Chapitre 14
Le sanctuaire semblait différent depuis le réveil de Selen.
Pas visiblement.
Les mêmes colonnes noires traversaient encore les profondeurs noyées.
Les mêmes fissures blanches pulsaient sous les murs humides.
Et l’eau sombre continuait de glisser lentement entre les pierres englouties.
Mais quelque chose avait changé.
Comme si le lieu entier retenait désormais son souffle.
Le vieil homme avançait devant elle dans les galeries basses du sanctuaire, son bâton résonnant doucement contre la pierre humide pendant que la lumière pâle des symboles mouvants glissait sur les murs.
Selen observait discrètement son bras depuis plusieurs minutes.
La fissure blanche était toujours là.
Fine.
Presque élégante.
Mais elle ne ressemblait plus à une simple marque maintenant.
Par moments…
elle semblait battre.
Très légèrement.
Au même rythme que le sanctuaire.
Selen rabattit rapidement sa manche lorsque le vieil homme ralentit devant elle.
Il ne dit rien.
Mais elle savait qu’il avait remarqué.
Puis ils atteignirent une nouvelle galerie.
Et immédiatement…
Selen sentit quelque chose se serrer dans son ventre.
Le couloir était immense.
Beaucoup plus grand que les précédents.
Les arches noires montaient si haut dans l’obscurité que leurs sommets disparaissaient totalement dans les profondeurs du sanctuaire. Des chaînes gigantesques traversaient parfois le plafond avant de replonger dans l’eau noire plusieurs dizaines de mètres plus loin.
Le lieu semblait avoir été construit pour quelque chose d’immense.
Puis elle la vit.
Une porte.
Ou plutôt…
quelque chose ressemblant à une porte.
Une structure noire gigantesque encastrée dans la pierre du sanctuaire.
Des symboles blancs parcouraient toute sa surface dans des mouvements lents ressemblant presque à des veines lumineuses.
Et surtout :
ces symboles étaient différents.
Plus anciens.
Plus agressifs.
Ils ne pulsaient pas calmement comme dans le reste des ruines.
Ils semblaient se déplacer sous la pierre.
Le souffle de Selen ralentit immédiatement.
Parce qu’elle comprit aussitôt que cet endroit n’avait rien à voir avec le reste du sanctuaire.
Le vieil homme s’arrêta brutalement.
Et pour la première fois depuis qu’elle le connaissait…
elle le vit réellement avoir peur.
Pas de l’inquiétude.
Pas de la fatigue.
Une vraie peur.
Il serra immédiatement son bâton plus fort.
— On repart.
Sa voix était beaucoup plus sèche que d’habitude.
Selen ne bougea pas.
Ses yeux restaient fixés sur l’immense porte noire.
L’eau autour d’eux vibrait légèrement ici.
Comme si quelque chose respirait derrière la structure.
Puis elle demanda doucement :
— Qu’est-ce qu’il y a derrière…?
Le vieil homme tourna immédiatement la tête vers elle.
— Rien que tu dois voir.
Le silence du sanctuaire sembla devenir plus lourd autour d’eux.
Puis un bruit résonna.
Très loin derrière la porte.
Un choc sourd.
Immense.
Comme quelque chose bougeant dans des profondeurs gigantesques.
Le cœur de Selen s’emballa brutalement.
Le vieil homme recula aussitôt d’un pas.
Instinctivement.
Et ce simple mouvement terrifia Selen encore plus que le bruit lui-même.
Parce qu’elle venait de comprendre :
cet homme connaissait réellement ce qui se trouvait derrière cette porte.
Puis le battement du sanctuaire résonna brutalement sous leurs pieds.
Les symboles blancs parcourant la porte s’illuminèrent davantage pendant une seconde.
Et Selen aperçut alors des marques.
Des traces gravées dans la pierre noire autour des arches.
Des mots.
Des dizaines.
Dans différentes écritures.
Certaines griffonnées.
D’autres profondément creusées dans la matière noire.
Comme si énormément de personnes avaient essayé de laisser quelque chose ici.
Selen fit un pas vers la porte.
Le vieil homme attrapa immédiatement son bras.
Fort.
— Non.
Sa voix tremblait cette fois.
Le silence retomba immédiatement.
Puis Selen murmura :
— Vous avez dit que les statues étaient d’anciens voyageurs.
Le vieil homme ne répondit pas.
— Alors pourquoi vous avez peur de ça ?
Le souffle du vieil homme semblait plus lourd maintenant.
Puis il relâcha lentement son bras avant de détourner les yeux vers la porte noire.
Et lorsqu’il parla finalement…
sa voix semblait beaucoup plus vieille.
— Parce que les statues ne sont pas le pire.
Le froid traversa immédiatement tout le corps de Selen.
Le battement résonna de nouveau sous le sanctuaire.
Plus profond cette fois.
Comme un cœur immense sous les ruines.
Puis le vieil homme continua :
— Ceux qui restent trop longtemps ici…
finissent parfois par vouloir comprendre davantage.
Il observait toujours les symboles mouvants sur la porte.
— Alors ils descendent.
Le silence sembla avaler complètement la galerie.
Selen sentit l’eau noire onduler doucement autour de ses jambes.
Puis elle murmura :
— Descendre où ?
Le vieil homme leva lentement les yeux vers l’immense structure noire.
Et pendant une seconde…
Selen eut l’impression qu’il hésitait réellement à répondre.
Puis :
— Sous le sanctuaire.
Le vent traversa brutalement les arches gigantesques.
Un souffle glacé venu des profondeurs.
Puis il reprit :
— Les voyageurs pensent toujours que le sanctuaire est une ruine.
Sa gorge bougea légèrement.
— Mais cette chose…
n’a jamais été construite pour les humains.
Le silence explosa doucement dans la galerie.
Selen sentit immédiatement quelque chose se nouer dans son ventre.
Puis le vieil homme continua plus bas :
— Ceux qui descendent reviennent parfois.
Le cœur de Selen ralentit brutalement.
— Parfois ?
Le vieil homme hocha lentement la tête.
— Mais jamais entièrement.
Le battement vibra encore sous leurs pieds.
Et cette fois…
Selen remarqua quelque chose.
Les marques autour de la porte.
Certaines n’étaient pas anciennes.
Une écriture semblait beaucoup plus récente que les autres.
Des mots gravés brutalement dans la pierre noire.
Comme quelqu’un ayant écrit dans la panique.
Elle s’approcha légèrement malgré le regard du vieil homme.
Puis lut finalement :
“Ne laissez pas les profondeurs vous regarder trop longtemps.”
Le froid remonta immédiatement le long de sa nuque.
Puis une autre phrase.
Plus bas.
À moitié effacée.
“Nous pensions observer les seuils.”
“Mais quelque chose nous observait déjà.”
Le souffle de Selen devint plus court.
Puis le vieil homme murmura finalement :
— Ils étaient six quand ils ont descendu les niveaux inférieurs.
Le silence retomba.
— Trois sont revenus.
L’eau noire vibrait doucement autour d’eux maintenant.
Puis il ajouta :
— L’un d’eux s’est arraché les yeux avant de mourir.
Le deuxième refusait de dormir parce qu’il disait voir quelque chose sous les plafonds.
Et le dernier…
Sa voix se brisa légèrement.
— Le dernier restait immobile pendant des heures à regarder les profondeurs.
Comme s’il attendait qu’on vienne le chercher.
Le cœur de Selen battait beaucoup trop fort maintenant.
Puis elle murmura :
— Qu’est-ce qu’ils ont vu ?
Le vieil homme tourna lentement les yeux vers elle.
Et pour la première fois…
elle vit une véritable terreur dans son regard.
Puis il souffla simplement :
— Je ne crois pas qu’ils l’aient compris eux-mêmes.
Le silence sous le sanctuaire semblait avaler chaque respiration.
Selen avançait lentement derrière le vieil homme dans les galeries noyées pendant que l’eau noire glissait autour de leurs jambes. Le battement immense résonnait encore parfois sous les profondeurs, si grave qu’elle le sentait davantage dans sa poitrine qu’elle ne l’entendait réellement.
Depuis qu’ils avaient découvert la porte noire…
quelque chose avait changé.
Même le vieil homme marchait différemment maintenant.
Plus vite.
Plus tendu.
Comme s’il voulait mettre le plus de distance possible entre eux et les niveaux inférieurs.
Mais Selen n’arrêtait plus d’y penser.
À la porte.
Aux inscriptions.
Aux mots gravés dans la pierre.
“Les seuils ne sont pas des portes.”
“Ils sont des regards.”
Le froid remonta lentement dans sa nuque.
Puis elle ralentit.
Le vieil homme s’en aperçut immédiatement.
— Continue d’avancer.
Sa voix claqua dans la galerie humide.
Mais Selen regardait déjà derrière eux.
Vers l’obscurité.
Le battement vibra de nouveau sous les fondations.
Et cette fois…
elle prit sa décision.
Elle se détourna brusquement.
— SELEN—
Trop tard.
Elle courait déjà vers les profondeurs.
L’eau éclaboussait violemment les arches noires pendant qu’elle retraversait les galeries inférieures à toute vitesse. Les symboles blancs pulsant sous les murs défilaient autour d’elle dans l’obscurité humide pendant que les battements du sanctuaire semblaient devenir plus lourds à mesure qu’elle redescendait.
Le vieil homme la suivait derrière.
Elle entendait son bâton heurter brutalement les pierres noyées pendant qu’il essayait de la rattraper.
Puis enfin…
la galerie gigantesque réapparut.
Les arches monstrueuses montant dans les hauteurs invisibles.
Les chaînes suspendues au plafond.
Et surtout…
la porte noire.
Immense.
Les symboles blancs glissaient lentement sous sa surface comme quelque chose vivant sous une peau sombre.
L’eau vibrait légèrement autour des fondations.
Selen ne ralentit pas.
Elle contourna directement les arches gigantesques jusqu’à la grille effondrée dissimulée sur le côté de la structure.
Le passage.
Le vieil homme comprit immédiatement.
— NON.
Sa voix résonna violemment dans toute la galerie.
Mais Selen s’était déjà glissée dans l’ouverture.
La pierre humide déchira sa manche pendant qu’elle se faufilait dans l’étroit tunnel noyé.
Puis l’obscurité l’engloutit.
Le passage descendait brutalement sous les fondations du sanctuaire.
L’air y était beaucoup plus lourd.
Plus humide.
Et surtout…
les symboles visibles dans les galeries supérieures disparaissaient progressivement.
Comme si le sanctuaire lui-même cessait lentement d’exister ici.
Le battement résonna de nouveau.
Plus proche maintenant.
Selen continua d’avancer malgré le froid remontant dans ses jambes.
Puis le tunnel s’ouvrit brutalement.
Et son souffle se coupa.
Un immense lac noir s’étendait sous les fondations du sanctuaire.
Pas une simple salle.
Quelque chose de gigantesque.
Les plateformes effondrées disparaissaient dans l’obscurité au-dessus de l’eau tandis que des arches immenses traversaient les profondeurs comme les restes d’une architecture impossible.
L’eau noire semblait infinie.
Le plafond aussi.
Et partout…
des traces d’anciens voyageurs.
Des tables métalliques rouillées.
Des lanternes mortes.
Des cartes accrochées aux piliers noyés.
Ils avaient réellement vécu ici.
Le vieil homme finit par surgir derrière elle, essoufflé.
Et lorsqu’il vit de nouveau les profondeurs…
Selen aperçut immédiatement la terreur traverser son visage.
Pas de l’inquiétude.
Une vraie peur ancienne.
Puis elle avança lentement sur la plateforme la plus proche.
L’eau noire frappait doucement les piliers autour d’elle dans un bruit épais.
Les anciennes installations des voyageurs étaient encore là.
Abandonnées.
Comme si tout le monde était parti d’un coup.
Ou avait fui.
Puis elle aperçut le journal.
Ouvert sur une longue table métallique à moitié renversée.
Le tissu noir protégeant les pages était durci par l’humidité.
Selen le prit lentement.
Le papier collait presque sous ses doigts.
Les premières pages étaient méthodiques :
mesures,
schémas,
cartes des profondeurs.
Puis progressivement…
l’écriture changeait.
Les lignes devenaient irrégulières.
Des mots étaient repassés encore et encore jusqu’à trouer presque le papier.
Le battement vibra sous le lac.
Selen leva brièvement les yeux.
L’eau noire ondulait doucement autour des plateformes.
Puis elle reprit sa lecture.
“Les profondeurs continuent sous les fondations.”
“Le sanctuaire ne repose sur rien.”
“Nous avons vu des lumières bouger sous l’eau.”
Le froid remonta lentement dans sa gorge.
Puis elle tourna une autre page.
Cette fois…
le texte s’arrêtait brusquement au milieu d’une phrase.
À la place :
des dessins.
Pas propres.
Pas réfléchis.
Le papier avait été griffé par la pression du crayon.
Le premier représentait les plateformes.
Le lac.
Les arches.
Et au milieu de l’eau noire…
quelque chose.
Ou plutôt…
une absence.
Une masse sombre dessinée si violemment qu’elle dévorait presque la page entière.
Autour d’elle, des dizaines de petits cercles blancs avaient été laissés vides dans le noir du dessin.
Trop nombreux.
Le ventre de Selen se noua immédiatement.
Puis elle tourna encore une page.
Le dessin suivant était pire.
Les plateformes paraissaient minuscules maintenant.
Et sous elles…
les cercles pâles étaient beaucoup plus proches.
Le crayon avait tellement creusé le papier par endroits qu’il l’avait déchiré.
Puis le texte reprenait brutalement :
“Ne regardez pas le lac.”
“Il remarque quand on le regarde.”
Le silence devint immédiatement total autour d’elle.
Puis l’eau bougea.
Pas une vague.
Quelque chose sous la surface.
Une longue ondulation traversa lentement le lac noir.
Très loin d’abord.
Puis plus proche.
Le regard de Selen resta fixé sur l’eau.
Et soudain…
une lumière apparut sous la surface.
Très faible.
Puis une autre.
Puis plusieurs.
Elles dérivaient lentement dans les profondeurs du lac.
Et plus elles montaient…
plus Selen comprenait.
Les lumières clignaient.
Le souffle de Selen se coupa brutalement.
Le vieil homme attrapa immédiatement son bras.
— ON PART.
Sa voix tremblait réellement maintenant.
Mais Selen regardait toujours.
Parce qu’au milieu des reflets noirs…
quelque chose venait de glisser sous la surface.
Immense.
Une forme noire traversa lentement l’eau avant de disparaître dans les profondeurs.
L’eau frappa brutalement les piliers noyés autour des plateformes.
Puis le battement résonna de nouveau sous le lac.
Immense.
Et cette fois…
quelque chose répondit.
Le son vibra directement dans les os de Selen.
Grave.
Profond.
L’eau entière trembla autour d’eux.
Puis les lumières plongèrent brusquement sous les profondeurs noires.
Le silence revint.
Total.
Le vieil homme reculait déjà vers le tunnel noyé.
Ses mains tremblaient autour de son bâton.
— Il faut remonter.
Maintenant.
Mais Selen regardait encore le lac.
Parce qu’elle venait de comprendre quelque chose d’horrible.
Le sanctuaire n’avait peut-être jamais été construit pour enfermer une créature.
Peut-être qu’il avait été construit autour d’elle.
Selen restait figée face au lac noir.
Le battement vibrait encore dans sa cage thoracique.
L’eau autour des plateformes ondulait lentement comme si quelque chose tournait toujours sous les profondeurs.
Puis un bruit monta du lac.
Pas un cri.
Un déplacement.
Immense.
L’eau noire se souleva doucement à plusieurs dizaines de mètres de la plateforme avant de retomber dans un bruit lourd contre les piliers noyés.
Le vieil homme tira plus fort sur son bras.
— SELEN !
Cette fois…
elle bougea enfin.
Ils reculèrent rapidement vers le tunnel noyé pendant que les profondeurs continuaient de vibrer derrière eux. L’eau éclaboussait violemment les pierres sous leurs pas précipités, et Selen gardait malgré elle les yeux fixés sur le lac.
Puis quelque chose remonta derrière une arche.
Très lentement.
Pas entièrement.
Une immense courbe noire traversa brièvement la surface avant de replonger.
L’eau explosa brutalement contre les plateformes.
Le souffle de Selen se coupa.
Parce que ce mouvement avait été silencieux.
Trop silencieux pour quelque chose d’aussi gigantesque.
Puis les lumières réapparurent sous la surface.
Plus nombreuses maintenant.
Elles dérivaient lentement autour des piliers noyés pendant que le battement résonnait encore sous les profondeurs.
Le vieil homme accéléra brusquement.
Presque paniqué.
Selen ne l’avait encore jamais vu comme ça.
Même devant les statues.
Même devant la porte noire.
Mais ici…
la terreur semblait ancienne.
Comme un souvenir revenu d’un coup.
Ils atteignirent finalement le tunnel étroit.
Le vieil homme poussa immédiatement Selen à l’intérieur.
La pierre humide racla son épaule pendant qu’ils remontaient brutalement le passage noyé.
Puis derrière eux…
quelque chose frappa l’eau.
Immense.
Le choc traversa directement les fondations du sanctuaire.
Des morceaux de pierre tombèrent du plafond étroit dans une pluie humide pendant que le battement résonnait de nouveau.
Plus proche.
Selen sentit immédiatement son cœur s’emballer.
Parce qu’une pensée horrible venait de traverser son esprit :
et si la créature montait ?
Le vieil homme semblait avoir eu exactement la même idée.
Il remonta le tunnel beaucoup plus vite maintenant, son souffle devenant irrégulier pendant que son bâton frappait brutalement les pierres noyées.
Puis soudain…
le battement s’arrêta.
Complètement.
Le silence qui suivit fut probablement pire.
Plus de vibration.
Plus de mouvement.
Seulement :
leur respiration,
l’eau glissant autour de leurs jambes,
et l’obscurité du tunnel.
Le vieil homme ralentit immédiatement.
Mauvais signe.
Très mauvais signe.
Puis il murmura :
— Continue d’avancer.
Sa voix était devenue presque inaudible.
Selen sentit immédiatement le froid remonter dans sa nuque.
Parce qu’il parlait comme quelqu’un essayant de ne pas attirer l’attention de quelque chose.
Ils continuèrent d’avancer dans le noir.
Le passage semblait beaucoup plus long maintenant.
L’air devenait de plus en plus lourd à mesure qu’ils remontaient vers les galeries supérieures, et l’absence totale du battement donnait à Selen l’impression que le sanctuaire retenait son souffle avec eux.
Puis elle entendit quelque chose derrière eux.
Un bruit humide.
Très léger.
Comme quelque chose glissant lentement contre la pierre.
Elle s’immobilisa aussitôt.
Le vieil homme aussi.
Le silence retomba.
Puis de nouveau :
un frottement.
Long.
Lent.
Venait des profondeurs du tunnel.
Le cœur de Selen battait tellement fort qu’elle avait l’impression qu’il résonnait contre les murs étroits.
Le vieil homme se retourna très lentement.
Et Selen comprit immédiatement qu’il regrettait déjà ce geste.
Parce que la peur traversa son visage avant même qu’il n’ait réellement regardé.
Puis quelque chose bougea dans l’obscurité du passage.
Pas clairement.
Seulement une masse noire interrompant brièvement le peu de lumière venant des galeries supérieures.
Selen sentit sa respiration se bloquer.
Le frottement reprit.
Plus proche maintenant.
Comme quelque chose avançant lentement dans l’eau noire du tunnel.
Puis le vieil homme murmura :
— Ne cours pas.
Sa voix tremblait.
— Si tu cours…
ça courra aussi.
Le ventre de Selen se tordit immédiatement.
Le silence du tunnel devenait insupportable.
Puis quelque chose effleura la pierre.
Très doucement.
Un bruit mouillé glissa contre le mur derrière eux avant de disparaître de nouveau dans l’obscurité.
Selen sentit immédiatement sa gorge se serrer.
Parce qu’elle comprenait enfin :
la créature était beaucoup trop grande pour entrer entièrement dans le passage.
Mais une partie d’elle…
oui.
Puis les symboles blancs des galeries supérieures réapparurent enfin au loin.
Faibles.
Pâles.
Le vieil homme recommença immédiatement à avancer.
Plus vite.
Et cette fois…
Selen suivit sans discuter.
Le frottement continua derrière eux pendant plusieurs secondes.
Puis brutalement…
plus rien.
Le silence revint entièrement.
Ils atteignirent finalement l’ouverture menant à la galerie gigantesque de la porte noire.
Et immédiatement…
le battement du sanctuaire reprit.
Immense.
Comme si les profondeurs venaient de les relâcher.
Le vieil homme s’arrêta brutalement près des arches gigantesques.
Son souffle tremblait maintenant.
Puis il regarda enfin Selen.
Et pour la première fois depuis qu’elle le connaissait…
il semblait réellement en colère.
Pas contre elle.
Contre la situation entière.
— Tu aurais pu le réveiller.
Le silence explosa doucement dans la galerie.
L’eau vibrait encore autour des fondations de la porte noire.
Puis Selen murmura difficilement :
— C’était quoi…?
Le vieil homme resta silencieux longtemps.
Beaucoup trop longtemps.
Puis il leva lentement les yeux vers les profondeurs invisibles du sanctuaire.
Et lorsqu’il parla enfin…
sa voix semblait usée par des années de peur.
— Je crois…
que les seuils ont été créés pour qu’elle rêve.
Le froid traversa immédiatement tout le corps de Selen.
Puis il ajouta plus bas :
— Et j’ai peur de ce qui arriverait…
si elle se réveillait réellement.

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