Chapitre 20

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Le sanctuaire semblait malade.

Depuis les profondeurs…
depuis le lac…
depuis les rêves…

quelque chose remontait lentement dans ses murs.

Selen le voyait maintenant partout.

Dans les fissures blanches pulsant sous la pierre noire.
Dans les arches légèrement déplacées lorsqu’elle repassait devant elles.
Dans les statues surtout.

Le vieil homme avançait difficilement dans les couloirs supérieurs du sanctuaire. Son bâton frappait irrégulièrement les dalles humides pendant que sa respiration devenait de plus en plus courte.

Et cette fois…

Selen remarqua enfin ce qu’il essayait de cacher depuis des jours.

Sa peau.

Le froid traversa immédiatement sa poitrine.

Ses mains avaient changé.

La peau autour de ses doigts était devenue grisâtre.
Pas comme une maladie humaine.

Comme la pierre des statues.

Des fissures blanches minuscules traversaient déjà certaines parties de sa chair.

Le vieil homme remarqua immédiatement son regard.

Et tenta de cacher sa main dans sa manche.

Trop tard.

Selen s’approcha aussitôt.

— Montrez-moi.

Sa voix trembla malgré elle.

Le vieil homme détourna les yeux.

— Ce n’est rien.

Mais Selen attrapa doucement son poignet.

Et son souffle se coupa.

La peau était froide.

Pas froide comme quelqu’un malade.

Froide comme les murs du sanctuaire.

Les fissures pulsaient faiblement sous la chair grisâtre.

Puis quelque chose craqua.

Un bruit minuscule.

Le vieil homme se crispa brutalement.

Selen vit alors une fine ligne blanche s’ouvrir lentement sur le dos de sa main.

Comme une pierre commençant à se fendre.

Le souffle de Selen devint irrégulier.

— Non…

Le vieil homme ferma les yeux plusieurs secondes.

Très fatigué.

— Je vous avais dit…
que les profondeurs changeaient les gens.

Sa voix semblait beaucoup plus vieille maintenant.

Selen sentit immédiatement les larmes monter.

Pas de peur.

De la compassion.

Parce qu’elle comprenait enfin ce que le sanctuaire faisait réellement aux survivants.

Il ne les tuait pas.

Il les transformait lentement en partie du lieu lui-même.

Puis le vieil homme retira doucement sa main.

Comme quelqu’un ayant honte d’être vu ainsi.

— Les statues n’étaient pas des sculptures.

Le silence explosa dans le couloir.

Le battement vibra alors sous les fondations.

Plus fort qu’avant.

Et pendant une seconde…

les fissures blanches sous la peau du vieil homme semblèrent palpiter au même rythme.

Selen sentit son ventre se nouer brutalement.

Puis quelque chose attira son attention sur le mur voisin.

Des marques.

Très discrètes.

Presque invisibles sous l’humidité noire du sanctuaire.

Elle s’approcha lentement.

Des symboles avaient été gravés directement dans la pierre.

Pas comme les inscriptions anciennes des arches.

Quelque chose de plus récent.

Un code.

Des suites de lignes.
De cercles incomplets.
De petits symboles reliés entre eux.

Le vieil homme aperçut immédiatement ce qu’elle regardait.

Et son visage pâlit.

— Ne—

Trop tard.

Selen observait déjà les répétitions dans les symboles.

Les structures.
Les liens.

Et progressivement…

elle comprit.

Ce n’était pas un langage classique.

Mais une manière de cacher certaines phrases parmi les signes du sanctuaire lui-même.

Le cœur de Selen ralentit immédiatement.

Puis elle traduisit enfin une première ligne.

“Le dormeur n’est pas une créature.”

Son souffle se coupa.

Elle continua.

Les symboles devenaient plus désordonnés ensuite, comme écrits dans la panique.

“C’est une entité maudite.”

Le battement vibra brutalement sous les fondations.

Les lanternes tremblèrent légèrement autour d’eux.

Puis Selen lut encore.

“Les seuils existent parce qu’il rêve.”

Le silence sembla se déchirer autour d’elle.

Le vieil homme recula immédiatement.

Comme s’il refusait même d’entendre ces mots à voix haute.

Puis une autre phrase apparut plus bas.

Presque effacée.

“Le sanctuaire ne l’emprisonne pas.”

La gorge de Selen se serra.

Puis :

“Il l’endort.”

Le battement résonna de nouveau.

Immense.

Et cette fois…

quelque chose répondit sous les profondeurs.

Un bruit grave.
Humide.

Comme une respiration gigantesque traversant le lac noir sous le sanctuaire.

Le vieil homme tremblait maintenant.

— Arrêtez de lire.

Mais Selen regardait déjà plus loin.

Parce qu’entre les symboles…

deux noms avaient été gravés.

Arich.

Et Nella.

Le souffle de Selen se coupa brutalement.

Elle chercha immédiatement autour des marques.

Et aperçut finalement une cache étroite entre plusieurs pierres noires fissurées.

Deux carnets y reposaient encore.

Humides.
Abîmés.
Mais protégés soigneusement sous plusieurs couches de tissu noir.

Les mains de Selen tremblaient lorsqu’elle attrapa le premier.

Le carnet d’Arich.

L’écriture était fine.
Précise.
Et pourtant traversée parfois de phrases réécrites tellement fort que l’encre avait percé plusieurs pages.

Puis elle ouvrit le second.

Nella.

Une femme.

Les premières pages contenaient des observations du sanctuaire.
Des cartes des profondeurs.
Des descriptions des statues.

Puis progressivement…

les notes devenaient beaucoup plus désordonnées.

“Le dormeur réagit aux pensées.”
“Les seuils changent lorsqu’il rêve différemment.”
“Je crois qu’il essaie de se réveiller.”

Le battement vibra brutalement sous le sanctuaire.

Et soudain, Un murmure traversa le couloir.

Selen se figea immédiatement.

Le vieil homme aussi.

Le son venait derrière eux.

Très faible.

Une voix.

— Je veux pas mourir…

Le souffle de Selen s’écrasa dans sa gorge.

Lentement…

ils se retournèrent.

Une statue se tenait dans l’arche voisine.

Ou plutôt…

ce qui avait été une statue.

Le corps grisâtre tremblait légèrement maintenant. Les fissures blanches traversant sa peau pulsaient violemment sous la surface pierreuse.

Et ses yeux…

ses yeux bougeaient encore.

La créature humanoïde leva lentement une main tremblante vers eux.

— Je veux pas…

Puis quelque chose craqua.

Fort.

Une immense fissure traversa brutalement son torse.

Le vieil homme recula immédiatement.

Selen sentit son cœur s’arrêter.

Parce que la statue venait de s’ouvrir.

Le corps se fendit lentement en deux dans un bruit atroce de pierre humide brisée.

Puis la tête tomba au sol.

Le choc éclata dans le couloir noir.

Et immédiatement…

un liquide épais jaillit de l’intérieur du corps fissuré.

Noir.

Visqueux.

L’odeur frappa Selen une seconde plus tard.

Putréfaction.
Humidité stagnante.
Quelque chose de mort depuis beaucoup trop longtemps.

Le liquide coulait lentement entre les pierres du sanctuaire pendant que les deux moitiés du corps restaient encore debout plusieurs secondes.

Puis elles s’effondrèrent à leur tour.

Le silence explosa brutalement autour d’eux.

Et alors, Le dormeur cria.

Le son traversa immédiatement tout le sanctuaire.

Immense.

Pas un rugissement.

Quelque chose de pire.

Un cri étouffé dans le sommeil.
Un hurlement gigantesque venant des profondeurs du lac noir.

Les murs tremblèrent violemment.

Les lanternes s’éteignirent presque toutes en même temps.

Et partout dans le sanctuaire…

des craquements commencèrent à résonner dans l’obscurité.

Le cri du dormeur vibrait encore dans les fondations.

Même plusieurs minutes après.

Le sanctuaire semblait avoir changé depuis ce hurlement.

Les arches noires tremblaient parfois légèrement.
Les fissures blanches pulsaient plus vite dans les murs.
Et surtout…

les statues.

Selen les entendait maintenant craquer dans l’obscurité.

Pas partout.
Pas constamment.

Mais suffisamment pour rendre chaque silence insupportable.

Le vieil homme avait conduit Selen dans une ancienne salle latérale beaucoup plus étroite après l’effondrement de la statue. Une seule lanterne brûlait encore faiblement près d’eux, diffusant une lumière maladive contre les pierres humides.

Et malgré le danger…

Selen n’arrivait plus à quitter les carnets.

Celui d’Arich surtout.

Le cuir noir était abîmé par l’humidité, mais les pages intérieures avaient été protégées avec un soin presque obsessionnel.

Comme si leur auteur savait qu’un jour…
quelqu’un les trouverait.

Ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’elle tourna une nouvelle page.

L’écriture d’Arich était plus désordonnée ici.

Plus nerveuse.

Certaines phrases avaient été barrées si violemment que le papier s’était presque déchiré.

Puis une ligne attira immédiatement son attention.

“Les expériences doivent cesser.”

Le souffle de Selen ralentit.

Elle continua.

“Ils prétendent chercher un moyen de contrôler les seuils.”
“Mais ils ne comprennent même pas ce qu’ils réveillent.”

Le battement vibra doucement sous les fondations.

Très loin.

Puis une autre phrase :

“Les enfants ne devraient jamais être amenés ici.”

Le ventre de Selen se noua brutalement.

Des expériences.

Mais lesquelles ?

Les pages suivantes semblaient volontairement vagues, comme si Arich avait voulu cacher certaines choses même dans son propre carnet.

Il parlait :

  • de salles fermées sous le sanctuaire, de “sujets”, de rêves imposés, de gens observant le dormeur pendant son sommeil.

Puis une phrase plus petite attira immédiatement son regard.

“Vaelith finirait par tous les tuer s’il découvrait ce qu’ils font réellement ici.”

Le silence sembla devenir beaucoup plus lourd autour d’elle.

Le vieil homme observait toujours les couloirs sombres autour de la salle.

Comme s’il attendait que quelque chose sorte enfin des profondeurs.

Puis Selen tourna encore une page.

Et cette fois…

l’écriture changeait complètement.

Plus douce.

Plus lente.

Le souffle de Selen ralentit immédiatement.

Parce qu’elle comprenait déjà.

Vaelith.

Arich écrivait pour lui.

Pas des observations.
Pas des recherches.

Quelque chose de beaucoup plus intime.

Puis elle lut.

“Si un jour tu trouves ces pages,
alors cela voudra dire que je n’ai pas réussi à revenir.”

Le froid traversa immédiatement sa poitrine.

La lumière de la lanterne trembla doucement contre les murs noirs du sanctuaire.

Puis les lignes suivantes apparurent.

Un poème.

Pas parfait.
Pas construit comme quelque chose destiné à être publié.

Quelque chose de sincère.

Brut.

“Je t’ai aimé dans les seuils où les autres perdaient leur nom.”
“Je t’ai aimé lorsque le ciel semblait vouloir nous avaler.”
“Je t’ai aimé même dans les lieux où la lumière devenait malade.”

Les mains de Selen tremblaient légèrement maintenant.

Le battement vibrait toujours sous les fondations.

Puis elle continua.

“Et si un jour tu me cherches encore,
j’espère au moins que tu survivras assez longtemps pour me détester.”

Le souffle de Selen se coupa brutalement.

Parce qu’elle sentait la tristesse dans chaque ligne.

Comme si Arich avait déjà compris qu’il ne sortirait peut-être jamais vivant du sanctuaire.

Puis une dernière phrase.

Plus petite.

Presque cachée dans le bas de la page.

“Rien ne pourra jamais me séparer de toi.”

Les yeux de Selen brûlèrent immédiatement.

Parce qu’elle comprenait maintenant pourquoi le seuil utilisait cette phrase contre Vaelith.

Le dormeur fouillait dans les blessures les plus profondes.

Et cette phrase…

était probablement la plus douloureuse de toutes.

Le vieil homme remarqua finalement son silence.

Puis son regard glissa lentement vers le carnet.

Et quelque chose changea dans son visage.

Une tristesse immense.

— Il écrivait souvent pour lui.

Sa voix semblait incroyablement fatiguée.

Selen releva lentement les yeux.

— Vous les connaissiez ?

Le vieil homme resta silencieux plusieurs secondes.

Le sanctuaire craqua doucement autour d’eux.

Puis il hocha lentement la tête.

— Ils sont venus ici ensemble.

Le souffle de Selen ralentit brutalement.

Le vieil homme regardait maintenant les fissures blanches pulsant sous les murs noirs.

— Arich cherchait déjà les réponses sur le dormeur.
Et Vaelith…

Il eut un très léger souffle.

Triste.

— Vaelith le suivait partout.

Le silence retomba.

Puis le vieil homme ajouta :

— Mais ces pages n’ont jamais été trouvées.

Selen baissa immédiatement les yeux vers le carnet.

Le papier tremblait légèrement entre ses doigts.

— Pourquoi ?

Le vieil homme sembla hésiter.

Puis :

— Parce qu’Arich les avait cachées avant de descendre sous les fondations.

Le battement vibra brutalement sous le sanctuaire.

Plus fort cette fois.

Puis quelque chose craqua dans le couloir voisin.

Selen se retourna immédiatement.

Le silence revint.

Mais maintenant…

elle entendait autre chose.

Des pleurs.

Très faibles.

Comme plusieurs voix étouffées quelque part derrière les murs noirs du sanctuaire.

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