Chapitre 23
Le sanctuaire vibrait encore du cri du dormeur.
Depuis les profondeurs…
depuis le lac noir…
quelque chose continuait de remonter lentement dans les murs.
Selen avançait derrière le vieil homme dans une galerie étroite où l’humidité coulait directement le long des arches fissurées. Les lanternes suspendues diffusaient une lumière faible et tremblante contre la pierre noire pendant que le battement immense résonnait parfois sous leurs pieds.
Et plus ils descendaient…
plus ses doigts lui faisaient mal.
Au début ce n’était qu’une gêne.
Une sensation étrange sous la peau.
Une tension froide.
Puis le craquement était arrivé.
Petit.
Humide.
Selen s’était arrêtée immédiatement.
Le souffle coupé.
Ses mains tremblaient légèrement lorsqu’elle leva sa paume vers la lumière de la lanterne.
Le bout de son index devenait gris.
Pas pâle.
Pierreux.
Le froid traversa brutalement sa poitrine.
Puis une fine fissure blanche apparut sous sa peau.
Très lentement.
Comme quelque chose poussant depuis l’intérieur.
Le battement vibra aussitôt sous les fondations.
Et la fissure pulsa exactement au même rythme.
Le souffle de Selen s’écrasa dans sa gorge.
— Non…
Le vieil homme se retourna immédiatement.
Trop vite.
Son visage changea dès qu’il regarda sa main.
Une vraie peur traversa ses traits fatigués.
— Montrez-moi.
Sa voix semblait beaucoup plus tendue qu’avant.
Selen recula instinctivement.
Mais l’homme s’approchait déjà.
Son bâton frappait rapidement les pierres humides du sanctuaire tandis qu’il tendait les mains vers elle.
Puis il attrapa doucement son poignet.
Et quelque chose clochait.
Le froid remonta immédiatement dans la nuque de Selen.
Parce qu’il examinait parfaitement les fissures.
Ses doigts glissaient exactement aux bons endroits.
Suivaient les lignes blanches sous sa peau.
S’arrêtaient précisément là où la pierre commençait à apparaître.
Le souffle de Selen ralentit brutalement.
Puis l’homme murmura presque pour lui-même :
— Ça commence plus tôt cette fois…
Le silence sembla se figer dans le couloir noir.
Selen regardait ses yeux.
Blancs.
Voilés.
Aveugles.
Le battement vibra sous le sanctuaire.
Et soudain…
quelque chose craqua au-dessus d’eux.
Un morceau du plafond se détacha brutalement.
Selen sursauta.
Mais le vieil homme avait déjà tiré son bras avant même que la pierre tombe.
Le bloc s’écrasa violemment exactement à l’endroit où elle se tenait une seconde plus tôt.
Le souffle de Selen se coupa.
Le vieil homme relâcha lentement son poignet.
Puis reprit sa marche.
Sans hésitation.
Son bâton frappait les dalles fissurées dans un rythme calme pendant qu’il avançait dans les galeries du sanctuaire comme quelqu’un connaissant chaque pierre.
Selen restait figée plusieurs secondes.
Puis elle le suivit du regard.
Et le malaise grandit encore.
Parce qu’il ne ralentissait jamais.
Même lorsque les couloirs devenaient presque totalement noirs :
- il évitait instinctivement certaines fissures ouvertes dans le sol, passait entre les arches brisées sans les toucher, tournait parfois légèrement la tête juste avant qu’un craquement ne résonne dans les murs.
Puis ils passèrent devant une statue.
Ou ce qu’il en restait.
Le corps pierreux était fendu jusqu’au torse. Des fissures blanches pulsaient faiblement sous sa surface grise pendant qu’une odeur de pourriture humide flottait encore autour d’elle.
Selen ralentit immédiatement.
Mais le vieil homme continua d’avancer.
Et lorsqu’il arriva à hauteur de la statue…
celle-ci bougea.
Très lentement.
Le bras fissuré se souleva dans un craquement atroce de pierre humide.
Le cœur de Selen s’emballa brutalement.
Pourtant…
la créature s’arrêta aussitôt.
Sa tête se tourna lentement vers le vieil homme.
Puis le bras retomba.
Comme si quelque chose venait de la calmer.
Le silence explosa doucement dans le couloir noir.
Le vieil homme, lui, n’avait même pas tourné la tête.
Sa main glissait simplement contre le mur du sanctuaire pendant qu’il avançait encore.
Et sous ses doigts…
les fissures blanches visibles dans la pierre pulsaient faiblement.
Comme une respiration.
Le froid traversa brutalement la poitrine de Selen.
Puis elle comprit enfin.
Le vieil homme ne voyait peut-être pas avec ses yeux.
Le sanctuaire voyait pour lui.
Elle recula immédiatement d’un pas.
Le carnet d’Arich tremblait entre ses mains maintenant.
Puis elle murmura :
— Qui êtes-vous…?
Le vieil homme s’arrêta enfin.
Le silence devint immense.
Très loin sous les profondeurs…
quelque chose respirait dans le sommeil du dormeur.
Puis l’homme tourna lentement la tête vers elle.
Et même avec ses yeux morts…
Selen eut l’impression atroce d’être regardée parfaitement.
— Vous commencez à avoir peur de moi.
Le silence resta suspendu entre eux.
Lythra.
Non.
Selen sentit sa gorge se serrer immédiatement sous le regard aveugle du vieil homme.
Le sanctuaire vibrait doucement autour d’eux maintenant. Les fissures blanches pulsant dans les murs diffusaient parfois de faibles éclats maladifs qui glissaient contre les arches noires comme des veines lumineuses.
Puis le vieil homme reprit lentement sa marche.
Comme si rien ne venait de se produire.
Comme si le fait qu’une statue l’ait reconnu…
ou que le sanctuaire semble respirer avec lui…
n’avait rien d’anormal.
Selen resta immobile plusieurs secondes avant de finalement le suivre.
Mais désormais…
elle gardait ses distances.
Le vieil homme le remarqua immédiatement.
Elle le vit dans la légère crispation de ses épaules.
Puis ils arrivèrent devant une immense porte entrouverte dans les profondeurs du sanctuaire.
L’air qui en sortait était différent.
Plus froid.
Plus humide.
Et surtout…
une odeur métallique flottait derrière l’ouverture.
Le ventre de Selen se noua immédiatement.
Le vieil homme s’arrêta devant la porte sans entrer.
Comme s’il hésitait.
Puis il murmura :
— Vous ne devriez probablement pas voir cet endroit.
Le froid traversa aussitôt la poitrine de Selen.
Parce qu’il venait de confirmer quelque chose.
Il savait exactement ce qu’il y avait derrière.
Puis le battement vibra sous les fondations.
Et très lentement…
la porte s’ouvrit davantage toute seule dans un grincement humide.
Le souffle de Selen ralentit brutalement.
La salle derrière était immense.
Des chaînes pendaient du plafond noir.
Des tables métalliques traversaient encore la pièce malgré la rouille et l’humidité.
Et partout…
des symboles.
Des centaines.
Gravés directement dans les murs.
Mais ce n’étaient pas les inscriptions anciennes du sanctuaire.
Quelque chose de plus récent.
Des notes.
Des mesures.
Des schémas.
Puis Selen aperçut les lits.
Le froid lui traversa immédiatement tout le corps.
Des rangées entières.
Fixées au sol.
Certaines avec encore des sangles attachées dessus.
Le silence explosa doucement dans la salle noire.
Puis elle vit les dessins.
Le dormeur.
Encore.
Encore.
Encore.
Des dizaines de représentations de la créature sous le sanctuaire couvraient les murs :
ses fissures lumineuses, ses yeux immenses sous l’eau, les arches construites autour de lui, et parfois…
des corps humains reliés à lui par les mêmes fissures blanches.
Le souffle de Selen devint irrégulier.
Puis elle aperçut une phrase gravée profondément dans la pierre noire.
“La fusion doit être stabilisée.”
Le battement vibra brutalement sous le sanctuaire.
Et pendant une seconde…
les fissures sous les doigts de Selen brûlèrent violemment.
Elle sursauta.
Le vieil homme, lui, semblait figé à l’entrée de la salle.
Puis Selen tourna lentement la tête vers lui.
Et cette fois…
la peur était différente.
Pas la peur du sanctuaire.
La peur de ce qu’il avait réellement été ici.
— Vous travailliez ici.
Le silence retomba brutalement.
Le vieil homme ne répondit pas immédiatement.
Mais sa main tremblait légèrement contre le mur noir.
Puis il murmura :
— Je pensais que nous pouvions le comprendre.
Le froid traversa immédiatement le ventre de Selen.
Puis il entra enfin dans la salle.
Très lentement.
Et lorsqu’il passa entre les lits métalliques…
le sanctuaire sembla réagir.
Les fissures blanches visibles dans les murs pulsèrent plus fort.
Les chaînes suspendues vibrèrent légèrement.
Et quelque chose bougea dans l’obscurité derrière les tables.
Selen recula immédiatement.
Le souffle court.
Puis elle le vit.
Une silhouette.
Assise contre un mur.
Le corps entièrement gris.
Mais pas totalement transformé.
Des morceaux de peau humaine restaient encore visibles sous la pierre fissurée.
Le cœur de Selen s’emballa brutalement.
Parce que la silhouette respirait encore.
Très faiblement.
Puis la tête se tourna lentement vers eux.
Dans un craquement humide.
Et lorsque ses yeux rencontrèrent le vieil homme…
quelque chose d’horrible traversa son visage pierreux.
De la reconnaissance.
Le vieil homme ferma immédiatement les yeux.
Comme si cette vision lui faisait plus mal qu’à elle.
Puis la créature murmura d’une voix brisée :
— Vous aviez dit…
que ça arrêterait les rêves…
Le silence sembla se déchirer dans toute la salle.
Selen sentit immédiatement la nausée remonter dans sa gorge.
Parce qu’elle comprenait enfin.
Les expériences.
Les “fusions”.
Ils avaient essayé de lier des humains au dormeur.
Puis le battement résonna encore.
Immense.
Et soudain...
Toutes les fissures blanches de la salle s’illuminèrent en même temps.
Le vieil homme leva brutalement la tête.
Terrifié.
Puis il murmura :
— Il est en train de se réveiller.
La lumière blanche des fissures ne s’éteignit pas.
Elle continuait de pulser dans toute la salle d’expérimentation comme un réseau de veines monstrueuses courant sous les murs du sanctuaire.
Le battement du dormeur résonnait maintenant beaucoup plus fort.
Selen le sentait dans ses os.
Dans ses dents.
Dans les fissures de ses propres doigts.
Le vieil homme avançait rapidement entre les lits métalliques maintenant. Son bâton frappait brutalement le sol humide pendant qu’il cherchait quelque chose dans la salle noire.
Ou quelqu’un.
Puis la silhouette pierreuse contre le mur recommença à parler.
Sa voix semblait se briser à chaque mot.
— Vous… aviez dit…
qu’on ne rêverait plus…
Le souffle de Selen ralentit brutalement.
Parce que sous la pierre fissurée…
elle distinguait encore un visage humain.
Très vaguement.
Les lèvres étaient presque entièrement minérales maintenant. Des fissures blanches traversaient les joues jusqu’aux yeux grisâtres à moitié figés dans la pierre.
Mais l’homme vivait encore.
Ou ce qu’il en restait.
Le vieil homme s’arrêta devant lui.
Et pour la première fois…
Selen entendit quelque chose se briser dans sa voix.
— Arrêtez de parler.
Le silence explosa brutalement dans la salle.
Puis l’homme pierreux eut un rire atroce.
Humide.
Cassé.
— Vous avez peur…
qu’elle apprenne…
Le battement vibra brutalement sous les fondations.
Et soudain—
Toutes les chaînes suspendues au plafond se mirent à trembler.
Le bruit métallique traversa immédiatement toute la salle.
Selen sursauta.
Puis quelque chose bougea dans l’obscurité derrière les autres lits.
Le froid traversa brutalement sa poitrine.
Des silhouettes.
D’autres corps.
Immobiles au début.
Puis très lentement…
certaines tournèrent la tête vers eux dans des craquements humides de pierre fissurée.
Le souffle de Selen s’écrasa dans sa gorge.
Parce qu’il y en avait beaucoup plus qu’elle ne l’avait cru.
Des dizaines.
Attachés aux murs.
Aux lits.
Aux chaînes.
Certains entièrement pétrifiés.
D’autres encore à moitié humains.
Puis une femme murmura dans l’obscurité :
— Il rêve plus fort maintenant…
Une autre voix répondit plus loin :
— Il sait qu’elle est descendue…
Le sanctuaire vibra violemment.
Les lanternes tremblèrent brutalement.
Puis quelque chose résonna sous le sol.
Un mouvement immense.
Comme si quelque chose glissait lentement sous les fondations noyées.
Le vieil homme attrapa immédiatement le bras de Selen.
— Nous devons partir.
Mais cette fois…
Selen résista.
Le cœur battant beaucoup trop vite.
Puis elle regarda les silhouettes attachées dans la salle.
Et demanda enfin :
— Qu’est-ce que vous leur avez fait ?
Le silence retomba immédiatement.
Même les murmures cessèrent.
Le vieil homme ne répondit pas.
Alors Selen reprit.
Plus durement.
— Les expériences.
La fusion.
Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Le battement vibra encore sous les profondeurs.
Et lentement…
le vieil homme relâcha son bras.
Puis il murmura :
— Nous pensions pouvoir partager son sommeil.
Le froid traversa immédiatement tout le corps de Selen.
Le vieil homme regardait maintenant les silhouettes pétrifiées autour de lui.
Pas comme des monstres.
Comme des fantômes.
— Les seuils existaient déjà.
Les rêves aussi.
Les disparitions.
Sa gorge bougea difficilement.
— Alors certains ont voulu comprendre l’entité au lieu de simplement la craindre.
Une fissure blanche pulsa sous son cou.
Puis il continua :
— Nous avons découvert que le dormeur réagissait aux émotions humaines.
À la peur.
Aux souvenirs.
Aux rêves.
Le silence semblait devenir vivant autour d’eux.
Puis sa voix se brisa légèrement.
— Alors ils ont pensé…
qu’en reliant des humains à lui…
nous pourrions guider ses rêves.
Le souffle de Selen ralentit brutalement.
Parce qu’elle comprenait enfin l’horreur.
Ils n’avaient pas essayé de tuer le dormeur.
Ils avaient essayé de le contrôler.
Puis une voix éclata soudain dans l’obscurité derrière eux.
Un cri.
— MENSONGE.
Toute la salle sursauta.
Une silhouette venait de se redresser brutalement sur un des lits métalliques.
Le corps à moitié pierreux tremblait violemment sous les chaînes.
Et ses yeux fixaient directement le vieil homme.
Plein de haine.
— Vous vouliez ouvrir les seuils !
Le battement résonna brutalement sous les fondations.
Les murs tremblèrent.
Puis l’homme pierreux continua dans un hurlement cassé :
— Vous vouliez entrer dans ses rêves !
Le vieil homme recula immédiatement.
Terrifié.
Selen sentit alors quelque chose de bien pire que la peur monter en elle.
Le doute.
Parce qu’elle ne savait plus qui disait la vérité.
Puis le dormeur poussa un nouveau cri dans son sommeil.
Cette fois…
beaucoup plus proche.
Le cri du dormeur continua de vibrer dans les profondeurs.
Pas un simple son.
Quelque chose de vivant.
Les murs du sanctuaire tremblaient légèrement maintenant. De la poussière noire tombait des arches fissurées pendant que les chaînes suspendues dans la salle d’expérimentation s’agitaient toutes seules dans un vacarme métallique insupportable.
Et partout…
les silhouettes pierreuses murmuraient.
Certaines priaient.
D’autres pleuraient.
D’autres répétaient les mêmes phrases en boucle comme des rêves brisés.
Selen reculait lentement.
Le souffle court.
Parce qu’elle ne savait plus qui croire.
Le vieil homme restait figé près des lits métalliques.
Le visage fermé.
Pâle.
Puis la silhouette attachée qui avait crié tenta brutalement de se redresser davantage.
Les chaînes grinçèrent atrocement.
Des morceaux de pierre tombèrent de son torse fissuré dans un bruit humide.
Et cette fois…
Selen vit son visage plus clairement.
Le cœur lui remonta immédiatement dans la gorge.
L’homme avait été jeune autrefois.
Très jeune.
Mais le sanctuaire l’avait déformé.
Une partie entière de sa mâchoire était devenue minérale. Des fissures blanches traversaient sa gorge jusqu’à ses yeux, dont l’un semblait presque entièrement pétrifié maintenant.
Pourtant…
la haine dans son regard était parfaitement humaine.
Il fixait le vieil homme.
Uniquement lui.
Puis il murmura :
— Tu leur racontes encore la même histoire…
Le silence explosa brutalement dans la salle noire.
Le vieil homme ne répondit pas.
Mais Selen aperçut ses mains trembler légèrement contre son bâton.
Puis l’homme pierreux eut un rire atroce.
Humide.
Cassé.
— “Nous voulions aider.”
“Nous voulions comprendre.”
Il cracha un liquide noir épais entre ses lèvres fissurées.
Puis son regard se tourna lentement vers Selen.
Et quelque chose dans son expression changea immédiatement.
De la panique.
Réelle.
— Ne le laisse pas t’emmener plus bas.
Le froid traversa brutalement tout le corps de Selen.
Le vieil homme avança aussitôt d’un pas.
— Arrête.
Sa voix claqua violemment dans la salle.
Mais l’homme attaché continuait.
Sa respiration devenait irrégulière maintenant.
Comme si chaque mot lui arrachait la gorge.
— Il dit la vérité…
mais jamais entièrement…
Le battement vibra sous les fondations.
Plus fort.
Puis l’homme pierreux regarda directement les fissures visibles sur les doigts de Selen.
Et son visage se décomposa.
— Oh non…
Le souffle de Selen ralentit brutalement.
Puis il murmura :
— Il t’a déjà reliée à lui.
Le silence sembla se déchirer dans toute la salle.
Selen sentit immédiatement les fissures de sa main brûler.
Le vieil homme attrapa brusquement son poignet.
— Ça suffit.
Mais cette fois…
Selen arracha violemment son bras.
Le mouvement résonna dans toute la pièce.
Puis elle recula immédiatement.
Terrifiée maintenant.
Parce qu’elle comprenait enfin quelque chose d’horrible.
Le vieil homme ne l’avait jamais empêchée de descendre.
Jamais.
Au contraire…
il l’avait guidée.
Toujours plus bas.
Vers les profondeurs.
Vers les salles interdites.
Vers le dormeur.
Le battement vibra encore.
Et les fissures visibles sous les doigts du vieil homme s’illuminèrent brutalement.
Comme une réponse.
Selen recula encore.
Le souffle coupé.
Puis elle murmura :
— Qu’est-ce que vous m’avez fait ?
Le silence retomba.
Immense.
Le vieil homme semblait épuisé maintenant.
Terriblement vieux.
Puis il répondit enfin :
— Ce que j’aurais dû faire il y a très longtemps.
Le froid traversa immédiatement la poitrine de Selen.
Puis quelque chose changea dans la salle.
Les murmures cessèrent.
Tous.
D’un coup.
Les silhouettes pierreuses tournaient lentement leurs visages fissurés vers le plafond maintenant.
Le silence devenait énorme.
Puis…
un bruit résonna au-dessus d’eux.
Très loin dans les hauteurs du sanctuaire.
Un pas.
Puis un autre.
Lourd.
Immense.
Le souffle de Selen s’écrasa brutalement dans sa gorge.
Parce que quelque chose marchait au-dessus des arches.
Le vieil homme leva immédiatement la tête.
Et pour la première fois depuis qu’elle le connaissait…
Selen vit une vraie terreur traverser son visage.
Puis les silhouettes pierreuses commencèrent à murmurer toutes ensemble.
Très bas.
Comme une prière.
— Il monte…
— Il monte…
— Il monte…
Le battement vibra si fort que les lits métalliques tremblèrent.
Puis quelque chose passa derrière les hautes fenêtres fissurées de la salle.
Une ombre.
Immense.
Le plafond entier gémit.
De la poussière noire tomba des arches.
Et soudain…
une main apparut contre une des vitres du sanctuaire.
Le cœur de Selen s’arrêta brutalement.
Parce que cette main n’était pas humaine.
Beaucoup trop grande.
Noire.
Lisse.
Traversée de fissures blanches pulsantes.
Les doigts glissèrent lentement contre la vitre.
Puis le dormeur poussa un souffle.
Pas un cri cette fois.
Une respiration.
Immense.
Et toutes les lanternes de la salle s’éteignirent en même temps.
L’obscurité avalait encore la salle.
Depuis que les lanternes s’étaient éteintes, seules les fissures blanches du sanctuaire diffusaient une lumière maladive dans les profondeurs. Elles pulsaient lentement dans les murs, sous les chaînes, jusque dans les corps pierreux attachés aux lits métalliques.
Et dehors…
quelque chose respirait.
Immense.
Le dormeur semblait immobile de nouveau derrière les vitres fissurées, mais sa présence écrasait maintenant toute la salle comme une pression invisible.
Selen n’osait plus bouger.
Le vieil homme non plus.
Puis une voix brisée murmura dans l’obscurité.
— Regarde tes mains.
Le souffle de Selen ralentit brutalement.
La silhouette attachée la fixait toujours depuis son lit métallique.
Ses yeux grisâtres brillaient faiblement dans les fissures blanches courant sur son visage pierreux.
Puis Selen regarda enfin ses doigts.
Et sentit immédiatement la panique remonter dans sa gorge.
Les fissures avaient progressé.
La pierre remontait maintenant jusqu’au milieu de sa main.
Très lentement.
Mais réellement.
Le froid traversa brutalement son bras.
Puis l’homme attaché eut un rire cassé.
— Tu le sens maintenant hein…
Le vieil homme avança immédiatement.
— Tais-toi.
Mais cette fois la créature pierreuse souriait.
Méchamment.
Comme quelqu’un attendant ce moment depuis longtemps.
Puis il regarda directement Selen.
Et murmura :
— Tu dois partir avant que la pierre atteigne ton cœur.
Le silence explosa brutalement dans toute la salle.
Le souffle de Selen devint irrégulier.
Puis elle murmura :
— Quoi…?
Le battement vibra sous les profondeurs.
Et la douleur dans sa main pulsa immédiatement avec lui.
L’homme pierreux tira légèrement sur ses chaînes dans un grincement atroce.
— Quand ça atteindra ta poitrine…
tu commenceras à rêver avec lui.
Le froid traversa tout le corps de Selen.
Puis il ajouta beaucoup plus bas :
— Et après…
tu ne voudras plus partir.
Le vieil homme attrapa brutalement les chaînes du lit.
— ÇA SUFFIT.
Sa voix résonna violemment contre les arches du sanctuaire.
Mais l’homme riait encore.
Humidement.
Douloureusement.
Puis le vieil homme tourna immédiatement la tête vers Selen.
Sa respiration semblait plus rapide maintenant.
— Ce n’est pas aussi rapide.
Le silence retomba.
Le vieil homme s’approcha d’elle lentement.
Comme quelqu’un essayant encore de garder le contrôle.
— La transformation prend du temps.
Très longtemps.
Le battement vibra encore sous les fondations.
Puis l’homme attaché éclata d’un rire atroce.
Le son résonna dans toute la salle noire.
— Foutaise.
Le vieil homme se figea immédiatement.
Et cette fois…
même Selen comprit qu’il avait peur de ce qu’il allait dire.
L’homme pierreux leva lentement les yeux vers elle.
Puis murmura avec un sourire fissuré :
— Quelques heures pour certains.
Quelques jours pour les autres.
Le souffle de Selen s’écrasa brutalement dans sa gorge.
La panique monta immédiatement.
Violente.
Elle recula instinctivement.
Puis regarda ses mains de nouveau.
Les fissures blanches pulsaient maintenant beaucoup trop clairement sous sa peau.
Et soudain…
le sanctuaire entier vibra brutalement.
Toutes les arches tremblèrent.
Les silhouettes pierreuses se mirent à murmurer en même temps.
Puis une lumière rouge traversa les vitres fissurées.
Le souffle de Selen se coupa.
Le ciel.
Le ciel au-dessus du sanctuaire devenait rouge.
Pas un rouge naturel.
Quelque chose de profond.
Malade.
Vivait dans les nuages au-dessus des arches.
Le vieil homme releva brutalement la tête.
Terrifié.
Puis le battement ralentit.
Encore.
Encore.
Jusqu’à devenir lourd.
Immense.
Et soudain…
le dormeur sembla replonger dans un sommeil beaucoup plus profond.
Le sanctuaire entier expira.
Littéralement.
Les murs cessèrent de trembler.
Les chaînes ralentirent.
Les fissures pulsèrent moins vite.
Puis le vieil homme souffla enfin.
Longuement.
Comme quelqu’un ayant cru mourir quelques secondes plus tôt.
Mais Selen le regardait maintenant autrement.
Parce qu’elle venait de comprendre quelque chose d’horrible.
Le vieil homme n’avait pas peur que le dormeur se réveille.
Il avait peur de ce qu’il faisait pendant ses rêves.

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