Chapitre 10
- Hier ? balbutiais-je.
J’avais encore la tête dans le cul, c’est le moins qu’on puisse dire. Maudit soit Thoren et ce foutu somnifère.
Je calais mon portable entre mon oreille et mon épaule et tentais maladroitement de me servir un café. Je jurai entre mes dents en m’ébouillantant les doigts.
- Quoi hier ? interrogeais-je, inquiet, avant d'avaler une gorgée brûlante et amère.
- Tu as disparu de l'événement sans prévenir personne. Tilda Ramau voulait une signature, et Emblème un entretien.
J’insultais intérieurement l’anxiété, ses grands morts et toutes les générations à suivre.
- J’ai dû partir.
- Tu ne peux pas le faire à tous les coups, Erdan. Tu as une image à maintenir.
- Si tu savais à quel point je m’en tamponne de mon image.
Putain, j’avais pensé tout fort. Un silence plana et je croisais les doigts mentalement pour qu'il ne relève pas ma remarque insolente.
- Je sais. Mais j’ai un taux de ventes à maintenir. Si elles s’effondrent faute de publicité, ou pire, pour scandale, c’est ta ruine, et des millions de perdus pour la boîte.
Je soupirai, profondément ennuyé. J’avais eu cette conversation au moins une quinzaine de fois, et je ne m'en étais jamais sorti avec le dernier mot.
- Je suis désolé, Fabrice, tentais-je.
- Bien sûr, et tu fais bien, grogna-t-il. Tu as signé un contrat, il y a des clauses à respecter, mon cher.
Son ton ironique me hérissa mais je ravalais ma rancoeur et mes insultes. Écrire n'était pas que ma passion, c'était ausis mon gagne-pain.
Je m’apprêtais à lui répondre que j’allais faire de mon mieux quand un Thoren agacé m’arracha mon appareil des doigts.
- Ne te fous pas de sa gueule. Il te fait gagner des mille et des cents, avec ou sans publicité. Tous ses romans sont des best-sellers. Votre boîte est connue internationalement. Vous perdriez au change si votre écrivain phare se décidait à passer à la concurrence. Tu sais le nombre d’éditeurs qui appellent pour obtenir ne serait-ce qu’une part des droits de ses ouvrages ? s’énerva-t-il.
J’essayais vainement de lui reprendre mon portable. Fabrice ne pipait pas un mot, muselé par la colère de mon garde du corps.
- Alors tu vas me le laisser tranquille, c’est compris ? acheva-t-il véhément avant de lui raccrocher au nez.
Je gémissais en enfonçant un poing dans le ventre du gaillard.
- Qu'est-ce que tu viens de faire, grand idiot ? Je vais avoir des problèmes.
- Je t'ai évité une prise de tête avec un bâtard. Depuis que Guillaume a démissionné, tu te tues à la tâche pour rendre cette imbécile riche. Il est temps que tu changes d'éditeur, Soleil.

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