Réaliser du profit.
Chapitre 17 : Réaliser du profit.
« Là où le profit apparaît, le politicien n’est jamais loin. » Dwight Carlos, conseiller du président d’Heliosix.
An 610 de la fondation d’Inti-Prime, 12ᵉ jour de Solquil
Palais présidentiel Mégistéon Héliotropos du système Héliosix sur Inti-Prime.
— Comme vous l’avez demandé, monsieur le Président, nous avons lancé l’enquête sur la flotte de cuirassés.
Le président Ron Tumpal plonge un regard sombre sur l’amiral Magala.
Magala se demande comment Tumpal, ancien secrétaire de la présidence, a survécu politiquement à la chute de Siobhan Karidan. Comment a-t-il réussi à se faire élire ? À se faire passer pour le “vainqueur” de la guerre contre les Donhuaimes ? Incroyable !
— Très bien. J’espère que votre enquêteur est compétent. Cette mission revêt une importance capitale pour Héliosix. Nos renseignements semblent fiables et nous avons la conviction que les peaux grises ne sont pas loin. Vous avez vu nos projections. Le renseignement a accompli un gros travail mais les résultats sont fiables à 86 %. Inquanoki pourrait servir de base aux Donhuiames pour nous attaquer de nouveau. Nous sommes tout aussi sûres que les cuirassés sont intacts. L’enquête doit nous permettre de comprendre comment tout cela s’imbrique. Je ne comprends pas votre réticence sur cette enquête, amiral.
— Monsieur le Président, la disparition des cuirassés, les exilés. Voilà ce qui a provoqué la chute de Karidan. C’est de la navigation en eaux troubles. De plus, même si les Donhuiames comptent nous attaquer de nouveau, notre flotte de combat n’a jamais été aussi puissante. Bien que nous ne puissions pas recréer des cuirassés comme ceux de la classe légionnaire, nous sommes parés.
— Hum, répond le blond quinquagénaire à la carrure qui n’a rien à envier à celle de Magala.
— Amiral, Héliosix est en paix. Nous ne comptons pas nous lancer dans une guerre de conquête mais juste nous assurer que les Donhuaimes se tiennent bien tranquilles sur leur planète. Rien de plus.
— Bien sûr, Monsieur le Président répond de manière affable, répond Magala. Ses pensées, elles, contrastent violemment avec ses manières : — Il y a employé “nous”. Mais qui est ce “nous” ? À la mort de Karidan, toute l’armée était d’accord pour foutre la paix aux exilés.
Nous avons fait une croix sur les cuirassés, à la fin de la guerre. Pourquoi y revenir maintenant ? Ses pensées sont interrompues par le successeur de Siobhan Karidan.
— Qui avez-vous chargé de l’enquête ?
— Le capitaine Betsir. Un officier de renseignement, ancien combattant. Il a fait ses preuves. Il compte parmi ses amis le patron de Quino Quantum Dynamics. Comme me l’a ordonné le ministre de la Défense, il sera assisté du sergent Gardner.
Au ton de sa voix, on comprend que Magala n’a pas beaucoup apprécié cette dernière idée.
— Pourquoi un seul homme ? Interroge le président.
— Pour la confidentialité, monsieur le président. Impliquer tout un service ne nous semblait pas opportun. L’opinion publique pourrait ne pas comprendre notre volonté de récupérer nos cuirassés. Sans compter les risques de fuite.
— Vous marquez un point, Magala. Je veux être tenu au courant de cette enquête, à chaque nouvel élément que vous trouverez.
— Bien entendu, Monsieur le Président.
Après avoir échangé sur d’autres sujets avec le président, l’amiral Magala quitte le bureau présidentiel.
La porte du bureau s’ouvre quelques minutes plus tard sur Dwight Carlos. Conseiller non officiel du président.
— Que pensez-vous de cela, Dwight ? Magala semble se poser trop de questions. Comment a-t-il réussi à rester en poste à la chute de Karidan ?
— Pour répondre à votre deuxième question, Ron, Magala s’est rendu indispensable pour le débarquement de Khadarys. La fin de la guerre étant arrivée peu après, il a été assez malin pour ne pas se faire remarquer négativement. Il est devenu un héros de guerre, donc difficile à déloger. Ce qui m’intrigue, c’est pourquoi il ne prend pas sa retraite. Il semble aimer encore jouer au soldat mais il doit y trouver son intérêt. S’il vient à menacer nos intérêts durant l’enquête, nous pourrons trouver un moyen de le discréditer. Vous êtes le chef des armées après tout. Le ministre de la Défense pourra se charger de cette besogne si besoin.
— Restons prudents. J’aurais bien voulu me passer de Magala mais sa popularité nous en empêche, pour le moment.
Oui, nous devons le surveiller de près. Dwight, je veux des informations sur ce capitaine Betsir. Je veux savoir si c’est un homme de main de Magala.
— Je m’en occupe dès maintenant.
Ron Tumpal est enfin seul avec ses pensées : Nous devons régler le problème des exilés une bonne fois pour toutes. Les ressources qu’ils ont emportées seraient les bienvenues en ce moment si je veux redresser Héliosix rapidement. Nous devons aussi achever cette guerre contre les Donhuiames. Je ferai tomber tout ce qui me barre le passage. Cinq ans que ces exilés se dorent la pilule sur Inquanoki. C’est de trop !
Il consulte son agenda. Il y figure une réunion avec des grands industriels de l’agroalimentaire.
Au moins, je n'ai pas besoin d’armes contre eux. Ils veulent juste réaliser du profit.

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