Entrée apocryphe — Le petit roi de Bourges
Autres temps, autre époque, autres mœurs… et surtout autre embrouille — mais aussi débrouille.
Mais cette fois, la ville n’était plus seulement une étape.
C’était une capitale.
Ou, pour être plus exact, ce qui s’en rapprochait le plus dans un royaume encore en cours de récupération.
Les Anglais appellent d’ailleurs notre roi Charles VII le petit roi de Bourges.
Je me garderai bien de juger la formule.
Disons simplement qu’elle circule.
Toutefois, je n’étais pas entièrement démuni.
Pas cette fois.
J’avais pris soin, lors d’un précédent… contretemps, de me munir de ce qui, en ces temps, vaut mieux qu’un bon discours.
Des lettres.
Dûment scellées.
Obtenues par l’intermédiaire de Guillaume de Nogaret.
Signées, en ordre, et surtout suffisamment impressionnantes pour décourager les questions trop précises.
Je les présentai.
On observa le sceau avec une suspicion teintée d’admiration.
Puis on me laissa passer.
Je ne saurais dire si l’on crut au document, ou simplement à mon aplomb.
Dans les deux cas, le résultat me convenait parfaitement.
Me voici donc à Bourges, en pleine guerre de Cent Ans, muni d’un statut quasi usurpé autrefois, mais dont personne ne pouvait contester la validité sans remettre en cause l’autorité royale elle-même.
Une situation que je qualifierais volontiers de confortable… pour le moment.
Ai-je rencontré Agnès Sorel, Louis, dauphin du royaume, ou même Jeanne d’Arc ?
Eh bien oui.
Et non.
Je les ai croisés, au gré des déplacements entre Bourges et Mehun-sur-Yèvre.
Je me garderai toutefois d’en dire davantage.
Car Jacques Cœur, déjà, m’appelle.
Je connaissais vaguement son histoire.
Était-il un roublard ?
Oui.
Était-il loyal ?
Également.
Et c’est précisément ce qui rendait l’ensemble difficile à suivre.
Sa loyauté allait au royaume.
Son esprit, à ses affaires.
Et entre les deux, il évoluait avec une aisance qui confinait à l’art.
Je compris très vite que cet homme ne subissait pas son époque.
Il s’y déplaçait, naviguant en eaux troubles, gardant toujours le cap — même dans les tempêtes les plus houleuses.
Puis une pensée, qui ne me quitte jamais — du moins pas vraiment :
que deviennent mes écrits, ceux laissés à Avaricum ?
Pour le moment, aucune trace.
Et malgré mon tutoiement du pouvoir, la recherche de leur survie relève davantage de la quête labyrinthique… que d’un « OK Google » si commode et bien trop facile.
En attendant, je me contente de la discrétion des choses mal placées.
J’aimerais bien vous dire ce que me réserve l’avenir.
Mais, en l’occurrence, je crains que la formulation la plus exacte serait plutôt :
que me réserve le passé ?

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