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6 minutes de lecture

Alessandra

J'avançais dans la traduction de ce livre, l'écriture en était simple, ça ne me prenait pas beaucoup de temps; J'avais essayé d'adopter une lecture distancié, parfois ça marchait, parfois pas. J'étais à la fois la traductrice de l'ouvrage et une protagoniste du récit, j'avais beau me dire que cette femmme cette heroïne ce n'était pas moi, ça ne marchait pas, j'étais alors condamnée à vivre et revivre ces nuits torrides, ces attentes ces joies et ces douleurs qui avaient été les mienne, autrefois, deux ans auparavant.

Tant d'eau avait coulé sous les ponts depuis tout ça !

Bien sûr j'avais le choix, plier le livre, refuser de le lire et donner une excuse bidon à l'éditeur, mais il trouverait quelqu'un d'autre pour faire le travail, est-ce que j'aimerais que mon histoire soit traduite par une autre, ce serait prendre le risque, si c'était une femme, qu'elle tombe amoureuse de cet Angélo, et ça, je ne pourrais l'accepter.

L'aimais-je encore ? l'avais-je déjà aimé ? c'est tout un questionement que je me suis interdite, avant j'aimais Marcello, ensuite je pleurais Marcello et maintenant j'essai de me reconstruire une vie où Marcello n'y est plus, je ne pense presque plus à lui, enfin, plutôt, il n'y a pas un geste, un lieu qui ne me le rapelle, et malheureusement pour lui, je compare chaque jour les prouesses au lit d'Attilio qui ne lui arrives pas à la cheville.

Je ne resterais pas avec Attilio c'est une évidence, il est drôle, tendre... mais je me répette. Il n'est qu'un pansement sur une plaie qui se referme tout doucement.

Et Claudio dans tout ça, ce beau gosse que j'avais surnommé David, Fabrice jullien, celui qui se prénomme Angélo, c'est drôle, Angélo est un personnage de Jean Giono, pas un personnage Stendhalien.

Ce point me titille tout à coup, je m'en ouvre à Attilio :

  • Pense -tu qu'Angélo le héros de Jean Giono ai quelque chose de Stendhalien ?
  • Ah mais tout à fait, giono était amoureux de la plume de Stendhal, il disait, je le cite donc

c'est à mon avis le plus grand homme de lettre de France. Bien en dessus de Balzac par moment illisible, lui toujours clair, tendre mélancolique... je ne me souviens plus la suite, mais il a dit aussi :

J'ai fait la guerre avec la chartreuse de parme. Alors, je ne suis ni un spécialiste de Stendhal ni de Giono, encore moins de Balzac, mais ça me parait évident qu'il y ait un lien entre Angélo Pardi et Fabrice. Ne sommes nous pas à Parme ?

J'ai le Hussard sur le toit dans ma bibliothéque, plus personne ne lit cet oeuvre depuis qu'il à été monté en film, mais c'est un bijou

Tiens, une phrase au hasard dit il avant d'ouvrir le bouquin qu'il prit dans son immense bibliothéque, sans hésiter, comme s'il avait compris que j'allais le lui demander

Angelo respira avec plaisir ce vent qui sentait les tuiles chaudes et les nids d'hirondelles. Il éteignit la bougie et il s'assit au rebord de la terrasse . La nuit était si chargée d'étoiles, elles étaient si ardemment embrasées qu'il pouvait voir distinctement les toitures agencèes les unes aux autres comme les plaques d'une armure. La lumière était d'acier noir mais, de temps à autre, un étincellement s'allumait sur la crête d'un faitage, sur la bordure vernie d'un pigeonnier, sur une girouette, sur une cage de fer. De courtes vagues immobiles d'une extraordinaire raideur couvraient d'un ressac anguleux et glacé tout l'emplacement de la ville. Des frontons pâles couleur de perle sur la surface desquels venait mourir une très légère lumière semblable à celle du phosphore s'enchevêtraient avec des triangles d'ombres compactes,dressés comme des pyramides ou couchés horizontalement comme des champs; des glacis sur lesquels dansait une lueur verdâtre ouvraient de tous les côtés des rangées de tuiles en branche d'éventail; des rotondes filigranées d'argent se gonflaient de ténèbres sur l'émergence de quelque grande église; des tours et l'enclenchement noir et gris de redans et de paliers superposés montaient, hérissés de barbelures d'étoiles. De loin en loin, les réverbères des places et des boulevards soufflaient des vapeurs de rouille et d'ocre autour desquelles festonnaient des cadres et des couronnes de génoises; et la déchirure d'encre des rues découpait les quartiers.

page 135,136 c'est beau non ?

j'opinais de la tête, je pensais à ce moment précis revoir Marcello le léttré, Attilio, se croyait-il dans un de ces cours, me confondait-il avec une de ses étudiante continuait, il était inaréttable lancé :

  • Ah j'adore le personnage de Pauline, mariée à un homme beaucoups plus vieux qu'elle, qu'elle aime éperdumment dont elle est sans nouvelle, prête à donner sa vie pour lui. Angélo, lui, oui, il a tout du personnage Sthendalien tombera éperdument amoureux d'une femme qui ne pourra jamais rien lui donner mais qui tombera amoureuse de lui... si ce n'est pas Standhalien ça ! Elle avance ta traduction, de quoi ça parle ?

Prise à mon propre piége que pouvais-je répondre ?

C'est l'histoire de Pauline Alessandra Clélia mariée à Marcello Pietranéra, amoureuse de Fabrice Claudio Luciano, Non, bien sûr que non, mais alors...

  • C'est une bête histoire d'amour à la Stendhal, elle l'aime, il l'aime, mais elle ne peut pas l'aimer, la lecture est facile, lui s'appelle Angélo elle Clélia, mais Clélia n'est pas libre et Angélo veut tout d'elle, même ce qu'elle ne peut lui donner

Voilà, je m'en suis bien tiré il me semble

Et vlan, il met un euro à nouveau dans le juke-box

  • Tu me laissera lire ?
  • Oh, tu sais, ce n'est pas de la grande littérature, c'est plaisant, de la littérature pour jeune fille en fleur, tu n'y trouverais pas ton compte
  • Je lis ce genre de bouquin pour me détendre de Dante quelquefois, ça fait du bien de tout comprendre à la premiére lecture parfois.
  • Oui, d'accord, disons que je n'ai pas envie que tu lise ce que je traduit, pendant que je le traduit, tu pourras le lire quand il paraitrat en langue Italienne, je pourrais même te dédicacer ton exemplaire à ce moment là, puis, je lui balançait un petit fion, tout petit. Tu pourras me rappeler la prochaine fois où je te poserais une question, que la réponse prendra la moitié de la soirée

Il exquisse un sourire m'arrache le livre des mains, ferme mon ordinateur portable, jette à terre dictionnaire cahiers et me couche sur les feuilles de note qui tapissent la table du salon.

  • voila, ce que nous allons faire le reste de la soirée, garde tes lunettes, ne dit-on pas femmes à lunettes...
  • Tu ne finis donc pas ta phrase ?
  • Pas la peine, je pense que tu as compris, veux tu que je te fasse un croquis ?
  • Eh ! je travaille quand, je n'ai pas beaucoup avancée... Bien entendu je râle pour la forme, je suis contente qu'il m'arrache à un de mes souvenirs les plus brulant de mon histoire, il vient de mentir à sa chérie, sa tante serait malade alors qu'elle doit se taper une réunion au travail, Angélo subira une double peine par la suite, celle de Clélia le soir et celle Madame de Rénal le lendemain matin, oui, je sais, je mélange les personnages de la Chartreuse de Parme et du Rouge et du Noir.
  • Tu travailleras quand j'aurais fini de te dire ce que j'ai sur le coeur, me dit il en m'éffeuillant tout doucement;
  • Si tu en as encore la force, rajoute -il ! en me retournant brusquement sur le ventre et man tirant d'un coup sec sur mon jean. On pourra sans doute faire quelque chose de lui finalement, il apprend vite, il commence à aprehender mes fantasmes
  • Angélo arrive au galop et enléve la jolie Pauline de Théus, il la dégustera sur un toit brûlant, le Carbonari sort son sabre de combat affuté comme il faut et...
  • Arrêtte de parler, action ! s'il se met à disserter pendant le gros calin maintenant, la soirée sera longue, il peut s'il veut par contre mettre Du Carbura Burana ou la chevauchée des walkiries, la musique d'Apocalypse Now, ça rythmerais nos échanges .

Je ferme les yeux, je suis revenu dans cette chambre de la place Grenette à Grenoble, ce n'est pas Attilio qui est derriére moi, les mains à plat sur la table mais David Fabrice Jullien...

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