Visite de courtoisie

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Chapitre 36 : Visite de courtoisie

« La vie est pleine de surprises, et la plus grande d’entre elles, c’est que tout arrive quand on s’y attend le moins. » — François Mauriac, écrivain de l’ancienne Terre.

À bord du Conquest of Paradise, 15ᵉ jour d’Amatsuki.

Il leur a fallu trois jours pour redescendre de la montagne. Death's Shadow et Liam y sont allés de bon train sur leur hypothèse.

Le Conquet of Paradise a quitté Inquanoki dès que les deux hommes ont été à bord, en pleine nuit locale.

Si ça n’avait tenu qu’à lui, Death's Shadow aurait interrogé Nim sur le champ, mais Liam lui fait remarquer que du repos pour eux deux ne serait pas du luxe avant un nouvel interrogatoire.

Le matin, ils réveillent Nim. Si ses conditions de détention sont dures, elle n’en dit rien. Elle est étonnamment calme pour une prisonnière qui ne sait toujours pas ce qui l’attend.

Death's Shadow projette les photos. Liam commente. Nim écoute et hoche la tête à demi. Puis elle commence à expliquer :

— La base n’est pas une usine d’armement. J’en suis presque sûre. C'est un relais. Un nœud de communication. Mon peuple utilise des techniques particulières avec des canaux multiples, transmissions épidermiques couplées à des ondes classiques. Ici, on dirait qu’ils peuvent relayer un signal sur… des distances qui dépassent ce que nous croyons possible.

Death's Shadow fronce les sourcils :

— Vous voulez dire qu’ils peuvent… jaser sur toute la galaxie à partir d’ici ?

Nim secoue la tête, précise :

— Pas “toute la galaxie” de façon magique. Pas à ce point. Les communications ne sont pas mon domaine. Mais ces pylônes sont de grands amplificateurs. Je pense qu’ils permettent une latence quasi nulle entre Astrium et des points éloignés. En clair : communication quasi-instantanée à très longue portée.

Liam serre la mâchoire.

— Une station relais capable de coordonner des opérations militaires en temps réel… Un réseau comme ça leur permettrait de transmettre ordres et données sans dépendre des canaux traditionnels, vulnérables aux brouillages et à l’espionnage.

Un silence tombe, lourd. Même Death's Shadow s’est fait sérieux.

— Et les soldats ? interroge Liam.

— La protection de l’installation, je suppose, répond Nim.

— Pourquoi Inquanoki ? reprend Death's Shadow. Pourquoi prendre ce risque sur une planète humaine ?

— Parce que je pense que cette planète n’est pas loin d’être à mi-distance entre Astrium et votre système.

— Et que cela permet une invasion rapide. Pas besoin de contourner tout le système comme durant la Grande Guerre.

— Et comment on se débarrasse de cette merde ? demande brutalement Death's Shadow. SI Héliosix apprend ça, les exilés vont avoir la visite de toute la flotte… bordel de merde.

Nim détonne par son calme quand Death's Shadow ressemble à un lion en cage.

— Capitaine, je n’ai pas assez d’hommes pour prendre ce truc d’assaut. Ça m’a l’air bien défendu et tout ça. Tu ne pourrais monter une espèce d’opération secrète avec des commandos qui te connaissent bien ?

— Ça doit être faisable, je pense, oui.

— Ils ont laissé se construire une base Donhuiame sur Inquanoki. Je vais les écorcher vifs. Irastan et Manigan, ces fils de pute. Je vais avoir besoin de toi, Betsir. Vraiment.

Mettre la flotte au courant, c’est mettre en danger les exilés. Ce n’est pas mon intention. — J’aviserai une fois de retour sur Inti-Prime et nous verrons comment mettre une opération sur pied.

Liam est venu sur Inquanoki pour avancer son enquête sur les cuirassés. Il a découvert une base Donhuiame.

Liam soupire. Un imbroglio de plus dans une enquête foireuse depuis le début. Toujours plus de questions sans réponses. Aucune solution évidente à proposer à Death's Shadow pour l’instant.

— Je ne vois guère comment…

L’alarme du DSRV-244 retentit.

— C’est quoi encore ce bordel ? Mon équipage est censé éviter chaque patrouille d’Héliosix.

Death's Shadow rejoint la passerelle, suivi de Liam, abandonnant une Nim affolée par l’alarme.

— Monsieur, l’alarme de proximité s’est déclenchée, mais nos radars n’indiquent aucun vaisseau à proximité.

— Alors vérifie les systèmes ou dois-je tout faire tout seul ici ?

Ferdinand annonce :

— Le système fonctionne parfaitement, monsieur Death's Shadow.

— C’est quoi ce foutoir ?

— Un astéroïde métallique à proximité ?

— Non tonton, il n’y a vraiment rien autour de nous. Les capteurs sont formels.

L’alarme s’affole de nouveau.

— Carston, éteins-moi ça, bordel ! Et fais une capture vidéo à 360° autour du vaisseau. Lance un coup de sonde pour faire bonne mesure.

— À vos ordres, chef.

Une heure passe, rien. Liam retrouve un Death's Shadow harassé dans sa cabine.

— Tu devrais te reposer un peu…

— Arrête de jouer les nounous, Liam Betsir. Ça marche peut-être avec Ferdinand, mais pas avec moi. J’ai une montagne d’emmerdes à gérer, si tu n’as rien remarqué.

Carston et Ferdinand frappent à la porte.

— Qu’est-ce que vous allez m’annoncer ? Que mon vaisseau tombe en ruine ? Il ne manquerait plus que ça !

Ferdinand, hésitant, commence :

— Chef, nous sommes certains que les capteurs ont détecté quelque chose. Certainement un vaisseau. Le coup de sonde a renvoyé un faible écho. J’ai lancé une procédure algorithmique qui confirme cette hypothèse.

Death's Shadow se lève brusquement, une grimace aux lèvres. Liam songe : « Les vieilles blessures semblent s’être réveillées… »

— Quel vaisseau, bordel ? Humain ? Donhuiame ? Un truc sorti de nulle part ?

— On ne sait pas encore. Mon programme a traité le signal de retour, mais il faudra encore quelques heures pour un résultat net.

— Et la caméra 360°, ça donne quoi ?

Carston étale les clichés sur la table.

— Rien de probant, monsieur, regardez.

Tous se penchent. Liam remarque :

— Pourquoi ce n’est pas net sur la photo de tribord arrière ?

— Je n’avais pas vu ce détail, Ferdinand non plus.

— Ça semble dessiner des contours. Regardez, certaines étoiles sont voilées.

— Bordel, tu as raison. Et ça forme les contours d’un vaisseau… un gros.

L’alarme retentit de nouveau. Death's Shadow est déjà au poste.

— Carston, refais-moi une photo à 360°. Ferdinand, augmente la résolution au maximum et détermine la position de ce machin.

— C’est de nouveau sur tribord arrière, monsieur.

Un coup de sonde à pleine puissance renvoie un écho puissant. L’autre vaisseau a détecté notre sonde.

— Je peux dessiner sa trajectoire, monsieur Death's Shadow. Il s’éloigne de nous à grande vitesse, flanc bâbord.

Dans la cabine, conseil à quatre :

— Chef, il emploie une forme de technologie furtive. Probablement qu’il nous suivait depuis longtemps.

Liam fait un bond. Death's Shadow note son étonnement.

— Ça te parle, capitaine ?

— Pas totalement. Pour le moment.

Ferdinand combine la caméra et l’analyse des ondes. Il sort un cliché précis : un vaisseau immense, trois tourelles avant, chaque tourelle trois canons.

— Par tous les diables des six enfers ! Tous se tournent vers Liam.

— Messieurs, voici le cliché d’un cuirassé de classe Légionnaire équipé d’une technologie furtive… Je suis sûre à … 90 %. Un de ces foutus cuirassés…

— Oh la vache ! s’exclame Ferdinand.

— Incroyable, je n’en reviens pas, surenchérit Carston.

Death's Shadow reste silencieux, observant Liam. Dans l’esprit de ce dernier, un nom se répète : Art.

— Non seulement il y a un cuirassé intact, et Art m’a dit qu’il travaillait sur un nouveau système de furtivité. Ce n’est pas une coïncidence. Le salopard. Il le savait. Il ne m’a rien dit. Il m’a juste mis sur la piste. Inquanoki était intéressante pour mon enquête, d'après lui… et nous n’en sommes pas si loin.

— Le même Art dont tu m’as parlé ? interroge Death's Shadow.

Liam, ne répondons pas.

Liam soupire. Une visite de courtoisie s’impose dès son retour sur Héliosix. Une visite chez le patron de Quino Quantum Dynamics.

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