Le chemin de Traverse
Le Chemin de Traverse brillait de vie sous le soleil d’août. Des familles sorcières marchaient de boutique en boutique, des enfants excités agitaient leurs listes de fournitures, et des hiboux hululaient depuis leurs cages suspendues.
Louise avançait entre Narcissa et Drago, l’air paisible, bien que ses yeux ne cessent de tout observer. Cela faisait étrange d’être ici avec des parents... même si ce n’étaient pas les siens. Elle ne se l’avouait pas souvent, mais marcher là, accompagnée, encadrée, protégée, avait quelque chose d’agréablement déroutant.
— N’oubliez pas vos robes de rechange, dit Narcissa d’un ton feutré. Et Drago, essaye cette fois de ne pas prendre une plume en queue de paon. C’est ridicule.
— Ce n’était pas ridicule. C’était... distinctif, répondit Drago avec un sourire en coin.
Louise ne put s’empêcher de rire.
Ils passèrent rapidement chez Madame Guipure, puis chez l’apothicaire, et enfin chez Florian Fortarôme pour une glace citron-menthe. C’est alors que Lucius Malefoy, surgissant de nulle part, les informa qu’il leur restait à aller acheter les livres. Tous les livres.
— Les Forces du Mal – Une approche théorique, grogna Drago. C’est bien la première fois qu’ils imposent un clown comme Lockhart à toute l’école.
— Le ministère pousse pour ça, commenta Lucius d’un ton froid. Une manœuvre de façade pour rassurer les familles. Pittoresque.
Quand ils entrèrent dans Fleury & Bott, la boutique était bondée.
Des étagères croulaient sous des piles de livres tous ornés du même visage : celui de Gilderoy Lockhart, cheveux blonds parfaitement bouclés, sourire brillant figé en couverture. Une table centrale portait même un panneau peint à la main : "Séance de dédicace exceptionnelle aujourd’hui seulement !"
Et là, en plein centre de la pièce, entouré d’une foule agitée, Harry. Rougi, mal à l’aise, tiré par le bras par Lockhart lui-même.
— Regardez qui nous avons là ! lança Lockhart avec un enthousiasme trop fort pour être sincère. Harry Potter, le survivant en personne !
Un tonnerre de crépitements photo l’accueillit. Harry, visiblement égaré, jetait des regards gênés autour de lui, visiblement à la recherche d’une issue.
Louise, figée entre deux rayons, sentit sa gorge se serrer. Elle était là. Si proche. Mais il ne l’avait pas vue. Elle hésita à s’avancer... puis s’arrêta.
À ses côtés, Drago observait la scène avec un sourire narquois.
— Toujours en train de voler la vedette, ton frère.
Louise ne répondit pas.
Lockhart signa un exemplaire de Moi, le Magicien avant de s’exclamer :
— Je suis étonné, Harry, de ne pas vous voir avec votre sœur ! Où est-elle donc ? Vous êtes inséparables, n’est-ce pas ?
Harry bredouilla quelque chose, mais le vacarme ambiant noya ses paroles.
Louise recula d’un pas, se glissant à l’abri d’un présentoir de grimoires anciens. Elle ne savait pas exactement pourquoi elle s'était dissimulée. Peut-être qu’elle voulait éviter un moment embarrassant. Peut-être aussi qu’elle voulait voir son frère, pour une fois, de loin. Sans être vue. Juste observer.
Un instant plus tard, la cohue attira Harry vers la caisse, puis vers la sortie.
Il ne la vit jamais.
— Tu veux aller le voir ? demanda Drago, presque à voix basse.
— Non, répondit-elle simplement. Ce n’est pas le moment.
Ils restèrent encore quelques minutes, achetant les livres imposés par l’école. Narcissa les attendait dehors, visiblement agacée par la foule et la présence médiatique du "charlatan blond permanenté".
— Je préférais quand cette rue était réservée aux familles décentes, maugréa-t-elle.
Louise, elle, resta songeuse. Voir Harry dans cette boutique, entouré d’inconnus, exposé comme une relique, lui avait laissé un goût amer.
Elle n’aurait pas voulu échanger sa place avec lui, même une seconde.
Mais au fond d’elle, elle savait que le calme de l’été tirait à sa fin.
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