Chapitre 7
Je laissai mes chaussures à l’entrée de mon appartement. Je n’avais pas prononcé un seul mot depuis l’altercation de la voiture. Je savais que j’étais souvent sur les nerfs après mes crises, et Thoren était inquiet pour moi.
Il fourragea dans ma cuisine pendant que je me déshabillais dans la salle de bain, la tête vide.
Il surgit en coup de vent. Je me couvrais d’un coin de serviette, mais il n’eut pas l’air de remarquer ma nudité et se contenta de me tendre un verre et un comprimé.
- Pour dormir.
J’avalais la pilule sans mot dire, puis relevais les yeux vers lui.
- Tu ne pars pas ?
- Tu n’es pas encore couché.
- Je vais prendre une douche et me mettre directement au lit.
Il secoua la tête, incrédule.
- A d’autres.
- Je te jure que si !
- Tu dis toujours ça, et je te retrouve deux jours plus tard, tu as fait nuit blanche sur nuit blanche.
- J’ai pris un somnifère, dans une heure je ronfle assez fort pour réveiller tout l’immeuble.
Thoren fit la grimace, mais ne trouva rien à répliquer.
- Aller, s’il-te-plaît, plaidais-je.
Il grogna, mais j’avais ébranlé ses fondations. J’assenais le coup final.
- Lior t’attend.
La seule mention de son mari détendit ses traits et acheva de le convaincre.
- Bon j’y vais. Ne tarde pas.
- Envoie-moi un message quand tu seras rentré.
Il haussa les épaules, mais ne refusa pas. Sur un signe de tête, il quitta ma salle de bain et j’entendis la porte de mon logement se refermer derrière lui.
Je me glissai sous le jet d’eau brûlant et laissais un soupir de satisfaction m’échapper.
Les yeux fermés, je laissai l’eau chaude détendre mes muscles crispés par l’angoisse. Les émotions qui m’avaient envahi alors revinrent alors : la peur. J’étais terrifié.
Les battements de mon cœur s’accélèrent. Je serrais les dents et plissais les yeux pour repousser les images.
- Erdan.
La voix impérieuse de l’inconnu qui m’ordonnait de ne pas dissocier repoussa celles qui voulaient m’entraîner dans l’obscurité.
Je m’y concentrais. Je me réminiscais le roulement mélodique de son accent qui me donnait des frissons.
Un gémissement m’échappa. Une main contre la paroi trempée de ma douche, je sentais l’excitation m’envahir.
Je percevais encore la chaleur de ses mains sous mes jambes et contre mon dos, un contact solide qui m’ancrait dans la réalité.
Je laissai glisser une main hésitante le long de mon torse. Mes doigts s’arrêtèrent à quelques centimètres de mon entrejambe.
Tétanisé, je restai figé. L’effroi reprit le contrôle de mon cerveau et chassa mon trouble. Je repoussai avec horreur l’inconnu de mes pensées et me glissai hors de la douche.

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