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Claudio Luciano

Ce matin je suis en colére, en colére et triste à la fois, pas fier de moi, du tout. Hier nous nous sommes engueulés, pas une petite passe d'arme, non une vrai guerre de tranchée, pas une petite guerre froide de rien du tout...

et...

Je suis le roi des crétins, le roi, il n'y a pas d'autres mots, alors qu'on était faché avant de se coucher, se coucher, c'est un bien grand mot, avant de se retirer chacun dans un coin pour, tel des chiens battus, lêcher nos bléssures en cherchant un peu de repos. Elle, surmontant son amour propre, elle est venue dans le lit conjugal ou je m'étais retiré à bout de force, à bout d'arguments, effrayé par tant de colére. Elle devait en avoir "gros la patate" elle aussi, elle en avait gros sur le coeur, je le confirme, je sentais ses yeux mouillés sur mon corps, mes yeux étaient secs comme de l'amadou, pourtant, habituellement mes larmes coulent facilement, je méprise les hommes qui se croient des hommes car ils croient maitriser leurs émotions en les refoulant, comme mon pére par exemple.

Elle m'a embrasée, quelle preuve d'amour, surmontant ses meurtrissures, elle a cherché mon corps que je ne voulais pas lui donner au départ. Elle l'a eu, elle l'a toujours, elle connait mes points faibles, j'aurais pu être content qu'elle m'offre cette ouverture, cette paix des braves. Mais, je n'avais pas descidé de faire la paix, ni avec elle, ni avec moi, surtout avec moi. je lui avais dit des trucs horrible. Les paroles je le savais, c'était comme les coups, pire parfois, ça pouvait faire un mal de chien et je savais que j'avais tapé fort, j'avais honte de moi maintenant que l'orage, que dis-je l'orage, l'ouragan était passé.

Et elle, elle aurait fait comme si rien ne s'était passé, elle quémandait un coin de tendresse, me l'arrachait puis partait une semaine à Paris avant de venir deux trois jours et repartirais outre-Rhin quand ça lui chanterais ?

J'avais des choses à faire moi aussi, une tournée à préparer, des entretients à préparer, un livre à presenter, enfin trois. Alors, j'ai attendu qu'elle roule sur le coté son orgasme pris, l'as t'elle eu d'ailleurs ? Ce n'etait pas mon soucis, les réglement de conflit à la bonobo, ce coup là, ça m'a pas emballé plus que ça, mais il faut être deux pour faire ça et comme j'avais pas implicitement refusé, j'étais censé avoir accepté.

Alors, j'ai pensé qu'il n'était pas encore temps de remiser mon héros récurent, Angélo :

Il était triste à crever Angélo, triste comme une pierre, le torrent de larme qui habitait ses mirettes c'était tari, maintenant c'était de la caillasse qui dévalait ses joues,un roc, du basalte surement s'était détaché d'une montagne et lui écrasait la cage thoracique, ce n'était pas l'aigle de Promethé qui lui mangeait le foi, mais le rocher de Sisyphe qu'il n'avait pus arreter, lui broyant le coeur.

Elle était partie, partie pour toujours et il haïssait celle qu'il avait aimée, tant aimée, il haïssait l'humanité désormais,et il en faisait partie de cette détestation, il ne fallait pas que sa route croise une corde et un arbre, un pont et une rembarde, un fusil et une balle. Non car il savait qu'aprés la colére aussi fulgurante soit elle, aprés la douleur viendrait la paix, il le savait la douleur passerait comme le reste, comme l'amour.

Reviendra-elle ? il n'osait y croire, ne l'espérait pas mais priait tous les saints pour qu'elle revienne, pourtant il le savait, il ne mériterait pas son retour, car si elle est partie comme chantait Michel Jonasz, c'était à cause de lui, pas pour un autre que lui. Et, il aimerai tant qu'elle revienne, mais pourtant, quand elle a essayé de discuter, de revenir sur ses tort, il l'a repoussée, alors, la tête basse, les épaules en dedans et le coeur noyé elle est sortie.

Il va jouer tout ça à pile ou face, pile il saute d'un pont, face il lui court aprés, il lance la piéce en l'air, s'en desinteresse, il a choisi, pile ou face, il est sérieux ? Sans attendre, il court au hasard des rues, par où est elle partie, était-elle à pied en tramway en voiture ou à cheval... Elle n'est pas allée trés loin, à l'angle d'une rue, elle sanglottte en regardant l'eau noire du torrent qui descend de la montagne. A pas de loup il s'approcha d'elle et la serra trés fort dans ses bras. A temps ?

Il ne lui demande rien, il la forca à se retourner, son visage papier maché ravagé par les pleurs etait méconaissable, il la serrra trés fort dans ses bras, lequel des deux maintenant pleurait sur le dos de l'autre ?

Et j'ai continué à être con, j'ai bien vu qu'elle était levée, qu'elle me cherchait, qu'elle laissait la porte de la salle de bain entre-ouverte à souhait, elle m'aurait demandée d'y entrer que j'aurais refusé.

J'ai fait semblant de continuer à écrire, reprenant quatre fois la même phrase, pour la jeter à la poubelle. je l'ai vue pitoyable, boire un restant de café froid, j'aurais pu en refaire un, le boire avec elle, lui beurrer une tranche de pain grillé, comme un débile j'évitais de la regarder, je lui en voulais toujours, non, je m'en voulais d'être si con, je lui en voulais d'avoir essayé de faire la paix, je m'en voulais de n'avoir pas résisté à ses caresses,à ses mains baladeuse et à sa bouche tiéde. Il n'y avait pas d'autre mot, cette femme, malgrés tout ce que je lui avais balançé dans la gueule m'aimait et j'étais trop con pour le voir... bientôt elle aura passé la porte, prendra le train, une semaine, c'est long quand on est faché, qui sait ce qu'elle va en faire de cette semaine à Paris, alors que je n'avais qu'une seule envie, aller l'embrasser, la prendre dans mes bras, je lui dit, séchement, le regard rivé sur mon écran :

  • Mais putain, tu va l'ouvrir cette porte, ton VTC est là, on se débrouillera sans toi, on en a l'habitude

Je lui ai même refusé mes bras et mes lêvres, c'était mesquin. à un chien galeux je lui aurais donné un quignon de pain, s'il avait bougé la queue, à elle, à ma compagne, la mére de mes filles, je lui refusais un baiser chaud, un geste d'humanité, étais-je si inhumain que ça ?

Je n'êut pas même le courage de lever mes fesses quand elle a claqué la porte, j'ai fait comme si je ne la voyais plus, juste avant d'entrer dans cette voiture noire, elle m'a regardée à nouveau, elle savait que je la regardais, que je faisait mine de ne pas la regarder, j'aurais pu au moins me lever, écarter un rideau, secouer la main, je ne l'ai pas fait

devant mon ordinateur, alors que le VTC démarrait j'ai chanté :

Cendrillon pour ses trente ans
Est la plus triste des mamans
Le prince charmant a foutu l'camp
Avec la belle au bois dormant
Elle a vu cent chevaux blanc

Loin d'elle emmener ses enfants
Elle commence à boire
A traîner dans les bars
Emmitouflée dans son cafard
Maintenant elle fait le trottoir*

Je réécris le début de l'histoire :

Angélo Sans attendre, court au hasard des rues, par où est elle partie, était-elle à pied en tramway en voiture ou à cheval ?

Il la voit entrer dans une vaste berline noire, il essaie de crier, la porte est déjà fermée, elle ne l'entend pas, dérriére la vitre fumée, il ne la voit pas, il sait qu'elle est avachie sur le siége, qu'elle pleure derriére ses lunettes noires, et elle, est-ce qu'elle le voit sur son triste trottoir... est-ce la fin d'une histoire ? Demain il ira en Italie

Non, je raye cette phrase, je reviens à

Est-ce la fin de l'histoire, ce serait une triste fin, mais Angélo le savait, il était le seul responsable de cette débacle, s'ils ont étés deux à se crier des insanités hier au soir, il était seul à ne pas accepter la main tendue ce matin...

Alors quoi ?

Mes filles ont la varicelle ?

le pic de fiévre est passé pour l'une, l'autre n'est plus contagieuse, la voiture à le plein, si je pars dans une heure, je serais à Paris en fin d'aprés-midi.

J'écris vite fait un SMS que je posterais plus tard :

Maman, reviens, on t'aime

tous les trois

signé

Louise

et Nina

Papa t'embrasse aussi

Pourquoi donc ne lui ais-je pas dit tout ça alors qu'il était encore temps ?

*Cendrillon, Téléphone

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