Chapitre 11
J’allais lui balancer à la tête que je n’avais pas du tout envie de téléphoner à tout va et encore moins de passer des entretiens quand Carmen intervint, une pile de vêtements sales sous le bras.
- Navré de vous interrompre, mais Erdan n’a pas encore déjeuné, gronda-t-elle.
Rougissant, je la laissais me pousser vers la cuisine et m’installer devant une assiette pleine.
- Je t’ai fait des toasts bien grillés, je sais que tu les préfères comme ça, au beurre salé bien sûr, et des morceaux d’avocats. J’ai aussi préparé du banana bread, caro mio, sers-toi avant que ce ne soit complètement froid.
Sa douceur laissa place à un ton fâché tandis qu’elle se tournait vers Thoren.
- Combien de fois dois-je te dire d’enlever tes chaussures avant d’entrer, hein, garnement ?
Le géant sourcilla et s’exécuta de mauvaise grâce. Je pouffais de rire dans mon assiette et me jetais sur la nourriture.
- Fiche-toi de ma gueule, c’est ça, s’énerva Thoren.
- Pas du tout, moi ? articulais-je, la bouche pleine.
Je pris un air innocent, les joues gonflés comme un hamster, et j’eus le plaisir de voir l’ombre d’un sourire flotter sur ses lèvres.
- Revenons à nos moutons.
J'avalais de travers et pris une gorgée de café pour faire passer la miette qui me grattait la gorge.
- Oui ?
Mon ton hésitant était loin d’être convaincant.
- J’ai pas dit “Envoyons Erdan à l’abattoir”, Soleil, grimaça le grand.
- Un équivalent.
- Je suis sérieux.
- Moi aussi.
Il me fusilla du regard et je baissais les yeux sur les morceaux d’avocat qui dessinaient une fleur. Carmen était décidément parfaite.
- Cet éditeur ne te convient plus.
- Si, ça-
- Non. L’entreprise te réclame sans cesse de la ‘pub’ et t’oblige à sortir alors qu’il est bien précisé dans ton contrat que tu n’acceptes que les évènements obligatoires.
- C’est pour leur image-
- Non.
- Les ventes-
- Ça se passe très bien, gamin. Avec ou sans eux, tu es un écrivain de génie, et même si tu es tellement con que tu refuses de le réaliser, je te l’enfoncerai dans la tête à coups de marteaux si nécessaire.
- Wow, du calme.
- Hors de question. Je suis ton garde du corps, et je ne suis pas là que pour veiller à ta santé physique, grand idiot.
Je fermai la bouche, sans savoir quoi répondre. Il s'inquiétait pour moi, cette andouille et c'était sa façon à lui de me le signifier.

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