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Alessandra

Le salaud, le salaud, il n'a pas le droit, mais je me suis renseigné, comme il a fait trés attention aux noms de lieux, il a même changé le nom de la ville, on ne peux rien reconnaitre, même le nom de l'hotel qu'on avait fréquenté était non identifiable, même si je le désirais, je ne pourrais l'attaquer en justice. Mais celà n'avait jamais été ma motivation premiére. C'etait une bonne nouvelle cependant, pour le commun des mortels, sauf pour moi, cette histoire restera pûrement fictionnelle. Ce qui n'empêche pas qu'il n'avait pas le droit de coucher tout ça sur du papier.

Mais moi qui ai vécu les choses je me souviens, c'était comme ça que ça s'est passé, il n'invente rien, il travestis les noms de lieux, tait les noms de famille, maquille les prénoms et ma fois, je lui reconnais une sacré belle plume. Je revis les scénes, maintenant que l'effet de surprise et la colére est passée, je reconnais que l'histoire est belle. Des picottements aux creux des mains je tourne les pages, je m'envolle à nouveau dans ces lieux où autrefois, autrefois, façon de dire, il n'y a pas si longtemps que ça que ces choses se sonts passées. Je me souviens, je venais tout juste d'apprendre que mon mari était malade, lui qui avait été un roc, un rocher sur lequel je me posais, un encrage dans ce monde qui m'avait souvent paru inhospitalier.

Il a déboulé dans ma vie, au coin d'un rayon de super-marché, je reconnais, il ya plus romantique comme lieu, beau comme un dieu grec, il avait tout ce que Marcello n'avait plus, de larges épaules, les muscles biens déssinés sur les bras; ses tablettes de chocolat, si je les devinais, les préssentais, je ne les avais pas encore caressées. Je ne fût pas deçu, le dieu grec était ce qu'il semblait être.

Avec Marcello, on jouait encore à la bête à deux dos, à saute mouton, mais moins qu'avant, et, même si je ne m'étais pas posé la question, je savais que ça me manquait, que soir aprés soir, petits matins aprés petits matins, je n'avais pas mon compte.

Et d'un coups, en une nuit, il m'avait offert tout ça, les mains qui volent d'une omoplate à l'autre, les doigts qui caressaient mon ventre mou les cheveux, ma bouche et l'intérieur de mes cuisse. c'était un sacré pyromane, un baiser et j'étais en feu, une caresse et je m'embrasais, j'aurais passé toute ma vie dans cette chambre si j'avais pu, si Marcello ne m'attendait pas.

D'un geste sec je ferme le livre, il n'est plus, il n'est pas mort comme Marcello mais il n'existe plus pour moi. Revivre tout ça me fait du mal.

Ce matin j'ai revu l'homme du marché, le bad boy j'ai bu le café avec lui, j'ai osé le regarder au fond de ses yeux noirs de mauvais garçon, ils n'étaient pas aussi profonds que ce que je croyais, je l'ai laissé me prendre ma main, la caresser, comme une prostituée, j'ai acceptée de monter dans une chambre avec lui.

Attilio ?

Attilio, je l'aime bien, il est doux calme attentionné à l'écoute, mais il n'est pas assez rock and roll , avec lui, je reste sur ma faim, mais je lui suis attaché , il me fait rire, surtout, j'ai horeur de dormir seule. Le soir avant de m'endormir, je me cale sur sa respiration, ça m'apaise.

Avec l'inconnu du café, ça a été brutal, rugueux, du hard-rock. Je suis sortie de cette chambre meurtrie, andolorie et calmée, pour un temps. Son dos gardera longtemps la trace de mes ongles. C'était un sprint, rien de plus, une balade en montagne, un match de boxe, un feu de paille. peut-être revérais-je cet homme, peut-être pas, je ne connais pas même son prénom, ne le lui ai pas même demandé, ni donné le miens, j'espére qu'il est marié et qu'il m'oubliera, jusqu'au prochain café.

Je me lêve, je vais me préparer une verveine, j'en propose une à Attilio, peut-être devrais-je lui proposer un expresso, un capuccino ?

Il parait que les gens civilisés boivent la tisanne le soir aprés le dernier repas. Je la bois comme le café, à toutes petites gorgée, sucré et tiéde. Et je reprend le livre, là ou je l'avais laissé.

Il raconte, sa nuit de doute aprés notre premier rendez-vous et il raconte sa rencontre avec l'autre, la putana, Elle était là depuis le début, lui ne la voyait pas car il en pleurait une autre encore, cet homme ne faisait donc que de pleurer, non, il aimait aussi. Et elle l'a embarquée, et moi, j'étais aux abonnés absents.

Je l'ai appelé un peu plus tard, quelques jours aprés, il est venu à mon rendez-vous, c'était aussi fort que la premiére fois. Quand elle a compris qu'il avait à nouveau plongé avec moi, elle l'a embarquée, elle savait tout, elle nous avait suivi, parait-il.

Je m'en souviens comme si c'était hier

Je pleurais maintenant dans ses bras, que devait il penser de moi, que j’étais folle. Je pouvais marcher à nouveau j’avais recouvré mes esprits depuis bien longtemps, mais dans ses bras, je me sentais bien, j’avais peur qu’il ne me laisse tomber si je lui disais que je pouvais marcher. Au lieu de ça, je me recroquevillais encore plus, enfonçant mon nez et ma bouche dans le col de son pull en laine, ça sentait , le parfum de l’autre, sa transpiration à lui, ça sentait l’homme, ça sentait le mâle dominant et moi ses effluves me rendaient chêvre .

Lorsque je l'avais vu dans ce bar, si proche d'elle, ça m’a vrillé le coeur, ça m’a tordu le ventre, mais je n'avais qu'à m'en prendre à moi. Je lui avais dit que notre histoire n’avait aucun avenir, ne lui avais-je pas, semesé plus tard :

  • On avait dit qu'on ne se reverrait pas il me semble, oublie-moi, c'est mieux pour tout le monde !

Marcello à l'hopital, lui si prêt de moi, j'ai complétement chaviré, j'ai essayé de l'avoir à nouveau et il m'a glissé entre les doigts, comme une anguille.

Le reste je l'appris en lisant le chapitre suivant, son Angélo -oh il ne faut pas être devin pour savoir qui est Angélo- Pleurant sur son sort, se demandait qui aimer, laquelle avait les lêvres les plus douces, les mains les plus lestes et le plus beau sourire.

Etais-ce l'autre qu'il aimait déjà, ou moi qui lui manquait déjà

La voix du profesore me sort de ma rêverie :

  • Je vais me coucher Aless, m'accompagnes-tu ?

Il a compris la leçon, il a abandonné pyjama et peignoir, c'est nu qu'il s'avance dans les draps, bientôt si ça continue comme ça, il se fera percer l'oreille, tatouer la peau du dos et se coiffera à la mode punk.

Je lui souris, je le rejoint, j'abandonne ces reliques du passé sur une table, demain j'essayerais de traduire le texte, j'essayerais de lire machinalement, à la troisiéme personne, comme si les personnages d'Angélo et de Clélia m'étaient inconnus et me laissaient indifférentes.

Nue à mon tour, je me love contre le dos de mon partenaire et lui sussure :

  • Imagine, je suis une pauvre femme qui sort de l'église où je me suis agenouillée pour demander pardon à Dieu d'avoir eu des pensées impies, en passant dans un bar tu m'a vue, tu m'a ramassée et tu m'as déposée dans ta couche, fais de moi ce que tu veux

Je ne sais s'il me prend pour une folle ou une originale, mais déjà ses mains savent ou me caresser, sa bouche où se poser, oui, je crois qu'on va vite abandonner la tisane le soir, au profit du café.

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