement.

Mais la chose ne bougea pas.

Puis le vent souleva légèrement sa longue tenue noire.

Et Lythra aperçut enfin son visage.

Ou plutôt…

son absence de visage.

Une surface blanche parfaitement lisse.

Traversée uniquement par un unique symbole noir au centre.

Le battement du seuil explosa brutalement.

Et la silhouette inclina lentement la tête dans leur direction.

Comme si elle les reconnaissait déjà.

Le silence resta suspendu plusieurs longues secondes après l’apparition de la silhouette.

Le feu du camp crépitait faiblement derrière eux, projetant sur les arbres morts des ombres rouges déformées par le vent provenant du seuil principal. La lumière blanche de l’immense faille traversait encore le ciel au-dessus de la forêt, et chaque pulsation faisait vibrer doucement les symboles apparus sur les troncs noirs autour du groupe.

Mais la chose près des arbres ne bougeait pas.

Grande.
Trop mince.
Sa longue tenue noire flottait légèrement dans le vent glacé venant du seuil, et son visage blanc parfaitement lisse semblait absorber le regard de Lythra chaque fois qu’elle essayait de le quitter.

Aucun œil.
Aucune bouche.
Rien.

Seulement ce symbole noir au centre de son visage.

Un cercle traversé d’une ligne verticale.

Le battement du seuil résonna de nouveau derrière la forêt.

Puis quelque chose chanta.

Très loin.

Lythra sentit immédiatement sa peau se couvrir de frissons.

Une voix d’enfant.

Puis une deuxième.

Puis plusieurs autres.

Pas une chanson joyeuse.

Quelque chose de lent.
D’ancien.
Une mélodie répétitive qui semblait tourner sur elle-même sans jamais réellement avancer.

Kael tourna aussitôt la tête vers les arbres.

— Vous entendez ça…?

Personne ne répondit.

Parce qu’ils l’entendaient tous.

Le chant se rapprochait doucement entre les troncs noirs.

Et avec lui…

une musique commença à résonner.

Faible au début.

Quelques notes métalliques déformées.
Comme une vieille boîte à musique rouillée.

Puis d’autres instruments s’ajoutèrent lentement :
un orgue grinçant,
des percussions trop lentes,
des clochettes désaccordées.

Une musique de fête foraine.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

Parce que rien dans cette mélodie n’avait l’air humainement joyeux.

On aurait dit une imitation.

Quelque chose essayant maladroitement de reproduire une ambiance heureuse sans réellement comprendre ce qu’était le bonheur.

Puis elle les vit.

Entre les arbres morts.

Des enfants.

Une dizaine peut-être.

Ils se tenaient tous par les mains en cercle dans une petite clairière baignée par la lumière blanche du seuil.

Leurs vêtements semblaient vieux.
Très vieux.

Des tissus colorés délavés,
des rubans poussiéreux,
de petits costumes de fête usés par le temps.

Mais ce n’était pas ça qui glaça Lythra.

C’était leurs mouvements.

Ils tournaient lentement en rond au rythme de la musique.

Beaucoup trop lentement.

Comme des marionnettes suspendues à des fils invisibles.

Leurs bras bougeaient avec de petits à-coups irréguliers.
Leurs têtes penchaient parfois légèrement de côté avant de revenir à leur place dans un mouvement sec.

Et pourtant…

ils chantaient toujours.

Leurs petites voix résonnaient dans la forêt noire pendant qu’ils continuaient leur ronde interminable.

Puis Lythra aperçut leurs visages.

Le souffle se coupa dans sa gorge.

Certains souriaient.

Mais leurs sourires semblaient figés depuis beaucoup trop longtemps.

Des lèvres craquelées.
Des joues trop pâles.
Des yeux immenses ouverts sans cligner.

L’un des enfants avait encore des traces de peinture bleue sur le visage, comme si quelqu’un l’avait maquillé pour une fête avant de l’oublier ici.

Une autre petite fille portait une couronne de fleurs entièrement desséchées collée dans ses cheveux noirs.

Et tous continuaient de tourner.

Encore.
Encore.
Encore.

Le cercle ne s’arrêtait jamais.

La musique grinçait doucement entre les arbres morts.

Puis la silhouette au visage blanc applaudit.

Une fois.

Le bruit résonna dans la forêt entière.

Lent.
Creux.

Les enfants continuèrent immédiatement de chanter.

Comme s’ils attendaient cette approbation.

Lythra sentit quelque chose remonter violemment dans sa poitrine.

Ce n’était pas simplement effrayant.

C’était faux.

Tout ici ressemblait à une mauvaise imitation d’un souvenir heureux.

La musique.
Les enfants.
Les costumes.
Les chansons.

Comme si quelque chose avait essayé de reconstruire la joie sans comprendre pourquoi les humains la ressentaient.

Puis un petit garçon trébucha dans le cercle.

Son pied heurta une racine noire dépassant du sol.

Pendant une seconde…

il resta immobile.

Et Lythra vit alors son bras.

La peau était devenue presque transparente à certains endroits.

Comme du papier humide.

Des veines blanches pulsaient lentement sous la surface.

Le petit garçon releva finalement la tête.

Et sourit.

Un sourire immense.
Trop grand pour son visage.

Puis il reprit la ronde.

La musique de fête foraine continua.

Toujours plus déformée.

Toujours plus lente.

Le vent traversa brusquement la clairière.

Et plusieurs enfants tournèrent simultanément la tête vers la silhouette au visage blanc.

Comme des animaux attendant une réaction.

Mais la créature restait immobile.

Elle applaudissait simplement de temps en temps.

Petit bruit lent dans la nuit.

Puis Lythra remarqua autre chose.

Les enfants ne clignaient jamais des yeux.

Jamais.

Même lorsqu’ils chantaient.
Même lorsqu’ils tournaient.
Même lorsque le vent soulevait leurs cheveux.

Leurs regards restaient fixés dans le vide.

Et pourtant…

quelque chose en eux semblait encore conscient.

Elle le sentit lorsque la petite fille à la couronne de fleurs tourna lentement les yeux vers elle.

Très lentement.

Le chant continua pourtant.

Mais pendant une seconde…

Lythra eut l’impression terrible que cette enfant essayait de demander de l’aide sans pouvoir arrêter de sourire.

Le froid traversa immédiatement tout son corps.

Puis la musique ralentit encore.

Les notes grinçaient maintenant comme des os frottant les uns contre les autres.

Et plus loin dans la forêt…

d’autres lumières apparurent.

Rouges.
Jaunes.
Bleues.

Des lumières de fête foraine.

Très loin derrière les arbres morts.

Comme un immense carnaval caché quelque part dans cet autre monde.

Le battement du seuil résonna de nouveau.

Et la silhouette au visage blanc inclina lentement la tête vers Lythra.

Puis applaudit encore une fois.

Lythra fit un pas.

Un seul.

Elle ne le décida même pas vraiment. Son corps bougea avant sa pensée, attiré par la petite fille à la couronne de fleurs desséchées, par son sourire trop large, par ses yeux ouverts dans lesquels quelque chose semblait encore supplier derrière l’obéissance immobile du visage.

La réaction fut immédiate.

L’air autour d’elle grésilla.

Pas comme une simple décharge.

Comme si le monde venait de mal supporter sa présence.

Une vibration blanche remonta le long de ses bras, passa sous sa peau, éclata en petites étincelles autour de ses doigts. Pendant une fraction de seconde, Lythra eut l’impression que son corps n’était plus tout à fait aligné avec lui-même, que ses contours tremblaient, que la forêt morte reculait et revenait autour d’elle par à-coups.

La musique s’arrêta net.

Plus d’orgue grinçant.

Plus de clochettes.

Plus de percussions lentes.

Le silence tomba si brutalement que le battement du seuil principal, au loin, parut soudain immense.

Les enfants cessèrent de tourner.

Tous en même temps.

Leurs mains restèrent pourtant liées, formant ce cercle parfait au milieu des arbres noirs. Leurs visages souriants se figèrent sous la lumière blanche. Puis, très lentement, leurs petites têtes se tournèrent vers Lythra.

Les sourires ne disparurent pas.

C’était le pire.

Ils tremblaient.

Leurs corps frêles vibraient à peine, comme s’ils luttaient contre quelque chose qui les obligeait à rester debout, à continuer de sourire, à attendre le prochain ordre. La petite fille à la couronne de fleurs serra plus fort la main de l’enfant à sa droite. Ses doigts étaient maigres, pâles, presque translucides sous la lueur du seuil.

Kael attrapa immédiatement le poignet de Lythra.

— Recule.

Sa voix était basse.

Contrôlée.

Mais elle sentit la tension dans sa main, la manière dont il se plaçait déjà à moitié devant elle, prêt à l’arracher de là si le moindre enfant, la moindre ombre, la moindre chose bougeait vers elle.

Lythra ne pouvait plus détourner les yeux.

La silhouette au visage blanc avait cessé d’applaudir.

Elle ne regardait plus les enfants.

Elle la regardait, elle.

Le symbole noir au centre de son visage semblait plus sombre maintenant, plus net, comme s’il venait de s’ouvrir sans être un œil. Aucun trait ne bougeait sur cette surface lisse, et pourtant Lythra sentit toute son attention se braquer sur elle avec une précision insupportable.

Elle recula.

Les grésillements cessèrent aussitôt autour de son corps.

Mais la créature continua de la fixer.

Les enfants, eux, tremblaient toujours.

Puis l’un d’eux se mit à pleurer.

Pas fort.

Un filet de son étranglé, minuscule, presque étouffé par le silence. Ses yeux restaient grands ouverts, son sourire toujours plaqué sur son visage comme un masque trop serré. Les larmes coulaient lentement sur ses joues, mais sa bouche demeurait étirée, immobile.

Kael souffla entre ses dents :

— Qu’est-ce que c’est que ce cauchemar…

La musique reprit.

Doucement.

Une seule note d’abord.

Puis deux.

L’orgue de fête foraine revint dans la forêt morte, plus lent qu’avant, plus faux, comme si chaque accord avait été forcé hors d’un instrument pourri. Les enfants recommencèrent à tourner. Leurs jambes bougeaient avec hésitation, leurs chaussures usées raclant la terre noire, leurs petites mains serrées les unes dans les autres.

La créature leva lentement les mains.

Et applaudit.

Une fois.

Puis encore.

Le cercle se remit à chanter.

Lythra sentit la nausée monter.

— Vaelith…

Sa voix sortit plus fragile qu’elle ne l’aurait voulu.

Vaelith n’avait pas bougé depuis l’apparition des enfants. Il regardait la scène avec une rigidité terrible, les traits fermés, les yeux fixés sur la silhouette au visage blanc comme si elle venait de faire remonter un souvenir qu’il aurait préféré laisser enterré pour toujours.

Elle se tourna vers lui.

— Qu’est-ce que c’est ?

Il resta silencieux.

La musique grinçait entre les arbres.

Au loin, derrière la forêt morte, les lumières colorées du carnaval caché pulsaient doucement, rouges, bleues, dorées, comme les promesses pourries d’un monde qui aurait continué à célébrer quelque chose bien après la mort de ses invités.

Puis Vaelith répondit enfin.

— Un collectionneur.

Kael tourna légèrement la tête vers lui.

— Un collectionneur de quoi ?

Le silence se tendit.

Les enfants chantaient toujours.

Vaelith regarda la petite fille à la couronne de fleurs desséchées, puis le petit garçon au bras presque transparent.

— D’âmes juvéniles.

Le froid traversa Lythra d’un coup.

Elle eut l’impression que le vent venait d’entrer sous sa peau.

— Non…

Vaelith ne la regarda pas.

— Il se nourrit de l’énergie vitale des enfants. Lentement. Très lentement.

La musique de fête foraine continua, presque joyeuse par moments, mais chaque note paraissait maintenant insupportable.

— Il ne les tue pas tout de suite, reprit-il. Il les garde longtemps. Des semaines. Des mois parfois, selon leur résistance.

Kael serra violemment la mâchoire.

— Pourquoi ils chantent ?

Vaelith eut un mouvement infime du visage.

Pas une grimace.

Quelque chose de pire.

Un souvenir.

— Parce qu’il aime les voir heureux.

Le silence qui suivit sembla souiller l’air.

Lythra fixa la ronde.

Les enfants souriaient encore.

Ils tournaient encore.

Leurs voix aiguës répétaient la même mélodie, mais maintenant elle entendait les failles dans leurs chants, les petits tremblements, les respirations trop courtes, les silences minuscules quand l’un d’eux n’avait plus assez de force pour finir une phrase.

— Une fête foraine a été construite pour eux, murmura Vaelith.

Sa voix était basse, mais chaque mot s’enfonçait dans la gorge de Lythra.

— Pas ici. Dans un monde voisin des seuils. Un lieu entier fait de manèges, de lumières, de jeux, de friandises, de musique. Tout ce qu’un enfant pourrait croire merveilleux.

Kael le regardait maintenant avec une horreur froide.

— Tu y es déjà allé.

Vaelith ferma brièvement les yeux.

Lythra sentit la réponse avant qu’il ne la dise.

— Oui.

Le vent fit frissonner les branches blanches des arbres morts.

Les lumières colorées, au loin, semblèrent battre plus fort.

— Avec Arich, ajouta Vaelith.

Le prénom changea tout.

Lythra le sentit dans l’air entre eux.

Elle revit Arich au sol dans la salle blanche, sa main tachée de sang accrochée à la manche de Vaelith, son sourire fragile malgré la douleur. Et soudain, elle imagina les deux hommes plus jeunes avançant dans ce carnaval impossible, au milieu de rires d’enfants déjà condamnés, sous des guirlandes lumineuses et des musiques fausses.

— Il voulait les sauver, dit Vaelith.

Sa voix se fendit à peine, mais Lythra l’entendit.

— Évidemment qu’il voulait les sauver.

La silhouette au visage blanc applaudit de nouveau.

Les enfants tournèrent plus vite.

Pas beaucoup.

Juste assez pour que la petite fille trébuche légèrement avant de retrouver sa place dans le cercle, toujours souriante, toujours tremblante.

Lythra sentit ses mains se fermer en poings.

— Et vous avez réussi ?

Vaelith resta silencieux.

Trop longtemps.

Kael détourna les yeux vers la ronde, comme s’il connaissait déjà la réponse.

Puis Vaelith murmura :

— Pas tous.

La musique sembla s’étirer dans la nuit.

Lythra ne savait plus ce qui lui donnait le plus envie de vomir : les enfants forcés de chanter, la créature qui applaudissait calmement, ou la douceur monstrueuse de cet endroit, cette manière obscène de maquiller l’agonie avec des lumières de fête.

Elle fit un autre pas en arrière.

La silhouette au visage blanc inclina la tête.

Le symbole noir au centre de son visage sembla se tourner avec elle, sans yeux, sans expression, mais avec une attention si précise que Lythra sentit ses jambes se raidir.

Vaelith parla immédiatement.

— Ne bouge plus.

Elle s’immobilisa.

— Il m’a vue.

— Oui.

Kael se plaça plus franchement devant elle cette fois.

— Pourquoi ?

Vaelith ne quittait pas la créature des yeux.

— Parce qu’elle a grésillé.

Le mot resta suspendu entre eux.

Lythra comprit alors que son corps n’avait pas seulement réagi au seuil.

Il avait réagi dans le monde de cette chose.

Comme une anomalie.

Comme quelque chose que le collectionneur n’avait pas prévu.

La musique continua.

Les enfants chantèrent.

La silhouette au visage blanc applaudit encore, lentement, patiemment.

Mais elle ne regardait plus la ronde.

Elle fixait Lythra.

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