Chapitre 19

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La brume avalait tout.

Le son.
La lumière.
Les distances.

Même après avoir traversé l’arche noire, Lythra ne parvint pas immédiatement à comprendre où ils avaient atterri. Le monde semblait flotter autour d’eux dans une obscurité humide traversée d’un brouillard grisâtre qui étouffait chaque forme avant même qu’elle puisse réellement l’observer.

La seule chose stable…

était la lumière tremblante de la lanterne d’Arich.

Vaelith avançait devant eux, la main crispée autour de l’anse métallique pendant que la petite flamme jaune projetait des ombres mouvantes dans la brume.

Le sol sous leurs pieds était irrégulier.

Par moments de la pierre.
Parfois quelque chose de mou.
Humide.

Et partout…

ce silence.

Pas un vrai silence.

Quelque chose de pire.

Comme si les sons mouraient avant d’aller jusqu’au bout.

Kael serrait toujours la corde attachée autour de sa taille.

Lythra sentait régulièrement la tension du lien contre ses doigts, vérifiant presque inconsciemment qu’ils étaient encore là.

Parce qu’ici…

même ça semblait incertain.

Le brouillard déformait tout.

La lumière de la lanterne ne portait pas loin. À peine quelques mètres avant d’être engloutie dans le gris mouvant du seuil.

Puis un bruit apparut.

Un pas.

Juste à côté de Lythra.

Elle tourna brutalement la tête.

Rien.

Seulement la brume.

Le souffle de Kael semblait plus loin maintenant.
Le bruit des chaussures de Vaelith aussi.

Puis un deuxième pas.

Très proche.

Comme quelqu’un marchant exactement à son rythme.

Le froid remonta immédiatement dans sa nuque.

— Vous avez entendu…?

Sa voix sembla disparaître presque aussitôt dans le brouillard.

Kael tourna légèrement la tête vers elle.

— Entendu quoi ?

Puis lui aussi s’immobilisa.

Le silence devenait plus lourd.

Et soudain…

un autre bruit résonna derrière eux.

Une respiration.

Longue.
Lente.

Le groupe se retourna immédiatement.

La lanterne trembla violemment dans la main de Vaelith.

Mais la lumière n’éclairait que le brouillard.

Dense.
Infini.

Puis quelque chose bougea.

Très loin dans la brume.

Une silhouette.

Grande.
Immobile.

Lythra sentit immédiatement sa gorge se serrer.

La forme semblait humaine.

Presque.

Mais impossible de distinguer son visage. Le brouillard dévorait constamment les contours de son corps.

Puis la silhouette fit un pas.

Le bruit résonna mollement dans l’humidité du seuil.

Vaelith leva immédiatement la lanterne plus haut.

Et la silhouette disparut.

Plus rien.

Seulement le brouillard mouvant.

Kael souffla nerveusement :

— Ah.
Je déteste déjà profondément cet endroit.

Personne ne répondit.

Parce que quelque chose clochait réellement ici.

Le seuil ne ressemblait pas aux autres.

La cité du ciel avait une logique.
Le carnaval aussi.

Même monstrueuse.

Mais ici…

le monde semblait incomplet.

Comme un rêve incapable de rester stable.

Puis le vent souffla brusquement dans la brume.

Et avec lui…

des murmures.

Des dizaines de voix traversèrent le seuil autour d’eux.
Certaines semblaient proches.
D’autres incroyablement lointaines.

Des fragments de phrases.

Des rires.

Des pleurs.

Puis une voix murmura distinctement près de l’oreille de Lythra :

— Tu aurais dû rester.

Elle sursauta violemment.

Le souffle coupé.

Mais il n’y avait personne.

Seulement le brouillard.

Kael regardait maintenant autour de lui avec une tension grandissante.

— Dites-moi que vous entendez ça aussi.

Vaelith ne répondit pas immédiatement.

Son regard balayait constamment la brume autour du groupe.

Comme s’il cherchait quelque chose.

Ou craignait de le voir apparaître.

Puis il murmura :

— Continuez d’avancer.

Le groupe reprit lentement sa marche.

La corde frottait doucement contre les vêtements de Lythra à chaque mouvement. Ce simple contact devenait la seule chose réellement rassurante dans cet endroit.

Parce qu’ici…

la distance semblait étrange.

Parfois Kael paraissait juste à côté d’elle.
Puis le brouillard bougeait légèrement, et il semblait beaucoup plus loin.

La lanterne de Vaelith elle-même semblait parfois changer d’intensité sans raison.

Puis ils commencèrent à apercevoir la ville.

Très lentement.

D’abord des formes.

Des ombres immenses dans le brouillard.

Puis des bâtiments.

Ou quelque chose qui y ressemblait.

Des façades noires apparaissaient quelques secondes avant de disparaître de nouveau dans la brume mouvante. Certaines fenêtres semblaient éclairées de l’intérieur. D’autres donnaient directement sur un vide gris impossible à distinguer.

Et les rues…

les rues n’avaient aucun sens.

Lythra en prit conscience lorsqu’ils traversèrent une première arche tordue.

Le passage débouchait sur une place étroite entourée d’immeubles noirs.

Puis quelques minutes plus tard…

ils repassèrent devant la même arche.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

Kael ralentit brusquement lui aussi.

— Attendez.

Il regardait les murs autour d’eux.

Une vieille porte rouge entrouverte.
Une statue brisée contre un mur noir.
Une fenêtre éclairée au troisième étage.

Exactement les mêmes détails.

— On est déjà passés ici.

Le silence retomba.

Vaelith observait la rue derrière eux.

Puis devant.

Le brouillard avalait tout à quelques mètres seulement.

— Non.

Sa voix semblait plus tendue maintenant.

— Nous avons tourné à gauche.

Kael fronça immédiatement les sourcils.

— Non.
On a traversé une ruelle étroite puis—

Il s’interrompit brusquement.

Le doute traversa son visage.

Puis il regarda de nouveau les bâtiments.

Le vent souffla lentement dans les rues du seuil.

Et soudain…

Lythra réalisa quelque chose d’horrible.

Elle ne se souvenait plus parfaitement non plus.

Le souffle de Kael devenait irrégulier maintenant.

— Attendez…

Il passa une main contre son visage.

— On a bien traversé la ruelle, non ?

Personne ne répondit immédiatement.

Parce que personne n’en était totalement certain.

Le froid traversa lentement la poitrine de Lythra.

Puis Vaelith murmura :

— Le seuil commence déjà.

Le silence sembla immédiatement devenir plus dense autour d’eux.

Puis une musique traversa le brouillard.

Très faible.

Quelques notes seulement.

Comme une vieille boîte à musique jouant quelque part dans la ville noire.

Kael releva brusquement la tête.

— Vous connaissez cette chanson ?

Lythra sentit immédiatement son cœur ralentir.

Parce qu’elle aussi…

elle avait l’impression de la reconnaître.

La musique continuait.

Très faible.

Quelques notes seulement, perdues quelque part dans la brume de la cité noire.

Et pourtant…

plus Lythra l’écoutait,
plus quelque chose se tordait dans sa poitrine.

Parce qu’elle avait réellement l’impression de déjà l’avoir entendue.

Kael aussi semblait figé.

Son regard restait perdu dans le brouillard pendant que la mélodie revenait lentement entre les bâtiments déformés du seuil.

Puis il murmura :

— C’est impossible…

Sa voix semblait lointaine.

— Ma mère chantait ça quand j’étais enfant.

Le silence retomba immédiatement.

Le vent glissait lentement entre les rues noires, soulevant parfois la brume en longues traînées pâles avant qu’elle ne retombe aussitôt.

Puis la musique recommença.

Un peu plus loin cette fois.

Comme si quelque chose avançait dans la ville tout en jouant les mêmes notes.

Lythra sentit immédiatement le froid remonter dans sa nuque.

Parce qu’elle reconnaissait maintenant elle aussi certains fragments.

Pas la chanson entière.

Seulement des sensations :
une pièce chaude,
des mains dans ses cheveux,
une voix lointaine.

Le seuil ne montrait pas encore des visions.

Il fouillait.

Vaelith reprit brutalement sa marche.

— N’écoutez pas.

Sa voix claqua plus durement qu’avant.

Le groupe le suivit immédiatement.

Mais la musique continuait.

Parfois proche.
Puis lointaine.
Puis juste derrière eux.

Les rues du seuil semblaient changer à chaque instant maintenant.

Une fenêtre apparaissait sur un mur noir avant de disparaître quelques secondes plus tard.
Une ruelle semblait soudain beaucoup plus longue qu’auparavant.
Des portes s’ouvraient parfois sur d’autres rues impossibles visibles seulement un instant avant d’être englouties par le brouillard.

Et partout…

cette sensation atroce que la ville rêvait autour d’eux.

Puis Kael s’arrêta brutalement.

Lythra faillit trébucher contre lui.

— Attendez.

Sa voix était tendue.

Très tendue.

Il regardait une vieille façade noire à leur droite.

Le bâtiment semblait immense, traversé de longues fissures pâles montant jusqu’aux étages invisibles dans la brume.

Puis Kael murmura :

— On est déjà passés ici.

Vaelith tourna immédiatement la tête vers lui.

— Non.

— Si.

Kael désigna brutalement une fenêtre brisée.

— Cette fenêtre était là.

Puis une porte entrouverte plus loin.

— Et cette porte aussi.

Le silence retomba.

Lythra regarda autour d’elle.

Et quelque chose se serra immédiatement dans son ventre.

Parce qu’elle reconnaissait réellement certains détails elle aussi.

Une lanterne suspendue.
Une arche tordue.
Des traces noires sur les murs.

Puis le doute arriva.

Brutal.

Avait-elle vraiment déjà vu ces choses ?
Ou le seuil essayait-il seulement de lui faire croire qu’elle les connaissait ?

Le vent souffla lentement dans la rue.

La musique avait disparu maintenant.

Puis Vaelith murmura :

— Continuez.

Mais même lui semblait moins certain qu’avant.

Le groupe reprit sa marche.

La corde frottait doucement contre les vêtements de Lythra à chaque pas.

Et soudain…

elle remarqua quelque chose d’étrange.

Une deuxième corde.

Le souffle de Lythra se coupa brutalement.

Une autre corde traversait la brume à sa gauche.

Fine.
Sombre.

Elle disparaissait dans le brouillard plusieurs mètres plus loin.

Son cœur ralentit immédiatement.

Parce qu’elle était certaine d’une chose :
cette corde n’était pas là avant.

Le vent souleva légèrement la brume.

Et pendant une seconde…

Lythra aperçut une silhouette au bout du lien.

Quelqu’un avançait dans le brouillard.

À peine visible.

Puis la silhouette tourna légèrement la tête vers elle.

Et le monde sembla se figer.

Parce que le visage ressemblait au sien.

Le souffle de Lythra s’écrasa dans sa gorge.

La silhouette disparut immédiatement dans la brume.

Mais la corde restait là.

Oscillant doucement dans le vent du seuil.

Puis une voix murmura devant elle :

— Lythra ?

Kael.

Le vrai.

Elle tourna brutalement la tête.

Et réalisa avec horreur qu’elle avait commencé à s’éloigner du groupe.

Seulement de quelques pas.

Mais suffisamment pour que la corde attachée à sa taille se tende violemment.

Kael la regardait avec inquiétude maintenant.

— Où tu allais ?

Le froid traversa immédiatement tout son corps.

Lythra regarda de nouveau vers la seconde corde.

Elle avait disparu.

Plus rien.

Seulement le brouillard mouvant entre les bâtiments noirs.

Vaelith s’était immobilisé lui aussi.

Son regard balayait lentement la rue autour d’eux.

Puis il murmura :

— Le seuil crée de faux liens.

Le silence devint brutalement plus lourd.

Kael regardait encore la brume avec méfiance.

— Je déteste cette phrase.

Vaelith attrapa alors la corde réelle entre eux.

Et la tendit brutalement.

— Ne suivez jamais un lien sans vérifier qui le tient.

Sa voix semblait beaucoup plus froide maintenant.

Plus dure.

Comme quelqu’un ayant déjà appris cette leçon ailleurs.

Puis le vent souffla violemment dans la rue noire.

Et pendant une seconde…

Lythra eut l’impression d’entendre des dizaines de pas marcher autour d’eux dans le brouillard.

Les pas continuaient autour d’eux.

Lents.
Irréguliers.

Parfois très proches.
Puis soudain beaucoup plus loin.

Le brouillard avalait tout avant même que les regards puissent réellement distinguer quelque chose. La lumière tremblante de la lanterne d’Arich semblait minuscule maintenant au milieu des rues noires du seuil.

Vaelith avançait plus vite.

Sa main restait crispée autour de la corde reliant le groupe, comme s’il craignait qu’elle disparaisse elle aussi.

Puis quelque chose changea dans la ville.

Lythra le sentit avant de réellement le voir.

Les bâtiments.

Ils semblaient bouger.

Pas brutalement.

Pire.

Comme une ville changeant lentement d’avis pendant qu’on la regardait.

Une ruelle étroite apparut soudain entre deux façades noires là où il n’y avait qu’un mur quelques secondes plus tôt. Plus loin, une fenêtre éclairée venait de disparaître entièrement derrière la pierre.

Le ventre de Lythra se noua.

Puis ils arrivèrent enfin dans une grande avenue traversant le brouillard.

Et son souffle ralentit immédiatement.

La rue était immense.

Des immeubles noirs s’élevaient dans les hauteurs invisibles du seuil, leurs fenêtres ouvertes sur une obscurité mouvante. Certaines façades semblaient pencher légèrement vers les autres comme des silhouettes épuisées essayant de rester debout.

Mais le pire…

c’étaient les portes.

Des centaines.

Alignées le long des murs noirs.

Certaines entrouvertes.
D’autres verrouillées.
Certaines respirant presque sous la lumière tremblante de la lanterne.

Le vent traversa lentement l’avenue.

Et plusieurs portes bougèrent en même temps.

Très légèrement.

Comme si quelque chose venait de s’approcher derrière elles.

Kael murmura immédiatement :

— Ah non.
Absolument pas.

Le silence semblait vivant ici.

Puis un bruit résonna au-dessus d’eux.

Une fenêtre venait de claquer.

Tous relevèrent immédiatement la tête.

Le brouillard glissait lentement entre les étages noirs.

Et pendant une seconde…

Lythra aperçut quelqu’un à une fenêtre.

Une femme.

Immobile.

Elle semblait les regarder depuis le troisième étage d’un immeuble déformé.

Puis le brouillard passa devant la façade.

Et lorsqu’il se déchira de nouveau…

la fenêtre n’existait plus.

Le souffle de Lythra se coupa brutalement.

Kael aussi l’avait vue.

— Ok.
Ok non.
Je refuse que les bâtiments commencent à faire ça.

Vaelith ne répondit pas.

Son regard balayait maintenant les rues autour d’eux avec une tension grandissante.

Puis il s’arrêta brutalement.

La corde se tendit immédiatement entre eux.

Lythra suivit son regard.

Et sentit immédiatement le froid remonter dans sa poitrine.

Une porte était ouverte au milieu de l’avenue.

Grande ouverte.

Une lumière chaude en sortait.

Pas la lumière froide du seuil.

Quelque chose de vivant.

Réel.

Le souffle de Lythra ralentit.

Parce qu’elle reconnaissait cette lumière.

Une maison.

Le soir.

Le feu.

La sécurité.

Puis une odeur traversa le brouillard.

Du pain chaud.

Le cœur de Lythra se serra violemment.

Non.

Pas possible.

Pourtant l’odeur continuait de flotter dans l’avenue noire.

Puis une voix parla depuis l’intérieur.

Douce.

Lointaine.

— Lythra…?

Le monde sembla se figer.

Le souffle de Kael s’écrasa brutalement dans sa gorge.

Parce qu’il entendait lui aussi quelque chose.

Lythra le voyait dans son regard.

La porte ouverte semblait maintenant beaucoup plus proche qu’avant.

La lumière chaude glissait jusque sur les pavés noirs du seuil.

Et pendant une seconde…

Lythra aperçut une silhouette bouger à l’intérieur.

Le vent souffla lentement.

Puis Vaelith parla.

Très froidement.

— N’approchez pas.

Mais sa voix semblait lointaine maintenant.

Comme étouffée sous autre chose.

La voix revint depuis la maison.

Plus douce cette fois.

— Tu peux rentrer maintenant.

Le ventre de Lythra se tordit brutalement.

Parce qu’une partie d’elle voulait réellement avancer.

Le seuil ne créait pas seulement des illusions.

Il créait le manque.

Puis Kael fit un pas vers la porte.

Très lentement.

Comme dans un rêve.

Vaelith tira immédiatement violemment sur la corde.

Kael sursauta brutalement.

Le monde sembla revenir d’un coup dans ses yeux.

Puis il regarda la porte.

Et son visage pâlit immédiatement.

— Bordel…

Sa respiration devenait irrégulière.

— J’ai cru…

Il n’arriva pas à finir.

Puis quelque chose changea dans la lumière de la maison.

Très lentement.

Les murs commencèrent à se déformer.

Comme de la peinture fondant sous la pluie.

L’odeur du pain disparut brutalement.

Et la voix…

la voix continua encore quelques secondes malgré tout.

Mais elle semblait désormais trop lente.
Trop grave.

Comme quelque chose essayant d’imiter une voix humaine sans réellement comprendre comment elle fonctionnait.

Le froid traversa violemment le corps de Lythra.

Puis la porte claqua.

La lumière disparut immédiatement.

Il ne resta plus qu’un mur noir.

Aucune maison.

Aucune porte.

Seulement la façade humide d’un immeuble du seuil.

Le silence retomba brutalement.

Puis Kael murmura :

— Je crois que cet endroit essaie littéralement de nous séduire pour nous tuer.

Personne ne répondit.

Parce qu’il avait raison.

Puis le brouillard bougea derrière eux.

Les pas revenaient.

Plus nombreux maintenant.

Les rires d’Arich avaient fini par disparaître dans la brume.

Mais le silence revenu n’était pas rassurant pour autant.

Le seuil semblait maintenant les observer beaucoup plus attentivement.

Lythra le sentait dans les rues noires autour d’eux.
Dans les fenêtres obscures.
Dans les bâtiments qui paraissaient légèrement différents chaque fois qu’elle détournait les yeux quelques secondes.

Le groupe avançait depuis longtemps déjà.

Ou peut-être seulement depuis quelques minutes.

Ici, le temps semblait aussi instable que le reste.

Vaelith marchait vite maintenant.
Trop vite.

Comme s’il voulait mettre la plus grande distance possible entre eux et la place de la fontaine.

Kael gardait les doigts crispés autour de la corde.

Et personne ne parlait réellement.

Puis quelque chose apparut dans la brume.

Une silhouette.

Le groupe s’arrêta immédiatement.

La lanterne d’Arich trembla dans la main de Vaelith tandis que la forme avançait lentement entre les rues noires du seuil.

Pas une hallucination floue cette fois.

Un homme.

Réel.

Enfin…

probablement.

Le doute frappa immédiatement tout le monde en même temps.

L’homme portait un long manteau sombre couvert d’humidité. Une vieille lampe pendait à sa ceinture, diffusant une lumière verdâtre beaucoup plus faible que celle de la lanterne. Ses cheveux noirs retombaient en mèches désordonnées contre son visage fatigué.

Et surtout…

il gardait constamment une main contre le mur à sa droite.

Comme pour vérifier que celui-ci existait encore.

Lorsqu’il aperçut enfin leur lumière, il ralentit brusquement.

Puis son regard passa sur :
la corde,
les lanternes,
Vaelith,
Lythra,
Kael.

Et immédiatement…

la méfiance traversa son visage.

Kael murmura :

— Ah.
Super.
Un type creepy dans une ville hallucinatoire.

L’homme s’arrêta plusieurs mètres avant eux.

Le brouillard glissait lentement entre les deux groupes.

Puis il parla.

— Depuis combien de temps vous marchez ?

Le silence retomba.

La question sembla immédiatement mauvaise.

Vaelith répondit pourtant :

— On ne sait pas.

L’homme hocha lentement la tête.

Comme s’il s’attendait exactement à cette réponse.

Puis il demanda :

— Vous avez déjà commencé à repasser plusieurs fois au même endroit ?

Kael eut un rire nerveux.

— Oh oui.
Le quartier essaye activement de nous rendre fous.

L’homme observa encore les rues derrière eux avant de finalement s’approcher un peu.

Très prudemment.

— Zackel.

Sa voix était rauque.
Épuisée.

Comme quelqu’un parlant peu depuis longtemps.

Mais personne ne répondit immédiatement.

Parce qu’ils pensaient tous la même chose.

Était-il réel ?

Lythra le voyait dans les yeux de Vaelith.
Dans la crispation de Kael.

Même Zackel semblait comprendre leur hésitation.

Il eut un très léger souffle.

Pas vraiment un rire.

— Vous devriez vous méfier.

Le vent glissa lentement dans la rue noire.

Puis il ajouta :

— Moi aussi, parfois je doute encore de l’être.

Le silence sembla immédiatement devenir plus froid.

Kael murmura :

— J’adore cet endroit.

Zackel regardait maintenant la corde reliant le groupe.

Puis il hocha lentement la tête.

— Bien.
Gardez-la.

Il s’approcha encore légèrement.

La lumière verdâtre de sa lampe tremblait faiblement dans le brouillard.

— Le seuil fait tourner les gens en rond.

Sa voix devenait plus basse maintenant.

— Pas seulement dans les rues.

Le froid remonta lentement dans la nuque de Lythra.

Puis Zackel tapa doucement sa tempe du bout des doigts.

— Ici aussi.

Le silence retomba.

Puis il désigna lentement plusieurs marques gravées dans le mur noir derrière lui.

Des symboles.
Des traits.
Des flèches.

Certains semblaient récents.
D’autres presque effacés.

— J’ai commencé à marquer les rues parce que je croyais oublier mon propre chemin.

Le vent traversa la ruelle.

Puis Zackel ajouta :

— Ensuite j’ai compris quelque chose de pire.

Kael fronça légèrement les sourcils.

— Quoi ?

Zackel regarda les symboles plusieurs secondes.

Et lorsqu’il répondit…

sa voix semblait réellement terrifiée pour la première fois.

— Les marques changent aussi parfois.

Le silence explosa doucement autour d’eux.

Puis quelque chose bougea derrière Zackel.

Lythra tourna immédiatement la tête.

Et son souffle se coupa.

Des silhouettes se tenaient dans la brume.

Humaines.

Presque.

Elles semblaient faites de brouillard plus dense que le reste du seuil. Des formes pâles, immobiles, dissimulées entre les rues noires.

Et plusieurs…

souriaient.

Le froid traversa brutalement tout le corps de Lythra.

Parce qu’elles la regardaient.

Pas le groupe.

Elle.

Puis l’une d’elles inclina légèrement la tête.

Comme une personne amusée.

Lythra sentit immédiatement son regard se bloquer dessus.

Le sourire de la silhouette s’élargit très lentement.

Le monde autour d’elle sembla alors vaciller.

Les murs noirs respirèrent légèrement.
La rue se tordit.
La lumière de la lanterne changea de couleur une seconde.

Puis une main attrapa brutalement son menton.

Zackel.

Il força immédiatement son regard ailleurs.

— Ne les fixe pas.

Sa voix claqua violemment.

Le souffle de Lythra revint d’un coup.

Les silhouettes avaient disparu.

Plus rien.

Seulement le brouillard mouvant.

Le cœur de Lythra battait beaucoup trop vite maintenant.

— Qu’est-ce que c’était…?

Zackel relâcha lentement son visage.

Mais il continuait de regarder la brume avec méfiance.

— Des choses qui s’amusent.

Le vent souffla doucement entre les bâtiments noirs.

Puis il ajouta plus bas :

— Elles fouillent derrière le regard.

Le silence sembla immédiatement devenir vivant autour d’eux.

Kael recula légèrement.

— Derrière le regard ?
Ça veut dire quoi exactement cette phrase horrible ?

Zackel regardait toujours les rues autour d’eux.

— Plus vous les observez…
plus elles comprennent comment vous voyez le monde.

Le froid traversa immédiatement le ventre de Lythra.

Puis Zackel murmura :

— Et ensuite…
elles commencent à le changer.

Zackel reprit la marche sans attendre.

Sa lampe verdâtre oscillait doucement dans la brume pendant qu’il avançait entre les rues noires du seuil avec une prudence presque maladive. Il gardait constamment une main contre les murs, les portes, parfois même les pavés.

Comme s’il vérifiait continuellement que le monde existait encore.

Lythra n’arrivait plus à quitter les silhouettes de brouillard de son esprit.

Ces sourires.

Cette manière qu’elles avaient eu de la regarder comme si elles l’avaient reconnue.

Le groupe avançait maintenant dans des rues beaucoup plus étroites. Les bâtiments semblaient se pencher les uns vers les autres au-dessus d’eux, formant parfois des arches irrégulières où la brume s’accumulait en longues masses blanches mouvantes.

Puis Zackel ralentit brusquement.

Tout le monde se tendit immédiatement.

Kael serra plus fort la corde.

— Quoi ?

Zackel leva lentement une main.

Silence.

Le vent glissait doucement entre les façades noires.

Puis Lythra entendit quelque chose.

Des voix.

Très faibles.

Le souffle de Vaelith ralentit immédiatement.

Parce qu’il reconnaissait déjà ces voix lui aussi.

Le groupe continua d’avancer lentement.

Et soudain…

la rue s’ouvrit sur une petite place noyée dans la brume.

Le monde sembla se figer.

Deux silhouettes se tenaient au centre.

Main dans la main.

Selen.

Et Arich.

Le souffle de Lythra se coupa brutalement.

Selen portait encore ses vêtements du sanctuaire. Ses cheveux semblaient humides, collés contre son visage pâle. Quant à Arich…

il paraissait terriblement vivant.

Pas comme une hallucination floue.

Comme quelqu’un réellement présent.

Sa main était entrelacée à celle de Selen.

Et leurs regards étaient fixés sur eux.

Puis Selen parla.

Sa voix semblait incroyablement fatiguée.

— Pourquoi vous nous avez abandonnés ?

Le froid traversa immédiatement tout le corps de Lythra.

Kael se figea complètement.

Vaelith, lui…

ne respirait presque plus.

Arich avançait maintenant lentement dans la brume avec Selen.

Leurs mains ne se lâchaient jamais.

Puis il regarda directement Vaelith.

Et quelque chose dans son regard détruisit immédiatement tout l’air autour d’eux.

De la douleur.

Immense.

— Pourquoi tu m’as laissé mourir ?

Le souffle de Vaelith vacilla brutalement.

Ses doigts se crispèrent tellement fort autour de la lanterne que le métal grinça.

Puis Arich continua.

Chaque mot tombait lentement dans la brume comme une lame.

— Pourquoi tu m’as fait aller dans le palais ?

Selen baissa doucement les yeux.

Arich, lui, ne quittait pas Vaelith du regard.

Et lorsqu’il parla de nouveau…

sa voix se brisa légèrement.

— Tout est de ta faute.

Le silence explosa dans la place noire.

Lythra sentit son propre cœur ralentir brutalement.

Parce qu’une partie d’elle voulait croire à cette scène.

Le seuil ne montrait pas seulement des souvenirs.

Il montrait les regrets les plus profonds avec une précision monstrueuse.

Vaelith tremblait maintenant.

Très légèrement.

Mais suffisamment pour que la lumière de la lanterne vacille contre les murs noirs.

Ses yeux restaient fixés sur Arich.

Humides.

Kael semblait incapable de bouger lui aussi.

Puis soudain, Un bruit sec traversa la place.

Le caillou frappa Arich directement au front. Et immédiatement…

Les deux silhouettes éclatèrent.

Pas comme des corps disparaissant.

Comme de la fumée balayée par le vent.

La place redevint vide.

Seulement la brume.

Rien d’autre.

Le silence retomba brutalement.

Zackel abaissa lentement la main.

Un deuxième caillou roulait encore entre ses doigts.

Sa voix était glaciale.

— Ne leur laissez jamais finir une conversation.

Le souffle de Lythra revint brutalement.

Kael passa violemment une main contre son visage.

— Bordel…

Vaelith n’avait toujours pas bougé.

Ses mains tremblaient encore légèrement autour de la lanterne.

Et lorsqu’il ferma finalement les yeux…

Lythra aperçut une larme glisser silencieusement le long de sa joue.

Le groupe continua d’avancer longtemps après ça.

Ou du moins…

Lythra croyait que c’était longtemps.

Le seuil rendait toute notion de temps malade.

Les rues changeaient constamment autour d’eux maintenant. Certaines portes apparaissaient quelques secondes avant de disparaître. Des fenêtres éclairées traversaient parfois les façades noires avant de s’éteindre brutalement lorsqu’on essayait de les observer.

Mais depuis la place…

plus personne ne parlait réellement.

Même Kael.

Zackel marchait devant eux avec une tension grandissante maintenant. Sa lampe verdâtre éclairait parfois des marques gravées sur les murs :
des flèches,
des mots barrés,
des symboles incompréhensibles.

Puis il s’arrêta finalement devant une intersection.

Le brouillard semblait plus dense ici.

Les rues partaient dans plusieurs directions impossibles à distinguer correctement.

Zackel fixa longuement les murs.

Puis ses épaules se crispèrent brutalement.

— Non…

Kael releva immédiatement la tête.

— Quoi ?

Zackel approcha lentement sa lampe d’une marque gravée dans la pierre noire.

Une flèche.

Ou plutôt…

ce qu’il en restait.

Le symbole semblait avoir été déformé.

Comme si la pierre elle-même avait bougé autour.

Puis Zackel murmura :

— Elle pointait dans l’autre direction.

Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.

Kael regarda les autres marques.

Certaines semblaient griffées.
D’autres presque fondues dans les murs.

Puis Vaelith parla enfin depuis la place.

Sa voix était beaucoup plus basse maintenant.

— Depuis combien de temps tu es ici ?

Zackel ne répondit pas immédiatement.

Il observait toujours les murs noirs.

Puis il eut un très léger rire.

Épuisé.

Vide.

— Je ne sais plus.

Le silence sembla immédiatement devenir plus lourd.

Puis Zackel tourna lentement la tête vers eux.

Et Lythra comprit immédiatement quelque chose d’horrible.

Il avait peur.

Pas du seuil.

De lui-même.

— Parfois je crois sortir d’un quartier…
et je réalise plusieurs jours plus tard que je tourne au même endroit depuis le début.

Le vent souffla lentement dans les rues noires.

Puis il ajouta :

— D’autres fois…
je rencontre des gens.

Sa gorge bougea difficilement.

— Et une semaine après…
je ne sais plus si je les ai réellement rencontrés.

Kael serra immédiatement la corde autour de son poignet.

— Ça veut dire quoi cette phrase ?

Zackel regardait maintenant directement Lythra.

Puis Vaelith.

Puis Kael.

Comme s’il essayait de mémoriser leurs visages.

— Ça veut dire que parfois…
le seuil crée des gens avant même de créer des rues.

Le silence explosa brutalement autour d’eux.

Puis Zackel leva lentement sa propre main.

Et montra les cicatrices profondes creusées dans sa paume.

Des dizaines.

Anciennes.
Récentes.
Certaines encore ouvertes.

— Alors maintenant…
je me blesse pour vérifier si je saigne encore pareil tous les jours.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Parce que personne dans le groupe n’était capable de dire avec certitude que Zackel était réel.

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