Chapitre 17

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Le retour depuis les profondeurs se fit dans un silence presque étouffant.

Le vieil homme avançait vite dans les galeries noyées. Son bâton frappait régulièrement les pierres humides pendant que l’eau noire éclaboussait autour de leurs jambes, mais il ne parlait plus.

Même lorsqu’ils retrouvèrent les arches gigantesques du sanctuaire…

il ne ralentit pas.

Selen continuait pourtant de regarder derrière eux.

Vers le tunnel.

Vers les profondeurs sous la porte noire.

Le battement immense vibrait encore parfois dans les fondations, si grave qu’elle le sentait jusque dans ses côtes.

Puis ils quittèrent enfin la grande galerie.

Les couloirs supérieurs semblaient différents maintenant.

Plus étroits.

Comme si les murs s’étaient rapprochés pendant leur absence.

Le vieil homme traversait rapidement les passages humides sans même vérifier si Selen suivait encore.

Et plus ils remontaient…

plus quelque chose dérangeait Selen.

Au début, elle pensa simplement à la fatigue.

Puis elle s’arrêta net.

Le vieil homme continua encore quelques pas avant de remarquer son immobilité.

— Selen.

Elle ne répondit pas.

Son regard restait fixé sur le mur à leur droite.

Des lignes blanches traversaient maintenant la pierre noire.

Pas des gravures.

Quelque chose sous la surface.

Elles pulsaient lentement comme des veines lumineuses enfermées derrière la roche humide.

Le souffle de Selen ralentit.

— Elles étaient là avant ?

Le vieil homme regarda immédiatement le mur.

Et son visage pâlit.

Pas violemment.

Pire.

Comme quelqu’un voyant revenir une chose qu’il espérait disparue depuis longtemps.

— Non.

Le mot tomba trop vite.

Instinctivement.

Puis il s’approcha lentement des fissures lumineuses.

Ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’il effleura la pierre humide.

Le battement vibra alors sous les fondations.

Très loin.

Les lignes blanches semblèrent palpiter un peu plus fort.

Le vieil homme retira immédiatement sa main.

Selen suivait maintenant les marques du regard.

Elles continuaient plus loin dans le couloir.

Et lorsqu’elle leva lentement les yeux…

elle comprit.

Les fissures montaient depuis les profondeurs.

Comme si quelque chose avait commencé à grimper sous les murs du sanctuaire.

Le froid traversa immédiatement sa poitrine.

Le vieil homme reprit brusquement sa marche.

— Nous devons quitter cette partie.

Sa voix était devenue beaucoup plus sèche.

Selen le suivit.

Mais elle observait désormais les murs.

Et partout…

les marques réapparaissaient.

Parfois fines comme des cheveux lumineux.
Parfois larges comme des cicatrices ouvertes dans la pierre noire.

Le sanctuaire semblait changé.

Comme si les profondeurs avaient ramené quelque chose avec elles.

Puis ils atteignirent enfin les anciennes salles où le vieil homme vivait encore.

L’air y était moins humide.

Des lanternes diffusaient une lumière jaune fatiguée entre les arches de pierre, et l’odeur de cire chaude se mélangeait à celle des vieux papiers et de l’eau stagnante. Des couvertures épaisses avaient été empilées dans un coin près d’un brasero éteint depuis longtemps. Plusieurs cartes noircies par le temps recouvraient les murs, retenues par des couteaux plantés directement dans la pierre.

Le vieil homme verrouilla immédiatement plusieurs portes métalliques.

Le bruit du verrou résonna lourdement dans la salle.

Puis un autre.

Puis un troisième.

Comme un rituel répété beaucoup trop souvent.

Selen observait les lieux.

Des piles de journaux s’entassaient sur une longue table encombrée de notes, certaines si anciennes que le papier se recroquevillait déjà sur lui-même. Une tasse renversée avait laissé une ancienne trace sombre sur une carte des galeries inférieures. Des annotations couvraient les marges :
des distances,
des dates,
des mots barrés si violemment que le papier avait presque été percé.

Le battement vibra faiblement sous les fondations.

Même ici.

Même aussi haut.

Le vieil homme resta plusieurs secondes immobile devant la porte verrouillée.

Dos à elle.

Puis il murmura :

— Tu n’aurais jamais dû descendre là-bas.

Sa voix semblait beaucoup plus vieille maintenant.

Selen regarda les cartes accrochées aux murs.

— Vous y êtes pourtant allé.

Le vieil homme ferma brièvement les yeux.

— Oui.

Le silence retomba.

Puis :

— Et j’aurais préféré mourir avant.

Le battement vibra encore sous le sanctuaire.

Selen regardait toujours les cartes.

Certaines représentaient les niveaux supérieurs.

D’autres…

les profondeurs.

Mais plusieurs zones avaient été entièrement recouvertes d’encre noire.

Comme si quelqu’un avait refusé de continuer à voir ce qui se trouvait là-dessous.

Puis le vieil homme ajouta :

— Repose-toi.

Il ne la regardait toujours pas.

— Nous partirons demain.

Mais Selen savait déjà qu’elle ne dormirait pas réellement.

Pas après le lac.

Pas après les regards sous l’eau.

Pas après avoir compris que quelque chose existait sous le sanctuaire depuis bien avant les seuils.

La nuit vint malgré tout.

Ou quelque chose qui y ressemblait.

Dans le sanctuaire, le temps semblait ne plus fonctionner correctement. Les lumières ne disparaissaient jamais complètement. Le silence non plus.

Selen était allongée sous plusieurs couvertures épaisses dans une petite pièce séparée du reste par une arche noire.

Une lanterne suspendue au mur diffusait encore une lumière faible et tremblante.

Le vieil homme ne dormait probablement pas.

Elle entendait parfois ses pas dans la salle voisine.
Puis plus rien.
Puis de nouveau un déplacement lent.

Comme quelqu’un incapable de rester immobile longtemps.

Le battement vibrait toujours sous les fondations.

Très lentement.

Et sans qu’elle sache réellement quand…

elle finit par sombrer.

L’eau noire.

Le rêve commença immédiatement.

Pas de transition.

Seulement l’eau.

Immense.

Selen avançait dedans sans sentir ses jambes. Le noir autour d’elle semblait vivant, traversé parfois par de longues fissures blanches pulsant lentement dans les profondeurs.

Puis le battement résonna.

Beaucoup plus fort ici.

L’eau vibra autour d’elle.

Et quelque chose respira sous le lac.

Le son était si immense qu’il semblait traverser le monde entier.

Selen voulut bouger.

Impossible.

L’eau devenait plus lourde autour d’elle.

Puis elle aperçut les chaînes.

Des milliers.

Immenses.

Elles descendaient dans les profondeurs comme des racines métalliques disparaissant sous le noir du lac.

Et tout au bout…

quelque chose était attaché.

Le souffle de Selen ralentit brutalement.

Elle ne distinguait presque rien réellement.

Seulement :
des mouvements sous l’eau,
des lumières pâles apparaissant puis disparaissant dans les profondeurs,
et cette sensation atroce d’être observée avant même d’avoir vu quoi que ce soit.

Puis les voix commencèrent.

Très loin d’abord.

Des murmures.

Des dizaines.
Peut-être des centaines.

Comme si l’eau parlait avec les voix des gens disparus ici.

Le battement résonna encore.

Et cette fois…

quelque chose commença à remonter.

Le noir sous elle s’ouvrait lentement.

Puis des lumières immenses apparurent dans les profondeurs.

Le souffle de Selen se coupa.

Et soudain,elle se réveilla brutalement.

Sa respiration éclata dans l’obscurité.

Les couvertures étaient trempées de sueur.

Le battement vibrait encore sous le sanctuaire.

Plus fort.

Pendant plusieurs secondes, Selen resta immobile à fixer la lanterne tremblante au mur.

Puis elle comprit quelque chose d’horrible.

Elle entendait de l’eau.

Pas dans le rêve.

Réellement.

Très lentement…

comme si quelque chose humide glissait contre les pierres du couloir.

Le lendemain, le vieil homme tenta d’agir normalement.

Mais Selen remarquait maintenant les détails.

Ses mains tremblaient légèrement lorsqu’il manipulait les journaux.
Il regardait souvent les portes verrouillées.
Et surtout…

il évitait systématiquement de parler des profondeurs.

Selen continuait pourtant de penser au rêve.

Aux chaînes.
Aux voix.
Aux regards sous l’eau.

Puis pendant que le vieil homme fouillait plusieurs caisses métalliques près des arches supérieures…

elle aperçut quelque chose derrière une vieille étagère effondrée.

Une cache.

Des journaux.

Beaucoup plus anciens que les autres.

Le papier tombait presque en poussière lorsqu’elle les ouvrit.

Les premières pages parlaient encore des seuils :
cartes,
observations,
mutations des statues.

Puis progressivement…

le ton changeait.

Les phrases devenaient plus confuses.

Certaines avaient été entourées plusieurs fois à l’encre noire.

“Les seuils continuent de grandir.”

Le cœur de Selen ralentit immédiatement.

Elle tourna une autre page.

“Ils apparaissent là où ils n’existaient pas avant.”

Puis :

“Nous pensions découvrir des mondes séparés.”

Les lignes suivantes avaient été réécrites tellement fort que le papier était presque déchiré.

“Mais les seuils ne furent jamais créés.”

Le souffle de Selen se bloqua.

Puis :

“Ils ont grandi.”

Le silence sembla se refermer brutalement autour d’elle.

Le battement vibra sous les fondations.

Très loin.

Puis une dernière phrase attira son regard.

Écrite beaucoup plus petit dans une marge noire d’encre :

“Les profondeurs rêvent peut-être encore.”

Le battement vibra encore sous les fondations.

Très loin.

Mais cette fois…

Selen eut l’impression de le sentir répondre aux mots écrits dans le journal.

Elle releva lentement les yeux.

Le sanctuaire semblait silencieux.

Pourtant quelque chose avait changé depuis leur retour des profondeurs. Elle le sentait maintenant constamment :
dans les murs,
dans l’air,
dans cette impression étrange que certaines arches n’étaient pas exactement à leur place.

Le vieil homme fouillait toujours plusieurs caisses métalliques près des lanternes suspendues.

Il ne l’avait pas encore remarquée.

Selen baissa de nouveau les yeux vers les journaux anciens.

Les pages devenaient de plus en plus désordonnées à mesure qu’elle avançait.

Des schémas des galeries inférieures recouvraient les marges. Certaines zones avaient été rayées tellement violemment que le papier s’était presque ouvert sous l’encre.

Puis elle aperçut un mot revenant plusieurs fois.

“Croissance.”

Encore.

Et encore.

Le froid remonta lentement dans sa nuque.

Puis une autre phrase attira immédiatement son regard.

“Les arches changent lorsque les profondeurs s’éveillent.”

Le souffle de Selen ralentit.

Elle releva instinctivement les yeux vers le couloir principal.

Les arches noires du sanctuaire disparaissaient dans la pénombre au-delà des lanternes.

Immobiles.

Et pourtant…

un doute terrible venait de naître dans son ventre.

Puis elle tourna une autre page.

Cette fois, le texte devenait presque illisible.

L’écriture tremblait énormément.

“Nous pensions voyager entre les seuils.”

Une ligne entière avait ensuite été griffonnée plusieurs fois.

Puis :

“Mais les seuils semblent parfois voyager entre eux.”

Le battement vibra brutalement sous les fondations.

La lanterne suspendue près d’elle vacilla légèrement.

Et quelque chose bougea dans le couloir.

Selen releva immédiatement la tête.

Le silence retomba.

Le vieil homme ne semblait rien avoir entendu.

Puis elle le vit.

Très loin dans l’obscurité du passage.

Une silhouette blanche.

Immobile entre deux arches.

Le souffle de Selen se bloqua immédiatement.

La silhouette semblait presque humaine.

Presque.

Mais son corps paraissait déformé sous les ombres mouvantes du sanctuaire, comme si certaines parties avaient lentement commencé à fusionner avec la pierre noire autour d’elle.

Une statue.

Ou ce qu’il en restait.

Le vieil homme remarqua enfin l’immobilité de Selen.

Puis il suivit son regard.

Et son visage se vida immédiatement.

— Non…

Le murmure tomba très bas.

Presque terrifié.

La silhouette n’avait pas bougé.

Mais quelque chose était différent.

Ses bras.

Lentement…

très lentement…

ils semblaient maintenant tendus vers le bas du sanctuaire.

Vers les profondeurs.

Le ventre de Selen se noua brutalement.

Parce qu’elle était certaine d’une chose :
la statue ne regardait pas dans cette direction auparavant.

Le vieil homme traversa rapidement la salle.

Sa respiration devenait irrégulière.

Puis il leva brusquement sa lanterne vers la silhouette.

La lumière trembla contre les murs noirs.

Et immédiatement…

la statue apparut clairement.

Ou plutôt…

ce qui avait été une statue.

Le corps blanc était fissuré de partout maintenant. Certaines parties semblaient presque molles sous la pierre craquelée, comme si quelque chose essayait lentement d’en sortir. Son visage restait tourné vers les profondeurs invisibles du sanctuaire.

Et autour de son cou…

de fines lignes blanches pulsaient sous la surface.

Les mêmes que dans les murs.

Le vieil homme recula d’un pas.

— Elles changent plus vite maintenant…

Sa voix tremblait réellement.

Selen regardait toujours la silhouette.

Puis elle remarqua autre chose.

D’autres statues étaient visibles plus loin dans les arches.

Et elles regardaient toutes dans la même direction.

Vers le bas.

Le battement résonna de nouveau.

Et pendant une seconde…

Selen eut l’impression que les fissures blanches sous leurs corps pulsaient au même rythme.

Le vieil homme attrapa brusquement son bras.

— On ne reste pas ici.

Sa poigne tremblait.

Il l’entraîna rapidement plus loin dans les salles supérieures pendant que les statues disparaissaient derrière eux dans l’obscurité du sanctuaire.

Mais Selen sentait toujours leurs regards.

Pas tournés vers elle.

Vers quelque chose sous eux.

Comme si les profondeurs les appelaient aussi.

Le vieil homme verrouilla encore deux portes métalliques avant de finalement s’arrêter dans une ancienne salle circulaire beaucoup plus petite que les précédentes.

Le plafond y était bas.
Les arches moins nombreuses.

Comme s’il avait volontairement choisi un endroit éloigné des grandes structures du sanctuaire.

Une vieille lampe à huile brûlait faiblement sur une table de pierre noire, projetant des ombres mouvantes sur les murs couverts d’anciennes inscriptions.

Le vieil homme resta silencieux longtemps.

Puis il finit par murmurer :

— Elles ne réagissaient jamais comme ça avant.

Selen observait les symboles gravés dans les murs.

Certains étaient barrés.
D’autres partiellement effacés.

Comme si plusieurs générations avaient tenté de cacher certaines choses.

Puis elle demanda :

— Qu’est-ce que les profondeurs sont exactement ?

Le silence retomba immédiatement.

Le vieil homme ferma les yeux quelques secondes.

Très fatigué.

Puis il s’assit lentement contre la table de pierre.

Le battement vibrait toujours sous les fondations.

Faiblement.

Mais constamment.

Puis il parla enfin.

— Il existe plusieurs théories.

Sa voix semblait lointaine maintenant.

— Certains pensent que les seuils sont des mondes brisés reliés entre eux.
D’autres qu’ils furent créés par une ancienne civilisation.

Il passa lentement une main tremblante contre son visage.

— Mais ceux qui descendent réellement dans les profondeurs…
finissent rarement par croire encore à ça.

Le silence semblait se resserrer autour de la salle.

Puis il leva les yeux vers les inscriptions sur les murs.

— Certains explorateurs pensaient que les seuils rêvaient.

Le froid traversa immédiatement tout le corps de Selen.

Le vieil homme continuait de regarder les symboles gravés dans la pierre noire.

— Que les lieux changent parce qu’ils pensent.
Qu’ils grandissent parce qu’ils respirent.
Et que les voyageurs…

Sa gorge bougea difficilement.

— …existent à l’intérieur de quelque chose de vivant.

Le battement résonna alors sous le sanctuaire.

Plus fort.

La flamme de la lampe vacilla brutalement.

Puis le vieil homme murmura presque :

— C’est pour ça que les anciens parlaient de “regards”.

Le silence devint absolu.

Puis Selen demanda lentement :

— Vous pensez que c’est vrai ?

Le vieil homme ne répondit pas immédiatement.

Très loin dans le sanctuaire…

quelque chose résonna.

Un bruit lourd.
Humide.

Comme un déplacement dans les profondeurs.

Puis il leva enfin les yeux vers elle.

Et cette fois…

Selen comprit qu’il était réellement terrifié.

— Depuis votre retour du lac…
le sanctuaire recommence à changer.

Le battement vibra encore.

Puis il ajouta beaucoup plus bas :

— Et j’ai peur qu’il vous ait remarquée.

Le silence retomba brutalement après les mots du vieil homme.

La petite salle circulaire semblait soudain beaucoup trop étroite.

La flamme de la lampe tremblait encore légèrement sur la table de pierre noire pendant que le battement continuait de vibrer sous les fondations du sanctuaire.

Et malgré elle…

Selen repensait au lac.

Aux lumières sous l’eau.
Aux dessins.
À cette sensation atroce d’avoir été observée bien avant d’avoir regardé les profondeurs.

Puis elle demanda finalement :

— “Remarquée” comment ?

Le vieil homme ne répondit pas tout de suite.

Il observait les inscriptions gravées dans les murs comme s’il espérait y trouver une réponse différente.

Puis il murmura :

— Les seuils ne réagissent pas de la même manière avec tout le monde.

Sa voix semblait usée.

— Certaines personnes traversent des dizaines de seuils sans jamais réellement attirer leur attention.

Le battement vibra de nouveau.

Plus lourd.

Puis :

— D’autres…
semblent provoquer quelque chose.

Le ventre de Selen se noua lentement.

Le vieil homme leva enfin les yeux vers elle.

— Les mutations.
Les changements de structure.
Les déplacements des arches.

Il passa une main contre son visage fatigué.

— Tout ça s’accélère depuis que vous êtes descendue sous le sanctuaire.

Le silence explosa doucement dans la salle.

Puis soudain, Un bruit métallique résonna quelque part dans les couloirs.

Selen se retourna immédiatement.

Le vieil homme aussi.

Le son venait de loin.

Très loin.

Mais suffisamment fort pour traverser les arches du sanctuaire.

Comme une chaîne traînée lentement sur la pierre.

Le vieil homme pâlit aussitôt.

— Non…

Le murmure mourut dans sa gorge.

Le bruit recommença.

Plus proche cette fois.

Long.

Lent.

Le métal raclait les pierres humides dans un rythme irrégulier.

Puis le battement vibra de nouveau sous les fondations.

Et immédiatement après…

quelque chose cogna dans les profondeurs du sanctuaire.

Immense.

La lampe vacilla brutalement.

Selen sentit le sol trembler sous elle.

Le vieil homme se leva d’un coup.

— Il faut bouger.

Sa voix tremblait maintenant.

Pas d’inquiétude.

De vraie peur.

Il attrapa rapidement plusieurs journaux sur la table avant de traverser la salle vers une petite porte dissimulée derrière une arche noire.

Le métal grinça lorsqu’il la déverrouilla.

Puis le bruit revint dans les couloirs.

Beaucoup plus proche maintenant.

La chaîne.

Quelque chose avançait dans le sanctuaire.

Selen sentit immédiatement le froid remonter dans sa nuque.

Parce qu’entre deux grincements métalliques…

elle entendait autre chose.

De l’eau.

Comme quelque chose d’humide glissant lentement contre les murs.

Le vieil homme ouvrit brusquement la porte cachée.

Un passage étroit descendait derrière.

Pas vers les profondeurs.

Latéralement.

Comme un ancien tunnel de service creusé entre les structures du sanctuaire.

— Vite.

Selen entra immédiatement derrière lui.

Le passage était si étroit que ses épaules frôlaient presque les murs noirs des deux côtés. L’air y était beaucoup plus froid, et les fissures blanches visibles dans le reste du sanctuaire apparaissaient aussi ici maintenant.

Elles traversaient les pierres comme des racines lumineuses.

Le vieil homme referma brutalement la porte derrière eux.

Le grincement métallique de la chaîne résonnait encore dehors.

Puis quelque chose passa lentement de l’autre côté du mur.

Selen se figea immédiatement.

Le bruit…

était humide.

Comme une masse immense glissant contre la pierre.

Le vieil homme gardait une main crispée contre la porte.

Sa respiration devenait irrégulière.

Puis le battement vibra de nouveau.

Et cette fois…

quelque chose répondit dans les couloirs.

Pas une voix.

Un son grave.
Profond.

Tellement bas qu’il semblait traverser directement les os de Selen.

Le vieil homme ferma les yeux une seconde.

Puis il murmura :

— Il ne montait jamais jusque-là avant.

Le silence explosa brutalement dans le passage étroit.

Puis quelque chose heurta la porte.

Lentement.

Pas un choc violent.

Pire.

Comme si quelque chose de gigantesque venait simplement de s’appuyer dessus.

Le métal grinça immédiatement.

Selen sentit son souffle se bloquer.

Parce qu’à travers les fissures autour de la porte…

une lumière blanche apparaissait maintenant.

Très faible.

Pulsante.

Comme sous le lac.

Puis le poids disparut brusquement.

Le silence retomba.

Total.

Le vieil homme ne bougea pas pendant plusieurs secondes.

Puis il recula lentement de la porte.

Très pâle.

— Il faut quitter le sanctuaire.

Sa voix était presque brisée maintenant.

Selen regardait toujours les fissures lumineuses traversant le métal.

Puis elle murmura :

— C’était quoi…?

Le vieil homme secoua lentement la tête.

— Je ne veux plus lui donner de nom.

Le battement vibra encore sous les fondations.

Puis ils reprirent lentement leur avancée dans le passage étroit.

Le tunnel semblait beaucoup plus ancien que le reste du sanctuaire.

Les murs y étaient irréguliers.
Presque organiques par endroits.

Et plus ils progressaient…

plus les fissures blanches devenaient nombreuses.

Puis Selen aperçut quelque chose gravé directement dans la pierre noire.

Pas des symboles.

Des phrases.

Des dizaines.

Écrites à différentes époques.

Certaines profondément gravées avec des outils.
D’autres simplement tracées avec les doigts dans une matière noire encore humide.

Le vieil homme ralentit immédiatement lorsqu’il comprit ce qu’elle regardait.

Trop tard.

Selen lisait déjà.

“Le rêve devient plus fort.”

Plus loin :

“Nous avons entendu les profondeurs respirer.”

Puis :

“Ne dormez pas trop près des arches.”

Le froid traversa immédiatement sa poitrine.

Elle continua d’avancer lentement le long du mur.

Et soudain…

une phrase attira brutalement son regard.

Écrite beaucoup plus profondément que les autres.

Comme si quelqu’un avait voulu l’ancrer dans la pierre elle-même.

“Lorsqu’il commence à vous voir…
vous commencez aussi à le voir partout.”

Le battement résonna brutalement sous le sanctuaire.

Et pendant une seconde…

Selen aperçut quelque chose au bout du passage.

Très loin dans l’obscurité.

Une immense silhouette blanche immobile entre les arches.

Puis la lumière vacilla.

Et elle disparut.

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