Chapitre 24

18 minutes de lecture

L’arche avala le bruit du monde.

Au moment où Lythra franchit la frontière noire du seuil hallucinogène, le sol sembla disparaître sous ses pieds pendant une fraction de seconde. Son ventre se serra brutalement, comme lors d’une chute, puis quelque chose de glacé traversa tout son corps.

Et soudain…

plus rien.

Plus de pluie noire.
Plus de ville mouvante.
Plus de murmures.

Seulement le noir.

Un noir immense.

Le souffle de Lythra réapparut difficilement dans sa gorge pendant que ses bottes heurtaient lentement des rails métalliques sous ses pieds.

Clang.

Clang.

Le bruit résonnait beaucoup trop loin.

Le groupe avançait dans une obscurité totale désormais. Même les lanternes semblaient avalées par cet endroit étrange. La lumière de Vaelith n’éclairait qu’un petit cercle tremblant autour d’eux avant d’être engloutie quelques mètres plus loin.

Et pourtant…

les rails continuaient à perte de vue.

Kael jura doucement derrière elle.

— Je déteste les transitions de seuil.

Sa voix semblait étouffée ici.

Comme absorbée par le noir lui-même.

Lythra leva lentement les yeux.

Impossible de distinguer :

  • un plafond,
  • des murs,
  • ou une fin au passage.

Seulement cette immensité noire traversée par les rails rouillés.

Le groupe continua d’avancer longtemps.

Ou peut-être seulement quelques minutes.

Impossible à savoir.

Le temps semblait flotter ici comme dans un rêve malade.

Puis quelque chose résonna derrière eux.

Un pas.

Le souffle de Lythra se coupa brutalement.

Tout le groupe s’arrêta immédiatement.

Silence.

Puis un deuxième pas.

Très loin derrière.

Kael se retourna aussitôt.

La lumière tremblante de la lanterne éclaira seulement les rails disparaissant dans le noir absolu.

Rien.

Puis une voix murmura derrière eux.

Très faible.

— Attendez…

Le ventre de Lythra se tordit immédiatement.

Zackel.

Kael pâlit brutalement.

— Non.

La voix revint.

Plus loin cette fois.

— Revenez…

Le vent froid traversa soudainement le passage noir.

Et pendant une seconde…

Lythra crut voir une silhouette marcher sur les rails derrière eux.

Grande.
Maigre.
Une lampe verdâtre à la main.

Puis le noir l’avala aussitôt.

Kael serra brutalement la corde autour de son poignet.

— Continuez d’avancer.

Sa voix tremblait légèrement maintenant.

Mais personne ne bougeait.

Puis Vaelith reprit finalement la marche sans un mot.

Le bruit régulier de ses bottes résonna de nouveau sur les rails.

Clang.

Clang.

Le groupe le suivit immédiatement.

Et derrière eux…

la voix de Zackel continua encore un moment.

Parfois proche.
Parfois lointaine.

Parfois même juste derrière leurs épaules.

— Vous m’avez laissé…

Le souffle de Lythra devenait irrégulier.

Parce qu’une partie d’elle savait que ce n’était pas réellement lui.

Mais une autre…
une autre se demandait constamment :

et si c’était vrai ?

Puis soudain—

le noir disparut.

Le silence du nouveau seuil était pire.

Lythra comprit cette vérité immédiatement.

Dès qu’ils émergèrent hors du passage.

Le groupe s’arrêta presque instinctivement devant l’immensité blanchâtre qui s’étendait désormais devant eux.

Aucun d’eux ne parla.

Le nouveau seuil semblait mort.

Pas détruit.

Mort.

Le ciel gris pâle s’étendait à perte de vue au-dessus d’une vallée immense couverte de pierres blanches et de ruines effondrées. Le vent soufflait à peine ici. Même l’air semblait étouffé.

Et surtout…

aucun bruit.

Pas d’insectes.
Pas d’eau.
Pas de voix.

Même leurs respirations semblaient trop fortes dans cet endroit.

Kael regardait autour de lui avec un malaise grandissant.

— Non mais…
c’est normal ça ?

Sa voix résonna faiblement avant d’être absorbée par le silence.

Lythra observa lentement les ruines dispersées dans la vallée.

Des arches écroulées.
Des colonnes blanches brisées.
Des structures à moitié enfouies dans une poussière pâle.

Tout semblait ancien.

Beaucoup trop ancien.

Puis le vent souffla légèrement.

Et quelque chose traversa l’air devant eux.

Une fine particule blanche.

Puis une autre.

Lythra leva lentement la main.

La “neige” tombait maintenant doucement sur le seuil.

Silencieuse.

Les particules se déposaient lentement sur leurs vêtements noirs, dans leurs cheveux, contre leurs bottes.

Kael en attrapa une dans sa paume.

Puis son visage changea immédiatement.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Kael fixait la petite cendre blanche contre sa peau avec horreur.

Parce qu’au milieu de la poussière…

un minuscule fragment noir était visible.

Irrégulier.

Comme un morceau brûlé.

Kael l’écrasa instinctivement entre ses doigts.

Et comprit immédiatement.

— Oh.

Le silence sembla devenir encore plus lourd.

Lythra regarda les cendres tomber autour d’eux maintenant.

Des milliers.

Des millions peut-être.

Recouvrant lentement toute la vallée blanche.

Puis Vaelith murmura enfin :

— Ce ne sont pas des flocons.

Le vent souffla doucement entre les ruines mortes.

Et Kael regardait encore sa main.

Pâle.

— Je crois que je préférais les cris.

Le groupe reprit lentement la marche dans la vallée blanche.

Le silence du seuil collait à la peau.

Même leurs pas semblaient absorbés par la poussière pâle recouvrant les pierres et les ruines effondrées. Les cendres continuaient de tomber doucement du ciel gris, se déposant sur leurs épaules comme une neige morte.

Lythra n’arrêtait pas de regarder derrière eux.

Pas à cause du danger.

À cause du vide.

Le passage noir avait disparu.

Complètement.

Comme si le seuil hallucinogène n’avait jamais existé.

Puis elle remarqua quelque chose d’étrange chez Vaelith.

Il ralentissait parfois sans raison.

Seulement quelques secondes.

Puis il reprenait la marche.

Au début elle pensa à la fatigue.

Puis cela recommença.

Encore.

Et encore.

Jusqu’à ce qu’elle comprenne.

Vaelith tournait légèrement la tête vers sa droite à chaque fois.

Comme s’il écoutait quelqu’un marcher près de lui.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

Kael semblait l’avoir remarqué lui aussi.

Mais aucun des deux ne disait rien.

Puis Vaelith s’arrêta brutalement.

Le groupe aussi.

Le vent soufflait à peine dans les ruines blanches autour d’eux.

Et Vaelith regardait maintenant le vide devant lui.

Fixement.

Le silence devint énorme.

Puis il murmura :

— Non.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Vaelith avait parlé à quelqu’un.

Kael échangea immédiatement un regard inquiet avec elle.

Puis Vaelith recommença à avancer.

Comme si rien ne s’était passé.

Mais ses mains tremblaient légèrement autour de la lanterne d’Arich.

Le groupe continua encore longtemps dans la vallée silencieuse.

Les ruines devenaient progressivement plus nombreuses autour d’eux maintenant. Certaines arches blanches traversaient encore les collines poussiéreuses tandis que des statues brisées apparaissaient parfois à moitié enfouies sous les cendres.

Puis Kael finit par murmurer :

— Il est encore là, hein ?

Le silence retomba brutalement.

Vaelith ne répondit pas immédiatement.

Mais cela suffisait déjà.

Lythra sentit le froid remonter lentement dans sa poitrine.

Puis Vaelith parla enfin.

Très bas.

— Parfois.

Le vent souleva doucement les cendres autour d’eux.

Puis il ajouta :

— Je sais que ce n’est pas réel.

Le souffle de Lythra ralentit légèrement.

Mais Vaelith continua.

Et cette fois…

sa voix semblait beaucoup plus fatiguée.

— Le problème…
c’est que lui aussi le sait.

Le silence sembla se déchirer autour d’eux.

Kael détourna immédiatement les yeux.

Comme s’il ne savait pas quoi répondre à ça.

Puis quelque chose résonna très loin dans la vallée.

Une cloche.

Immense.

Le son traversa immédiatement tout le seuil.

Lythra sentit la vibration jusque dans sa cage thoracique.

Puis une deuxième cloche résonna.

Plus grave.

Les ruines blanches semblaient trembler légèrement autour d’eux maintenant.

Kael porta brutalement une main à sa tête.

— Bordel…

Le son lui faisait mal.

Réellement mal.

Puis une troisième cloche éclata dans les profondeurs du seuil.

Et Vaelith vacilla légèrement.

Le souffle de Lythra se coupa immédiatement.

Un mince filet de sang coulait maintenant de son nez.

Le battement du sanctuaire.

Non.

Quelque chose d’encore plus ancien.

Le vent se leva soudainement dans la vallée blanche.

Les cendres tournoyèrent autour des ruines.

Puis Lythra les vit enfin.

Très loin devant eux.

Des arches.

Immenses.

Noires.

Le cœur de Lythra ralentit brutalement.

Parce que ces arches traversaient littéralement les nuages gris du seuil.

Même à cette distance…
elles semblaient impossibles.

Et entre leurs fissures blanches pulsantes…

quelque chose respirait.

Les arches noires dominaient maintenant toute la vallée.

À mesure qu’ils avançaient…
elles semblaient grandir.

Ou peut-être que le sanctuaire déformait simplement les distances autour de lui.

Le vent soufflait plus fort désormais entre les ruines blanches. Les cendres tournaient lentement autour des colonnes effondrées pendant que les immenses structures noires traversaient le ciel gris comme les côtes d’une créature enterrée sous le monde.

Lythra n’arrivait plus à détourner les yeux.

Parce que quelque chose dans ce sanctuaire paraissait faux.

Pas “ancien”.

Impossible.

Les arches ne semblaient pas construites.

Elles donnaient l’impression d’avoir poussé hors de la terre elle-même.

Puis le battement résonna.

Immense.

Le sol vibra sous leurs pieds.

Kael s’arrêta immédiatement.

Le souffle coupé.

— Vous avez senti ça ?

Personne ne répondit.

Parce qu’ils l’avaient tous senti.

Pas seulement entendu.

Le battement remontait directement depuis les profondeurs sous la vallée.

Et chaque pulsation faisait légèrement trembler les fissures blanches visibles dans les arches du sanctuaire.

Comme des veines.

Le vent souleva brutalement les cendres autour d’eux.

Puis Lythra aperçut enfin l’eau.

Le froid traversa immédiatement sa poitrine.

Un immense lac noir entourait les fondations du sanctuaire.

Pas une eau normale.

Quelque chose de beaucoup trop sombre.
Trop immobile.

Même le vent semblait incapable de créer des vagues à sa surface.

Puis quelque chose bougea dessous.

Le souffle de Lythra s’écrasa brutalement dans sa gorge.

Une forme.

Immense.

Le mouvement traversa lentement les profondeurs noires avant de disparaître.

Mais la taille seule était impossible.

Kael recula immédiatement d’un pas.

— Ah non.

Sa voix trembla légèrement.

— Non non non.

Puis le battement résonna encore.

Et cette fois…

l’eau répondit.

Le lac entier vibra doucement autour des fondations du sanctuaire.

Puis plusieurs lumières apparurent sous la surface noire.

Très faibles.

Lythra sentit immédiatement son ventre se nouer.

Parce qu’elle se souvenait des récits de Selen.
Des carnets.
Des dessins.

Les lumières montaient lentement depuis les profondeurs.

Puis Vaelith parla brusquement.

— Ne regardez pas trop longtemps.

Sa voix était beaucoup plus tendue maintenant.

Le groupe détourna aussitôt les yeux du lac.

Mais Lythra avait déjà vu quelque chose d’autre.

Entre les arches du sanctuaire…
très loin au-dessus des eaux noires…

des silhouettes.

Des statues peut-être.

Ou des gens.

Immobiles.

Le vent souffla violemment dans la vallée blanche.

Puis les cloches résonnèrent encore.

Plus proches cette fois.

Le son traversa littéralement les arches noires.

Et quelque chose répondit sous le lac.

Un bruit immense.

Humide.

Comme une respiration.

Kael pâlit immédiatement.

— J’ai vraiment l’impression qu’on vient de faire la pire erreur de notre vie.

Le groupe continua pourtant d’avancer.

Parce qu’il n’y avait plus réellement d’autre direction possible maintenant.

Le sanctuaire occupait tout l’horizon.

Ils atteignirent les fondations du sanctuaire au crépuscule gris du seuil.

Ou ce qui ressemblait à un crépuscule.

Impossible de savoir ici.

Les arches noires montaient désormais si haut que Lythra n’en distinguait plus le sommet. Les fissures blanches pulsant sous leur surface éclairaient parfois la pierre humide comme des éclairs enfermés dans du marbre noir.

Et plus ils approchaient…

plus le battement devenait fort.

Le sol vibrait constamment maintenant.

Lentement.

Comme un cœur gigantesque dormant sous les fondations.

Puis ils découvrirent l’entrée inférieure.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Une immense ouverture noire traversait la base du sanctuaire entre plusieurs arches effondrées. Des chaînes gigantesques descendaient dans les profondeurs invisibles tandis que des symboles blancs pulsaient directement dans les murs autour du passage.

Et l’air…

l’air qui remontait de l’intérieur était glacial.

Humide.

Mort.

Kael regardait les profondeurs avec un mélange de fascination et de terreur.

— On est vraiment en train d’entrer là-dedans ?

Le battement résonna brutalement sous leurs pieds.

Plus fort que jamais.

Puis Vaelith s’arrêta net.

Le groupe se retourna immédiatement vers lui.

Son visage avait changé.

Complètement.

La couleur avait quitté sa peau.

Ses yeux restaient fixés sur l’entrée noire du sanctuaire.

Puis il murmura :

— Arich…

Le silence explosa autour d’eux.

Lythra sentit immédiatement le froid revenir dans sa poitrine.

Puis Vaelith tourna très légèrement la tête.

Comme s’il écoutait quelqu’un juste à côté de lui.

Et sa voix trembla lorsqu’il répéta :

— Qu’est-ce que tu veux dire…?

Kael pâlit brutalement.

Parce qu’il comprenait lui aussi maintenant.

Vaelith entendait encore quelque chose.

Puis lentement…

Vaelith leva les yeux vers les profondeurs du sanctuaire.

Et murmura finalement :

— Il dit de ne pas descendre.

Le silence après les paroles de Vaelith sembla dévorer tout le sanctuaire.

Même le vent avait disparu.

Lythra regardait Vaelith sans réussir à respirer correctement. Les fissures blanches pulsant dans les arches noires éclairaient faiblement son visage pâle pendant que le battement immense continuait de vibrer sous les fondations.

Puis Kael murmura :

— Il est encore là…

Pas une question.

Une constatation.

Vaelith ne répondit pas immédiatement.

Ses yeux restaient fixés sur les profondeurs du sanctuaire.

Comme s’il écoutait quelqu’un.

Puis très lentement…

il secoua la tête.

— Non.

Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.

Parce que ce “non” sonnait faux.

Puis Vaelith recula légèrement de l’entrée noire.

Ses doigts tremblaient autour de la lanterne d’Arich maintenant.

Et soudain—

le battement résonna brutalement sous leurs pieds.

Immense.

Le sol vibra violemment.

Kael jura immédiatement tandis qu’une pluie de poussière noire tombait des arches au-dessus d’eux.

Puis une voix murmura dans les profondeurs du sanctuaire.

Très faible.

Impossible à comprendre.

Mais Vaelith l’entendit.

Lythra le vit immédiatement.

Son visage changea brutalement.
Comme frappé en plein cœur.

Puis il avança vers l’entrée.

Un pas.

Seulement un.

Mais le mouvement glaça immédiatement le sang de Lythra.

Parce qu’il ne semblait plus totalement conscient de ce qu’il faisait.

— Vaelith.

Il ne réagit pas.

Le battement vibra encore.

Et la voix revint.

Plus distincte cette fois.

Lythra n’entendait toujours pas les mots.
Seulement une présence.

Mais Vaelith, lui…

semblait écouter quelqu’un parler juste devant lui.

Puis il murmura :

— Je sais…

Kael attrapa immédiatement son bras.

Fort.

— Hé.
Regarde-moi.

Vaelith cligna lentement des yeux.

Comme quelqu’un sortant difficilement d’un rêve.

Puis il fixa enfin Kael.

Le silence retomba brutalement.

Et pendant une seconde…

Lythra aperçut une peur immense dans le regard de Vaelith.

Pas du sanctuaire.

De lui-même.

Puis il souffla difficilement :

— Je l’entends de plus en plus clairement.

Le froid remonta immédiatement dans la nuque de Lythra.

Le lac noir autour du sanctuaire vibrait doucement maintenant. Des lumières pâles dérivaient lentement sous la surface pendant que les arches gigantesques grinçaient dans les hauteurs du seuil.

Puis Kael demanda finalement :

— Qu’est-ce qu’il dit ?

Vaelith resta silencieux plusieurs secondes.

Trop longtemps.

Puis il répondit enfin.

Très bas.

— Que quelque chose nous attend en dessous.

Le silence sembla devenir vivant autour d’eux.

Puis le battement résonna encore.

Et cette fois…

l’entrée noire du sanctuaire s’illumina faiblement.

Les symboles blancs gravés dans les murs commencèrent à pulser plus vite.

Comme si le lieu lui-même venait de les reconnaître.

Ils descendirent malgré tout.

L’air changea immédiatement dès qu’ils franchirent l’entrée inférieure.

Le froid devint humide.
Lourd.

Et surtout…

le sanctuaire respirait ici.

Lythra le sentait dans les murs.

Dans les vibrations lentes parcourant les arches noires autour d’eux.

Les chaînes gigantesques suspendues au plafond disparaissaient dans des profondeurs invisibles pendant que les symboles blancs pulsaient faiblement sous la pierre comme des veines lumineuses.

Puis l’odeur arriva.

Le ventre de Lythra se noua immédiatement.

De l’eau stagnante.
De la pierre humide.
Et quelque chose d’autre.

Quelque chose de mort.

Le groupe avançait lentement maintenant dans un immense couloir descendant vers les profondeurs. Le bruit de leurs pas résonnait énormément dans le sanctuaire tandis que le battement immense semblait devenir plus fort à chaque niveau.

Puis Kael ralentit brutalement.

— Attendez.

Sa voix résonna faiblement dans l’obscurité.

Il venait d’apercevoir quelque chose sur les murs.

Lythra approcha lentement la lumière.

Et sentit immédiatement le froid traverser sa poitrine.

Des marques.

Des centaines.

Gravées directement dans la pierre noire.

Pas des symboles anciens.

Des noms.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Des dizaines.
Des centaines peut-être.

Certains encore lisibles.
D’autres presque effacés par le temps et l’humidité.

Puis elle aperçut certaines phrases gravées entre eux :

“Il rêve encore.”
“Ne regardez pas l’eau.”
“Nous l’entendons même en dormant.”

Le silence devint immense.

Puis Kael éclaira plus loin.

Et son visage pâlit immédiatement.

Parce qu’au milieu des noms…

certains étaient barrés.

Pas avec de l’encre.

Avec des griffures profondes directement dans la pierre.

Comme si quelqu’un avait essayé de les effacer violemment.

Puis Vaelith s’arrêta net.

Le groupe tourna immédiatement les yeux vers lui.

Il fixait un nom précis dans le mur.

Son souffle semblait irrégulier maintenant.

Puis Lythra regarda elle aussi.

Et sentit immédiatement son cœur ralentir.

Arich.

Le nom était gravé beaucoup plus profondément que les autres.

Et juste en dessous…

une phrase.

Très courte.

“Il est descendu plus bas.”

Le sanctuaire semblait descendre à l’infini.

Depuis qu’ils avaient franchi l’entrée inférieure, le groupe avançait dans des galeries toujours plus sombres où l’humidité coulait directement le long des murs noirs. Les chaînes suspendues au plafond grinçaient parfois très haut dans les profondeurs invisibles pendant que les fissures blanches pulsaient sous la pierre comme des veines malades.

Et plus ils descendaient…

plus Vaelith ralentissait.

Lythra le remarqua immédiatement.

Il observait constamment les couloirs autour d’eux maintenant.
Les arches.
Les symboles.

Comme quelqu’un cherchant quelque chose qu’il ne retrouvait plus.

Puis ils atteignirent une immense galerie noyée dans une brume humide.

Le battement du dormeur résonnait tellement fort ici que les murs vibraient légèrement autour d’eux.

Et Vaelith s’arrêta net.

Le silence retomba immédiatement.

Kael releva sa lanterne.

— Quoi ?

Vaelith regardait l’arche centrale de la galerie.

Ou plutôt…

ce qui avait poussé autour.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Des fissures blanches traversaient maintenant toute la structure noire du sanctuaire. Certaines sortaient littéralement des murs comme des racines lumineuses. D’autres pulsaient sous la pierre humide avant de disparaître dans les profondeurs.

Et surtout…

certaines arches semblaient avoir changé de forme.

La pierre était gondolée par endroits.
Comme ramollie.

Le sanctuaire ne ressemblait plus réellement à un bâtiment.

Quelque chose de vivant grandissait à l’intérieur.

Puis Vaelith murmura enfin :

— Ce n’était pas comme ça avant.

Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.

Kael tourna lentement la tête vers lui.

— “Avant” quand ?

Vaelith resta silencieux plusieurs secondes.

Le battement vibra sous leurs pieds.

Puis il répondit :

— Quand Arich et moi sommes venus ici.

Le silence sembla se resserrer autour du groupe.

Vaelith avançait lentement maintenant dans la galerie humide. Ses doigts glissaient parfois contre certaines pierres noires comme s’il essayait de reconnaître l’endroit malgré les transformations du sanctuaire.

Puis il s’arrêta devant un immense mur fissuré.

Le souffle de Lythra ralentit.

Parce qu’une partie entière du couloir semblait avoir été déplacée.

Comme si quelque chose avait poussé derrière les murs.

Les pierres étaient tordues.
Écartées.
Fendues de l’intérieur.

Puis Vaelith murmura beaucoup plus bas :

— Les profondeurs grandissent.

Le vent humide traversa lentement la galerie.

Et soudain…

un craquement résonna très loin sous le sanctuaire.

Pas un effondrement.

Quelque chose de plus lent.

Comme des os gigantesques bougeant dans le noir.

Kael pâlit immédiatement.

— Je déteste profondément ce bâtiment.

Mais même sa tentative d’humour sonnait fragile ici.

Puis le groupe reprit la marche.

Et plus ils avançaient…

plus le sanctuaire devenait humide.

De l’eau noire coulait maintenant directement le long des murs fissurés. Certaines portions du sol semblaient presque organiques sous les lanternes, couvertes de veines blanches pulsantes disparaissant dans la pierre.

Puis Vaelith s’arrêta brusquement devant une ancienne porte métallique à moitié ouverte.

Le cœur de Lythra ralentit brutalement.

Parce qu’il y avait des traces récentes ici.

Des empreintes.
Des tissus déchirés.
Et surtout…

une lanterne encore allumée faiblement au sol.

Le groupe échangea immédiatement un regard.

Selen.

Elle était passée ici.

Ils découvrirent le campement peu après.

Ou ce qu’il en restait.

Une immense salle latérale s’ouvrait sur plusieurs arches noires effondrées où des voyageurs avaient clairement essayé de s’installer autrefois. Des couvertures humides jonchaient encore le sol entre les pierres fissurées pendant que des sacs éventrés reposaient contre les murs.

Mais quelque chose clochait immédiatement.

Tout semblait abandonné dans la précipitation.

Comme si les gens avaient fui en laissant leurs affaires derrière eux.

Le silence devint immense.

Puis Kael s’accroupit près d’un sac renversé.

Ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’il écarta le tissu détrempé.

Et son visage changea immédiatement.

Le souffle de Lythra ralentit.

À l’intérieur…

de petits vêtements.

Beaucoup trop petits.

Le silence explosa brutalement dans la salle noire.

Kael resta immobile plusieurs secondes avant de refermer lentement le sac.

Puis il murmura :

— Ils avaient amené des enfants ici…

Sa voix semblait écœurée.

Le battement vibra lourdement sous les profondeurs.

Puis Lythra aperçut des notes humides éparpillées près d’une ancienne table métallique.

Elle en attrapa une lentement.

Le papier collait presque sous ses doigts.

L’écriture était tremblante.
Précipitée.

“Les rêves sont devenus plus agressifs.”
“Les profondeurs bougent la nuit.”
“Les statues nous observent maintenant même lorsqu’elles dorment.”

Le froid traversa immédiatement son ventre.

Puis une autre ligne attira son regard.

Écrite beaucoup plus violemment.

Comme dans la panique.

“Ne laissez jamais les enfants regarder l’eau.”

Le silence sembla se tordre autour d’eux.

Puis quelque chose résonna au loin dans le sanctuaire.

Un bruit métallique.

Très faible.

Le groupe releva immédiatement la tête.

Puis plus rien.

Seulement le battement immense sous les profondeurs noires.

Le bruit métallique résonna encore.

Très loin dans les profondeurs du sanctuaire.

Le groupe resta immobile immédiatement.

Le silence semblait absorber chaque respiration autour d’eux pendant que les fissures blanches pulsaient lentement sous les arches noires.

Puis le bruit revint.

Clang.

Comme une chaîne traînée sur la pierre humide.

Kael releva aussitôt sa lanterne.

— Dites-moi que vous avez entendu ça.

Personne ne répondit.

Parce qu’ils l’avaient tous entendu.

Le battement du dormeur vibra profondément sous les fondations.

Et soudain…

quelque chose bougea dans l’eau noire au bout de la galerie.

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Ils n’avaient même pas remarqué le canal noyé traversant cette partie du sanctuaire. Une longue étendue d’eau sombre glissait silencieusement sous plusieurs arches effondrées avant de disparaître plus loin dans les profondeurs.

Puis une voix murmura sous la surface.

Très faible.

Lythra se figea immédiatement.

Parce qu’elle reconnaissait cette voix.

— Lythra…

Le froid traversa brutalement sa poitrine.

La surface noire ondulait à peine.

Puis la voix revint.

Plus proche.

— Lythra…

Kael tourna brutalement la tête vers elle.

— Tu l’as entendue aussi ?

Le ventre de Lythra se noua.

Puis une autre voix traversa l’eau.

Cette fois…

Zackel.

— Revenez…

Le silence sembla devenir vivant autour d’eux.

Vaelith s’approcha immédiatement du canal noir.

Ses yeux fixaient la surface avec une tension grandissante.

Puis une troisième voix murmura sous l’eau.

Arich.

Le souffle de Lythra s’écrasa brutalement dans sa gorge.

Et Vaelith comprit immédiatement lui aussi.

Parce qu’il recula d’un coup.

Comme frappé physiquement.

Puis il murmura :

— Ne répondez jamais.

Sa voix claqua violemment dans la galerie humide.

Le battement vibra encore.

Et les voix recommencèrent immédiatement sous la surface.

Plus nombreuses maintenant.

Certaines pleuraient.
D’autres murmuraient des prénoms.
D’autres semblaient demander de l’aide dans les profondeurs.

Puis quelque chose glissa lentement sous l’eau noire.

Immense.

Le canal entier vibra légèrement autour d’eux.

Kael recula aussitôt.

— Ah non.
Ah non non non.

La forme passa lentement sous une arche noyée avant de disparaître.

Mais la taille seule était monstrueuse.

Le souffle de Lythra devenait irrégulier.

Puis les voix cessèrent brutalement.

Le silence retomba d’un coup.

Et pendant une seconde…

Lythra aperçut son propre reflet sous l’eau.

Mais quelque chose clochait.

Son reflet souriait.

Le froid traversa immédiatement tout son corps.

Puis l’eau éclata violemment.

Une immense vague noire frappa les piliers noyés autour du canal.

Le groupe sursauta brutalement.

Et Vaelith attrapa immédiatement Lythra pour la tirer loin de l’eau.

— On avance.
Maintenant.

Personne ne protesta.

Ils descendirent encore plus profondément.

Le sanctuaire devenait gigantesque ici.

Des plateformes suspendues traversaient maintenant des gouffres noyés dans l’obscurité pendant que des chaînes immenses disparaissaient dans les profondeurs invisibles sous leurs pieds.

Et partout…

des statues.

Certaines debout.
D’autres agenouillées.
D’autres effondrées contre les murs.

Toutes fissurées.

Toutes traversées par ces lignes blanches pulsantes.

Lythra évitait leurs regards.

Parce qu’elle avait constamment l’impression qu’elles bougeaient dès qu’elle cessait de les observer.

Puis Kael ralentit brusquement.

Sa lanterne éclairait quelque chose au sol.

Des pages.

Humides.
Déchirées.

Le cœur de Lythra ralentit brutalement.

Vaelith s’accroupit immédiatement près des pages humides.

Le papier collait presque sous ses doigts.

L’écriture n’était pas celle d’Arich.

Beaucoup plus irrégulière.
Tremblante.

Comme écrite par quelqu’un perdant lentement le contrôle de ses mains.

Puis Kael murmura :

— C’est récent…

Le battement vibra profondément sous les fondations.

Vaelith lut lentement les premières lignes.

“Les arches changent pendant son sommeil.”
“Les galeries ne restent jamais identiques plus de quelques jours.”
“Les statues nous suivent maintenant jusque dans les rêves.”

Le silence sembla se resserrer autour d’eux.

Puis une autre phrase attira immédiatement l’attention de Lythra.

Écrite beaucoup plus violemment.

“La fille descend encore plus bas chaque nuit.”

Le souffle de Lythra ralentit brutalement.

Kael releva immédiatement la tête.

— Selen ?

Vaelith continuait de lire.

Son visage devenait plus fermé à chaque ligne.

“Le vieil homme refuse de l’arrêter.”
“Il dit qu’elle doit voir le dormeur.”

Le battement vibra de nouveau sous le sanctuaire.

Et cette fois…

quelque chose répondit très loin dans l’eau noire sous leurs pieds.

Puis une dernière phrase apparaissait tout en bas de la page.

Presque illisible sous l’humidité.

“Si elle atteint les fondations,
le sanctuaire ne la laissera plus repartir.”

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