Chapitre 25

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La voix de sa mère monta depuis la pièce principale, claire, posée, mais différente de d’habitude, comme si chaque mot avait été préparé à l’avance et qu’aucun ne devait être laissé au hasard.

— Lythra.

Elle s’arrêta sur le seuil.

Juste une seconde.

Sa main encore posée sur le bois de la porte, ses doigts légèrement crispés, comme si franchir cette limite n’était pas un geste simple mais un engagement, un passage d’un état à un autre. Elle sentit la chaleur à sa nuque pulser légèrement, plus vive que quelques instants plus tôt, comme une réaction à ce moment précis.

— Je suis là, répondit-elle finalement.

Sa voix était stable.

Plus qu’elle ne l’aurait cru.

Elle entra.

La pièce était la même, mais elle ne l’était plus vraiment. La table, la lampe, les chaises, tout était en place, et pourtant, quelque chose avait changé dans la manière dont l’espace se tenait, comme si les murs eux-mêmes s’étaient resserrés autour de ce qui allait être dit. La lumière était plus basse, filtrée, volontairement contenue, comme si on cherchait à éviter toute distraction inutile.

Sa mère était déjà assise.

Droite.

Mais moins rigide que la veille.

Ses mains n’étaient plus crispées, mais posées à plat sur la table, comme si elle s’était préparée à rester ainsi longtemps.

Sa tante était là aussi.

Debout, légèrement en retrait, proche du mur, dans une position qui n’était pas effacée mais qui refusait de s’imposer frontalement. Elle observait, comme toujours, avec cette attention silencieuse, cette présence qui ne cherchait pas à dominer la scène mais qui en contrôlait pourtant chaque équilibre.

Lythra s’approcha.

Tira la chaise.

S’assit.

Le bois grinça légèrement.

Et le silence tomba.

Un silence différent.

Pas un silence d’hésitation.

Un silence d’avant.

Sa mère inspira lentement.

— Je vais parler sans m’arrêter.

Le mot resta.

— Et tu vas écouter.

Lythra ne répondit pas.

Mais elle acquiesça légèrement.

— Et après, tu pourras poser des questions.

Un temps.

— Toutes les questions.

Le mot résonna.

Toutes.

Lythra sentit quelque chose s’activer en elle.

Pas de la confiance.

Mais de l’attention.

— D’accord.

Sa mère baissa légèrement les yeux.

Puis les releva.

Et commença.

— Il existe un autre monde.

La phrase tomba simplement.

Sans effet.

Sans mise en scène.

Mais elle résonna malgré tout.

— Ce monde n’est pas séparé du nôtre comme on te l’a toujours dit.

Un silence.

— Il est lié.

Lythra ne bougea pas.

Mais son regard ne quitta pas celui de sa mère.

— Lié comment ?

— Par ce que nous appelons la magie.

Le mot s’installa.

— Pas la magie comme une capacité individuelle. Pas un pouvoir qu’on possède. Mais une force.

Elle posa une main sur la table.

— Une force qui circule entre les deux mondes.

Un silence.

— Et qui se manifeste ici.

Lythra sentit la chaleur à sa nuque pulser légèrement plus fort.

— Elle existe partout.

Sa mère continua.

— Dans l’eau. Dans l’air. Dans la terre. Dans le feu.

Chaque mot semblait s’ancrer dans quelque chose de plus ancien que la simple explication.

— Ce ne sont pas seulement des éléments. Ce sont des vecteurs.

Un silence.

— Des manières de faire passer la magie.

Lythra fronça légèrement les sourcils.

— Faire passer ?

Sa mère hocha lentement la tête.

— Oui. La magie ne naît pas ici. Elle passe.

Le mot resta.

— Elle traverse.

Un léger silence.

— Et ceux qui y sont sensibles…

Elle s’arrêta une fraction de seconde.

— Peuvent interagir avec elle.

Lythra sentit son cœur ralentir légèrement.

— Interagir comment ?

— En la modelant.

Sa mère posa sa main à plat sur la table.

— L’eau peut réagir. Se déplacer. Se condenser. L’air peut changer de densité. Se comprimer. Porter. Le feu peut être nourri. Amplifié. Contrôlé. La terre peut se fissurer. Se soulever. Se recomposer.

Chaque phrase était dite sans emphase.

Mais avec précision.

— Et parfois…

Un silence.

— On peut créer.

Le mot resta.

Lythra sentit quelque chose se contracter en elle.

— Créer quoi ? Des formes. Des structures. Des choses qui n’existaient pas avant.

Un silence.

— Mais jamais à partir de rien.

Elle leva légèrement un doigt.

— Toujours à partir de ce qui est déjà là.

Le mot s’imprima.

— C’est une transformation.

— Pas une invention.

Lythra resta immobile.

Écoutant.

Mais déjà en train d’analyser.

— Et c’est ce que vous appelez la magie ?

— Oui.

Un silence.

Puis sa mère continua.

— Mais ce n’est pas tout.

Le ton changea légèrement.

Plus grave.

— Il y a des règles.

Le mot resta.

— Et surtout…

Elle marqua une pause.

— Des interdits.

Le silence qui suivit fut plus dense.

La tante ne bougea pas.

Mais son regard sembla se fixer davantage.

— Pourquoi ?

demanda Lythra.

Sa voix était basse.

— Parce que sans limites…

Sa mère la regarda.

— La magie détruit plus qu’elle ne crée.

Le mot resta.

— Les premiers à l’avoir utilisée l’ont compris trop tard.

Un temps.

— Ils ont cru pouvoir faire plus. Aller plus loin. Forcer. Dominer.

Le mot tomba.

— Et c’est là que les choses ont commencé à se briser.

Lythra sentit son attention se tendre.

— Quels interdits ?

Sa mère inspira.

Puis répondit.

— Le premier.

Un silence.

— Ne jamais utiliser la magie contre un autre être.

Le mot resta.

— Pas pour blesser. Pas pour contrôler. Pas pour imposer.

Lythra fronça légèrement les sourcils.

— Pourquoi ? Parce que la magie amplifie. Ce que tu es. Ce que tu ressens.

Un silence.

— Et quand elle est dirigée vers quelqu’un…

Elle hésita à peine.

— Elle ne s’arrête pas là.

Le mot resta.

— Elle revient. Elle se répand. Elle détruit plus que ce que tu visais.

Un silence.

— Le deuxième interdit.

La tension monta.

— Ne jamais se croire au-dessus de la nature.

Le mot tomba.

— La magie n’est pas un outil. Elle n’est pas à toi. Elle ne t’appartient pas. Tu es en relation avec elle.

Un silence.

— Pas en domination.

Lythra sentit une légère crispation dans sa poitrine.

— Ceux qui ont essayé…

Sa mère la regarda.

— Ont été brisés.

Le mot resta.

— Transformés.

Un court silence.

— Ou enfermés.

Lythra ne bougea pas.

Mais quelque chose réagit en elle.

Instantanément.

— Le troisième interdit.

La voix de sa mère devint plus lente.

— Ne jamais renier l’ordre du monde. Le palais. La royauté.

Le mot tomba.

Plus lourd.

— Pourquoi ?

demanda Lythra.

— Parce que cet ordre a été créé pour maintenir l’équilibre. Pour contenir ce qui ne devait pas circuler librement.

Un silence.

— Ceux qui l’ont refusé…

Sa mère marqua une pause.

— Ont ouvert des brèches.

Lythra sentit sa nuque chauffer.

Plus fort.

— Et le dernier.

La pièce sembla se refermer légèrement.

— Ne jamais refuser la limite.

Le mot resta.

— Chaque être lié à la magie…

Elle regarda Lythra.

— Ne peut en porter qu’une partie.

Un silence.

— Une moitié.

Le mot s’imprima profondément.

— Entre deux mondes. Entre deux réalités. Entre deux états.

Lythra sentit son cœur ralentir.

— Et si quelqu’un refuse ça ?

Un silence.

Long.

Puis sa mère répondit.

— Alors il tente de prendre plus que ce qu’il peut contenir.

Le mot resta.

— Et c’est là que tout commence à céder.

La pièce retomba dans un silence lourd.

Et Lythra…

écoutait encore.

Mais déjà…

elle cherchait ce qu’elle ferait à l’inverse.

Le silence qui suivit les interdits ne fut pas immédiat, mais progressif, comme si les mots de sa mère continuaient de résonner dans l’air même après qu’elle ait cessé de parler, comme si la pièce avait besoin de quelques instants pour absorber ce qui venait d’être posé.

Lythra n’avait pas bougé.

Ses mains reposaient toujours sur ses genoux, ses doigts légèrement crispés sans qu’elle ne s’en rende compte, et son regard restait fixé sur sa mère avec une attention presque trop stable, trop contrôlée pour être naturelle.

Elle écoutait.

Mais elle n’écoutait plus de la même manière.

Chaque mot ne venait plus remplir un vide.

Chaque mot devenait une pièce.

Une pièce à retourner.

À analyser.

À comprendre autrement.

Sa mère inspira lentement.

Et reprit.

— Il y a eu quelqu’un.

Le mot resta.

Plus lourd que les autres.

La tante ne bougea pas.

Mais son regard se fixa légèrement plus intensément sur Lythra.

— Quelqu’un qui n’a respecté aucun de ces interdits.

La phrase tomba.

Lythra sentit immédiatement la tension remonter en elle.

Pas visible.

Pas extérieure.

Mais nette.

— Il a utilisé la magie contre les autres. Il a cherché à dominer ce qui ne pouvait pas l’être. Il a rejeté l’ordre. Il a refusé les limites.

Chaque phrase était posée lentement.

Précisément.

Comme une liste.

Comme un jugement.

Lythra ne détourna pas le regard.

Mais ses dents se serrèrent légèrement.

— Il a voulu plus.

Un silence.

— Toujours plus.

Le mot resta.

— Jusqu’à ne plus reconnaître ce qui devait être préservé.

Sa mère marqua une pause.

Puis ajouta :

— Et ce qu’il est devenu…

Un temps.

— N’était plus humain.

Le mot résonna.

Lythra sentit un léger tremblement dans ses doigts.

Mais elle ne bougea pas.

Elle ne parla pas.

— Il a un nom.

Le silence se resserra.

— Vaelith.

Le mot tomba.

Et cette fois...

elle sentit tout.

Sa nuque brûla.

Pas légèrement.

Pas comme avant.

Plus fort.

Plus précis.

Comme une réponse directe.

Ses mâchoires se crispèrent immédiatement.

Ses doigts se refermèrent légèrement.

Mais elle ne réagit pas.

Pas extérieurement.

Son regard ne changea pas.

Sa respiration non plus.

Elle resta là.

Immobile.

Comme si ce nom ne signifiait rien.

Alors qu’il prenait toute la place.

— Tu as déjà entendu ce nom ?

demanda sa mère.

La question arriva plus vite qu’elle ne l’aurait voulu.

Lythra cligna lentement des yeux.

— Non.

Le mensonge sortit sans hésitation.

Sans tremblement.

Et elle se détesta presque de la facilité avec laquelle il avait franchi ses lèvres.

Sa mère la fixa quelques secondes.

Puis hocha légèrement la tête.

— C’est normal.

Un temps.

— On ne le transmet pas.

La tante, derrière, ne dit rien.

Mais son regard…

observait.

Toujours.

— Ce qu’il a fait…

Sa mère reprit.

— A menacé les deux mondes.

Le mot resta.

— Pas seulement par sa puissance. Mais par son influence.

Lythra sentit son cœur ralentir légèrement.

— Influence ?

— Oui.

Sa mère se redressa légèrement.

— Il ne se contente pas d’agir. Il parle.

Le mot s’imprima.

— Il comprend. Il s’adapte. Il trouve ce qui fait céder.

Un silence.

— Il n’attaque pas toujours directement.

Lythra sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine.

— Il infiltre.

Le mot resta.

— Il observe. Il attend. Et quand il agit…

Sa mère la regarda directement.

— Il est déjà trop tard.

Le silence devint lourd.

Très lourd.

— C’est pour ça qu’il a été enfermé.

Le mot tomba.

— Enfermé ?

demanda Lythra, sa voix plus basse.

— Oui.

— Où ?

Sa mère inspira lentement.

— Dans une brèche.

Le mot resta.

— Entre les deux mondes. Un espace instable. Ni totalement ici. Ni totalement ailleurs.

Un silence.

— Un endroit où il ne peut pas sortir.

Lythra sentit une tension remonter.

— Et où il ne peut pas entrer complètement.

Le mot resta.

— Il est maintenu là. Isolé. Coupé.

Sa mère marqua une pause.

— Pour éviter qu’il n’influence l’un ou l’autre monde.

Le silence s’étira.

Lythra fixa la table.

Un instant.

Puis releva les yeux.

— Et ça suffit ?

Sa mère hésita.

— Ça suffit…

Un temps.

— Tant que l’équilibre est maintenu.

Le mot resta.

— Comment ?

— Par un rituel.

Lythra sentit son cœur ralentir.

Puis accélérer.

— Chaque année.

Le silence se resserra.

— Un sacrifice est fait.

Le mot tomba.

Net.

Lythra ne bougea pas.

Mais elle sentit la cendre.

Sous ses pieds.

— Un seul. Suffisant. Trop ouvrirait le portail de l'autre moitié. C'est pour maintenir la séparation.

Sa mère continua.

— Sans cela…

Un temps.

— La brèche devient instable. Elle s’ouvre. Et crée un passage.

Le mot resta.

— Une porte.

Lythra sentit son souffle se bloquer une fraction de seconde.

— Pour lui ?

Sa voix était basse.

— Oui.

La réponse fut immédiate.

— Et s’il sort ?

Un silence.

Puis :

— Il ne reviendrait pas seul.

Le mot resta.

— Et ce qu’il apporterait…

Sa mère ne termina pas immédiatement.

— Ne pourrait pas être contrôlé.

Lythra sentit ses doigts trembler légèrement.

Mais elle les força à rester immobiles.

— Il est dangereux.

La phrase tomba.

Simple.

— Extrêmement dangereux.

Le silence qui suivit était presque étouffant.

Sa mère la regarda.

Longuement.

— Tout ce qu’il fait…

Un temps.

— Sert à se libérer.

Le mot resta.

— Tout ce qu’il dit…

Un autre temps.

— Sert à convaincre.

Lythra sentit sa gorge se serrer légèrement.

— Et tout ce qu’il cherche…

Sa mère baissa légèrement la voix.

— C’est quelqu’un qui l’écoute.

Le mot s’imprima.

Et cette fois…

elle serra les dents.

Plus fort.

Sans pouvoir s’en empêcher.

— C’est pour ça que le portail doit rester fermé.

La phrase tomba.

Comme une conclusion.

— C’est pour ça que les règles existent. C’est pour ça que les interdits sont maintenus.

Un silence.

— Et c’est pour ça…

Sa mère la fixa.

— Que tu dois faire attention.

Le mot resta.

Lythra resta immobile.

Mais en elle…

quelque chose avait déjà basculé.

Parce qu’elle n’écoutait plus seulement ce qui était dit.

Elle entendait ce qui manquait.

Elle voyait ce qui ne collait pas.

Et surtout…

elle savait déjà.

Ce qu’elle ferait de tout ça.

Le silence après les derniers mots de sa mère ne fut pas vide.

Il était trop plein.

Chargé de tout ce qui venait d’être dit, de tout ce que Lythra venait d’entendre sans encore totalement l’accepter, et pendant quelques secondes, elle resta immobile, le regard fixé sur la table, comme si le bois sous ses yeux pouvait lui offrir une stabilité que son esprit venait de perdre.

Vaelith.

Le monstre.

Le prisonnier.

Le danger.

Chaque mot que sa mère avait utilisé tournait encore dans sa tête, mais aucun ne trouvait réellement sa place. Pas parce qu’elle refusait de les entendre, mais parce qu’ils entraient en conflit avec ce qu’elle avait vu, ce qu’elle avait ressenti, ce qu’elle savait déjà.

Elle inspira.

Une fois.

Puis deux.

Mais l’air resta coincé dans sa poitrine.

Sa mère bougea enfin.

Très légèrement.

Et ce simple mouvement attira immédiatement son attention.

Lythra releva les yeux.

Et pour la première fois depuis le début…

elle vit.

Vraiment.

Les larmes.

Pas encore tombées.

Mais là.

Suspendues.

Prêtes.

Sa mère ne les retenait pas vraiment.

Elle ne les laissait pas non plus tomber.

Elle les portait.

Et ce détail…

la déstabilisa plus que tout le reste.

— Lythra…

Sa voix n’était plus la même.

Plus basse.

Plus fragile.

Elle ne ressemblait plus à celle de quelqu’un qui expliquait.

Mais à celle de quelqu’un qui s’exposait.

— Il y a autre chose.

Le mot resta.

Lythra ne répondit pas.

Mais son regard ne quitta pas le sien.

Sa mère inspira lentement, ses doigts se refermant légèrement sur la table, comme si elle cherchait une force qui n’était pas là.

— Ce que je t’ai dit… sur la magie… sur le portail…

Un temps.

— Sur lui…

Sa voix trembla légèrement.

— Ce n’est pas tout.

Le silence se resserra.

La tante ne bougea pas.

Mais son regard se fixa encore plus.

— Il faut que tu comprennes qui tu es.

Le mot resta.

Et cette fois…

il frappa différemment.

Lythra sentit son cœur ralentir.

Puis accélérer brutalement.

— Je sais qui je suis.

Sa voix était plus sèche.

Plus tranchante.

Mais sa mère secoua légèrement la tête.

— Non.

Le mot tomba.

— Tu crois savoir.

Un silence.

— Mais ce n’est pas complet.

Lythra sentit la colère revenir.

Immédiatement.

— Toujours ça.

Sa voix monta légèrement.

— Toujours “pas complet”. Toujours “pas tout”.

Elle se redressa légèrement.

— Alors dis-le.

Le mot claqua.

Sa mère ferma brièvement les yeux.

Et cette fois…

les larmes tombèrent.

Une.

Puis une autre.

Silencieuses.

— Je suis désolée.

Le mot resta.

Et il fut pire que tout.

— Non.

Lythra secoua la tête.

— Non, ne commence pas comme ça.

Sa voix trembla.

Mais pas de faiblesse.

De rejet.

— Tu ne viens pas d’ici.

La phrase tomba.

Et le monde sembla se décaler.

Lythra resta figée.

— Quoi ?

Sa mère releva les yeux vers elle.

— Tu n’es pas née dans ce monde.

Le silence devint total.

— Tu viens de l’autre côté.

Le mot resta.

Impossible à absorber.

— Non.

Le refus sortit immédiatement.

Instinctif.

Brut.

— Non.

Elle secoua la tête.

— Non, c’est faux.

— Lythra—

— NON !

Sa voix explosa.

Elle se leva brutalement, la chaise reculant violemment derrière elle.

— Arrête !

Elle recula d’un pas.

Puis deux.

— Arrête de dire n’importe quoi !

Sa respiration s’accéléra.

Trop vite.

— Tu mens !

Sa mère secoua la tête.

— Non.

— SI !

Le mot claqua.

— Tu racontes n’importe quoi pour—

Elle s’interrompit.

Parce qu’elle ne savait même pas pourquoi.

Et c’était pire.

— Tu es la fille de la reine.

Le silence explosa.

Plus violent que n’importe quel cri.

Lythra resta immobile.

Ses doigts tremblaient.

— Du palais.

Le mot tomba.

— De l’autre monde.

Sa gorge se serra brutalement.

— Non…

Sa voix était plus basse maintenant.

Presque brisée.

— Tu mens.

— Je ne mens pas.

Les larmes coulaient maintenant librement sur le visage de sa mère.

— Tu es née là-bas. Et—

Elle hésita une seconde.

— Et tu as été envoyée ici.

Le mot resta.

— Pourquoi ?

La question sortit seule.

Trop vite.

— Pourquoi ?

Sa mère ferma les yeux.

— Pour te protéger.

Le mot tomba.

Et cette fois...

Lythra explosa.

— POUR ME PROTÉGER ?!

Elle avança brutalement, frappant la table de ses deux mains.

— TU M’AS VOLÉE !

Sa voix tremblait.

Mais elle ne reculait pas.

— Tu m’as laissée croire que j’étais—

Elle s’interrompit.

Parce qu’elle ne savait même plus.

— Que j’étais quoi ?!

Sa respiration était chaotique.

— Personne ?! Une fille du village ?! Quelqu’un qui devait juste—

Elle secoua la tête violemment.

— NON !

Le mot claqua.

— Tu n’avais pas le droit !

Sa mère tenta de parler.

— Lythra—

— TAIS-TOI !

Le cri résonna dans toute la pièce.

Même la tante eut un léger mouvement.

— Tu n’avais pas le droit !

Sa voix se brisa.

— Tu m’as laissée ici ! Sans rien ! Sans savoir !

Elle recula brutalement.

— Et maintenant tu me balances ça comme si—

Elle éclata d’un rire bref.

Hystérique.

— Comme si ça allait réparer quelque chose ?!

Sa mère tendit légèrement la main.

— Je n’avais pas le choix—

— SI !

— NON !

Le silence explosa à nouveau.

Puis sa mère reprit, plus vite :

— Tu avais une sœur.

Le mot tomba.

Lythra se figea.

— Une autre fille. Dans l’autre monde.

Un silence.

— La reine vous a séparées.

Lythra ne respirait presque plus.

— Et…

Sa mère hésita.

— Il y a—

— Il y a quoi ?!

— Quelqu’un d’autre.

Le mot resta.

— Un lien.

— Un être—

Elle s’interrompit.

Une seconde de trop.

— Un demi-frère.

Le mot tomba.

Lythra sentit le sol disparaître sous ses pieds.

— Qui ?

Sa voix était basse.

Trop basse.

— Qui ?!

Sa mère ouvrit la bouche.

Mais...

Lythra recula brutalement.

— NON !

Le mot explosa.

Elle secoua la tête violemment.

— NON !

Sa respiration devint chaotique.

— C’est trop !

Elle recula encore.

— C’est trop !

Sa main passa contre sa nuque.

La chaleur brûlait.

Plus fort.

Plus fort.

— Lythra—

— NON !

Elle se détourna brusquement.

— J’en ai marre !

Sa voix se brisa.

— J’en ai marre !

Elle se dirigea vers la porte.

— Lythra, attends—

Mais elle ne s’arrêta pas.

Elle ouvrit la porte.

Sortit.

Courut.

Ses pas frappèrent le sol sans rythme, sans direction autre que celle qui s’imposait déjà à elle.

L’enclos.

La brèche.

Vaelith.

Tout se mélangeait.

Tout se condensait.

Elle ne pensait plus clairement.

Mais une seule chose restait.

Une certitude.

Une direction.

Elle allait ouvrir.

Elle allait comprendre.

Elle allait reprendre ce qu’on lui avait volé.

Elle accéléra encore.

Le vent lui fouettait le visage.

Sa respiration brûlait.

Mais elle ne ralentit pas.

Parce qu’au fond d’elle...

le choix était déjà fait.

Elle n’attendrait plus jamais.

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