Un sort de trop
La salle de métamorphose sentait la craie, le vieux bois et l'encre. Par les vitraux hauts et minces, le soleil de fin d’automne filtrait doucement. Sur les bancs, les élèves de deuxième année de Gryffondor et de Serpentard s’installèrent sans grande hâte, les regards souvent méfiants entre maisons.
Louise, assise près de Drago, griffonnait machinalement sur un coin de parchemin quand le professeur McGonagall entra à grands pas.
— Bien. Aujourd’hui, vous allez pratiquer un sort très spécifique de métamorphose élémentaire : la transformation contrôlée d’un objet en créature temporaire. Mais avec une contrainte : vous travaillerez par binômes mixtes.
Les murmures éclatèrent aussitôt dans la salle.
— Pour garantir l’équité… les paires seront tirées au hasard.
Les protestations furent étouffées par un simple regard de McGonagall. Elle agita sa baguette et une liste se déroula d'elle-même dans les airs, formant des duos flottants en lettres dorées.
— … Granger et Nott.
— Finnigan et Bulstrode.
— Malfoy et Brown.
— Potter et Weasley.
Louise releva brusquement la tête. Ron, quelques rangs plus loin, se figea un instant avant d’afficher un sourire absolument ravi.
— Sérieux ? Génial ! dit-il en se levant si vite qu’il faillit renverser sa plume.
Louise haussa un sourcil, légèrement amusée malgré elle. Elle se leva à son tour et rejoignit Ron à sa table.
— Je t’aiderai à ne pas tout faire exploser, murmura-t-elle en souriant.
— C’est très rassurant, répondit Ron avec un petit rire nerveux.
Un peu plus loin, Drago regardait la scène, mâchoire tendue, sans rien dire. Il s’installa avec Lavande Brown d’un air exaspéré.
Les consignes données, McGonagall fit apparaître devant chaque duo un petit objet : une pierre lisse, un morceau de bois, ou une tasse fêlée. L’objectif ? Le transformer en souris animée.
Louise et Ron héritèrent d’un vieux couvercle d’encrier. Elle leva sa baguette, concentrée, tandis que Ron lisait à voix haute la formule.
— Transfigura motatrix… euh, non, motatura…
— Motatrix, corrigea Louise, amusée.
Elle fit un petit geste souple. Le couvercle vibra, se couvrit de poils... puis retomba sans vie.
— Pas mal, dit Ron. C’est pas encore une souris, mais ça a des poils.
Au fond de la salle, une voix s’éleva, agacée.
— T’as vu comme Weasley se croit utile ? ricana Nott.
Drago, de son côté, avait déjà transformé son morceau de bois en gerboise, qui grattait sa table avec énergie. Mais ses yeux revenaient sans cesse vers Louise.
Lavande, elle, gloussait en regardant le petit animal.
C’est alors que l’accident arriva.
Un Gryffondor blond, Terry Boot, au fond de la classe, lança un sort avec trop de puissance. Sa baguette explosa d’un éclat de lumière, et le sort ricocha sur un miroir de cuivre avant de voler à travers la salle dans un sifflement brûlant — droit vers Louise.
Elle leva les yeux au dernier moment.
— LOUISE ! cria Ron.
Mais il était trop loin.
Le sort, un rayon orangé instable, fonçait vers elle comme un projectile incandescent.
Et soudain, une ombre verte jaillit sur sa droite.
Drago.
Il se jeta littéralement entre elle et le sort, sa baguette brandie à la verticale.
— Protego ! hurla-t-il.
Une barrière translucide jaillit devant lui juste à temps. Le sort rebondit dans un craquement sonore et frappa le plafond, faisant tomber un peu de plâtre.
Un silence de plomb tomba sur la salle.
Louise, encore figée, regardait Drago. Il était debout devant elle, tendu, les bras légèrement écartés comme s’il voulait encore la protéger.
McGonagall s’élança.
— Plus un mot, gronda-t-elle. Boot, à l’infirmerie immédiatement, vous êtes en retenue jusqu’à Noël. Monsieur Malefoy… mademoiselle Potter… tout va bien ?
Louise hocha lentement la tête.
Drago ne répondit pas. Il fixait Louise.
— Tu vas bien ? souffla-t-il, pour elle seule.
Elle sentit son cœur cogner.
— Oui… grâce à toi.
Ron, encore tout rouge, arriva en courant.
— J’ai rien pu faire, désolé, je—
Louise posa une main sur son bras.
— Ce n’est rien, Ron.
Mais son regard, lui, ne quittait pas Drago.
À la fin du cours, alors que les autres quittaient la salle, McGonagall retint Louise et Drago un instant.
— C’était rapide, monsieur Malefoy. Très… honorable. Vous avez évité un drame. Dix points pour Serpentard.
Drago acquiesça, impassible.
Quand ils sortirent dans le couloir, Drago ralentit le pas pour marcher près d’elle.
— C’est rare que tu rates un sort, dit-il doucement.
— Ce n’était pas moi.
— Je sais. Mais j’aurais préféré que tu ne sois pas au mauvais endroit au mauvais moment.
Elle s’arrêta.
— Pourquoi t’as fait ça ?
Il la fixa.
— Parce que j’y tiens.
Et sans un mot de plus, il tourna les talons et la laissa là, au milieu du couloir, le cœur battant et la tête pleine de questions.
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