Chapitre 12

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La silhouette au visage blanc continuait de fixer Lythra.

Le symbole noir gravé au centre de son visage semblait absorber la lumière du seuil derrière lui, et plus elle le regardait, plus elle avait l’impression étrange qu’il bougeait lentement sous la surface lisse.

Les enfants tournaient toujours dans leur ronde.

Leurs chaussures raclaient doucement la terre noire.
Leurs petites voix répétaient la même chanson lente pendant que leurs doigts maigres restaient accrochés les uns aux autres avec une force presque désespérée.

Puis la créature bougea enfin.

Très lentement.

Sa longue tenue noire glissa dans le vent du seuil lorsqu’elle se décala sur le côté, libérant le passage entre les arbres morts.

Aucun geste brusque.

Aucune menace.

Seulement cette manière calme de leur ouvrir la route.

Le petit garçon aux cheveux presque blancs quitta alors le cercle.

Ses chaussures vernies s’enfonçaient légèrement dans la terre humide tandis qu’il avançait vers eux. Sa veste rouge était magnifique autrefois, mais les broderies dorées se décousaient maintenant le long des manches, et plusieurs taches sombres marquaient encore le col.

Il s’arrêta devant eux.

Puis leva simplement la tête vers Lythra.

— Venez.

Sa voix était douce.
Normale.

Comme celle d’un enfant invitant quelqu’un à jouer.

Le vent traversa brutalement les arbres.

Et derrière la forêt noire…

la musique reprit.

Un orgue grinça quelque part dans le brouillard.
Des clochettes résonnèrent plus loin.
Puis des rires d’enfants éclatèrent brièvement avant de disparaître aussitôt.

Le petit garçon sourit légèrement.

— Le spectacle va bientôt commencer.

Kael lâcha un souffle bref entre ses dents.

— Je déteste déjà cette phrase.

Mais sa main ne quittait pas la poignée de sa lame.

Ses épaules étaient tendues au point que Lythra voyait les muscles de sa mâchoire bouger chaque fois qu’un rire résonnait dans les profondeurs du carnaval.

Vaelith, lui, observait les lumières entre les arbres.

Longtemps.

Puis il murmura :

— Ça n’a pas changé.

Le froid traversa immédiatement le ventre de Lythra.

Parce que dans sa voix…
il y avait quelque chose qui ressemblait presque à du regret.

Le petit garçon attendait toujours devant eux.

Immobile.
Patient.

Puis il demanda doucement :

— Vous venez avec nous ?

Le silence sembla s’épaissir entre les arbres morts.

Puis Vaelith avança.

Simplement.

Comme quelqu’un retournant dans un endroit qu’il aurait voulu oublier.

Kael jura à voix basse avant de le suivre immédiatement.

Lythra passa la dernière près de la silhouette au visage blanc.

Et lorsqu’elle arriva à sa hauteur…

le grésillement revint sous sa peau.

Brutalement.

Une décharge blanche traversa ses bras jusque dans sa nuque.

Elle vacilla légèrement.

La créature s’immobilisa aussitôt.

Puis elle tourna lentement la tête vers elle.

Le symbole noir sur son visage semblait maintenant immense.

Ou peut-être était-ce simplement l’impression qu’il lui donnait.

Le collectionneur leva doucement les mains.

Et applaudit une fois.

Le bruit résonna dans toute la forêt.

Le petit garçon sourit davantage.

— Il vous aime bien.

Kael eut un rire nerveux.

— Ah bah parfait. J’espérais justement plaire à l’entité qui collectionne les enfants morts.

Mais personne ne répondit.

Parce que les arbres s’écartaient maintenant devant eux.

Et le carnaval apparaissait enfin.

Le souffle de Lythra ralentit immédiatement.

Des centaines de lumières flottaient dans le brouillard.

Des guirlandes rouges et dorées traversaient les branches mortes comme des constellations artificielles suspendues dans la nuit. Plus loin, une immense grande roue tournait lentement au-dessus des arbres noirs, ses nacelles grinçant parfois avant de disparaître dans le brouillard blanc.

Des musiques différentes se mélangeaient partout.

Une boîte à musique jouait quelque part sur la droite.
Plus loin, des tambours résonnaient lentement.
Et derrière tout ça…
des rires.

Constamment.

Des rires d’enfants.

Le groupe s’engagea sur une ancienne allée pavée.

Les lanternes suspendues au-dessus d’eux baignaient le chemin d’une lumière chaude presque rassurante. Des stands bordaient les côtés :
des montagnes de peluches poussiéreuses,
des pâtisseries encore fumantes derrière des vitrines,
des jeux d’adresse illuminés,
des automates souriants figés derrière des comptoirs.

Et partout…

des enfants.

Ils couraient entre les attractions.
Se poursuivaient.
Mangeaient.
Riaient.

Mais quelque chose dans leurs mouvements donnait envie à Lythra de reculer immédiatement.

Certains couraient trop lentement.

D’autres s’arrêtaient parfois au milieu d’un geste avant de repartir d’un coup, comme si leurs corps oubliaient brièvement quoi faire.

Puis deux petites filles passèrent devant eux.

L’une portait une robe ancienne couverte de dentelle jaunie.
L’autre avait un manteau beaucoup plus récent.

Leurs doigts étaient entrelacés.

Et lorsqu’elles levèrent les yeux vers Lythra…

leurs sourires restèrent parfaitement immobiles.

Même pendant qu’elles clignaient des yeux.

Le ventre de Lythra se serra violemment.

Une odeur sucrée traversa alors l’air.

Kael tourna légèrement la tête.

Un stand de pâtisseries diffusait encore de la vapeur dans le froid du carnaval. Des pommes d’amour rouges brillaient sous plusieurs lampes dorées, et un chocolat chaud débordait lentement d’une tasse laissée sur un comptoir.

Mais derrière le stand…

personne.

Puis le carrousel apparut devant eux.

Immense.

Ses lumières dorées tournaient lentement dans le brouillard pendant qu’une vieille mélodie grinçait depuis son centre. Les chevaux blancs montaient et descendaient doucement au rythme de la musique.

Et sur chacun d’eux…

un enfant souriait.

Immobile.

Leurs yeux ouverts fixaient le vide pendant que le manège continuait de tourner éternellement dans la nuit.

Puis une petite fille descendit lentement du carrousel.

Ses chaussures touchèrent le sol avec précaution, comme si elle avait oublié depuis longtemps comment marcher correctement. Deux longues tresses noires tombaient sur ses épaules, et elle serrait contre elle une vieille peluche de lapin gris dont un œil pendait encore au bout d’un fil.

Elle s’approcha du groupe.

Très doucement.

Puis leva les yeux vers Lythra.

— Vous êtes nouveaux ?

Sa voix était calme.

Sincèrement curieuse.

Et cette normalité donna encore plus envie à Lythra de fuir immédiatement cet endroit.

La petite fille observa longuement leurs visages avant de demander :

— Vous allez rester longtemps ?

Le silence s’étira après la question de la petite fille.

Derrière elle, le carrousel continuait de tourner dans un grincement lent. Les chevaux blancs montaient et descendaient doucement sous les lumières dorées pendant qu’une vieille mélodie déformée s’échappait du centre du manège.

La petite fille attendait toujours.

Sa peluche de lapin pendait contre sa robe noire élimée, et son pouce frottait machinalement le tissu usé de l’oreille déchirée.

Puis Kael finit par répondre :

— Normalement non.

La petite fille inclina légèrement la tête.

Son sourire resta en place.

Mais quelque chose dans ses yeux sembla se ternir un instant.

— Oh…

Sa voix devint presque un murmure.

— C’est dommage.

Le vent traversa les guirlandes suspendues au-dessus des allées du carnaval. Les lanternes rouges vacillèrent doucement dans le brouillard.

Puis d’autres enfants commencèrent à approcher.

Lythra les entendit avant de réellement les voir :
des chaussures frottant les pavés humides,
un rire trop aigu éclatant quelque part derrière un stand,
le bruit collant d’une barbe à papa écrasée entre de petits doigts.

Un garçon aux cheveux bouclés arriva le premier.

Du sucre rose fondu recouvrait sa manche entière, et il essayait encore de le lécher malgré la couche durcie collée sur sa peau.

Il s’arrêta juste devant Kael.

— Vous venez d’où ?

Kael le regarda quelques secondes sans répondre immédiatement.

Puis :

— D’un endroit où les gens ne ressemblent pas à des cauchemars de fête foraine.

Le petit garçon fronça légèrement les sourcils.

Le sucre rose brillait encore au coin de sa bouche.

— Pourquoi tu dis ça ?

Sa voix n’avait rien de monstrueux.

Aucune menace.
Aucune étrangeté dans l’intonation.

Seulement une vraie incompréhension.

Et c’était probablement la chose la plus dérangeante depuis leur arrivée.

Une autre enfant contourna lentement Lythra.

Petite.
Très maigre.

Ses pieds nus glissaient sur les pavés froids du carnaval pendant que ses chaussettes trempées laissaient derrière elle de longues traces noires.

Elle observait attentivement les vêtements de Lythra.

Puis elle tendit doucement la main.

Ses doigts glacés effleurèrent la manche de son manteau.

— C’est joli.

Le ventre de Lythra se serra immédiatement.

Parce que cette enfant parlait exactement comme une enfant normale.

Puis la petite fille releva brusquement les yeux.

— Tu veux voir les lumières ?

Elle attrapa doucement deux doigts de Lythra avant de pointer les profondeurs du carnaval.

Et Lythra regarda enfin réellement l’endroit.

Le souffle se coupa dans sa gorge.

Le brouillard s’écartait par endroits sous les lumières colorées.

Une immense grande roue tournait lentement au-dessus des arbres noirs, ses nacelles grinçant parfois avant de disparaître derrière les nappes blanches suspendues dans l’air.

Plus loin, des montagnes russes traversaient le ciel dans une série d’arcs métalliques rouillés. Des wagons passaient parfois dessus dans un vacarme de chaînes et de rires avant de replonger dans le brouillard.

Et partout…

des silhouettes d’enfants.

Un petit groupe courait autour d’un stand illuminé en tenant des ballons lumineux au bout de fils argentés.
Plus loin, deux garçons se poursuivaient entre des automates souriants figés devant un jeu d’adresse.
Une fillette riait si fort près d’un chapiteau rouge qu’elle finit par tousser longuement avant de reprendre immédiatement son sourire.

Comme si son propre corps refusait de suivre encore.

Puis une odeur chaude traversa l’air.

Du caramel.
Du chocolat.
Du sucre brûlé.

Sous plusieurs lanternes rouges, un stand de pâtisseries fumait encore doucement. Une pomme d’amour roulait lentement au bord d’un comptoir avant de tomber dans une flaque noire sans que personne ne vienne la ramasser.

La petite fille serra un peu plus les doigts de Lythra.

— Les lumières sont plus belles quand il pleut ici.

Sa voix contenait une sincérité terrible.

Puis Vaelith parla enfin.

— Comment tu t’appelles ?

La petite fille leva immédiatement les yeux vers lui.

Et quelque chose passa sur le visage de Vaelith.

Petit mouvement presque invisible.

Mais Lythra le vit.

Comme si ce genre de conversation lui arrachait directement un souvenir.

— Elya.

Vaelith resta silencieux plusieurs secondes.

Puis :

— Depuis combien de temps tu es ici, Elya ?

La petite fille réfléchit réellement.

Ses sourcils se froncèrent doucement pendant qu’elle serrait davantage sa peluche contre elle.

Puis elle répondit :

— Je sais plus.

Le carrousel grinça derrière eux.

— Mais c’est pas grave.

Elle sourit de nouveau.

— Ici on peut rester après l’heure du coucher.

Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.

Parce que cette phrase…

Elle avait été dite avec le sérieux émerveillé d’un enfant persuadé de vivre quelque chose de merveilleux.

Puis un adolescent apparut plus loin entre les lumières du carnaval.

Il devait avoir treize ou quatorze ans.

Ses vêtements pendaient trop largement sur son corps maigre, et ses yeux semblaient immenses dans son visage pâle.

Contrairement aux autres…

il ne souriait pas.

Il observait le groupe depuis plusieurs secondes déjà.

Puis ses lèvres bougèrent enfin.

— Vous devriez partir.

Sa voix était basse.
Fatiguée.

Comme quelqu’un ayant déjà essayé d’avertir d’autres personnes avant eux.

Plusieurs enfants tournèrent immédiatement la tête vers lui.

Le garçon baissa aussitôt les yeux.

Ses épaules se crispèrent légèrement.

Puis la musique ralentit.

Toutes les lumières du carnaval vacillèrent en même temps.

Le vent disparut brutalement.

Et les enfants autour d’eux s’immobilisèrent.

Pas doucement.

D’un coup.

Comme des poupées dont on aurait coupé les fils.

Lythra sentit immédiatement son cœur s’emballer.

Parce que le silence venait de changer.

Puis des applaudissements résonnèrent dans le brouillard.

Lents.
Réguliers.

Le collectionneur avançait entre les stands illuminés.

Sa haute silhouette noire glissait dans les lumières rouges du carnaval pendant que son visage blanc semblait flotter dans la nuit comme un masque sans yeux.

Il applaudit encore une fois.

Et immédiatement…

les enfants recommencèrent à sourire.

Le collectionneur continua d’avancer entre les lumières du carnaval.

Les lanternes rouges suspendues au-dessus des allées glissaient sur sa silhouette noire sans réellement l’éclairer, comme si la lumière refusait de rester sur lui plus d’une seconde. Son long manteau effleurait les pavés humides dans un froissement presque silencieux pendant que les applaudissements continuaient de résonner lentement dans la fête foraine.

À chaque claquement de ses mains…

les enfants semblaient revivre.

Le petit garçon à la barbe à papa releva immédiatement la tête avec un sourire immense.
Elya serra sa peluche contre elle avant de rire doucement.
Même les enfants immobiles sur le carrousel recommencèrent à bouger légèrement au rythme de la musique.

Comme si le collectionneur leur rappelait comment être heureux.

Le battement du seuil principal vibra faiblement jusque dans le carnaval.

Puis le collectionneur s’arrêta devant eux.

Le silence tomba immédiatement.

Lythra sentit son ventre se nouer.

Parce qu’à cette distance…

la créature paraissait encore moins humaine.

Son visage blanc n’était pas simplement lisse.
Il ressemblait à quelque chose façonné à partir d’un matériau vivant imitant imparfaitement la peau humaine. Par endroits, de fines lignes noires semblaient bouger très lentement sous la surface, comme des fissures essayant de s’ouvrir sans jamais y parvenir.

Et pourtant…

sa posture restait calme.
Presque élégante.

Puis il inclina lentement la tête vers Vaelith.

Comme s’il le reconnaissait.

Le carrousel grinçait toujours derrière eux.

Les chevaux blancs continuaient leur ronde éternelle sous les lumières dorées pendant que plusieurs enfants regardaient désormais le groupe sans cligner des yeux.

Puis le collectionneur leva lentement une main vers Elya.

La petite fille s’approcha immédiatement.

Naturellement.

Comme une enfant rejoignant quelqu’un en qui elle avait entièrement confiance.

Le collectionneur posa doucement sa main noire sur ses cheveux.

Et Lythra sentit immédiatement quelque chose d’horrible dans ce geste.

Parce qu’il n’y avait aucune violence.

Aucune brutalité.

La créature semblait réellement prendre soin d’elle.

Puis une voix résonna enfin.

Pas depuis une bouche.
Pas vraiment.

Le son vibra directement dans l’air autour d’eux.

Doux.
Calme.

— Les nouveaux visiteurs sont rares désormais.

Kael se raidit immédiatement.

Sa main glissa discrètement vers sa lame.

Mais le collectionneur ne montra aucune réaction hostile.

Il continuait simplement de caresser les cheveux d’Elya pendant que les lumières du carnaval pulsaient doucement autour d’eux.

Puis la voix reprit :

— Les enfants aiment les visiteurs.

Le petit garçon à la barbe à papa hocha immédiatement la tête avec enthousiasme.

— Oui.
C’est plus drôle quand il y a du monde.

Le ventre de Lythra se serra violemment.

Parce qu’il avait dit ça exactement comme un enfant attendant des invités pour une fête.

Puis le collectionneur tourna lentement son visage blanc vers elle.

Et immédiatement…

le grésillement revint sous sa peau.

Plus fort cette fois.

Une vibration blanche traversa ses bras jusque dans sa gorge.

Le symbole noir au centre du visage de la créature sembla pulser doucement.

Puis la voix murmura :

— Vous êtes différente.

Le silence explosa dans l’allée du carnaval.

Kael se plaça immédiatement légèrement devant elle.

Petit mouvement instinctif.

Mais le collectionneur ne réagit pas.

Puis Vaelith parla enfin.

— Ne la regarde pas comme ça.

Le froid traversa immédiatement l’air autour d’eux.

Parce que dans sa voix…
il y avait quelque chose de dangereux.

Le collectionneur resta silencieux plusieurs secondes.

Puis :

— Vous aussi avez changé depuis votre dernière visite.

Le regard de Lythra glissa immédiatement vers Vaelith.

Le vent traversa les guirlandes lumineuses.

Plus loin, un train miniature passa dans un vacarme de métal grinçant avant de disparaître derrière plusieurs stands de jeux.

Puis le collectionneur ajouta doucement :

— L’homme aux yeux pâles n’est plus avec vous.

Le silence tomba brutalement.

Le cœur de Lythra se contracta immédiatement.

Arich.

Le collectionneur parlait d’Arich.

Vaelith se figea complètement.

Et pendant une seconde…

le carnaval entier sembla attendre avec lui.

Puis la voix reprit :

— Il venait souvent parler aux enfants.

Le carrousel ralentit légèrement derrière eux.

Elya releva les yeux vers Vaelith.

— Le monsieur gentil avec les histoires ?

Le souffle de Vaelith vacilla presque imperceptiblement.

Puis il répondit finalement :

— Oui.

Le vent glissa doucement dans les allées.

Et pendant plusieurs secondes…

personne ne parla.

Puis le collectionneur tourna lentement la tête vers les profondeurs du carnaval.

Les lumières rouges et dorées illuminaient désormais un immense chapiteau au loin.

Des rires résonnaient derrière les rideaux entrouverts.
Des ombres couraient sous les lanternes suspendues.

Puis la voix murmura :

— Ils l’attendent encore.

Le froid remonta immédiatement le long du dos de Lythra.

Parce qu’elle comprenait maintenant :

les enfants ici ne savaient probablement même pas qu’Arich ne reviendrait jamais.

Puis Elya tira doucement sur la manche de Vaelith.

— Tu veux voir les lanternes flottantes ?

Sa petite voix traversa le silence comme une lame.

Vaelith baissa lentement les yeux vers elle.

Et quelque chose se brisa dans son regard.

Pas violemment.

Comme une douleur ancienne revenant d’un coup beaucoup trop fort.

Puis il hocha finalement la tête.

Elya sourit immédiatement avant d’attraper sa main.

Ses petits doigts pâles disparurent presque dans ceux de Vaelith.

Et cette image fut probablement l’une des plus dérangeantes depuis leur arrivée.

Parce que pendant une seconde…

tout paraissait normal.

Un homme tenant la main d’une enfant dans une fête foraine illuminée.

Puis le groupe reprit lentement sa marche dans le carnaval.

Les allées devenaient de plus en plus vastes à mesure qu’ils avançaient.

Des automates immenses jouaient de vieux instruments sous plusieurs arches lumineuses.
Des stands de tir affichaient encore des récompenses poussiéreuses suspendues à des fils noirs.
Et partout…
les enfants les observaient.

Certains faisaient signe à Elya en passant.
D’autres couraient brièvement autour du groupe avant de repartir dans les lumières du carnaval.

Mais plus ils avançaient…

plus Lythra remarquait les détails.

Un petit garçon s’arrêta soudain au milieu d’un rire avant de tousser violemment pendant presque dix secondes.
Une enfant assise près d’un stand de ballons gardait les yeux ouverts sans bouger depuis plusieurs minutes.
Plus loin, une adolescente marchait très lentement, une main pressée contre sa poitrine comme si respirer lui demandait désormais un effort immense.

Et pourtant…

le carnaval continuait.

Les musiques.
Les rires.
Les lumières.

Comme si cet endroit refusait totalement de reconnaître la mort avançant lentement à travers chacun de ces enfants.

Puis ils atteignirent finalement une immense place circulaire.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Des centaines de lanternes flottaient dans les airs.

De petites lumières dorées suspendues au-dessus de l’eau noire entourant la place, dérivant lentement dans le brouillard comme des étoiles prisonnières du carnaval.

Des dizaines d’enfants étaient assis tout autour.

Certains les regardaient arriver.
D’autres lançaient silencieusement de petites lanternes sur l’eau.

Et au centre…

une immense structure métallique montait vers le ciel noir.

Un manège gigantesque ressemblant à un arbre de lumière.

Les lanternes y étaient accrochées par centaines.

Puis Elya murmura doucement :

— Elles montent jusqu’aux gens qui manquent aux enfants.

Le silence retomba immédiatement.

Vaelith resta figé.

Et Lythra comprit aussitôt :
Arich avait probablement vu exactement cette scène.

Les lanternes continuaient de monter lentement dans le ciel noir.

Certaines dérivaient entre les branches mortes suspendues au-dessus du carnaval avant de disparaître dans le brouillard du seuil. D’autres restaient coincées plusieurs secondes autour de l’immense structure métallique au centre de la place, comme si quelque chose les retenait encore avant de les laisser partir.

Elya observait les lumières avec des yeux brillants.

Sa petite main était toujours accrochée à celle de Vaelith.

Puis elle pointa soudain une lanterne dorée qui s’élevait plus lentement que les autres.

— Celle-là est lourde.

Sa voix résonna doucement dans le silence de la place.

Lythra tourna les yeux vers la petite lumière tremblante.

Elle oscillait dans les airs comme si quelque chose à l’intérieur refusait de lâcher prise.

Puis Elya ajouta sérieusement :

— Ça veut dire que quelqu’un manque très fort à quelqu’un.

Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.

Parce qu’ici…
même les explications enfantines devenaient terribles.

Le collectionneur avançait lentement autour du bassin noir entourant la place.

Les lanternes dorées glissaient sur son visage blanc sans jamais réellement l’éclairer.

Puis Vaelith parla enfin.

— Nous cherchons quelqu’un.

La musique du carnaval semblait plus lointaine ici.

Étouffée par l’eau noire entourant la place.

Le collectionneur tourna lentement la tête vers lui.

Le symbole noir au centre de son visage vibra légèrement.

Puis la voix résonna de nouveau dans l’air :

— Beaucoup cherchent quelqu’un lorsqu’ils traversent les seuils.

Kael croisa immédiatement les bras.

— Oui bon, nous on aimerait surtout la retrouver avant de finir transformés en décoration murale cosmique.

Elya fronça légèrement les sourcils.

— C’est quoi cosmique ?

Kael ouvrit la bouche.

Puis la referma aussitôt.

— …Tu sais quoi, oublie.

La petite fille hocha sérieusement la tête avant de continuer à observer les lanternes.

Comme si cette réponse lui suffisait parfaitement.

Puis Vaelith reprit :

— Une jeune femme.
Cheveux sombres.
Elle voyage seule.

Le collectionneur resta silencieux plusieurs secondes.

Puis les lanternes autour de la place semblèrent ralentir légèrement.

Le vent changea.

Lythra sentit immédiatement le grésillement revenir sous sa peau.

Très faible.
Mais présent.

Puis la voix murmura :

— La voyageuse des profondeurs noyées.

Le cœur de Lythra s’emballa brutalement.

Selen.

Le collectionneur savait.

Kael se redressa immédiatement.

— Vous l’avez vue ?

Le visage blanc se tourna lentement vers les lanternes flottant au-dessus de l’eau noire.

Puis :

— Elle marche parmi ceux qui restent.

Le silence retomba lourdement.

Lythra sentit son ventre se nouer.

Parce qu’elle comprenait instinctivement que cette phrase n’avait rien de rassurant.

Vaelith aussi semblait l’avoir compris.

Sa mâchoire se crispa légèrement.

— Le sanctuaire.

Le collectionneur inclina lentement la tête.

Elya leva brusquement les yeux vers Vaelith.

— Votre amie est dans la maison triste ?

Le souffle de Lythra ralentit immédiatement.

Puis la petite fille continua avant même qu’ils répondent :

— J’aime pas la maison triste.

Elle serra davantage sa peluche contre elle.

— Les murs pleurent.

Le silence sembla devenir plus froid autour du bassin.

Kael échangea immédiatement un regard avec Lythra.

Puis il souffla :

— Génial.
Absolument fantastique.

Mais Elya continuait de parler doucement.

Comme une enfant racontant simplement quelque chose qu’elle connaît bien.

— Une fois j’ai entendu quelqu’un chanter dedans.
Mais c’était pas une chanson gentille.

Le collectionneur s’approcha lentement derrière elle.

Immense silhouette noire dominant la place entière.

Puis sa voix résonna calmement :

— Les seuils conservent ce qu’ils ne parviennent pas à abandonner.

Lythra sentit un frisson lui traverser les bras.

Parce qu’elle pensa immédiatement :
à Arich.
Aux statues du sanctuaire.
Aux enfants du carnaval.

Tout ici semblait être fait de choses incapables de mourir totalement.

Puis Elya leva soudain les yeux vers Vaelith.

— Le monsieur aux histoires reviendra ?

Le silence explosa immédiatement autour d’eux.

Même les lanternes semblaient suspendues dans l’air.

Vaelith resta parfaitement immobile.

Et Lythra vit immédiatement la douleur traverser son regard.

Parce qu’Elya parlait d’Arich avec une sincérité absolue.

Comme une enfant attendant simplement quelqu’un qu’elle aime bien.

Puis Elya demanda encore :

— Il disait qu’il reviendrait un jour.

Sa petite voix vacilla légèrement.

— Les grandes personnes mentent souvent ?

Le cœur de Lythra se serra violemment.

Kael détourna légèrement les yeux.

Même lui semblait incapable de supporter cette conversation.

Puis Vaelith finit par répondre.

Très bas.

— Pas toujours.

Le vent traversa doucement les lanternes flottantes.

Elya observa son visage plusieurs secondes.

Puis elle murmura :

— Tu as l’air triste comme avant.

Le souffle de Vaelith vacilla presque imperceptiblement.

Et cette fois…

Lythra comprit que le carnaval entier gardait encore les traces d’Arich.

Ses paroles.
Ses promesses.
Sa présence.

Comme si ce lieu refusait lui aussi de l’abandonner complètement.

Les lanternes continuaient de monter lentement dans le ciel noir.

Leurs lumières dorées traversaient parfois le brouillard avant de disparaître complètement au-dessus du carnaval, comme si quelque chose les avalait dans les hauteurs invisibles du seuil.

Autour du bassin, les enfants observaient toujours les petites flammes flotter dans le silence.

Certains murmuraient doucement entre eux.
D’autres tenaient leurs lanternes contre leur poitrine avant de les déposer délicatement sur l’eau noire.

Elya était assise près de Vaelith maintenant.

Sa peluche de lapin reposait sur ses genoux pendant qu’elle suivait du regard une petite lumière vacillante dérivant lentement au milieu du bassin.

Puis Kael finit par rompre le silence.

— Donc.
On va chercher Selen où exactement ?

Sa voix résonna doucement sous les lanternes suspendues.

Vaelith resta immobile plusieurs secondes avant de répondre.

— Le sanctuaire ne peut pas être atteint directement depuis ce seuil.

Le vent traversa la place.

Les petites flammes vacillèrent doucement sur l’eau noire.

Puis Vaelith reprit :

— Les grands seuils sont reliés.
Mais les passages changent constamment.

Lythra observait son visage pendant qu’il parlait.

Il avait cette expression qu’elle commençait à reconnaître maintenant :
celle de quelqu’un replongeant dans des souvenirs qu’il aurait préféré laisser morts.

Puis il murmura :

— Pour atteindre le sanctuaire…
nous devrons traverser trois autres cités.

Le silence retomba aussitôt autour du bassin.

Même les enfants semblaient écouter.

Puis Vaelith leva lentement les yeux vers les lanternes montant dans le brouillard.

— La première est la cité des prisonniers du ciel.

Une petite lumière dorée passa lentement devant son visage avant de disparaître dans les hauteurs noires.

— Là-bas…
les voyageurs cessent progressivement de rester au sol.

Kael fronça immédiatement les sourcils.

Vaelith continua pourtant.

— Au début, ils regardent simplement le ciel plus souvent.
Puis ils passent des heures entières immobiles à écouter quelque chose au-dessus d’eux.

Le vent glissa doucement dans les lanternes suspendues.

— Ensuite ils commencent à monter sur les toits.
Les tours.
Les falaises.

Sa voix devenait plus basse maintenant.

— Et un matin…
ils ne redescendent plus.

Le froid traversa immédiatement le ventre de Lythra.

Elle imagina soudain des silhouettes debout au sommet de bâtiments immenses, les yeux perdus dans un ciel impossible, restant là des heures jusqu’à oublier complètement qu’elles avaient un corps.

Puis Vaelith reprit :

— Certains finissent par marcher directement dans le vide.

Le silence explosa doucement autour du bassin.

Même Kael ne trouva rien à répondre immédiatement.

Puis Vaelith continua :

— Après ça…
vient la cité des oubliés.

Le battement immense du seuil vibra sous la place.

— Là-bas…
les souvenirs disparaissent lentement.

Une lanterne dériva jusqu’au bord du bassin avant de s’éteindre brusquement dans l’eau noire.

Vaelith observait toujours les lumières.

— Les voyageurs commencent par hésiter sur des détails.
Des dates.
Des chemins.

Sa gorge bougea légèrement.

— Puis ils restent immobiles devant des gens qu’ils connaissent sans réussir à se rappeler pourquoi leur visage leur fait mal.

Le cœur de Lythra se serra brutalement.

Le vent traversa doucement le carnaval derrière eux.

Des rires d’enfants résonnaient encore plus loin entre les manèges.

Puis Vaelith reprit plus bas :

— Certains gardent des carnets sur eux.
Des centaines de pages remplies d’instructions écrites de leur propre main.

Kael releva lentement les yeux vers lui.

— Des instructions ?

Vaelith hocha légèrement la tête.

— “Ne reste pas ici.”
“Tu cherchais quelqu’un.”
“Tu t’appelles…”

Sa voix ralentit légèrement.

— Mais un jour…
même les mots finissent par ne plus vouloir dire quoi que ce soit.

Le silence sembla devenir plus lourd autour du bassin.

Lythra imagina soudain quelqu’un relisant encore et encore une phrase écrite par lui-même sans réussir à comprendre pourquoi elle semblait importante.

Puis Vaelith s’interrompit.

Longtemps.

Comme si la suite lui donnait réellement envie de se taire.

Mais il finit quand même par parler.

— Et ensuite…
la cité hallucinogène.

Même Elya releva lentement les yeux cette fois.

Le vent sembla ralentir autour des lanternes.

Puis Vaelith murmura :

— C’est la pire.

Le battement vibra sous la place entière.

— Là-bas…
les seuils traversent directement l’esprit des voyageurs.

Sa voix devenait presque plus froide à mesure qu’il parlait.

Comme quelqu’un récitant une blessure ancienne.

— Les rues changent constamment.
Les murs respirent parfois.
Et les gens commencent à voir des choses qui n’existent pas.

Le regard de Kael s’assombrit immédiatement.

Puis Vaelith ajouta :

— Ou pire.
Des choses qui ont réellement existé.

Le silence retomba.

Lythra sentait le froid remonter lentement sous sa peau maintenant.

Puis Kael demanda finalement :

— Et comment on survit à ça ?

Vaelith eut un très léger souffle.

Pas amusé.

Fatigué.

— Souvent…
on ne survit pas entièrement.

Les lanternes continuaient leur lente ascension dans le ciel noir.

Puis il ajouta plus bas :

— Certains voyageurs traversent cette cité persuadés de marcher avec des proches morts depuis des siècles.
D’autres parlent pendant des jours entiers à des gens que personne d’autre ne voit.

Le battement vibra encore.

— Et parfois…
les hallucinations commencent à répondre.

Le silence qui suivit fut immense.

Puis Kael demanda finalement :

— Tu y es allé avec Arich…?

Vaelith resta immobile plusieurs secondes.

Puis il répondit simplement :

— Oui.

Le vent traversa doucement la place.

Et cette fois…

Lythra vit clairement la douleur passer dans son regard.

Comme si certains souvenirs de cette cité continuaient encore de le poursuivre maintenant.

Le silence resta suspendu après l’invitation du collectionneur.

Les lanternes dérivaient toujours au-dessus du bassin noir, leurs lumières dorées tremblant doucement dans le brouillard du seuil pendant que les enfants les regardaient monter vers le ciel invisible.

Puis le collectionneur se détourna lentement.

Sa silhouette noire glissa entre les lumières du carnaval.

— Vous devriez dormir avant de traverser les autres cités.

Kael lâcha immédiatement un rire nerveux.

— Ah non.
Non non non.
On va pas dormir ici.

Le collectionneur continua simplement d’avancer.

Comme si cette protestation ne changeait rien.

Puis Vaelith parla calmement derrière lui :

— Nous resterons.

Kael tourna brusquement la tête.

— Tu veux vraiment passer la nuit dans cet endroit ?

Vaelith observait les profondeurs du carnaval.

Les lumières.
Le brouillard.
Les enfants courant entre les manèges.

Puis il répondit :

— Traverser les seuils maintenant serait pire.

Le vent traversa les guirlandes suspendues au-dessus de leurs têtes.

Plus loin, un rire d’enfant éclata près d’un stand avant de disparaître dans le brouillard.

Kael passa une main contre son visage.

— Évidemment.
Pourquoi est-ce qu’on aurait droit à une décision simple aujourd’hui.

Elya s’approcha doucement de lui.

— Tu peux dormir avec une veilleuse si tu veux.

Kael resta silencieux plusieurs secondes.

Puis il souffla :

— Merci.
C’est terrifiant.

Mais la petite fille semblait sincèrement essayer de le rassurer.

Puis le collectionneur reprit sa marche.

Le groupe le suivit à travers le carnaval.

Et plus ils avançaient…

plus les lumières changeaient.

Les couleurs vives disparaissaient peu à peu derrière eux.
Les musiques devenaient lointaines.
Les manèges grinçaient encore dans le brouillard, mais leurs mélodies semblaient maintenant étouffées par quelque chose de beaucoup plus silencieux.

Les enfants ici couraient moins.

Certains restaient simplement assis sous les lanternes.
D’autres marchaient lentement entre les allées en tenant des peluches contre eux.

Lythra croisa une petite fille endormie sur une balançoire immobile.
Ses doigts restaient accrochés aux chaînes métalliques même dans son sommeil.

Puis ils atteignirent finalement un immense bâtiment blanc.

Le souffle de Lythra ralentit immédiatement.

Le carnaval semblait s’arrêter avant cet endroit.

Les lanternes suspendues sous les arches diffusaient une lumière chaude et pâle sur les murs blancs, et de longs rideaux bougeaient doucement derrière les fenêtres ouvertes sous le vent du seuil.

Aucune musique n’arrivait jusqu’ici.

Seulement le froissement lent des rideaux.

Puis Elya murmura :

— Ils dorment là.

Le collectionneur poussa lentement les portes.

Et immédiatement…

une odeur douce traversa l’air.

Du savon.
Du tissu propre.
Quelque chose de chaud.

Le ventre de Lythra se tordit brutalement.

Parce que cette odeur n’avait rien à faire dans un lieu pareil.

Ils entrèrent.

Et le silence à l’intérieur fut pire que tout le reste.

La grande salle semblait interminable.

Des lanternes dorées flottaient doucement sous le plafond blanc, projetant une lumière calme sur des rangées de petits lits alignés jusqu’aux profondeurs du bâtiment.

Une peluche de renard était tombée au sol près du premier lit.
Quelqu’un l’avait recousue plusieurs fois ; le fil noir ressortait encore le long du ventre déchiré.

Plus loin, un dessin d’enfant était accroché maladroitement au mur avec plusieurs morceaux de tissu rouge :
une grande roue,
un soleil immense,
et plusieurs silhouettes souriantes sous des lanternes.

Le papier jaunissait déjà.

Lythra avança lentement entre les lits.

Et elle comprit.

Les enfants ne dormaient pas.

Leurs corps reposaient là.

Un petit garçon était allongé sur le dos, les mains refermées autour d’un cheval miniature en bois.
Une petite fille gardait son visage enfoui contre une couverture bleue décorée d’étoiles cousues à la main.
Plus loin, deux enfants avaient été installés dans des lits rapprochés ; leurs doigts se touchaient encore au milieu des draps blancs.

Le silence écrasait complètement la pièce.

Même Kael ne parlait plus.

Le collectionneur avançait lentement entre les lits.

Et ce qui détruisait Lythra…

c’était le soin.

Une couverture remontée doucement jusqu’au menton.
Des cheveux remis derrière une oreille.
Une veilleuse allumée près d’un enfant qui semblait avoir eu peur du noir.

Comme si quelqu’un avait sincèrement essayé de rendre cet endroit paisible.

Puis Elya s’arrêta près d’un petit garçon immobile sous une couverture bleue.

Elle posa doucement sa peluche contre lui.

— Il aimait le carrousel.

Sa voix était basse.

Simple.
Tendre.

Le cœur de Lythra se serra violemment.

Parce qu’Elya parlait encore de lui au présent.

Le collectionneur leva lentement les yeux vers eux.

Son visage blanc semblait presque lumineux sous les lanternes suspendues.

Puis sa voix résonna doucement dans la salle.

— Les humains pensent que je suis cruel.

Le vent fit lentement bouger les rideaux blancs au fond de la pièce.

— Mais ils mouraient déjà avant de venir ici.

Lythra sentit immédiatement ses yeux brûler.

Le collectionneur continua de marcher entre les lits pendant qu’il parlait.

Sa main noire effleura doucement la tête d’une enfant endormie.

— Les seuils les condamnaient.
Les guerres les abandonnaient.
Les maladies les emportaient.

Sa voix restait calme.
Presque triste.

— Ici…
ils rient encore.

Le silence devint presque insupportable.

Parce que le pire…

c’était qu’il croyait réellement les sauver.

Puis il murmura :

— Ils ne meurent plus seuls dans le noir.

Une petite veilleuse vacilla près d’un lit.

Le collectionneur tourna lentement son visage vers Lythra.

— Je leur donne des chansons.
Des lumières.
Des rêves.

Le souffle de Lythra trembla légèrement.

Et au milieu des lanternes dorées…
des dessins d’enfants…
et des petits corps immobiles…

elle ne savait plus quoi penser de cette créature.

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