En avant la musique.

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PARTIE II : DES MENSONGES. ENCORE DES MENSONGES.

“Toute connaissance est une réponse à une question.” Gaston Bachelard, philosophe de l’ancienne Terre.

Chapitre 15 : En avant la musique.

“Être militaire, c’est obéir. Le reste est facultatif » Général Ben Cartino 4e division blindée d’Eldertop.

An 610 de la fondation d’Inti-Prime, 10ᵉ jour de Solquil
Palais Konilef, siège de la flotte spatiale sur Inti-Prime

Liam n’avait pas prévu de porter son uniforme. Il a tellement l’habitude de travailler en civil. Mais le commandement Barton avait été clair la veille au matin :

— Betsir, vous êtes convoqué au palais Konilef demain. Un transport vous attendra pour vous y emmener. J’espère que votre uniforme est propre.

— C’est-à-dire, chef, que demain je dois avancer sur le dossier Death's Shadow. Je l’ai raté une fois, mais la deuxième sera la bonne. On ne peut pas remettre cette convocation ?

— La convocation vient de l’état-major. Du bureau de Magala lui-même.

Liam s’enfonce dans son fauteuil et émet un sifflement : ça ne lui laisse pas beaucoup le choix. Que veulent les grandes pontes ?

— Je n’en sais rien, capitaine. Obéissez et faites ce que l’on vous demande. Ne faites pas l’imbécile, vous représentez notre service.

Devant le palais Konilef, Liam observe l’immense siège des armées d’Héliosix. Le bâtiment austère ne prêtait guère à l’admiration, mais ce n’est pas une critique d’architecture qu’il est venu formuler. Tenue impeccable, rasé de près. Tout est en ordre.

La guide, une jeune élève de l’école de la Flotte, le conduit à travers le dédale de bureaux et de couloirs, puis l’invite à pénétrer dans un petit bureau qui ressemble presque à une salle d’interrogatoire. Murs nus, aucune décoration, une austérité presque morbide. Première impression de Liam : un placard à balais.

— Installez-vous, ils sont prévenus de votre arrivée, annonça la guide en refermant la porte derrière elle.

Ils sont ? Parce qu’ils sont plusieurs ? s’interroge Liam.

Cinq minutes plus tard, l’amiral Magala, commandant suprême de la flotte spatiale, le colonel Louiselle et le général Harington pénètrent dans la pièce. Liam se met immédiatement au garde-à-vous.

— Repos, capitaine, ordonna Magala, le visage rouge, presque porcin, impressionnant même pour Liam.

Liam se demande comment Magala a pu garder son poste malgré la chute de Karidan et la “victoire” contre les Donhuiames. Les purges avaient épargné ce mystère vivant.

— Vous avez fait un bon voyage ? Désirez-vous un café ?

— Non merci, amiral. Je suis déjà bien assez énervé d’être dans la cage aux lions, ajoute-t-il in pinto.

— Je ne vous présente pas le colonel Louiselle ni le général Harington, vous les avez rencontrés à l’école des officiers.

Liam n’a pas gardé de souvenirs impérissables d’eux, juste deux officiers imbus de leurs prérogatives.

Louiselle, pâle, sort un dossier et commence sa lecture d’un ton totalement monocorde.

— Betsir, Liam, né le 17 du mois d’Amatsuki 581 sur Amaterasu. Excellent état physique et psychique d'après votre dernier bilan. Vos compétences au combat sont indéniables lors de la guerre. Vous finissez sergent dans l’infanterie, 2ᵉ dragon. Médaillé deux fois pour bravoure lors du débarquement de Khadarys. Deux ans de vie civile pour vous réparer, puis intégration à l’école d’officiers en 608, spécialisation renseignement, sortie avec le grade de capitaine. Barton dit de vous que vous êtes méthodique, intuitif.

Loiselle referme le dossier comme s’il venait de lire la rubrique des chiens écrasés.

Voilà, tu viens de faire ma biographie. Comme si je ne la connaissais pas… C’est quoi la suite ? se demande Liam.

Harington prend la parole d’un ton paternaliste :

— Dossier sans tache, capitaine. Barton ne tarit pas d’éloges sur vous.

Et hop, la pommade dans le dos… Quelle pilule allez-vous me faire avaler ? pensa Liam, sans oser poser la question.

— Nous allons être directs. Que savez-vous des cuirassés de classe Légionnaires ? demanda à sa manière sèche Magala.

— Pour être honnête, pas grand-chose. Je n’en ai jamais vu un en vrai. Je connais leur réputation mais pas leur armement, ni leur technologie. Concernant leur disparition, je sais que les enquêtes officielles et officieuses n’ont rien donné. Un tas de théories circulent sur le sujet mais aucune n’a été reconnue officiellement.

— C’est exact, mais c’est aujourd'hui votre mission : les retrouver ou savoir exactement ce qu’ils sont devenus.

Liam se demande si sa mâchoire ne va pas dégringoler sous le coup de la surprise.

— Messieurs, ce n’est pas que je compte désobéir, mais pourquoi moi ? Vous avez sans doute de meilleurs enquêteurs que moi sous le coude, avec tout le respect que je vous dois.

Les trois officiers le regardent droit dans les yeux.

— Nous ne doutons pas de vos compétences, capitaine, coupe Loiselle. Vous êtes un enquêteur chevronné. Vos relations passées, avec certaines personnes influentes… hum… surprenantes à première vue, pourraient se révéler utiles ici. Le coup d’œil de Loiselle à Magalas échappe étrangement à Liam.

— De quels liens parlez-vous ?

— Vous êtes libres de vous constituer l’équipe qui vous conviendra, y compris avec des civils. Ces derniers seront soumis aux règles militaires jusqu’à nouvel ordre.

— Ce qui veut dire cour martiale et tout le toutim s’ils parlent un jour… intéressant, nota Liam.

— Vos rapports nous parviendront directement. Vous aurez une prime, un budget spécial, et une accréditation pour accéder aux documents classifiés. Le sergent Léa Gardner vous assistera. Votre mission commence dès demain. Des questions ?

— Eh bien… J'ai déjà une enquête en cours sur Death's Shadow…

— Barton a nommé quelqu’un d’autre, tranche Magala. Cette mission est codifiée. Code rouge 1. Confidentialité absolue.

Les trois officiers se lèvent et quittent la pièce.

Magala revient une seconde, jetant un regard suspicieux dans le couloir :

— Capitaine, soyez prudent. L’ordre de mission vient du cabinet présidentiel. Je tenais à ce que vous le sachiez.

Puis il disparaît. Liam reste seul dans l’immense couloir.

Retrouver des engins disparus il y a des années… Pourquoi moi ? Je n’y connais pas grand-chose en vaisseaux de combat. Ils sont au courant de mes liens avec Art mais ils ont employé le pluriel donc ils parlaient aussi de quelqu’un d'autre. Mais de qui ? C’est quoi ce foutoir ?

Malgré les questions sans réponse, un picotement d’excitation le saisit. Cette subtile montée d'adrénaline face à un nouveau défi. Advienne que pourra, en avant la musique.

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