Partir pour mieux revenir

6 minutes de lecture

Chapitre 9 : Partir pour mieux revenir

« La foi qui ignore le réel se brise contre lui. »

— Attribué à Lioren Saliox, théologien Donhuiame

An 604, mois d’Osirea, 330ᵉ jour selon le compte standard d’Héliosix. Planète Astrium, ville d’Osrakar, capitale Donhuiame, maison du Messie incarné

La situation est urgente et implique la réunion du synode de la Vie en plein cœur de la nuit.

La salle du conseil est éclairée faiblement, créant une pénombre. Les symboles de la société Donhuiame sont évidemment bien mis en évidence. Le plafond est décoré d’une voûte céleste représentant un système solaire. Une planète bleue, la troisième après l’étoile centrale, est représentée de manière prépondérante.

Les douze membres sont présents. Tous dans leur robe safran officielle et la capuche en arrière. Est présent aussi le chef d’état-major dans son uniforme impeccable.

Orinthal Voss, guide suprême du synode de la Vie, les observe tous d’un regard circulaire et perçant qui englobe la grande table. Certains, très nerveux, tripotent leur pendentif en forme de sphère, un des symboles de leur pouvoir. D’autres semblent totalement distants. Le seul militaire présent se tient droit dans son siège. Les mains bien à plat sur la grande table.

Le grand et mince Orinthal Voss, aux cheveux gris comme sa peau, lance le début, après les formules rituelles. La voix rauque si particulière aux Donhuiames s'élève dans la salle.

— Donhuiames frères, la situation exige que nous prenions, cette nuit, sous l’esprit vigilant de notre grand Messi, une décision. Peut-on poursuivre la guerre contre les humains d’Héliosix ? Voilà la question à laquelle notre saint Messi nous demande de répondre. Personne n’ose prendre la parole d’emblée.

Xanathan Terfos se décide enfin, après deux minutes de silence, à prendre la parole. Ce Donhuaime a la peau particulièrement grise. Ces yeux orange en ressortent encore plus. Signe qu’il descend d’une très ancienne lignée Donhuiame. C’est un pur intrigant de ce que sait Orinthal Voss, mais un de ses alliés au synode.

— Maître Voss, j’ai bien noté que vous demandez si nous pouvons continuer la guerre et non si nous le devons. Je réponds que oui, nous le devons. La mission confiée par notre grand Messi, qui a rejoint les sphères célestes, n’est pas finie. Nous n’avons toujours pas retrouvé la route de la Terre. Nous le devons à lui et à notre peuple.

— Frère Xanathan parle toujours avec sagesse. Nous suivons les préceptes de notre grand Messi, mais je vous le demande, mes frères : en avons-nous les moyens ? Voilà, notre véritable question.

Celui qui vient de s’exprimer est sans doute le plus habile des politiciens. Zéphyrion Dalvaga s’est élevé rapidement dans la hiérarchie Donhuiame. Bien aidé, il faut le dire, par la puissance financière de sa famille.

— Qui oserait aller à l’encontre des préceptes de notre grand Messi ? Personne ici, mes frères. Nous devons poursuivre la guerre, annonce Lorethius Sabis, le plus obséquieux des Donhuaimes présent à cette table, songe Orinthal Voss. Ce dernier, dans son for intérieur, le qualifie d’arriviste, un Donhuiame qui va où le vent l’emporte, en espérant atteindre les sommets.

— Personne n’oserait un tel blasphème, renchérit Varenthian Etriva, sur un ton qui semble choqué. Mais frère Zéphyrion a raison de demander si nous en avons les moyens. Le risque est de plus en plus grand que les humains remportent cette guerre.

Si cela intervient, il nous sera impossible d’atteindre nos objectifs. Lui, c’est un pragmatique, proche du peuple Donhuiame. Voss a toujours noté le bon sens d’Etriva même s’il en vient à friser l’hérésie parfois.

Xandor Emforge prend la parole de sa voix puissante mais toujours rugueuse, comme tout Donhuiame. C’est le plus jeune du synode. Maigre et mesurant presque deux mètres, il a des gestes toujours amples.

— Nous devons continuer la guerre. Notre grand Messie l’a décidé ainsi. Il n’y a pas à débattre. Nous devons retrouver la route de la Terre. Nous devons l’arracher aux humains d’Héliosix. Son fanatisme envers les préceptes du grand Messi a toujours impressionné Voss.

La némésis d’Emforge, prend la parole. Velorian Stonhold est, lui, le plus âgé du synode. Ses rides, nombreuses, creusent sa peau grise. C’est un théologien, reconnu dans tout le monde Donhuiame. Il a poussé très loin ses études, se rappelle Voss.

— Le grand Messi nous ordonne de retrouver la route de la Terre et de nous y rendre, frère Emforge mais il n’en indique pas les moyens. C’est à nous que cette décision appartient.

L’interpellé jette un regard orange plein d’éclairs à celui qui l’a apostrophé de la sorte.

— Frère Velorian, quel autre moyen proposes-tu ? Tu sais bien qu'Héliosix ne nous donnera jamais de plein gré la route de la Terre.

Nos espions n’ont pas réussi à la trouver là-bas. Il n’y a que la guerre et la soumission des humains qui nous permettront d’atteindre nos objectifs. Emforge a trouvé ici un soutien inattendu en la personne de Volthan Cardion.

Le ton commence à monter dans la salle, note Voss, toujours silencieux. Les militaires n’ont toujours pas pris la parole. Mentalement, Voss note les alliances qui se nouent et dénouent au gré des arguments.

Certains membres du synode de la Vie gardent le silence. Ils semblent peser, calculer chaque mot, attendant de savoir quelle décision sera prise et s’y aligner. De sombres incapables, songe Voss en pensant à Thalrion Nikor, Draven Lordian et Elorian Delandis.

Voss rajoute dans ses pensées le terme intriguant quand il observe ces trois-là. Pourquoi le grand Messi les a placés ici ? songe encore Voss

— La guerre est coûteuse pour notre peuple et sa colère monte. Oh bien sûr, il n’osera pas remettre en cause notre autorité, mais comment suivre les préceptes quand il n’y aura plus personne pour pouvoir les suivre. Les moyens nous manquent, annonce Malachar Trodos, le dernier à prendre la parole.

Voss lève une main, interrompant les échanges. Il reprend la parole.

Frère guerrier Kadash Cornus, nous vous écoutons sur la situation de la guerre.

— Très honorables frères du Synode de la Vie, les cuirassés légionnaires de la flotte d’Héliosix ont disparu ou sont détruits. Nos stations d’écoutes nous rapportent également qu’une flotte d’humains a quitté Héliosix pour s’installer ailleurs. Loin de leur système. Leur régime politique semble vaciller.

Tout le synode se réjouit de ces deux nouvelles. Les cuirassés ont occasionné d’énormes dégâts dans la flotte Donhuiame, renversant le cours de la guerre. La nouvelle que le régime vacille est une grande nouvelle également. Depuis bien longtemps, les Donhuiames peuvent rêver à la victoire sur Héliosix.

— Toutefois, reprend le chef suprême de l’armée, j’ai une très mauvaise nouvelle. Nos ressources en mythorium sont au bord de l’épuisement. Nous ne pouvons pas soutenir la guerre très longtemps et encore moins soutenir une grande offensive.

Un silence pesant s’abat sur l’assemblée.

C’est Voss qui reprend la parole, d’une voix qui semble morte : — Qu’entendez-vous par très peu de temps, Maître commandant ?

— D’après nos supercalculateurs, six mois standards. Nous n’avons pas trouvé de nouvelles sources de Mythorium. Dans trois mois standards, peut-être quatre, nous devrons nous retirer du front, sans quoi notre défaite sera inéluctable.

La nouvelle secoue le synode. Sans Mythorium pour alimenter les moteurs, c’est la défaite assurée.

Frère Velorian est comme tous, abasourdi : — La destinée est contre nous aujourd’hui. Alors que les humains sont à genoux, nous n’avons pas les moyens de porter le coup de grâce. N'existe-t-il pas une technologie capable de remplacer le Mythorium, de permettre que nous nous en passions ?

— C’est de nouveau le Maître commandant qui répond : — Nos savants y travaillent jour et nuit, croyez-moi, très honorable frère. J’en ai même fait exécuter quelques-unes de leurs familles pour les "motiver", mais notre supercalculateur estime que cette technologie ne sera pas au point avant six ou sept ans, dans le meilleur des cas.

C’est inconcevable, s’emporte Emforge. Nous devons suivre les préceptes. Quel sort s'abattra sur nous si nous ne poursuivons pas la guerre ?

— Nous ne le savons pas, annonce Stonhold. Ce que nous savons, c’est que si nous tentons de poursuivre la guerre, il n’y aura plus de Donhuiames pour suivre les préceptes. L’humanité nous anéantira jusqu’au dernier, croyez-moi. Peut-être que nous devons nous retirer et revenir bien plus forts. Que représentent quelques années pour le grand Messi devant son éternité ?

Voss note que beaucoup semblent se ranger aux arguments de Stonhold. Il lève de nouveau la main.

— En cette affaire, la décision repose entièrement sur nous, membres du synode de la Vie. Nous devons décider de la marche à suivre, par l’esprit éclairé et le regard de notre grand Messi.

Maître commandant, retirez-vous.

Voss comprend que le synode de la Vie tient encore une fois dans ses mains,le sort du peuple Donhuiame mais dans son esprit il n’y a pas de doute : Il faut partir pour mieux revenir.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire TreiZe ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0