Prologue

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Il fut un temps où il n’existait qu’un seul monde.

Un monde vaste, vivant, vibrant d’une magie qui ne connaissait ni limites ni lois. Elle coulait dans la terre comme une sève infinie, respirait dans l’air, chantait dans les rivières, et brûlait au cœur de chaque être vivant.

On ne la craignait pas.

On ne la contrôlait pas.

On vivait avec elle.

La magie n’était pas un pouvoir.
Elle était une présence.

Une conscience diffuse, imprévisible, parfois bienveillante… parfois terrible.

Et pourtant, les peuples prospéraient.

Des cités s’élevaient au-dessus des forêts éternelles. Des royaumes s’étendaient jusqu’aux montagnes d’obsidienne. Et dans les profondeurs, des créatures anciennes veillaient sur des secrets que nul n’osait troubler.

Mais la magie change.

Toujours.

Elle n’est jamais stable.

Et un jour… elle devint trop forte.

Tout commença par des anomalies.

Des rivières qui remontaient leur cours.
Des arbres qui saignaient une sève noire.
Des créatures qui mutaient, devenant autre chose, quelque chose d’instable, d’incompréhensible.

Puis vinrent les murmures.

Des voix dans le vent.
Des promesses dans l’ombre.
Des appels que certains seuls pouvaient entendre.

Certains les suivirent.

D’autres les fuirent.

Mais personne ne comprit.

Les premiers à tomber furent les érudits.

Ceux qui pensaient comprendre.

Ils cherchèrent à canaliser la magie, à lui imposer des règles, à la diviser, à la contenir.

Ils échouèrent.

Leurs corps furent les premiers à se briser sous son poids. Leurs esprits, déformés, éclatés, laissèrent derrière eux des vestiges de savoirs fragmentés… et dangereux.

Puis ce furent les royaumes.

Des terres entières disparurent en une nuit. Englouties, brûlées, transformées.

Des villes devinrent des ruines vivantes.
Des hommes devinrent des ombres.
Et certaines créatures… devinrent des légendes que même la mort refusait d’effacer.

Le monde lui-même semblait se fissurer.

Alors ils comprirent.

Trop tard.

La magie n’était pas faite pour être contenue.

Mais elle devait être arrêtée.

Ce furent les souverains qui prirent la décision.

Rois. Reines. Sages. Prêtresses.

Ceux dont le sang portait encore une résonance ancienne, une affinité rare avec la magie elle-même.

Ils se réunirent.

Non pas pour sauver leur monde.

Mais pour le diviser.

Le rituel dura des jours. Peut-être des semaines. Peut-être plus.

Le temps lui-même s’était mis à trembler.

Ils creusèrent dans la trame du monde. Ils appelèrent la magie, non pour la contrôler, mais pour la forcer à se séparer. Et elle résista.

Le ciel se déchira. La terre hurla.

Les océans se soulevèrent comme des bêtes enragées.

Et au cœur de ce chaos, une fissure apparut. Fine.

Presque invisible. Mais réelle.

Alors ils poussèrent.

Encore.

Encore.

Jusqu’à ce que la fissure devienne une plaie.

Et la plaie… un abîme.

Le monde se brisa en deux.

D’un côté :
un monde où la magie pouvait encore exister, libre, vivante, incontrôlable.

Un monde de beauté sauvage, de créatures anciennes, de forces qui respiraient au rythme d’une volonté propre.

Ce monde fut plus tard nommé… Eryndor.

De l’autre :
un monde où la magie serait contenue, limitée, surveillée.

Un monde où les hommes pourraient survivre sans être dévorés par elle.

Un monde fragile, imparfait… mais stable.

Entre les deux :

La Barrière.

Une frontière invisible.

Vivante.

Fragile.

Maintenue non par la pierre, ni par les armes…

Mais par le sang.

Le sang de ceux qui avaient osé briser le monde.

Leur lignée devint le pilier de cet équilibre.

Un héritage.

Un fardeau.

Une condamnation.

Mais le rituel n’était pas parfait.

Il ne pouvait pas l’être.

Quelque chose resta coincé entre les deux mondes.

Ni complètement d’un côté.
Ni entièrement de l’autre.

Une présence.

Ancienne.

Altérée.

Brisée.

Elle n’avait plus de forme stable.

Plus de place.

Plus de repos.

Et elle avait faim.

Au début, elle ne fit que murmurer.

Puis elle apprit.

Elle observa.

Elle comprit.

Elle ne pouvait pas franchir la barrière.

Mais elle pouvait toucher ceux dont le sang y était lié.

Alors elle attendit.

Les siècles passèrent.

Les royaumes tombèrent.
Les vérités furent oubliées.
Les récits devinrent des mythes… puis des cendres.

Mais la barrière, elle, tenait encore.

Grâce aux rituels.
Grâce aux sacrifices.
Grâce à ceux qui continuaient, sans comprendre, à nourrir ce fragile équilibre.

Et pourtant…

Quelque chose changeait.

Des fissures, à peine perceptibles.

Des anomalies.

Des murmures qui revenaient.

Le cycle…

Recommençait.

Dans l’obscurité entre les mondes, la présence ouvrit les yeux.

Des yeux noirs.

Profonds.

Vides… et pourtant brûlants d’une conscience intacte.

Elle sentit quelque chose.

Quelqu’un. Un écho. Un appel.

Une trace de ce sang ancien… Mais différent. Plus pur. Plus proche.

Elle sourit. Lentement. Difficilement.

Comme si ce simple geste lui coûtait.

Puis elle murmura.

Une voix brisée. Ancienne. Patiente.

« Enfin… »

Le silence retomba.

Mais cette fois…

Il n’était plus vide.

Le monde, lui, continuait de respirer.

Ignorant.

Fragile.

Suspendu à un équilibre qui n’aurait jamais dû exister.

Et quelque part, dans une terre rude et oubliée…

Une enfant grandissait.

Sans savoir…

Qu’elle était née d’un monde qui n’était plus le sien.

Et que bientôt…

Les deux mondes la réclameraient.

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