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Naëlle

Je me sens triste, trés triste ce matin.

Tout allait si bien entre nous ces derniers temps, et, "patatras", tout c'est écroulé à nouveau.

Il y avait bien eu un coup de tabac entre nous ces derniers temps, une tempête avait secoué l'édifice, des fondations au faîte du toit, mais Tia Magda m'avais ouvert les yeux, cet homme était l'homme de ma vie, je ne pouvais trouver mieux, donc je m'étais excusée de m'etre emportée, lui c'etait trainé à mes pieds, cet homme aime les effets théatral qu'y puis-je ? Et tout est reparti comme en quatorze. Puis ça c'est gâté à nouveau, quelques jours plus tard, cinq jours plus tard pour être exact. Le temps change vite ces derniers temps, et ce n'est pas que le fait du changement climatique.

Je suis dans le TGV Lyon-Paris, assise dans un train en route pour la capitale et je n'ai plus envie d'y aller. Que tout était si facile quand, il travaillait sous mes ordres dans cet infame open-space et que j'étais son supérieur hiérarchique, je rentrais tous les soirs à la maison, on dinait ensemble on regardait un peu la télévision et on se cachait sous une couette, nous étions heureux, en tout cas, je l'étais moi, il avait l'air de l'être lui, en tout cas il ne s'en plaignait pas. Oh, j'ai bien dû une fois ou deux le rapeller à l'ordre, la fidélité ça n'a jamais été tout a fait son truc.

Je n'ai pas été honnête hier, je lui ai laissée croire qu'aprés mes quatres jours à Paris et un peu plus tard, ma virée en Allemagne à Dresde je reviendrais à Grenoble... C'est pas tout à fait faux, j'y reviendrais, pour quelques mois, ensuite Wegner voudrait que je devienne la responsable du pole Europe de l'Est, Pologne, Slovaquie, Estonie, Lituanie Suede, Norvége... Que je développe nos liens avec la Finlande et la Lettonie, que nous soyons prêt pour le marché Russe quand cette saleté de guerre se terminera, pour préparer l'aprés Poutine et le marché Ukrainien, Dresde sera mon bureau pendant un certain temps, nous devrons y déménager.

L'australie, la Nouvelle Zélande, tout est parti en miette...

Lui, ce qu'il veut, c'est L'Italie de toute façon, pense t'il encore à elle aprés tout ce temps, aprés ce que nous avons vécu, j'ai deux enfants avec lui, c'est du vent tout ça ?

Je ne voulais pas, puis un mot derriére l'autre, un mot plus haut que l'autre nous nous sommes aboyés dessus, bien entendu nous avons fait l'amour aprés, mais c'est tout ce que nous savons faire ensemble, nous déchirer et nous retrouver sous les draps. sauf que cette fois ça n'a pas suffi.

  • A dans une semaine, m'as-til lancé ce matin, il était déjà installé dérriére son ordinateur et faisait la tête.
  • Et mon bisou, j'aurais droit à mon bisou ? Lui ais-je répondu, habillée, les valises a la main alors que j'attendais le VTC qui devait m'emmener à Part-Dieu

C'est du bout des lêvres qu'il m'a embrassée, un baiser sans chaleur, froides comme le givre étaient ses lêvres, il ne m'a pas même jetée un regard quand j'ai quitté la maison, je n'ai même pas vu les rideaux frémir, je pensais qu'on avait fait la paix pendant la nuit, mes caresses nocturnes ont elles été vaines, je ne le savais pas aussi rancunier, il n'était pas comme ça quand nous nous sommes rencontrés.

Je pleurais dans la banquette en cuir de la BMW derriére mes verres fumés, je mimais une discussion animé via Wattsap pour ne pas qu'Abdel, le conducteur m'importune, je n'avais pas envie de parler, il a dû me voir comme une putain de bourge coinçée du derch, trop fiére pour parler avec un lampiste, je m'en fiche, c'était bien plus simple que ça, je n'avais pas la force de parler, pas envie de partager les miettes de notre vie commune avec un étranger, pas la force d'étaler mon chagrin. Il en aurait fait quoi, il aurait eu pitié, il aurait cru que je venais de me faire larguer, il aurait tenté de me draguer peut-être ? Je suis resté digne, froide et distante, le fait que je pleurais derriére mes Ray-Banes ne le regardait pas.

Ne dit on pas, laisse à Végas ce qui doit rester à Végas ?

Pourquoi Végas ? C'est à Végas qu'on organise des mariages de pacotille non ?

A Paris, il n'y a pas Tia Magda qui va me dire que mon mari etait le bon choix, l'homme de ma vie, et quelques autres balivernes du même acabit. Mais à Paris il y a des ponts sur la Seine, des ponts d'où l'on peut sauter quand on est triste.

On s'est engueulés hier au soir comme c'est pas Dieu permis, que l'Allemagne, ma putain d'Allemagne était plus importante que tout le reste, que sa tournée en Italie dont il ne m'avait jamais parlé avant n'avait aucune importance pour moi, que notre famille passait toujours en dernier, que je ne les aimait plus.

Comment pouvait-il me balançer ça à la figure, que je ne les aimait plus, c'est ce qui m'a fait le plus mal je crois, pire que 'il m'avait roué de coups ou brulé avec une cigarette sur le bras, un coup de poignard dans le ventre ne m'aurait pas fait plus mal. Alors, moi aussi je lui asséné des horeurs, moi aussi je sais faire mal quand il faut faire mal. Les enfants ont finis par pleurer, nous les avons bien entendu réveillés avec nos cris, il les as endormies toutes les deux, moi j'en étais bien incapable, c'est pourtant moi qui me suis levé en plein milieu de la nuit, je ne voulais pas passer la derniére nuit de la semaine à essayer de dormir sur un canapé ou je grelottais, alors à taton, en me cognant à tous les meubles que le destin avait dréssé sur ma route comme autant d'obstacles j'ai grimpé dans le lit conjugal, j'ai écouté, il n'avait pas l'air de dormir encore lui non plus. De quel métal, de quelle roche aurait il été fait s'il avait réussi à dormir aprés une soirée pareille, aprés avoir dit et entendu de telles saloperies, j' étais rassuré il ne dormait pas, je me suis coulé contre lui et je l'ai embrassé.

Sa bouche n'était pas des pus chaude, mais il a accepté mon baiser, il me l'a même rendu, m'a caressé le bras, nous avons fini par parler, plus calmement, nous avons échangés des...

  • Pardonne-moi, oublie tout ça, j'ai été horrible, je ne pensais pas tout ce que j'ai dit !

Il a répondu à tout ça par...

  • Tu ne pensais pas ce que tu as dit ou tu ne pensais pas tout ce que tu as dit ?

Je n'ai rien répondu à ça, je n'avais plus la force d'argumenter ou de réfléchir à quoi que ce soit, je lui ai juste dit :

  • Demain, enfin dans quelques heures, je pars à Paris, on ne se verras plus pendant une semaine, alors je t'en prie, fais moi l'amour, je vous aime tous les trois, plus que mon travail, plus que Paris, plus que l'Allemagne

Je me suis allongé sur lui, j'étais sur ce banc, lui me racontais sa vie et pleurait sur son sort et moi je ne pensais qu'à une chose, comment avoir ce gars aussi beau et aussi geignard, je trouvais ça trés romantique. je ne sais plus ce que faisaient mes mains, je ne sais même pas si nous avons fait l'amour, je ne faisait plus qu'un avec lui. J'ai fini par m'endormir ensuite, il n'était plus dans le lit quand je me suis levé, réveillé par une sonnerie qui m'a vrillé les tympans. Je me suis trouvée trés môche dans la salle de bain, il ne m'y a pas rejointe comme on faisait autrefois quand on travailait encore ensemble dans cet open-space pourri. Il n'etait pas allé m'acheter des viennoiseries ni au coin de la rue ni ailleurs, je me suis contenté d'un reste de café froid.

Il ne m'a ni parlé, ni regardé, ni rien, Il aurait pu me dire une vacherie, même pas. Je n'était plus rien pour lui, l'avais-je révé cette étreinte ?

Il me semblait que je devenait folle.

Si, il a parlé, il a juste dit alors que je ne réagissais pas :

  • Mais putain tu va l'ouvrir cette porte, ton VTC est là, on se débrouillera sans toi, on en a l'habitude

C'est cette phrase que je vais donc retenir, cette prase qui va résonner dans ma tête pendant tout le voyage

  • va ouvrir pauvre conne et laisse nous, tu ne sais faire que ça de toute façon

Non, il n'a pas dit pauvre conne, mais c'est ce que ça voulait dire .

On se débrouillera sans toi, on en a l'habitude

Je crois que je suis sorti sans embrasser les enfants, je pense qu'il sera capable de s'en servir contre moi au tribunal, je n'aurais pas cette force là

Ma voisine me secoue, nous sommes arrivés à Paris gare de Lyon. Je dois avoir une trés sale gueule, elle m'aide à descendre et m'invite à prendre un café.

  • J'insiste, articule t'elle. Vous venez de recevoir un SMS vous ne le lisez pas, ça ne capte pas dans le train, ouvrez le , si ça se trouve c'est important

Je la remercie, pour son aide, son invitation, j'ouvre donc ce fameux méssage, ce doit n'être qu'une simple injonction publicitaire, qu'une banale notification. Je me trompe, c'et un méssage, je connais le numéro, celui de Claudio :

Putain c'est Claudio, non c'est ma fille, elle ne sait pas encore écrire...

Maman, reviens, on t'aime

tous les trois

signé

Louise

et Nina

Papa t'embrasse aussi

Je souris, malgrés moi je souris, je pleure et je souris. L'inconnue m'aide à marcher en me prenant le bras comme si j'étais une malade, une convalescente, une bléssée de guerre et me dit :

  • On se le boit se café ?

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