Je râle
En réponse au défi : Râler
Je râle à l'entente de ces voix.
Je râle au retentissement de ces pas.
Je rage à la sensation de mon corps qui se crispe, en réponse à l'aura ardente de ces autres qui prennent l'ascension.
Seul mon cocon me contente, le silence aiguë sous mon toit, la chaleur de mon cher poêle à bois.
"L'enfer, c'est les autres." Disait-il.
"L'enfer, c'est le monde." Je corrige.
Tous ces regards affûtés, ces gestes biaisés, ces paroles entrecoupées. Au final, personne ne dit la vérité.
S'armer d'un sourire et foncer droit. Ne pas se fier aux a priori, ni à tout ce que me disent mes voix.
Et pourtant, rarement dans l'erreur, je parviens à percer l'hypocrisie puante dont tous transpirent.
Bien avant qu'ils ne le décèlent, je cerne leur voix, pas celle dont ils s'ornent comme une parure aux beaux-jours, mais bien celle qui murmure à leur oreille tel un petit diable assoiffé.
Je remarque rapidement toutes ces oeillades lourdes de sous-entendus, ces petits mots échangés, et, très vite, je râle intérieurement, de sentir la chaleur envahir mon corps. Le rouge me monte aux joues, et avant que je ne puisse tenter de le cacher avec ma chevelure, tous les regards se posent sur moi.
Cette fois-ci je râle contre moi, de ne pas avoir su leur cacher ma faiblesse, masquer ma méfiance, avec le visage couleur sang, semblable à un animal déjà à vif, jeté dans la fosse aux lions.
Je ne sens dans leurs yeux que plus de mépris, comme si leurs pieds décollaient du sol et me dépassaient à eux-seuls de trois têtes.
Cette fois-ci l'Enfer, c'est aussi moi.
Alors je respire, et je sens mon cœur ralentir, une inspiration profonde mais silencieuse. Je cligne des yeux, et cela me semble durer une éternité. Puis j'affiche à nouveau mon magnifique sourire.
Jusqu'au soir, au moins, où je retrouverai mon cocon, là où je m'endors dans un râle profond.

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